Il y a une semaine, je vous parlais de la rentrée. J’espère alors que votre reprise s’est déroulée dans les meilleurs conditions. Tous mes vœux de réussite et de bonheur pour cette nouvelle année scolaire. Et j’espère que ce sera aussi le cas pour mon abécédaire 😉

Aujourd’hui, une lettre particulière est à l’honneur : la lettre K ! Une lettre loin d’être facile, qui proposent surtout des faits très divers. Quel est donc le lien entre l’Eurovision et la lettre K que j’ai décidé de vous proposer ? Une sélection particulière, un eurodrame et un pays attendu par la communauté eurofan ! Découvrons tout ça maintenant. Et pour ce faire, récitons ensemble l’abécédaire de l’Eurovision !

K comme…

  • Kvalifikacija za Millstreet !

Kvaf… Kvalir… Kavalier… Kacahuète… Katastrophe… Non, non, rien de tout ça ! C’est simple (pas si simple que ça, j’ai regardé un nombre de fois la bonne écriture ahah!), Kvalifikacija za Millstreet veut dire “Qualification pour Millstreet” en slovène. Il s’agit d’une présélection et pas n’importe laquelle ! Pour cela, retour sur la période particulière du début des années 90.

L’Europe connaît de profonds changements. Le rideau de fer est tombé et des régions proclament leur indépendance telle la Bosnie-Herzégovine. La Yougoslavie se disloque, participant alors à l’Eurovision pour la dernière fois en 1992. De nombreux pays voient le jour. La conséquence immédiate sur l’Eurovision ? Ces nouveaux pays veulent aligner leurs artistes et montrer fièrement leurs couleurs sur la scène internationale du concours. Or, l’UER avait imposé une limite de participants à vingt-deux, augmenté exceptionnellement à vingt-trois en 1992 pour Malte qui enchaîne les excellents résultats. La demande importante encourage alors l’UER à modifier cette limite. Désormais, vingt-cinq pays seront autorisés à participer.

Mais cette mesure est-elle suffisante ? Eh bien, non ! Ce ne sont pas moins de sept pays qui veulent rejoindre Millstreet – Estonie, Slovaquie, Bosnie-Herzégovine, Hongrie, Slovénie, Croatie et Roumanie – mais il n’y a que trois places disponibles ! Aux grands maux les grands remèdes, pour la première fois de l’histoire du concours est organisé une présélection pour déterminer qui ira en Irlande pour y défendre ses couleurs. Il s’agit du fameux Kvalifikacija za Millistreet (que soit béni la fonction copier/coller !) qui eut lieu le 3 avril 1993, soit un mois avant la “finale”.

La RTV SLO, télévision publique slovène, se porte volontaire pour accueillir cette présélection. Nous partons donc à Ljubljana où sept pays doivent se disputer trois places de qualification. Les règles sont semblables à l’Eurovision, le vote est identique, seule la répartition des points diffère un peu puisqu’il n’y a pas assez de pays pour faire un top 10. Exit donc les 4, 3, 2 et 1 points ! Seuls les points les plus élevés seront annoncés, dont bien sur les fameux “douze points”. La soirée se déroule sans accroc et vient le vote qui est pour le moins particulier. En effet, les pays participants donne tous douze points à un pays différent et, de ce fait, reçoivent tous une fois douze points. La qualification se joue donc dans les détails et les résultats sont finalement serrés puisque les 4 premiers se tiennent en à peine quatre points. La Slovaquie domine dès le début du vote avant de lâcher sur la fin et échoue à un point des places de qualification en faveur de trois anciennes républiques yougoslaves ! Coïncidence ? La Slovénie, pays hôte, remporte la présélection suivi de la Bosnie-Herzégovine et de la Croatie.

Les trois délégations s’envolent pour Millstreet, non sans mal pour l’une d’entre elles (voir abécédaire #B) et, malheureusement, n’y brillent pas vraiment. Les représentants croates terminent quinzièmes avec Don’t Ever Cry, la Bosnie-Herzégovine obtient la seizième place et 1X Band, malgré la victoire de leur Tih deževen dan au Kvalifikacija za Millistreet, obtienne le pire classement des trois avec une vingt-deuxième place. Découvrez les prestations slovène et croate ! Et n’hésitez pas à voir la rétrospective de Francis pour découvrir l’ensemble des sept prestations.

  • Kazakhstan !

Je vois certains réagir déjà : “Mais le Kazakhstan n’a jamais participé à l’Eurovision !” Et ce n’est pas faux. C’est cela qui en fait tout son intérêt car le Kazakhstan a, en revanche, participé deux fois au junior ! Comment est-ce possible ? Retour sur un pays à la géographie particulière. En effet, le Kazakhstan, au même titre que la Turquie ou la Russie, se trouve sur deux continents. La majeure partie se situe en Asie Centrale mais à l’ouest du fleuve oural se trouve un territoire désertique et peu peuplé appartenant au vieux continent. Alors pays d’Europe ou non ? La géographie n’apporte qu’un semblant de réponse mais l’UER, elle, en apporte une puisque le pays n’appartient pas à l’Union Européenne de Radio-Télévision – qui, je rappelle, diffère des limites de l’Europe (voir Abécédaire #G). Pas de chance pour la Khabar Agency, télévision mixte (public-privé) kazakh, qui est donc un membre associé au même titre que la SBS, télévision publique australienne. Il faut donc que le groupe de référence envoie une invitation au pays. Ce sera chose faite en 2018 pour le Junior !

Le Kazakhstan fait donc ses débuts et mets les petits plats dans les grands. Une sélection nationale est organisée, finalement remportée par Daneliya Tuleshova. Celle-ci s’envole pour Minsk, capital biélorusse, et défend les couleurs du pays avec Ózińe sen. L’effort sera payant puisque le Kazakhstan termine sixième ! Alors invité de nouveau en 2019, le patron de la Khabar Agency ne cache pas son envie de participer au concours senior. Qu’importe, la délégation kazakhe veut frapper un grand coup et sélectionne un enfant au talent immense, Yerzhan Maksim. La chanson ne rencontre pas de grand succès auprès de la communauté eurofan lors de sa révélation mais déjoue les pronostics le soir du Concours et termine deuxième !

Que d’excellent résultats qui montrent la volonté de Kazakhstan de s’inscrire dans l’histoire de l’Eurovision et de chercher cette place au concours sénior. Mais alors pourquoi n’y ont-ils pas encore participé ? En fait, bien que les deux concours soient organisés par l’UER, l’organisation n’est pas tout à fait la même puisque les groupes de référence sont différents. Il s’agit de comités exclusifs en charge du contrôle, du développement et du maintien du Concours Eurovision de la Chanson. Il en existe un spécialement pour la version junior. Le Kazakhstan a reçu une invitation de la part de ce dernier et sera d’ailleurs présent au concours 2020 mais il n’en a jamais reçu de la part de celui en charge du senior. Le pays ne peut donc faire ses débuts… Dites-nous donc, considérez-vous que le pays mérite une place à l’Eurovision senior ? Le souhaitez-vous ?

  • Kiev !
Kiev

Kiev, capitale d’Ukraine. Peuplée de presque trois millions d’habitants, elle a un lien avec l’Eurovision puisqu’elle a accueilli par deux fois le concours sur son sol. La première fois, c’était en 2005 suite à la victoire de l’Ukraine l’année précédente au Palais des Sports. Pourtant, l’organisation avait été quelque peu chamboulée par la Révolution Orange : le second tour des élections présidentielles qui déclara Viktor Ianoukovitch, candidat communiste, vainqueur fut considéré comme truqué par les Ukrainiens dû à de nombreuses fraudes. L’opposition libérale de Viktor Iouchtchenko demanda l’annulation des résultats et un nouveau vote. Des conflits apparurent alors, les manifestations furent légion dans la capitale et l’organisation de l’Eurovision se retrouva complètement stoppé. Finalement, un deuxième tour fut réorganisé et vit la victoire de Iouchtchenko. Il s’agit désormais de rattraper le retard. Finalement, le concours se déroule dans les meilleures conditions et pour la première et unique fois de son histoire, la Grèce remporta l’Eurovision avec My Number One, interprétée par Helena Paparizou.

Palais des Sports de Kiev

Et pourtant, il ne s’agit que du premier scandale politique pour Kiev dans l’organisation du concours. Et oui, la capitale ukrainienne fut aussi le théâtre de l’édition de 2017 et par là-même de l’un des plus grands eurodrames de la décennie, voire de l’histoire du concours ! Suite à la victoire de Jamala à Stockholm en 2016, malgré le texte encore controversé de 1944, l’UER se tourne naturellement vers l’UA:PBC, le diffuseur national ukrainien, qui entreprend alors les recherches de la ville candidate. Vous vous en doutez, Kiev l’emporte avec cette fois le Centre d’exposition international, le Palais des Sports étant jugé trop vieux et n’ayant pas les moyens techniques requis.

Centre d’exposition internationale

Très vite, l’organisation rencontre comme en 2005 des problèmes d’organisation. Dans un premier temps, Zurab Alasania démissionne de son poste de directeur général du diffuseur, protestant contre le manque de budget alloué par le gouvernement. Les préparatifs prennent très vite un mois de retard. Le 13 février 2017, c’est la débandade: vingt-et-un membres du comité d’organisation démissionnent, dont les producteurs exécutifs ! Pourtant, ces incidents restent minimes face à l’eurodrame russo-ukrainien qui toucha l’édition de 2017. Nous sommes dans un contexte politique particulier : la Crimée, alors province ukrainienne, annonce son rattachement à la Russie. Explose alors un conflit armé qui plonge les populations civiles dans le deuil et détruit des régions entières…

Le début de la catastrophe pour l’édition 2017 arrive le 12 mars lorsque le diffuseur national russe, Channel One, annonce sa représentante Ioulia Samoïlova et sa chanson, Flame is Burning. Dix jours plus tard, les services de sécurité ukrainiens lui refusent l’entrée en Ukraine puisque selon la loi, les artistes ayant donné un concert en Crimée en entrant par le territoire russe sont interdits d’entrée. Channel One n’en démord pas et refuse de changer de candidate. L’UER tente alors désespérément de trouver un compromis, évoquant même une diffusion à distance de la performance de Ioulia Samoïlova très vite réfutée par la loi ukrainienne. Le conflit grandit, aucune solution est trouvée, ceci inquiète les autres pays participants qui envisagent un retrait et l’UER menace même l’UA:PBC d’une amende. Ce qui devait arriver arriva : la télévision russe retire sa candidature le 14 avril. Finalement, le Concours peut avoir lieu, pour le plus grand plaisir du Portugal qui remporte sa toute première victoire.

Ses tensions politiques ont plus que jamais démontré que l’Eurovision, bien qu’il soit un événement dont la volonté est d’unir les pays d’Europe, est inévitablement touché de près ou de loin par les changements politiques et géopolitiques qui secouent le vieux continent.

Et voilà pour cette lettre très particulière ! J’espère que cela vous a plu. Quant à moi, je vous dis à la semaine prochaine pour la suite de l’abécédaire de l’Eurovision. Bonne journée à tous !