Ce samedi 21 avril, a eu lieu le sixième et dernier euroconcert intermédiaire : l’Eurovision PreParty de Madrid. C’est donc dans la capitale espagnole que nos participants 2018 ont terminé leurs tournées promotionnelles. Ils se retrouveront tous à Lisbonne, le week-end prochain, pour les répétitions de cette soixante-troisième édition de l’Eurovision.

Dans l’attente de ce moment suprême, voici la compilation des prestations, grâce à EurovisionSpain. J’y ai ajouté mes petits commentaires personnels (qui n’engagent que moi), en me montrant plus concis pour les artistes déjà entendus à RigaLondres, Moscou,Tel Aviv et Amsterdam.

Albanie – Eugent Bushpepa – Mall – première demi-finale

C’est vraiment dans ce genre de circonstances qu’Eugent donne le meilleur de lui-même : des concerts où il est proche du public, où la lumière et la caméra se concentrent sur lui et où l’on n’entend plus que son incroyable voix. Il serait intéressant pour lui de recréer la même atmosphère sur la scène de l’Eurovision, de sorte que les téléspectateurs puissent s’imprégner du personnage, de l’interprète et de son talent. À Lisbonne, Eugent nous offrira certainement une prestation aussi excellente vocalement que celle-ci. Reste l’inconnue majeure de cette équation albanaise : Mall plaira-t-elle au plus grand nombre ? Nous, Eurofans, savons que c’était l’un des meilleurs choix possibles cette année et qu’à l’aune des précédentes tentatives albanaises, ce morceau est une proposition intéressante. Sera-ce suffisant ? À mon avis, non. Je pense qu’Eugent restera en demi-finale. Ce sera fort dommage et fort triste, car il est un artiste de premier ordre. Mais la première demi-finale compte au moins dix chansons plus mémorables et plus épiques que Mall. Je vois bien l’Albanie terminer douzième ou treizième.

Arménie – Sevak Khanagyan – Qami – première demi-finale

Le constat est sensiblement le même pour l’Arménie. L’on ne louera jamais assez le talent et le professionnalisme de Sevak. Vous avez été nombreux à le souligner : nous avons droit cette année à des interprètes de qualité. Fini le temps des casseroles et des amateurs. Nous pouvons y compter : à Lisbonne, Sevak chantera aussi parfaitement qu’il l’a fait à Madrid, Amsterdam ou Moscou. Sa voix incroyable et sa présence scénique séduiront bien des oreilles et des cœurs. Mais en sera-t-il autant de Qami ? À nouveau, j’en doute. Il s’agit d’une ballade classique, très classique, trop classique. Aucune nouveauté dans ces trois minutes, bien tournées, certes en arménien, mais qui n’apportent rien à l’Eurovision. Vous me direz : attention, c’est l’Arménie, un pays qui aspire facilement les votes. Vous auriez raison. Si Sevak se qualifie, je ne tomberais pas de ma chaise. S’il se qualifie au détriment de la Suisse ou de la Macédoine, je crierais à l’injustice, mais je me résignerais. Et si Sevak ne se qualifie pas, j’y verrais un signe intéressant pour l’avenir du Concours : la recherche de plus d’audace et de surprise par les jurés et les téléspectateurs.

Royaume-Uni – SuRie – Storm – finale

Comme certains d’entre vous, je pense que SuRie mériterait une place honorable en finale. Finir dernière serait une injustice, un camouflet tant la représentante britannique est formidable. Pas seulement sur le plan artistique, mais aussi sur le plan humain. Voilà une interprète extrêmement talentueuse, doublée d’une très belle personne. Son charisme, sa gentillesse et son sens de l’humour auront fait d’elle l’une des stars de cet Eurovision 2018. Ici, elle démontre une fois encore à quel point elle chante magistralement bien. Quelle douleur, quelle pitié qu’elle se soit choisi une soupe pareille. J’en pleure en rédigeant ces lignes. Storm est un morceau pâle, insipide et sans relief. C’est une barquette de surgelé industriel à réchauffer au micro-ondes. C’est sans comparaison aucune, ni avec le niveau de la production musicale britannique actuelle, ni avec les meilleures propositions de cet Eurovision 2018. Qu’attendre ? Qu’espérer ? Pas grand chose ni des jurés, ni des lambdas, qui découvriront SuRie pour la première fois. Reste un espoir : que les Eurofans se mobilisent et lui attribuent quelques votes d’amour. À titre personnel, je me verrais bien lui envoyer un ou deux votes de soutien, ne fut-ce que pour la remercier des moments formidables passés en sa compagnie.

Monténégro – Vanja Radovanovic – Inje – deuxième demi-finale

La série continue. Autre pays, autre concurrent, autre interprétation parfaite. Vanja nous l’a prouvé à chaque euroconcert : il est un excellent chanteur. Il démontre ici à nouveau l’entendue de ses capacités vocales. À chaque fois, j’apprécie sa voix et sa justesse. Et sans doute qu’il y a dix ans de cela, j’aurais adoré Inje, autant que j’ai adoré Lejla ou Rijeka Bez Imena. Mais voilà, c’était il y a dix ans ! Depuis, je suis passé à autre chose et j’ai comme l’impression que l’Eurovision aussi. Les chansons gagnantes de ces dix dernières années nous le prouve : les téléspectateurs aiment le changement et la diversité. De Molitva à Amar Pelos Dois, nous avons parcouru tous les genres. La ballade balkanique a connu ses plus belles heures dans les années 2000. Elle a gagné en 2007 et selon moi, tiré ses derniers feux avec Adjo en 2014. À présent, en 2018, nous avons fait le tour de la question. Zeljko Joksimovic lui-même a tourné la page. À charge des auteurs et interprètes des Balkans de se renouveler et de proposer des alternatives plus actuelles, plus audacieuses. Quant à Vanja, il n’y a guère d’illusion à se faire sur son sort, je le crains : il restera en demi-finale. Triste en soi, mais inévitable.

Moldavie – DoReDos – My Lucky Day – deuxième demi-finale

Qu’on apprécie ou pas leur chanson, il faut leur reconnaître talent, professionnalisme, bonne humeur et investissement personnel. On voit bien où les DoReDos veulent en venir : réitérer l’exploit de l’an dernier et être décoré par le président de la République. Je doute qu’ils y arrivent. Certes, sur le plan vocal, ils sont en harmonie parfaite. Chacune de leur prestation a été un sans faute. On devine qu’ils ont répété longuement et durement pour atteindre ce niveau d’excellence et de facilité. On sent qu’ils ont parcouru un chemin escarpé et épineux pour remporter la sélection moldave, s’envoler pour Lisbonne et réaliser leur rêve. Certes, MLD est une chanson imparable dans son genre, entraînante, drôle et légère. Son rythme, sa facilité, ses aspects enjoués conquerront des téléspectateurs partout en Europe et permettront certainement à la Moldavie de se qualifier. Mais cela s’arrêtera là, MLD étant terriblement industrielle, manufacturée et sans profondeur. Cela crie Philipp Kirkorov à chaque seconde et cela n’est guère un compliment. Je m’en tiens au final à mon analyse : deux qualifications consécutives pour la Moldavie pansera bien des blessures. L’an prochain, il faudrait tout de même que la télévision moldave se dégote des auteurs plus pointus et plus actuels.

Islande – Ari Ólafsson – Our Choice – première demi-finale

Encore trois minutes à pleurer… C’est désolant de voir pareil interprète porter pareille chanson. Ari est exceptionnel, lui aussi. Une voix à nul autre pareil… Pour son dernier euroconcert, il livre une prestation vocale digne des plus grands. Quelle tristesse de contempler dès à présent son inévitable élimination, le 8 mai prochain. Car OC n’a pas le niveau, surtout pas dans cette redoutable première demi-finale. Ce n’est pas de la chanson, c’est de la chansonnette. À pleurer, vous dis-je… La télévision islandaise devrait se réveiller de toute urgence. Sa formule ne fonctionne plus. Il faut impérativement qu’elle mette la main sur des auteurs plus au fait des réalités musicales contemporaines. Des auteurs qui oublient l’Eurovision pour ne songer qu’à écrire un tube à potentiel international. Ou alors un morceau intimiste et profond. Les deux options produisent d’excellents résultats, les dernières années l’ont prouvé. Allez, courage et rendez-vous l’an prochain.

Suisse – Zibbz – Stones – première demi-finale

Très bien, très très bien. Notre duo suisse est prêt pour Lisbonne, pour affronter cette première demi-finale et décrocher le Saint-Graal de la qualification. La pression est intense, mais ils ont les épaules assez fortes pour y résister et s’imposer. Corinne nous livre ici sa meilleure interprétation. L’on sent qu’elle a gagné en assurance et en maîtrise. Un bon visuel et un public enflammé relèveront l’ensemble. Bref, c’est l’année où jamais pour la Suisse. Le 8 mai, c’est assuré : je voterai pour eux, parce qu’ils le méritent. Stones est une bonne chanson, bien produite et authentique. Elle devrait se démarquer entre Qami et Together. Je le concède : ce sera sans doute une qualification modeste. Je verrais bien la Suisse neuvième ou dixième. Mais peu importe : se qualifier enfin est la seule chose qui compte. Ce sera une victoire en soi. Le restant sera du bonus.

Irlande – Ryan O’Shaughnessy – Together – première demi-finale

Lui aussi ne devrait pas survivre à cette première demi-finale. Lui aussi à cause de sa chanson, trop légère, trop peu mémorable. Ryan n’aura pas démérité : il a consacré toute son énergie et tout son talent à sa candidature. Ici, vous l’entendez, il est impeccable, irréprochable. Artiste accompli, il porte son morceau avec brio. Hélas, Together est un yaourt nature sans sucre, fade et sans relief. Agréable et s’écoutant distraitement d’une oreille en reprenant du dessert ou en remplissant son verre, alors que la demi-finale touche à sa fin. Là-dessus, débarquera Eleni Foureira avec ses sequins, ses paillettes, ses bananes et ses ananas et l’on en parlera plus. Ryan, lui, doit poursuivre sa carrière et son chemin artistique, car il a du talent à revendre et encore beaucoup à offrir à son public. La télévision irlandaise, quant à elle, doit cesser de regarder vers le passé et se tourner résolument vers l’avenir. Si le Concours a mauvaise presse en Irlande et si les artistes se font tirer l’oreille pour la représenter, elle doit admettre sa propre responsabilité. À charge de son chef de délégation de faire bouger les lignes. Edoardo Grassi y est parvenu en France. Tout est donc possible…

Biélorussie – Alekseev – Forever – première demi-finale

Il faut rendre à César ce qui lui appartient : Alekseev s’est dépensé sans compter pour sa participation. Il a répété encore et encore et encore. Ses efforts ont porté leurs fruits : il signe ici sa meilleure interprétation de Forever. Sa prononciation s’est améliorée, son niveau vocal aussi. Du coup, l’ensemble est plus touchant, plus émotionnel. Bref, je suis en train de changer d’avis. La réorchestration a gommé les aspects les plus commerciaux du morceau et lui ont accordé une certaine sensibilité. Je me verrais donc bien envoyer un petit vote en faveur d’Alekseev. Tout cela complexifie au possible l’équation de la première demi-finale. Ah ça, il y aura des hurlements dans la salle et dans les salons de l’Europe entière, des pleurs, des drames et des déchirements. Et il me faudra certainement plusieurs mois pour m’en remettre…

Slovénie – Lea Sirk – Hvala, ne! – deuxième demi-finale

Elle aussi aura tout fait pour décrocher sa qualification. Elle s’y est donné sans compter et nous a prouvé une fois de plus qu’elle avait la voix, le talent et le charisme nécessaire pour accéder à la finale. En version studio, Hn déroute un peu. À la finale slovène, cela a pris plus de sens. Mais le morceau slovène s’est révélé durant les euroconcerts. Lea lui insuffle une énergie brute qui le métamorphose et l’élève. La représentante slovène est décidément l’une des plus belles révélations de cette année. Quel en sera l’impact sur les jurés et les lambdas ? Je la verrais bien décrocher son accessit grâce aux premiers. Mais au petit jeu des pronostics, je suis loin d’être un oracle… Bref, voir la Slovénie parmi les dix qualifiés me remplirait de joie et de fierté quant à l’Eurovision. Néanmoins, voir les aspirateurs à votes que sont la Russie, la Roumanie et la Pologne lui griller la priorité, me fera retrouver mon concours préféré dans ses mauvaises bonnes vieilles habitudes…

Allemagne – Michael Schulte – You Let Me Walk Alone – finale

Michael est décidément émouvant avec son histoire familiale en chanson. Le représentant allemand possède une voix parmi les meilleures. Son interprétation est à nouveau parfaite. À Lisbonne, il devrait en émouvoir plus d’un. Reste que YLMWA est un brin monotone. Au bout d’une minute, l’on a bien compris son message et sa construction. La suite est une redite. Plus qu’une autre, 2018 est l’année des interprètes de haut vol, couplés à des morceaux sans relief. Comme vous, je verrais l’Allemagne entre la quinzième et la vingtième place. Michael rentrera le front haut dans son pays natal. Je lui souhaite la meilleure carrière possible. Quant à la télévision publique allemande, elle tient une piste intéressante. Les premières phases de sélection se sont révélées probantes. Les candidats retenus étaient fort prometteurs. L’idée du camp d’écriture se tenait et les morceaux choisis étaient très bons. Entre parenthèses, YLMWA était celui qui me plaisait le moins, avec la fête à la saucisse des Voxxclubb. En revanche, la finale nationale était indigne d’une des télévisions publiques les mieux dotées d’Europe. Et le système de vote devrait être revu et calqué sur celui du Concours. À confirmer l’an prochain, mais l’Allemagne pourrait enfin sortir du tunnel.

Saint-Marin – Jessika & Jenifer – Who We Are – deuxième demi-finale

Voyons le côté positif des choses : cette participation aura permis à Jessika de gagner en prestance, en expérience et en visibilité. Depuis que je la suis, elle n’a cessé de s’améliorer. Ici, elle délivre l’une des meilleures prestations vocales de sa carrière. Mon souhait à présent est qu’elle revienne dès l’an prochain à la sélection maltaise, avec l’un de ces morceaux qui m’ont fait l’aimer, comme UltravioletHypnotica ou Fandango. Quant au reste, il n’y a rien à sauver, même pas la télévision saint-marinaise. Seule issue possible à mes yeux : revenir l’an prochain, avec une édition renouvelée, transparente, honnête, intègre et professionnelle du 1 In 360. Je suis convaincu que ce format a du potentiel et pourrait propulser la Sérénissime République sur le podium de la finale. À condition d’établir des règles justes et équitables et de les respecter. Dans l’attente, hommage à la véritable gagnante de cette déroute eurovisionesque :

Macédoine – Eye Cue – Lost And Found – première demi-finale

Elle manque quand même de coffre et de souffle, notre Marija. Or LAF  en demande beaucoup. Vocalement, le résultat est donc en demi-teinte. Honnête, mais pas renversant. Bon, mais pas assez. Au fil des euroconcerts, je contemple l’inévitable : malgré une excellente chanson, la Macédoine risque bien de rester à quai. Je la vois de plus en plus à la onzième place. Pour s’imposer, il faudrait que des ailes pousses à la voix de Marija, qu’elle atteigne les nuages dans une apothéose de notes et d’octaves. Je ne pense pas que ce sera le cas, hélas. Eye Cue me laissera donc une blessure au cœur, tant j’aime leur chanson. Ah, si c’était SuRie qui portait ces trois minutes étonnantes et remarquables… Néanmoins, j’encourage la télévision macédonienne à poursuivre ses efforts. Dance Alone et LAF sont d’excellents morceaux, parfaits pour l’Eurovision et que j’écouterai encore longtemps. Reste à trouver des interprètes plus convaincants en direct.

Espagne – Alfred & Amaia – Tu canción – finale

Alfred s’est lui aussi approprié sa chanson et ses prestations sont désormais très convaincantes. Mais la véritable star de ces trois minutes demeure Amaia. Quelle voix, quelle interprète. Elle lui vole la vedette avec son phrasé, son chant, sa tonalité chaude. J’aurais presque envie de couper son micro à lui, pour ne l’écouter qu’elle… Bref, la proposition espagnole est très réussie. Elle est ici présentée de manière simple et touchante. L’on a droit au bisou final. Ça dégouline d’amour, mais c’est le concept. Je les classerais bien quinzième ou aux alentours, car leur message est universel. Quant à la télévision espagnole, faites qu’elle se tienne encore l’an prochain à Operación Triunfo. Des Amaia, j’en veux bien tous les ans !

Hongrie – AWS – Vyszlát nyár – deuxième demi-finale

Non. Non, j’peux pas. J’peux pas, j’vous dis ! Le 10 mai, j’irai me réfugier aux toilettes pour échapper à ces trois minutes de bruit que je déteste par-dessus tout. Vz est dernier de mon classement personnel. Lorsque j’irai brûler en Enfer pour l’éternité, Satan m’obligera à écouter cette chanson en boucle. Pour moi, c’est Aina Mun Pitää version 2018. Quant à AWS, non merci. Pas pour moi, comme dirait l’autre… Là-dessus, au vu de cette opinion très tranchée, vous pouvez en être certains : ils se qualifieront. Forcément, sinon ce ne serait pas drôle… Espérons que l’an prochain, la télévision hongroise retienne des morceaux moins cacophoniques et surtout, qu’elle change son absurde système de vote.

Roumanie – The Humans – Goodbye – deuxième demi-finale

L’on y revient : voilà un groupe sympathique et aguerri, emmené par une excellente chanteuse, mais qui nous sert une soupe à l’oignon. Cristina est une grande interprète, elle le prouve avec une autre prestation vocale époustouflante. Elle pousse la note avec une facilité déconcertante et se joue des aigus à merveille. Cela ne masque point la tragique réalité : Goodbye est inintéressant au possible et n’enrichit en rien l’Eurovision. Certes, cela méritait d’atteindre la finale roumaine, mais pas plus, selon moi. Se qualifieront-ils ? Cela ne me surprendrait pas. Si c’est au détriment de la Hongrie, je la bouclerais (pour une fois). Si c’est au détriment de la Slovénie, je hurlerais à mort durant un an. Mais s’ils sont éliminés, j’en serais fort aise. Il y a plus passionnant sur le plan musical dans cette deuxième demi-finale.

Lettonie – Laura Rizzotto – Funny Girl – deuxième demi-finale

Justement, puisqu’on en parle ! Voici un morceau passionnant, captivant, dont je ne me lasserai jamais. C’est tout ce que j’aime dans l’Eurovision : de la distinction, du charme, de la sophistication, du mystère et de la découverte. FG est décidément l’une de mes chansons préférées de cette édition 2018. Et Laura, l’un de mes énormes coups de cœur. Elle a le talent et l’aura d’une star internationale. Sa prestation est à nouveau renversante. Et ses effets capillaires… Déjà cultes ! Si elle ne se qualifie pas, ce sera à désespérer de l’Eurovision.

Belgique – Sennek – A Matter Of Time – première demi-finale

Presque, presque ! Elle y est presque ! Cette prestation est mille fois supérieure à celle de Tel Aviv et encore meilleure que celle d’Amsterdam. L’on sent que notre Sennek nationale a bien analysé ses interprétations et en a tiré les leçons. Elle l’avoue elle-même dans ses interviews : elle nage en eaux inconnues et doit s’adapter à ses nouvelles conditions d’interprétations. Soyons honnêtes : il y a encore quelques ajustement à effectuer sur les notes les plus aiguës du refrain, mais la perfection est à portée de main. Une semaine de répétitions intensives à Lisbonne l’aidera à polir ses effets et à en mettre plein les oreilles des téléspectateurs. Je vous l’avoue : elle m’a causé une grande frayeur et j’ai vu l’abîme s’ouvrir sous nos pieds. Mais à présent, je suis rassuré, voire confiant : la qualification nous tend les bras. Faites le ciel que Sennek ne se prenne point les pieds dans le tapis…

France – Madame Monsieur – Mercy – finale

Emilie est de retour, avec bonheur. Nos représentants français se montrent à nouveau souverains. Quoi qu’il arrive, le 12 mai, ils auront porté avec honneur et excellence leur candidature. Et au fond, peu importe qu’ils gagnent ou pas. Ils auront contribué à asseoir la réputation du Concours en Francophonie, sa crédibilité, sa pertinence et son intérêt. Ils auront aussi transformé Destination Eurovision en réussite télévisuelle, artistique et commerciale. La France, France Télévisions, les Eurofans francophones, notre communauté et notre site devront beaucoup à leur participation, tant ils auront suscité l’enthousiasme et la ferveur autour d’eux. À titre personnel, j’étais sceptique au possible. Puis, je me suis laisser emporté par la vague. Je persiste et signe : je les vois gagner, dans la lignée de Salvador et Jamala.

Portugal – Cláudia Pascoal – O jardim – finale

Le positif : Cláudia. La chanteuse confirme les raisons de sa victoire au Festival da Canção. Elle est une interprète de talent,  à la voix remarquable. Je lui souhaite d’enfin percer sur la scène portugaise et de devenir une artiste reconnue et populaire. Sa prestation est aussi réussie qu’à la finale portugaise. Elle succédera donc avec bonheur à Salvador Sobral et fera honneur au pays-hôte de cette édition 2018.

Le négatif : O jardim. Vous n’en serez pas surpris : ce n’est vraiment pas ma tasse de thé. Aucune des chansons du FdC n’était ma tasse de thé, de toute façon. Oj est à mes oreilles, un puissant somnifère musical. Je me résigne : la télévision portugaise ne changera plus de formule. Cinquante autres années de ballades traditionnelles portugo-portugaises nous attendent. Cela va être long (surtout vers la fin)…

Conclusion : 100% portugais. Les amateurs du genre, qui avaient porté aux nues Amar Pelos Dois, seront ravis. Les autres prendront leur mal en patience. Les talents combinés de Cláudia et d’Isaura permettront certainement au Portugal de figurer en bonne place du tableau final. Tant mieux, tant mieux. Rien n’est plus terrible qu’un pays-hôte qui termine à la dernière place avec un “nul point”. Là-dessus, j’épinglerais un commentaire qui m’aura surpris et causé un immense fou-rire : “C’est quand même meilleur que l’an passé !” Confondant, paradoxal et tellement vrai…

 République Tchèque – Mikolas Josef – Lie To Me – première demi-finale

Mikolas me fait décidément penser à ces excellents élèves, trop sûrs de leurs capacités et qui se reposent sur leurs lauriers. Autant sa prestation à la finale ukrainienne m’a renversé, autant ses prestations aux euroconcerts m’auront laissé sur ma faim. C’est la désinvolture élevée au rang des beaux-arts. À titre personnel, je vois un chanteur qui se contente du minimum syndical, car ce n’est pas encore le moment crucial, l’examen de fin d’année, le jugement clé. C’est vrai, mais est-ce bien professionnel ? Du coup, je suis refroidi. Et résigné : il va nous ramener son p***** de sac à Lisbonne, vous verrez ! À nouveau, seules ses trois minutes à l’Altice Arena compteront. Heureusement pour lui, car s’il fallait faire la moyenne…

Conclusion

Voilà la période intermédiaire et ses euroconcerts déjà terminés ! Le temps passe décidément trop vite, surtout en votre compagnie ! Ce concert madrilène aura été une excellente édition. L’enthousiasme des Eurofans espagnols y aura été pour beaucoup. Ils se déplaceront en masse à Lisbonne, cela devrait donner du relief aux prestations de nos concurrents 2018. Rien n’est plus terrible qu’un public apathique et mou.

Que tirer comme conclusion générale de ces semaines de promotions ? Qu’il vous faudra prévoir un défibrillateur à côté de votre télécommande, car le suspense s’annonce apoplectique. L’on peut s’attendre à tout, même au plus terrible, même au plus incroyable, même au plus révoltant. Mais n’est-ce pas pour cela que nous apprécions tant l’Eurovision ? Pour sa capacité à nous procurer des émotions fortes ? Et c’est là un aspect que ses détracteurs ne comprendront jamais…

Alors quel seraient mes pronostics à titre personnel ? Selon ce que j’ai vu et entendu au fil de ces six semaines, je verrais se qualifier :

  • pour la première demi-finale, l’Autriche, la Belgique, la Biélorussie, la Bulgarie, Chypre, l’Estonie, la Finlande, la Grèce, Israël et la République Tchèque. Et c’est là que je m’aperçois qu’il n’y a plus de place pour la Suisse… Quel sanglant casse-tête…
  • pour la deuxième demi-finale, l’Australie, le Danemark, la Hongrie, la Lettonie, la Moldavie, la Norvège, les Pays-Bas, la Suède et l’Ukraine. Et cette fois, il me reste une place vacante. Elle aurait été parfaite pour la Suisse… Elle sera, à mon avis, prise par un aspirateur à votes, sans doute la Russie…

Quant à la victoire finale, cela devrait se jouer entre la France et Israël. Ce qui m’a amené à réfléchir quant à l’avenir. Si Israël l’emporte, l’organisation du Concours 2019 sera rien moins que simple. Nous sommes d’accord : cela ne doit en rien influencer notre manière de voter, ni porter ombrage aux chances de Netta. N’empêche : la télévision publique israélienne est une structure précaire, non encore membre de l’UER, au budget restreint et aux ressources limitées. Quant à la perspective d’organiser tout ce tintouin à Jérusalem… Le Ministère belge des Affaires étrangères nous y recommande la plus grande prudence et nous déconseille même de mettre les pieds dans la vieille ville. Voilà qui nous promet bien des nuits blanches en cas de victoire de notre amie au looper…

Soit. Mettons de côté ces pensées et profitons au mieux de notre mois de mai. Je vous le souhaite le meilleur possible. Nous nous retrouverons ce dimanche pour le début des répétitions ! Plus que six jours à patienter ! À très bientôt !

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