C’est un petit peu comme les extra-terrestres : tout le monde en parle mais personne n’en a jamais vu. Vous l’avez compris avec ce mauvais jeu de mot emprunté à Florence Foresti, je parle des fameux bookmakers dont beaucoup d’entre nous parlent.

Vous avez dit “le bouc m’écœure” ?

Le dictionnaire Larousse définit le bookmaker comme un professionnel qui reçoit les paris sur les courses (activité licite aux États-Unis et en Grande-Bretagne, interdite en France, où l’organisation des paris incombe au Pari mutuel urbain).

Vous l’aviez bien compris : il s’agit de parier sur divers événements et pas que sportifs. Il est ainsi possible de parier sur l’Eurovision, mais aussi sur la finale de X-Factor au Royaume-Uni ou encore sur l’attribution des prochains Jeux Olympiques d’été à Paris ou Los Angeles. Que ce soit en Belgique, en France ou en Suisse, les paris sur l’Eurovision sont autorisés, tant qu’ils sont effectués auprès d’un organisme disposant d’une licence délivrée par la Commission de régulation de chacun des pays. Il existe une Commission par pays et ainsi hypothétiquement, un site de paris peut être autorisé en France et interdit en Suisse.

Beaucoup de fans se servent des bookmakers comme juges de paix ou à défauts comme indicateurs sur les tendances actuelles. Vous allez me dire qu’il reste à comprendre comment fonctionnent ces fameuses cotes. La cote d’un événement est un indice proposé par un site de paris (bookmaker) vous permettant de connaître précisément le gain potentiel d’un pari. Mais faut il encore comprendre ce que ces chiffres signifient. Pour mieux comprendre ces cotes, il faut déjà savoir dans quel format elle se trouve. J’ai pu recenser trois types de cotes :

  • La cote européenne (ou format décimal) : c’est le type le plus couramment utilisé. Le gain d’un pari est ainsi donné sous forme d’un nombre décimal. La formule mathématique pour calculer le gain est plutôt simple : il suffit de multiplier le montant du paris par la cote donnée. Gain = Mise X Cote. Par exemple si vous misez 10€ sur un événement avec une cote de 1.60, alors en cas de victoire vous gagnerez 16€. Ainsi ce qui vous intéresse, c’est le profit et celui-ci s’exprime par Profit = Gain – Mise. Dans notre exemple on arrive donc à un profit de 16-10=6€.
  • La cote anglaise (ou format fractionnel) : ici, c’est le profit qui est exprimé sous forme de fraction. Il suffit de rajouter 1 à la cote anglaise pour retrouver la cote européenne. Reprenons notre même exemple que précédemment : si vous misez 10€ sur un événement avec une cote de 3/5, alors en cas de victoire vous gagnerez aussi 16€. Faisons un peu de mathématiques pour mieux comprendre. Ici le PROFIT est exprimé. Donc dans notre cas, notre profit, en cas de victoire, sera 3/5 X 10=0.6 X 10= 6€. On retombe bien sur un gain de 16€ (Gain=Profit + Mise= 6 +10 = 16€).
  • La cote américaine : celle-ci étant plutôt complexe et n’ayant pas envie de vouloir rentrer dans de grandes considérations mathématiques, je ne détaillerai pas ce type puisque, à ma connaissance, il n’est pas utilisé pour les cotes de l’Eurovision.

Vous l’avez donc compris, plus la cote d’un événement (ou d’un pays dans le cas de l’Eurovision) est petite et moins vous allez gagnez de l’argent. Ainsi on comprend facilement que plus la cote est petite, plus un pays est favori. Avant de passer à l’application et la lecture des bookmakers sur l’Eurovision 2017 il me reste à vous expliquer comment sont calculées ces fameuses cotes.

C’est promis, la souffrance  des explications mathématiques est bientôt finie

Pour fixer leurs cotes, les bookmakers emploient ce qu’on appelle des compilateurs de cotes. Chaque organisme (ou bookmaker) permettant les paris, possède un compilateur différent, ce qui explique les différences de cote entre chaque organisme. Les bookmakers estiment ainsi la probabilité de réussite d’un événement, par exemple la victoire de l’Italie à l’Eurovision. Afin de générer du bénéfice pour l’organisme, cette probabilité est baissée de telle sorte que les gains des joueurs restent inférieurs au bénéfice de l’organisme, engendré par les paris. A l’ouverture des paris, la cote correspond donc à ce que le bookmaker en question pense de la réussite de l’événement (par exemple la victoire de l’Italie le 13 mai). Les bookmakers regardent ensuite les montants des paris effectués sur chacun des événements possibles, afin de modifier leur cote. Si beaucoup de personnes parient sur un événement, le bookmaker risque gros en cas de la réalisation de cet événement et baisse donc sa cote pour décourager les futurs parieurs et pour aussi réduire le gain d’un futur parieur, une nouvelle fois en cas de réalisation de l’événement. Cependant lorsqu’un pari est fait par une personne à une cote donnée, celle-ci est figée pour ce pari. Par exemple si vous pariez 10€ sur un événement avec une cote de 10.00, en cas de victoire vous remporterez bien 100€, même si la cote de cet événement est passée à 3.00.

Top 10 le 29 mars 2017 à 17h50

Maintenant que vous avez bien mal au crâne après ces grandes considérations probabilistes, je vous propose donc d’appliquer notre savoir en la matière de bookmaker à notre cher Eurovision. Pour ce qui est de regarder les cotes des bookmakers, je ne peux que vous proposer de les regarder sur le site oddschecker. Ce site recense une multitude de cote et fait un classement des pays en fonction de leur cote la plus élevée. Découvrons le top 10 proposé par oddschecker. On remarque que l’Italie est sans surprise largement considérée comme favorite pour cette édition avec les cotes les plus basses. La chanson italienne est plébiscitée par une multitude de fans et a d’ailleurs reçu 12 points du vote de l’OGAE France. Ensuite on retrouve la très belle ballade offerte par la Bulgarie puis la Suède. Vous allez me dire : “je ne comprends pas pourquoi la Suède est derrière la Bulgarie, car plusieurs de ses cotes sont inférieures à celle de la Bulgarie”. Je vous répondrais : “oui, mais la cote la plus élevée (que l’on peut retrouver en gras) pour la Bulgarie est inférieure à celle de la Suède”. Ensuite, nous retrouvons les lumières de la ville de Bruxelles avec la Belgique. Les cotes de la Belgique sont passés de 100/1 à 3/1 pour certains bookmakers au moment du dévoilement de la chanson. Depuis les cotes remontent petit à petit et Blanche s’éloigne doucement du podium et pourrait se voir bientôt menacer par le Portugal. La ballade intimiste de Salvador a l’air de séduire pas mal de monde et les bookmakers n’y sont pas insensibles. Derrière on retrouve la toujours efficace Australie en 6ème position suivie de la …… Russie. Et oui : les bookmakers croient toujours en une participation de la Russie cette année et la classe 7ème. Derrière, on retrouve le squelette de l’Azerbaïdjan, qui pourrait très bien se retrouver devant la Russie tant la majorité des cotes de l’Azerbaïdjan est inférieure à celles de la Russie. On peut d’ailleurs faire la même constatation pour l’Arménie se situant en 9ème position. Enfin, nous concluons le top 10 par la France. Alma est en bonne position pour offrir au pays aux 5 victoires, un second top 10 consécutif, ce qui n’est plus arrivé depuis 15 ans.

Bottom 5 le 29 mars 2017 à 18h00

Maintenant que l’on a parlé du Top 10, parlons des choses qui fâchent à savoir le Bottom 5. On retrouve sans surprise en dernière position, la Slovénie. La ballade vieillotte et sans saveur d’Omar n’a pas l’air de lui promettre un meilleur destin kievois qu’en 2005. Juste devant on retrouve Queen V, la marathonienne de l’Eurovision, je parle de Valentina Monetta et son compère américain pour Saint-Marin, là aussi vieillot est l’adjectif qui qualifie le plus cette chanson. Un cran au dessus on retrouve le pendant masculin de Raiponce, vous l’avez reconnu c’est Slavko Kalezić pour le Monténégro. Même si je ne suis pas fan de cette chanson, je trouve cette place assez sévère compte tenu du nombre de mauvaises productions cette année. Encore au-dessus, on retrouve la République Tchèque, là aussi même si je ne suis pas fan de la chanson je pense qu’elle mérite bien mieux surtout qu’on retrouve juste devant ……… l’Espagne. Que dire de cette chanson ? Elle a tellement fait couler d’encre que ce soit pour l’attitude du chanteur ou pour la chanson même. Ce n’est que mon avis personnel, mais j’estime que le Monténégro et la République Tchèque présentent des chansons de bien meilleures qualités.

Francesco et son gorille sont les grands favoris des bookmakers cette année.

Attention : les bookmakers donnent les probabilités de victoire de chaque pays. Cela ne veut pas dire, par exemple, qu’ils pensent que la France finira 10ème. Ce n’est qu’un classement des pays sur une potentielle victoire. Il s’agit aussi des prédictions pré-répétitions, tout peut encore changer pour chacun des pays. Pour mémoire en 2014, les Pays-Bas devaient se situer aux alentours de la 30ème place chez les bookmakers avant les répétitions. Une fois la première répétition passée, ils étaient dans le top 10, et après la demi-finale, sur le podium des bookmakers. Les premières prestations live de certains pays sont souvent aussi synonymes de reclassement : l’an dernier la Croatie s’accrochait à la 3ème place des bookmakers, avant sa première prestation live lors d’un concert qui fut totalement ratée. Sa cote a explosé et la Croatie a dégringolé aux alentours de la 15ème place.

Les bookmakers mettent à jour très régulièrement leur cote à l’aide des compilateurs.

Enfin, je finirai mon analyse par le fait que les bookmakers ne détiennent pas les clés du destin. En effet l’an dernier, la Russie aura été en tête des bookmakers du début jusqu’à la fin. Ce n’est seulement qu’après les répétitions que l’Ukraine est passée deuxième des bookmakers. En un sens, ils n’avaient pas tort puisque l’Ukraine a fini deuxième de sa demi-finale, du vote des jurys et du télévote. Autre exemple encore plus récent : lors du Melodifestivalen, les bookmakers voyaient une victoire entre Nano et Wiktoria. Robin Bengtsson n’était que 5ème et pourtant c’est lui qui représentera la Suède à Kiev. Mais en 2013 et 2015, ils avaient prédit très tôt les victoires du Danemark et de la Suède. Les bookmakers sont donc pour moi seulement un excellent indicateur pour repérer les chansons qui devraient bien figurer lors de la grande soirée de l’Eurovision.

Je conclurai par un message d’avertissement : les paris comportent des risques et des dangers lorsqu’ils sont pratiqués de façon trop intensive et non maîtrisée. En France, un des messages d’avertissement officiels est le suivant : “Jouer comporte des risques : endettement, isolement, dépendance. Pour être aidé, appelez le 09-74-75-13-13 (appel non surtaxé)”. Cet article n’a en aucun cas une vocation à vous inciter à parier. Je vous déconseille moi-même de commencer à parier tant cela peut devenir dangereux et addictif. J’ai ainsi délibérément choisi de ne pas montrer ou de citer les organismes sur les images issues de oddschecker, pour ne pas vous inciter à parier. J’espère tout de même qu’avec cet article, vous arriverez à mieux comprendre et mieux décrypter les avis des bookmakers.

Cet article a été écrit le 29 mars à 18h00, les cotes des bookmakers et les classements sont susceptibles d’avoir évolué.

Je vous rappelle aussi que vous pouvez toujours voter pour votre Eurovision en m’envoyant à cette adresse andrecastelli20137@gmail.com, votre classement de la 1ère à la 10ème place des chansons de la première demi-finale.

PS : Merci à Pauly d’avoir réalisé des recherches sur la législation des paris en Belgique, cela m’a fait grandement gagné du temps pour l’élaboration de cet article.