C’est parti pour un nouvel entretien exclusif, et cette fois, c’est un bond dans le temps que nous réalisons, puisque nous voyageons à Lausanne quinze années plus tard, sur la scène du Palais de Beaulieu exactement, au cours d’une année historique, pour les évènements fondateurs qui l’ont traversée avant tout, mais aussi pour bien des raisons eurovisionesques.

J'sais pas d'où viennent les images 
Qui sont collées à mes yeux
Ni d'où monte cette rage 
De chanter ce que je veux

1989. Alors qu’allait survenir la chute du mur de Berlin six mois et trois jours plus tard, l’Eurovision se retrouve organisée pour la dernière fois en Suisse, suite à la victoire d’une certaine Céline Dion l’année précédente. Cette soirée du 6 mai couronnera alors pour la première et unique fois de l’histoire du concours la Yougoslavie, qui allait connaître à son tour bien des bouleversements historiques par la suite, jusqu’à son éclatement. Et alors qu’une jeune chanteuse de treize ans avait soulevé le trophée en 1986, c’est au cours de ce dernier concours des années 1980 que la scène de l’Eurovision accueillera la plus jeune participante de son histoire, à ce jour pour ne pas dire à jamais, qui plus est sous les couleurs de la France : Nathalie Pâque.

La prestation en images :

Classement : 8ème (60 points)

C’est par téléphone que Nathalie Pâque nous a fait l’extrême gentillesse de nous répondre longuement, et de partager avec nous tant ses souvenirs d’enfant que ses rêves d’adulte.

Vous avez une particularité : vous êtes la plus jeune candidate de l’histoire du concours de l’Eurovision, à quatre ou cinq jours de vos douze ans. Qu’est-ce que cela fait de participer au concours si jeune ?

Mon but était d’être sur scène, parce lorsque j’étais petite, j’adorais la scène. C’était un exutoire pour moi. J’étais une enfant très réservée et sur scène, je pouvais m’exprimer complètement. Quand est arrivée l’Eurovision, qui est une énorme scène, je me réjouissais de chanter avec des musiciens. C’était la première fois que j’allais chanter avec quarante musiciens sur scène . C’était véritablement un conte de fées. C’est vrai qu’il y avait le concours et une effervescence autour, mais mon objectif principal était celui-ci. Nous étions à Lausanne, en Suisse, l’année ayant suivi la victoire de Céline Dion. J’avais la chance d’être dans le même hôtel qu’elle et pour moi qui était fan d’elle à ce moment-là, c’était la cerise sur le gâteau, parce que Céline Dion prenait l’ascenseur avec moi ! Comme j’étais la plus jeune participante, j’étais aussi chouchoutée. L’Eurovision est vraiment une expérience incroyable qui marquera toute ma vie. Je me souviens de chaque jour, de ce que nous avons fait lorsqu’on a tourné les cartes postales, des premières répétitions avec les musiciens, des premiers essayages costumes. C’est vraiment une expérience fabuleuse.

Vous parliez de Céline Dion et j’ai lu quelque part que vous aviez même fait un duo avec elle.

Oui, parce qu’à la fin du concours, une grande soirée a été organisée, avec l’ensemble des délégations et les musiciens. Céline était là, et j’avais envie de faire un duo avec elle. Elle était très abordable, et comme nous prenions l’ascenseur ensemble, nous nous parlions. J’ai osé prendre mon courage à deux mains et je lui ai demandé si elle voulait faire un duo avec moi. Elle m’a répond « Mais bien sûr Nathalie ! Qu’est-ce que tu veux chanter ? » et nous avons chanté C’est pour toi. Elle m’a demandé de lui souffler les paroles, parce que c’était l’une de ses anciennes chansons. Je crois que nous avons chanté un couplet et deux refrains, mais c’était un super moment. J’ai quelques photos de ce moment, mais il n’a malheureusement pas été filmé, donc je n’ai jamais pu récupérer de vidéo.

Crédits photographiques : photothèque personnelle de Nathalie Pâque (image fournie par l’artiste)

C’est vrai que c’est un moment magique de chanter avec Céline Dion

C’était vraiment quelque chose. Je n’avais pas gagné, mais la finalité de ce concours, c’était cet énorme cadeau et c’était le plus beau qui pouvait m’arriver.

Je veux bien vous croire. Justement, comment vous êtes-vous retrouvée à participer à l’Eurovision pour la France alors que vous viviez alors en Belgique ?

Je suis belge, et j’habite en France, mais je suis toujours belge ! Je travaillais avec G.G Candy, Guy Mattéoni et Sylvain Lebel, auteurs-compositeurs. Au départ, nous avions proposé la chanson à des maisons de disques, mais Elsa et Vanessa Paradis étaient déjà sur le marché, et personne ne voulait d’une gamine de dix ans, belge de surcroît. C’était donc assez compliqué. Sylvain Lebel, le compositeur de la chanson, a proposé à l’équipe de proposer la chanson pour le concours de l’Eurovision. C’était un peu la dernière chance. La sélection s’est faite sur cassette audio. Le jury ne connaissait que le nom des auteurs-compositeurs, mais rien de l’interprète. Jacques Martin avait obtenu l’exclusivité de la présentation du représentant français dans Le monde est à vous. Le dimanche suivant, tout le monde a alors découvert que c’était une gamine de onze ans qui allait représenter la France et en plus belge. C’était la nationalité des auteurs et des compositeurs qui primait plutôt que celle de l’interprète, tout comme Céline Dion, canadienne, avait pu représenter la Suisse parce que l’auteur ou le compositeur était Suisse.

Sandra Kim avait gagné à l’âge de treize ans en 1986, et il y a eu une polémique parce que le représentant israélien et vous aviez respectivement douze et onze ans.

La candidate norvégienne avait seize ans, et c’est juste après que l’âge limite de participation a été fixé à seize ans. L’Eurovision Junior a été lancée par la suite. Cette limite a été mise en place parce que la participation de jeunes artistes avait marqué cette édition, et l’histoire du concours.

Vous en aviez conscience à l’époque ?

Selon moi, non. Je savais que j’étais jeune, mais que j’avais aussi un défi à relever. Je savais que le concours était regardé par des millions de téléspectateurs et qu’il fallait assurer. Mais je n’ai pas vraiment eu conscience du souci sur le moment, tellement tout était fabuleux autour de moi … C’est davantage pendant les conférences de presse qu’on demandait aux auteurs-compositeurs pourquoi on envoyait une enfant à l’Eurovision. Le mot était prononcé à chaque fois. Or, c’est la chanson qui a été élue, et non l’interprète, sur lequel on ne connaissait rien.

Vous parliez de ces millions de téléspectateurs, de ce défi à relever. Quand on est enfant-star, et confrontée à l’exposition médiatique précoce qu’impose le concours, comment gère-t-on la pression ?

Je n’ai pas senti la pression, parce que j’ai eu énormément de chance d’avoir mes parents à mes côtés, qui assuraient vraiment la gestion de mon planning. Il n’était pas question de laisser l’école de côté et de ne faire que ce que j’aimais, à savoir être sur scène. J’allais à l’école en semaine, et le week-end, mes parents organisaient les interviews, les enregistrements télévisés. Je me souviens qu’à certains moments, ma mère demandait le report d’interviews parce qu’on ne pouvait pas se déplacer à Paris. Tout était vraiment contrôlé par mes parents. Je pense que cet équilibre m’a aussi permis de garder les pieds sur terre. C’était l’effervescence : pendant deux mois, j’ai fait des plateaux télé avec Michel Drucker ou Jacques Martin, j’étais propulsée sur un piédestal et si on n’est pas bien entouré, la chute peut être terrible. Je n’ai eu aucun souci après ma participation à l’Eurovision. Je n’ai pas gagné, mais le public a été reconnaissant, et toujours présent. J’ai publié des 45-tour et deux albums en Belgique, et le public est toujours resté, même trente et un ans après. Le public de l’Eurovision est toujours fidèle. J’ai aussi fait des comédies musicales par la suite, donc j’ai toujours vécu de ma passion.

 Vous participiez régulièrement à l’émission Dix qu’on aime aussi.

Oui. Cette émission a vu le jour dans les années quatre-vingt dix sur RTL-TVI. Elle était programmée tous les dimanches. Elle a duré pendant cinq ans et j’en ai été véritablement l’un des piliers. J’échangeais toujours avec les parents. Ils me permettaient de continuer à faire ce que j’aimais, ainsi que les enregistrements télévisés, mais à condition de continuer à travailler à l’école pour avoir un diplôme et, plus tard, être sûre d’avoir quelque chose pour rebondir s’il n’était pas possible que je poursuive ce métier.

En tant qu’enfant et adolescente, cette limite-là ne vous frustrait pas ?

Non, pas du tout, parce que j’aimais l’école et que c’était aussi important pour moi d’avoir des relations avec des enfants de mon âge. Il est vrai que ce métier nous propulse directement avec des personnes plus âgées. Je pense qu’il est important pour l’équilibre de pouvoir être avec des gens de son âge et de faire des choses de son âge. Je n’ai senti aucune frustration.

Surtout que cela vous permettait sans doute de maintenir une connexion avec la réalité.

Oui, parce que lorsqu’on participe à une émission télé, on est entouré d’une attachée de presse, d’une coiffeuse, d’une habilleuse. On est toujours entouré de personnes plus matures que nous. C’est important d’avoir ce lien avec la réalité et je pense que cela m’a aidé à garder les pieds sur terre.

A l’époque de votre participation, qu’est-ce qu’ évoquait le concours pour vous ? C’est un programme que vous suiviez ?

Ah oui ! C’était un rendez-vous. Les samedis, toute la famille était réunie chez ma grand-mère et nous attendions le concours de l’Eurovision, parce que c’était vraiment l’émission de variétés la plus importante, avec les musiciens et les artistes qui chantaient dans leur langue originale. C’était incroyable ! On ne voyait pas ça tous les jours. Je me souviens que mes parents et ma grand-mère jouaient aux juré.e.S. Chaque fois qu’on écoutait un représentant chanter, on faisait des commentaires. “La France c’est génial … mais l’Allemagne aussi !”. C’étaient de belles soirées, et de très agréables souvenirs.

Vous avez eu en plus la chance de connaître la victoire en tant que belge quelques années avant votre participation !

Oui !

Gardez-vous des souvenirs de l’édition 1986 ?

De Sandra ? Ah oui ! Sandra avait quand même réussi à gagner l’Eurovision. Moi, j’étais fan de Sandra ! Je me souviens l’avoir croisée plusieurs fois lors de spectacles, et d’avoir toujours ce regard qui disait « Waouh ! Elle a gagné l’Eurovision ! ». J’ai toujours eu une admiration pour elle, parce que ce n’était pas évident de gagner un tel concours, et d’assumer cette victoire par la suite. J’ai vraiment un grand respect pour elle.

Je parle en tant qu’eurofan français qui attend la victoire de l’un.e de ses représentant.e.s et n’a jamais connu cette joie, mais vivre la victoire de son candidat, ce doit être une euphorie incroyable !

Le pays est tellement fier ! Et puis, en Belgique, nous aimons bien faire la fête ! Je me souviens qu’on entendait des klaxons, comme à la Coupe du Monde, parce ça y’est, on avait gagné ! C’était incroyable.

Vous me parliez de votre expérience heureuse du concours. Vous me disiez que vous vous rappelez de chaque instant, lesquels vous ont le plus marqué ?

J’ai beaucoup de souvenirs. C’était un plateau dans un style glacé. Je me souviens qu’à chaque passage, lors des répétitions, y compris le jour J, on nous mettait de la laque sous les chaussures pour ne pas faire de traces et éviter de glisser. Une fois coiffée, maquillée, personne n’avait plus le droit de me toucher. C’était ma mère qui me coiffait et me maquillait pour les spectacles que je faisais quand j’étais petite, mais là, personne n’avait le droit de faire quoique ce soit. Même si une petite mèche était mal mise, il fallait faire appel au coiffeur. C’est drôle, parce que j’ai l’impression de revivre le moment (rires). Je me revois encore avant de passer sur scène. Ma mère est là et me remet ma mèche des années quatre-vingts à la Dynastie. C’est un moment fort. Il y avait aussi les fameuses soirées auxquelles participaient les candidats, avec l’Allemagne le mardi par exemple. Il y avait la découverte de la carte postale, aussi. Le thème de cette année-là était le sport, et j’avais du faire du golf, du tennis et un peu de ski. Je n’avais jamais fait de golf de ma vie. Les prises ont été très comiques, surtout que toute la délégation française était présente. Et le ski alors ! Je n’étais jamais montée sur une paire de skis, donc je ne vous raconte pas (rires). On s’est bien marré. J’ai aussi une autre anecdote : j’adorais la chanteuse espagnole, Nina. Nous ne pouvions pas discuter ensemble, parce que je ne parlais pas espagnol et elle ne parlait pas français, mais les regards, les échanges, … C’était vraiment très fort. Nous étions toutes les deux parmi les favorites. Après le concours, elle était venue voir le compositeur et elle lui a dit qu’elle était quand même allée mettre des cierges pour que je tombe malade et que je n’ai plus de voix. C’était drôle, elle en riait, et nous l’avons pris en plaisantant. Ce sont des moments très forts.

C’est drôle, parce que j’ai récemment interviewé Séverine, la gagnante de l’édition 1971 pour Monaco …

(elle chantonne) « On a tous un banc, un arbre ou une rue … »

Et elle me racontait une anecdote analogue par rapport à la délégation espagnole qui, en 1971, avait essayé de saboter les autres candidats en essayant de les faire tomber malade.

(Éclats de rire) Oh la la !

En 1989, c’était la Yougoslavie qui avait gagné. Vous aviez des chansons favorites cette année-là ?

Oui. Pour moi, c’est l’espagnole qui devait gagner. J’aimais aussi beaucoup l’Irlande, et également la Suède, qui ressemblait au groupe Europe à l’époque. Je me souviens des chansons et je peux encore les fredonner. C’étaient mes trois préférés, et je pensais qu’ils allaient gagner. C’est vrai qu’on ne voyait pas la Yougoslavie aussi haut. Ils ne se montraient pas énormément, et ils ont un peu créé la surprise. Lorsque les résultats sont donnés, chaque délégation est dans son petit salon. Les cameramen rôdaient du côté de l’Espagne, de la France, de l’Irlande, car nous étions dans le même coin. Ils montraient les candidats à l’image dès qu’ils obtenaient dix ou douze points. Et nous les voyions courir pour aller filmer la Yougoslavie lorsqu’elle obtenait les douze points, parce que c’était imprévu.

Ça a été une victoire surprenante.

On ne s’y attendait pas.

Vous vous retrouvez parmi les favorites et terminez huitième. C’est un très joli résultat en soi, dans la lignée des résultats obtenus par la France entre la fin des années quatre-vingts et le milieu des années quatre-vingt-dix. Comment avez-vous vécu ce résultat final à l’époque ?

Lorsque l’on voit les points arriver, on éprouve d’abord de l’excitation. Mais quand on constate au fur et à mesure que les notes tombent, qu’on nous donne souvent deux ou trois points – je crois que c’est le Luxembourg qui m’avait donné le plus de points, huit ou dix je ne sais plus –, et qu’on ne monte plus dans le tableau, il vient un moment où je me dit que la victoire n’allait pas être pour moi. Je me souviens qu’autour de moi, l’auteur, les compositeurs, Guy Maccheoni, compositeur et chef d’orchestre Gérard Lenorman pour Chanteur de charme l’année précédente, a dit « J’ai fait mieux que l’année dernière ». Ils avaient aussi une enfant à gérer, donc le résultat a été vite pris de manière positive. Nous n’avons pas été dans un discours de défaite, parce que j’étais aussi une enfant et tout le monde a été dans la positive attitude. Franchement, cela ne m’a ni blessée, ni rendue triste, parce que je savais qu’il allait y avoir cette fameuse soirée avec tous les artistes et qu’on aurait le droit de monter sur scène. C’est vrai que j’ai dû être déçue du résultat du concours pendant deux minutes, en voyant le classement. Mais après, il y avait tellement de choses incroyables qui allaient arriver que je ne suis jamais restée sur cette défaite, mais plutôt sur le bonheur de cette semaine qui m’a énormément apporté.

C’est génial de garder ce rapport-là au résultat.

Ah oui ! C’est vrai que certains parlent de l’Eurovision comme d’une mauvaise expérience parce qu’ils sont passés à côté de moments et d’instants. C’est vrai que c’était intense. Lorsqu’il on a fêté les trente ans de ma participation l’année dernière – parce que je suis pas mal sur les réseaux sociaux et heureusement que, nous, artistes, avons cette chance-là pour partager des petits moments et échanger avec les fans –, j’avais diffusé chaque jour à partir du premier des souvenirs sur ce que je faisais ce jour-là : les répétitions, la carte postale, les différentes soirées, les moments qui m’avaient marqué.

Par la suite, quel effet le concours a-t-il eu sur votre carrière ?

Il l’a clairement boosté. À l’époque, c’était très bien vu de participer à l’Eurovision. C’est ma carte de visite. Si je n’y avais pas participé, je n’aurais jamais eu tant de portes qui se seraient ouvertes à moi. Lorsqu’on parle du concours, même aujourd’hui encore, ça impressionne. J’en parlais l’autre fois à mon boucher. Nous parlions de musique, j’évoquais de mon projet actuel, et je lui dis « Vous savez, si vous tapez Nathalie Pâque sur YouTube, vous allez avoir une surprise ! » La semaine d’après, il me dit « Mais vous m’aviez caché que vous aviez participé à l’Eurovision ! C’est fabuleux ! ». Pour tout le monde et toutes les générations, l’Eurovision représente quelque chose de grandiose.

Complètement ! C’est un marqueur incroyable malgré toutes les critiques émises par certains sur le concours.

Ah oui ! Il est vrai que j’aimais bien l’Eurovision à l’époque où les musiciens accompagnaient les interprètes, parce que j’aime chanter avec eux. C’est un moment fort de voir plusieurs artistes s’investir pour une chanson. Maintenant, on est davantage concentré sur la mise en scène et les effets, mais je trouve aussi qu’il faut avancer avec son temps. Je me souviens de l’année dernière, où je me disais « Waouh ! ». C’est une chance de pouvoir être sur scène et d’avoir cette fabuleuse mise en scène autour de soi. On n’a que l’Eurovision pour être mis en valeur de la sorte, à moins d’être un grand artiste et de pouvoir se permettre de faire une tournée avec un super producteur, prêt à investir une somme faramineuse pour la mise en scène et le décor. Il n’y a que l’Eurovision qui peut proposer cela actuellement.

C’est devenu un show incroyable. Vous avez participé à une époque où le concours commençait à évoluer sur le plan scénique, mais on en était aux débuts. Depuis vingt ans, c’est devenu une machine incroyable.

Oui ! C’est un peu dommage de perdre les musiciens, parce que c’est un cachet qui est fort. Mais je dis toujours qu’il faut avancer avec son temps. Il est vrai qu’avec le confinement et les évènements qui sont survenus, on a moins de spectacles, certains sont annulés. Je remercie le confinement parce que ça m’ouvert les yeux sur d’autres possibilités. J’ai lancé un projet avec Joe Powler, un ami proche. Ce sont des covers mises en clip, avec une création visuelle autour, dans le but de le mettre en scène et en spectacle. Il faut le diffuser au maximum sur les réseaux sociaux, parce que je pense que le spectacle va évoluer autrement avec ce qu’il s’est passé.

Vous me parlez du projet Playlist ?

Tout à fait ! Il est arrivé avec mon ami de longue date. On s’est connu sur la comédie musicale Chantons sous la pluie. Il était danseur à ce moment-là et nous avons fait deux spectacles seuls, en piano-voix, tout d’abord en 2005, avec mes propres chansons et des reprises de Ginette Reno, et ensuite avec des reprises de comédies musicales de Broadway en version française. C’était une super expérience. Il est toujours resté autour de moi. Il a fait énormément de projets. Il a été directeur artistique de l’Opéra de Dubaï et également engagé sur le projet arts et cultures de la prochaine Exposition internationale 2021. Il m’a dit que cela serait bien de créer pendant le confinement et comme j’ai un home studio, j’ai pris des chansons coup de cœur. Dans la liste, il y aura une surprise, à savoir une reprise d’une chanson de l’Eurovision. C’est vraiment une belle aventure qui commence, et on verra comment la sauce prend !

En tout cas, on a hâte de le découvrir !

C’est vraiment du fait maison. Les images sont réalisées par Joe et je me suis chargé de la voix et des chœurs. Cela a vraiment été un chouette travail. Le confinement m’a aussi donné l’envie d’écrire un livre. C’est le début, parce que je ne suis pas écrivaine, mais j’ai envie de raconter mon histoire, à savoir comment une gamine belge s’est retrouvée à représenter la France à l’Eurovision, en racontant le parcours qui m’a mené jusqu’au 6 mai 1989.

On sera ravi de le lire !

J’ai eu l’idée de l’écrire pour mes enfants. Je leur en parle, leur raconte comment c’était, mais j’ai envie de leur donner plus de détails, mes sentiments, toutes les choses que j’ai ressenties pendant ces années avant ma participation à l’Eurovision. Je me suis dit aussi que cela pourrait aussi intéresser les fans de l’Eurovision, parce que je sais qu’il y a énormément de gens qui aiment les anecdotes sur le concours.

C’est une super idée, parce qu’à ma connaissance, personne n’a écrit de livre sur son expérience du concours, et peu d’ouvrages existent sur le concours, anglophones pour la plupart.

(rires) C’est bien le confinement ! (rires)         

Vous avez pris une pause dans votre carrière au milieu des années 2000.

J’ai eu mes enfants en 2007 et 2010. J’ai fait une petite pause. J’ai eu la chance de rentrer au Parc Astérix en tant que chanteuse et comédienne. Maintenant, j’y suis chanteuse et metteure en scène. Je chante aussi les chants de Noël. Il m’a fallu une pause parce que je passais pas mal de temps en tournée avec les comédies musicales à ce moment-là, et c’est vrai que quand on part à Montpellier ou à Avignon … J’avais fait La route fleurie à Toulon avec mon fils qui avait à l’époque six ou sept mois, et ma belle-sœur était là pour le garder, mais je ne pouvais plus être à 100% sur scène et 100% mère. Il a fallu faire un choix qui a été compliqué pour moi, c’est-à-dire m’absenter de la scène pour vivre mon rôle de maman. Ça a pris le temps qu’il a fallu, mais je dois le déclic pour remonter sur scène à un ami du parc qui m’a invité à participer à une scène ouverte à Paris avec plusieurs comédiens. Il avait besoin d’une chanteuse, et m’a proposé de chanter le titre de l’Eurovision, ainsi qu’un autre de mon choix. J’ai dit oui de manière amicale, pour lui faire plaisir. Quand je me suis retrouvée sur la scène de cette toute petite salle, il y a eu ce feu qui s’est redéclenché et je me suis dit « Waouah ! Mais qu’est-ce qu’on est bien sur scène ! ». Ça m’avait manqué. Je l’expliquais à mon grand et il a dû voir mes yeux puisqu’il m’a dit « Maman, tu sais, maintenant, on est grand, tu peux monter sur scène ». Je pense que si mon fils ne me l’avait pas dit, je ne serais pas remontée sur scène. J’ai remis en marche des projets, d’abord des concerts acoustiques avec deux musiciens, sur Paris et en Belgique. J’ai rencontré ensuite des musiciens de jazz et on a fait le projet On n’oublie rien … Ça s’est remis en route logiquement. Je suis heureuse, car mes enfants ont maintenant dix et treize ans et, bien sûr ils ont besoin de leur maman, mais je me permets maintenant cette petite réaction pour pouvoir vivre pleinement de ma passion et ma vie.

On a hâte de vous revoir sur scène !

Le projet Playlist va permettre de redynamiser, parce que les spectacles manquent énormément, que ce soit pour nous les artistes, mais aussi pour le public. Une fan belge qui me suit depuis de nombreuses années s’impatientait de revoir les artistes sur scène, mais c’est compliqué de lancer des projets. J’ai un projet d’EP de six titres inédits, mais n’ayant pas de producteur, j’aimerais lancer une cagnotte comme je l’ai fait pour le projet On n’oublie rien … Mais les conditions sont tellement difficiles pour tout le monde que je ne peux pas me permettre de demander de l’argent aux gens, et même s’ils ont envie de voir ce projet aboutir, je ne pense pas qu’ils réagissent comme ils l’ont fait pour l’album On n’oublie rien …, en tout cas pas pour le moment. Ce projet-là est présent dans ma tête, et le compositeur et arrangeur se tient prêt dès que je donne le feu vert. Mais il faut des moyens derrière et pouvoir tout gérer. Avec Joe, nous avons réalisé notre projet Playlist avec notre cœur. Nous avons créé chacun de notre côté et nous nous sommes lancés dans cette aventure. On s’est amusé, parce que je prenais mes chansons coups de cœur, je les enregistrais et je les envoyais, sans que Joe ne sache quelles chansons j’avais choisi. À partir de là, il travaillait sur le visuel, et puis il me renvoyait ses créations sans que je ne sache ce que ça allait donner ! C’était bien. Nous échangions après, avons eu des surprises, étions d’accord ou pas, mais tout cela a été fait pour le plaisir. Il n’y a pas d’argent derrière et cela ne va pas en générer. Nous avons le projet de le monter en spectacle, pas maintenant, mais quand nous le pourrons,. Pour le moment, ce n’est qu’un cadeau pour les fans, pour les amis, pour nous également, et nous verrons où cela nous mènera.

Ces dernières années, des titres vous ont particulièrement marqué au concours ?

Cette année, j’ai adoré le titre de Daði Freyr (Elle chante) « Baby I can’t wait to know … ». J’ai adoré ! J’essaie de suivre le concours chaque année, d’autant plus que mes enfants aiment bien le regarder aussi et que si nous sommes à la maison le soir de l’Eurovision, nous le suivons. Cette année, c’était un peu particulier, et comme je ne savais pas s’il allait avoir lieu, je ne l’ai pas vraiment suivi, et Joe m’a envoyé cette chanson-là un mois après Eurovision : Europe Shine A Light en me disant qu’il l’adorait et en m’invitant à l’écouter. C’était le fameux clip, que j’ai adoré, avec le visuel, e fait de ne pas se prendre trop au sérieux, la qualité du son, super actuel et électro, et puis Daði qui est un véritable artiste – parce que je suis allé voir ses différentes chansons et ses reprises par la suite. C’est quelqu’un que je suis, parce que j’aime beaucoup cet artiste. J’ai également beaucoup aimé le portugais de 2017, Salvador Sobral, que je suis sur les réseaux sociaux. J’ai vu qu’il avait fait un spectacle sur Jacques Brel, alors que j’ai sorti un coup de chapeau à Jacques Brel en version jazz en CD en 2019. C’est quand même marrant que que deux artistes de l’Eurovision fassent des reprises de Jacques Brel. Ce serait bien de le contacter : peut-être pourrions-nous faire un duo virtuel (rires). Ce serait cool !

Vous avez connu cette période où les pays francophones réussissaient au concours. C’est plus compliqué pour la France ou la Belgique malgré du mieux ces dernières années, les résultats ne suivent pas. Pourquoi selon vous, et quelles solutions verriez-vous pour qu’on vise la victoire ?

(Rires) Alors là, je ne suis pas devin ! Ce qui pourrait permettre à nos deux pays de gagner, c’est d’avoir une chanson forte. Il ne faut pas non plus se voiler la face : ce sont souvent les mêmes pays qui votent entre eux, donc il y a un peu de politique dedans. Pour moi, artistiquement parlant, je pense qu’il faut une bonne chanson, comme Amir ou Madame Monsieur, que j’avais vraiment apprécié. Je pensais qu’Amir allait gagner, parce qu’il avait une fraîcheur et qu’on retenait sa musique dès la première écoute. C’est compliqué de dire comment gagner, parce que vous imaginez, si j’avais la solution, je participerais à l’Eurovision directement avec la potion magique (rires).

À refaire, vous le referiez ?

Oui. Je l’aurais refait à l’identique, vraiment.

Et aujourd’hui, vous referiez l’Eurovision ?

Cela me travaille l’esprit. J’ai déjà eu plusieurs contacts avec des compositeurs, mais je n’ai pas encore eu la chanson oup de cœur. C’est important pour moi d’avoir une chanson qui me parle à 100%, mais franchement, pourquoi pas, parce que ce serait une autre expérience. Je pense que ça plairait aussi aux eurofans de revoir trente-et-un ans après ce qu’est devenue Nathalie Pâque, la petite jeune fille. Ce serait un beau défi.

Serait-ce pour représenter la France ou la Belgique ? (Rires)

Ooooh ! Question mystère. Tout dépend de l’auteur et du compositeur. J’ai pas mal eu d’échanges de mail avec un compositeur espagnol. Quand on sait que ce sont eux qui priment, je me dirigerais vers la chanson coup de cœur, donc peut-être que ce serait un autre pays que la France ou la Belgique, je ne sais pas. Franchement, je suis ouverte à l’un de vos projets et à cela.

Surtout que la France organise cette année une sélection nationale.

Oui, j’ai vu ça, mais nous avions une date limite pour proposer la chanson, et c’était un peu juste. Je n’ai pas encore de chanson. Il faut une chanson qui fasse Eurovision. On ne peut pas se permettre de choisir n’importe laquelle pour participer au concours. Pour moi en tout cas, c’est important d’avoir cette patte Eurovision.

***

L’actualité de l’artiste :

Comme indiqué dans l’interview, Nathalie Pâque s’est lancée dans le projet Playlist aux côtés de Joe Powler. Il s’agit de reprises chantées par Nathalie et accompagnées d’une création visuelle réalisée par Joe. Les épisodes sont diffusés sur les réseaux sociaux de l’artiste depuis le 25 septembre dernier, notamment sur sa page Facebook et son compte Instagram.

Le dernier album de Nathalie Pâque, On n’oublie rien…, est paru en 2019. Il se compose de quatorze titres de Jacques Brel.

Actuellement chanteuse et metteuse en scène de spectacles au Parc Astérix, Nathalie a le projet de réaliser un EP de six titres originaux.

Merci infiniment à Nathalie Pâque d’avoir dédié tant de temps à L’Eurovision Au Quotidien afin de nous raconter ses précieux souvenirs du concours.

Crédits photographiques : photothèque personnelle de Nathalie Pâque (image fournie par l’artiste)