Bienvenue, bienvenue ! Nous sommes mercredi et qui dit mercredi, dit abécédaire de l’Eurovision ! Cet article est symbolique puisqu’il s’agit du treizième. Nous sommes donc sur le point d’achever une première moitié riche en informations, en aventures spatio-temporelles, en eurodrames, en eurolégendes et bien d’autres choses. Vous et moi commençons à devenir des experts en terme d’Eurovision au fur et à mesure des belles découvertes que nous avons faites et continuons de faire. Et pourtant, nous sommes bien loin de tout savoir, des lettres de cet abécédaire nous attendent encore. Commençons donc par la lettre M et pour cela, récitons ensemble l’abécédaire de l’Eurovision !

M comme…

  • Marcel Bezençon !

Comment ne pas commencer par celui qu’on peut considérer comme le Dieu de l’Eurovision, la tête pensante d’un concours musical aujourd’hui reconnu internationalement ?! Qui est donc Marcel Bezençon, ou plutôt qui était Marcel Bezençon, cet homme qui nous a quitté il y a déjà trente-neuf ans le 17 février 1981 ? Originaire de Orbe en Suisse, il a été dans un premier temps journaliste et critique d’art et de théâtre après avoir obtenu sa licence en histoire de l’art en Lausanne. Ceci lui ouvrira les portes de la RSR (Radio Suisse Romande), l’une des anciennes branches de la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SRG SSR) qui propose un service adapté au fort et unique multiculturalisme de la confédération helvétique. Il gravira les échelons, se tiendra à la tête même de la SRG SSR et enfin obtiendra en 1955 le poste qui l’a rendu célèbre : la direction de l’Union Européenne de radio-télévision (UER).

Son entrée dans l’histoire de l’Eurovision et par la même au sein de l’UER survint en janvier 1955. Une réunion est organisée entre les diffuseurs participants pour réfléchir sur la création d’un événement visant à créer des relations de paix entre les pays dans un contexte d’après-guerre et à développer leur réseau qui porte justement le nom d’eurovision (abécédaire #E). Marcel Bezençon avance, inspiré par la réflexion de Sergio Pugliese de la RAI (télévision italienne), l’idée d’une compétition musicale entre les pays inspirée par le festival de Sanremo et intitulée “Concours Eurovision de la Chanson”. La suite, on la connait : l’idée plaît, elle est développée et finalement confirmée en octobre 1955. La toute première édition, qui aura lieu à Lugano en Suisse – certainement en son honneur -, mais aussi chacune des soixante-trois éditions suivantes ne sont que l’œuvre ou la perpétuation de l’œuvre de Marcel Bezençon.

Marcel Bezençon

Si chaque année, en mai, nous pouvons vivre des sentiments aussi forts – l’excitation, l’impatience ou même la dépression post-eurovision -, c’est à lui que nous le devons. En son honneur fut donc fondé en 2002 des prix intitulés les prix Marcel-Bezençon. Créés par les anciens représentants suédois Christer Björkman et Richard Herrey, ils sont au nombre de trois et sont annuels : le prix de la meilleure composition qui est voté par les compositeurs participants, le prix de la presse qui est accordé à la meilleure chanson selon la presse et enfin le prix de la meilleure performance artistique décerné au meilleur interprète selon les commentateurs. En 2002 et 2003, le prix de la meilleure composition n’existait pas. Il s’agissait du prix des fans donné par les membres de l’OGAE, le fan club international de l’Eurovision.

  • Micro de Cristal !

L’Eurovision a beau être un évènement international qui réunit les pays et les populations autour de la musique, il n’en reste pas moins une compétition. S’il y a une seule chose qu’il faudrait retenir de ce concours, c’est ce qu’il y au bout du chemin pour les artistes, ce qui représente un véritable honneur tant attendu par chacun des pays participants, ce qui alimente les conversations passionnées des eurofans, ce qui devient finalement l’apogée de trois soirées folles : le Micro de Cristal ! Ce trophée symbolique et indissociable de l’Eurovision concrétise la victoire d’un pays et de son artiste représentant. Pourtant, celui-ci n’a pas toujours existé… Etonnant, n’est-ce pas ? Retour sur son histoire.

Microphone de Cristal

Nous le savons tous désormais, l’Eurovision est né en 1955 et a débuté en 1956. Il a toujours été une compétition musicale avant tout. Alors, comme souvent dans une compétition, l’UER mit elle aussi un point d’honneur à récompenser les gagnants du concours et ce dès la première édition. Lys Assia reçut des fleurs, une petite récompense, certes, mais qui la fit entrer dans le panthéon de l’Eurovision. Il ne semble pas y avoir de trophée au sens propre du terme (cela reste difficile à confirmer puisque l’enregistrement vidéo de ce premier concours n’a pas été préservé). En revanche, ledit objet symbolique fut bel et bien présent en 1957 sous la forme d’une médaille appelée médaille du grand prix qui sera délivrée jusqu’en 1978 ! Cependant, le premier trophée tel que l’on imagine – sous la forme d’une coupe – arriva en 1960 et fut remis à la France et sa représentante Jacqueline Boyer. Or, celui-ci ne fut pas donné par l’UER comme il était de coutume jusque-là mais par la gagnante de l’année précédente, Teddy Scholten des Pays-Bas. Une grande tradition de l’Eurovision était née. Pourtant, excepté en 1962, celle-ci ne s’installera réellement qu’à partir de 1966 lorsque France Gall remettra la médaille à l’autrichien Udo Jürgens. Les coupes feront ensuite de nouveau leur apparition en 1979. C’est le début d’une époque aux trophées plus divers les uns que les autres : des coupes de toutes les formes et de tout type de métal, des fleurs, des socles en verre, des fleurs, des médailles, des fleurs, des disques et… encore beaucoup de fleurs !

Une belle et longue aventure qui durera alors jusqu’en 2008. Que s’est-il passé cette année, me demandez-vous ? Eh bien, c’est le début d’une nouvelle ère : celle du Micro de Cristal ! Eh oui, le trophée est bien plus récent que nous ne pouvions l’imaginer. L’UER fit la demande au talentueux artiste verrier suédois Kjell Engman né en 1946 et fort de trente années d’expériences de créer un trophée générique dans le but de l’associer à l’identité de l’Eurovision et par là-même de la populariser et de la pérenniser. Celui-ci s’inspira du microphone qui évoque inévitablement la musique et la chanson et créa un modèle coulé dans du verre solide translucide, le fameux micro de cristal. Cette dénomination n’a jamais été réellement officialisée, évoquée par le site eurovision.tv comme un “iconic glass microphone” (microphone iconique en verre) mais est adoptée par l’ensemble des téléspectateurs et est indissociable du concours international qu’est l’Eurovision. Le russe Dima Bilan sera donc le premier à recevoir le célèbre trophée. Encore aujourd’hui et chaque année, un nouveau modèle, sur lequel est inscrit le logo générique aux couleurs du pays hôte, est donné au gagnant de l’édition. Mais il faut bien un premier : il existe un modèle original qualifié de “mother trophy” (trophée mère) contenant le logo générique du Concours Eurovision de la Chanson. Celui-ci est gardé précieusement dans la salle de réception du quartier général de l’UER.

Quelle belle aventure que je vous invite à découvrir dans la vidéo suivante. Ne manquez pas certains moments iconiques comme la chute de Dana International en 1999, Helena Paparizou qui donne le trophée à Lordi en 2006 ou encore le père noël qui apporte le trophée à Marija Šerifović en 2007 ! 😉

  • Marie Myriam !

Après la fabuleuse Lys Assia et l’honneur fait à la Suisse, c’est au tour de la France de présenter une gagnante parmi les plus iconiques de son histoire mais aussi du concours. Il ne s’agit pas de n’importe quelle victoire puisqu’il s’agit de la dernière des cinq que le pays ait jamais obtenus à l’Eurovision. Nous étions en 1977, une jeune femme âgée à peine de 19 ans ose postuler à la sélection nationale française, le Concours de la chanson française pour l’Eurovision 1977. C’est le début d’une histoire folle pour cette jeune femme appelée Marie Myriam !

Née Myriam Lopes Elmosino en 1957 à Luluabourg au Congo belge, elle fait ses débuts en 1976 avec Ma Colombe, composée par Jean-Paul Cara, qui rencontrera malheureusement (ou heureusement pour la France ?) un succès modéré. Elle se tourne alors vers l’Eurovision et la visibilité internationale qu’il offre. Elle retrouve son partenaire et compositeur Jean-Paul Cara mais aussi l’auteur Joe Gracy et ensemble créent L’Oiseau et l’Enfant. A la sélection nationale, elle s’en sort admirablement, remportant sa demi-finale et enfin la finale grâce aux votes des téléspectateurs. Le ticket pour l’édition 1977 à Londres est obtenu et pourtant, Marie Myriam rencontre un obstacle : aucune maison de disque ne veut produire son titre. Finalement, Polydor s’en chargera.

A la veille de ses vingt ans, les trois minutes symboliques arrivent. Bien que l’ordre de passage lui soit favorable puisqu’elle doit passer en dernière position, Marie Myriam est alors en fâcheuse posture. Le stress est grand, des changements de dernière minute ont été faits, notamment au niveau des habits des choristes, et les répétitions ne sont pas réellement bien passés déclare-t-elle puisqu’elle annonce ne pas être contente de sa performance et de sa voix. Ceci provoque d’ailleurs une chute de son classement chez les bookmakers. Le manque d’expérience et donc de confiance de Marie Myriam se fait ressentir. Et pourtant… Dès l’entame de sa prestation, elle retient l’attention puisqu’elle chante les deux premières phrases en a capella. Les trois minutes, les plus symboliques de sa vie selon elle, se déroulent parfaitement malgré sa très grande nervosité visible. Elle n’obtient que trois “douze points” mais collectionne les gros points et surtout reçoit des points de la totalité des participants. La France pointe alors pour la cinquième fois de son histoire en tête du classement avec un total de 136 points ! L’émotion est palpable chez Marie Myriam, alors en pleurs mais qui ne manque pourtant pas d’aider un caméraman de la BBC ayant chuté alors qu’elle se dirige vers la scène pour réinterpréter le titre vainqueur, l’Oiseau et l’Enfant. Il s’agit encore et toujours de la dernière victoire en date de l’Hexagone !