Ce jeudi 5 avril, a donc eu lieu le deuxième des euroconcerts intermédiaires : l’Eurovision Party de Londres. Comme pour la PreParty de Riga, voici la compilation des prestations, grâce à nos amis d’EscKaz. J’y ai ajouté mes petits commentaires personnels (qui n’engagent que moi), en me montrant plus concis pour les artistes déjà entendus à Riga. Vous noterez qu’Eugent Bushepa n’a pu se déplacer.

Australie – Jessica Mauboy – We Got Love – deuxième demi-finale

Le positif : Jessica a pris la peine de se déplacer jusqu’à Londres. Cela prouve son engagement et sa motivation. Et l’on voit clairement qu’elle est heureuse d’être là. Respect ! Là-dessus, elle communie bien avec le public et donne vie à son morceau. Présence scénique, sourire, charisme, tout y est. WGL est clairement un morceau de scène. En studio, c’est appréciable, mais un brin linéaire. En direct, cela prend vie et emporte les spectateurs.

Le négatif Côté vocal, ce n’est pas encore le nirvana. Le début manque de puissance, le final donne dans la fausse note. Le mitant est plus réussi. Tout se jouera dans la constance pour Jessica. Je ne suis pas non plus fan de ses mimiques. La grimace faciale “je-suis-tellement-heureuse-et-humble-et-reconnaissante-que-j’en-chialerais-devant-vous” m’a fait lever les yeux au ciel. Néanmoins, détails que tout cela. À Lisbonne, avec la mise en scène de SJB, la présentation devrait être plus télégénique.

Conclusion : Trois minutes australiennes appréciables. À mon sens, Jessica devrait se qualifier en finale et finir à une belle place. Pour aller plus loin, il manque à WGT un grain de folie, du piment, de l’originalité, bref un truc en plus. Le morceau est trop lisse et consensuel.

Autriche – Cesár Sampson – Nobody But You – première demi-finale

Le positif : Quelle voix ! Voilà ce qui retient immédiatement l’attention : la voix grave, chaude, magnétique de Cesár. Le chanteur livre une impeccable prestation vocale, quasi identique à la version studio (malgré des conditions phoniques et techniques plutôt médiocres). La délégation autrichienne peut dormir sur ses deux oreilles : Cesár portera avec honneur les couleurs autrichiennes. NBY est un excellent morceau, solide, efficace, porteur. Bref, l’Autriche tient le bon bout.

Le négatif : Cesár a intérêt à se trouver des choristes de premier ordre pour porter le refrain. C’est mon seul doute actuel. Quant au reste, NBY est comme If Love Was A Crime ou Beautiful Mess : cette chanson n’a pas besoin d’une mise en scène renversante ou d’accessoires dingos pour s’imprimer dans les mémoires.

Conclusion : Voilà qui mériterait clairement la finale. NBY opère une subtile synthèse entre gospel et contemporain, de quoi plaire à beaucoup. Cesár est l’un des meilleurs interprètes masculins de l’année. À mon sens, il jouera sur du velours à Lisbonne. Une belle présentation visuelle et le tour sera joué.

Allemagne – Michael Schulte – You Let Me Walk Alone – finale

Le positif : Un autre interprète de qualité, pour une autre prestation vocale impeccable. Ces trois minutes égalent celles de la finale allemande. Michael est intense dans son interprétation. L’on sent l’authenticité, le vécu, l’émotion. L’on sent que tout cela vient du cœur. YLMWA est un beau morceau, touchant, qui émouvra tous ceux qui ont perdu leur père ou qui aime fort le leur. Clairement, l’Allemagne joue la carte du message et des sentiments. C’est beau et cela les sauvera d’une nouvelle dernière place.

Le négatif : Formellement, il n’y a rien à reprocher à Michael, ni à YLMWA. Un chanteur de talent, une ballade qui met la larme à l’œil… Et pourtant, je m’ennuie vaguement durant trois minutes. Inexplicable, car, vous le savez, j’adore la ballade lituanienne, qui est du même acabit. Mais ici, non. Pourtant, j’aime mon père…. Mystère des goûts et des couleurs…

Conclusion : Heureusement pour Michael et pour l’Allemagne, je ne suis pas le seul à voter. YLMWA trouvera son public. L’Allemagne peut espérer une place acceptable en finale. Moi, j’attendrai patiemment le pays suivant. Vous, si vous aimez, votez. Comme ça, tout le monde sera content.

République Tchèque – Mikolas Josef – Lie To Me – première demi-finale

En voilà un par contre pour qui je dépenserai tout mon forfait ! À condition qu’il se donne la peine de chanter durant ses trois minutes lisboètes… Ici, Mikolas nous offre le minimum syndical. Sa prestation londonienne n’entrera pas dans les annales de l’Eurovision. C’est d’une désinvolture… Et puis, ce sac à dos… LTM atteint la perfection pop et Mikolas est un remarquable interprète… quant il s’en donne la peine. Bref : attention à ne pas céder à la facilité, à croire que tout est acquis. La première demi-finale n’admettra aucune erreur, aucun relâchement, aucune insouciance. Mais enfin, j’imagine que Mikolas est venu à Londres pour s’amuser et profiter de sa soirée, et qu’à Lisbonne, il sera au sommet de son art.

Danemark – Rasmussen – Higher Ground – deuxième demi-finale

Le positif : Rasmussen est décidément habité par sa chanson. Encore un artiste en parfaite adéquation avec son morceau. Par ailleurs, une excellente prestation vocale, du niveau de la version studio. Meilleure même que celle de la finale danoise, où Rasmussen semblait nerveux (mais qui ne l’était pas, ce soir-là ?). Quant à HG, c’est typiquement le genre de morceau qui prend vie dans les conditions du direct et qui emporte le public dans la salle et devant ses écrans.

Le négatif : Rien à redire quant à Rasmussen. Il est professionnel en tout aspect. Certes, il surjoue un peu le côté “Viking-viril-qui-se-lave-tous-les-matins-à-l’eau-froide”, mais cela colle au morceau. Justement, le morceau. C’est du Roger Pontare à peine remis au goût du jour. HG a été écrit en pensant au Melodifestivalen. Cela s’entend : c’est de la musique suédoise télévisuelle. Sorti de la bulle de l’Eurovision, HG n’aurait aucune chance de survie commerciale.

Conclusion : Si le sort l’avait placé dans la première demi-finale, Rasmussen aurait galéré du drakkar pour se qualifier. Dans la deuxième demi-finale, un vent de votes devrait lui gonfler les voiles. À mon avis, nous retrouverons le Danemark en finale. Ce seront trois minutes très eurovisionesques, mais à mes yeux, peu pertinentes sur le plan musical. Un plaisir d’eurofan, qui touchera quelques lambdas supplémentaires. Attendez-vous à le voir resurgir dès le lendemain dans les bêtisiers, en mode “les-Danois-envoient-un-Viking-l’Eurovision-n’est-qu’un-cliché”.

France – Madame Monsieur – Mercy – finale

Je ne m’étais encore jamais exprimé publiquement sur nos représentants français et leur morceau. C’est donc le moment de vérité.

Le positif : Tout d’abord, la chanson. Mercy est une composition pile-poil dans l’air du temps. C’est contemporain, bien produit, authentique, issu d’une collaboration harmonieuse. Trois excellentes minutes doublées d’un message. Et vous le savez : désormais, à l’Eurovision, le message, le symbole, l’enjeu sociétal est tout. Dans cette perspective, Mercy coche toutes les cases et devrait plaire au plus grand nombre. Ensuite, Madame Monsieur. Deux grands artistes, tout aussi authentiques et dans l’air du temps que leur chanson. Excellente prestation vocale, égale aux précédentes et à la version studio. Et là aussi, supplément d’âme indispensable : ils s’aiment et cela se voit. Les deux aspects réunis, il y a de quoi emballer des jurés portugais, des ménagères ukrainiennes, des prépubères maltais, des retraités géorgiens et des bobos néerlandais. Sans compter l’ensemble des eurofans, des francophones, des francophiles et des lambdas qui votent pour faire passer un message au monde.

Le négatif : Je ne vois rien à reprocher, ni à enlever à ces trois minutes. À nouveau, Mercy est une proposition qui se tient toute seule. Nul besoin d’artifice, de réalité augmentée, de mise en scène élaborée, de costumes pailletés, ni de roue de hamster.  C’est eurovisionesquement parfait. Vous me direz : il y a un “mais”. Bien entendu ! C’est cependant un “mais” tout personnel : je trouve les paroles sentimentalistes et vaguement cucul… Voilà, voilà…

Conclusion : À titre personnel, je ne voterai donc pas pour la France, parce que Mercy suscite en moi un inexplicable embarras. J’en suis pourtant intimement et profondément convaincu : c’est là la chanson gagnante de cette année. Oui, plus le temps passe, plus cette évidence s’impose à mes yeux : la France a la main sur le Micro de Cristal. Mercy porte un message universel. Or, le public de l’Eurovision s’est révélé fort sensible, par le passé, à cet aspect du Concours. Bref, les étoiles me semblent alignées pour une victoire française.

Finlande – Saara Aalto – Monsters – première demi-finale

Le positif : Après sa très réussie prestation à la finale lituanienne, Saara rassure ses fans. Oui, elle est capable de chanter son morceau sans faiblesse, ni fausse note. Elle nous offre ici trois minutes d’excellente facture vocale. Cette part-là du contrat est remplie. L’autre l’est également : Monsters est un très bon morceau, contemporain, entraînant, mémorable. Bref, trois minutes réjouissantes et bien fichues, qui permettront à la Finlande de redorer son blason.

Le négatif : Curieusement, je ne suis pas fan des danseurs nus. Cela hurle trop “cliché gay”. C’est d’ailleurs un écueil que j’éviterais. Oui, Monsters est destiné au public LGBT. Mais il ne faudrait pas s’y limiter. La présentation aurait avantage à jouer l’universalité. À nouveau, comme à la finale lituanienne : sobriété, efficacité, modernité.

Conclusion : Avec Saara et Monsters, la Finlande joue sa meilleure carte au Concours depuis 2014.  Une fois encore, il y a la chanteuse, le morceau et l’histoire derrière. Le parcours personnel et professionnel de Saara, sa popularité établie dans les pays scandinaves et anglo-saxons, son professionnalisme et son expérience, le message véhiculé porteront l’ensemble en finale, selon moi. Et dans ce cas, une bonne place devrait suivre.

Saint-Marin – Jessika & Jenifer – Who We Are – deuxième demi-finale

Le positif : Jessika est une autre représentante investie dans son rôle et son morceau. Elle livre ici une prestation scénique intense et habitée. L’on sent qu’elle réalise le rêve de sa vie et qu’elle se livre toute entière. De même, Jenifer impressionne par ses capacités vocales. Toutes deux semblent en harmonie. Quant à WWA, c’est l’un des meilleurs morceaux proposés par Saint-Marin à l’Eurovision…

Le négatif : …ce qui n’est pas très difficile, vu le niveau des dernières propositions de la Sérénissime République. Soyons francs quant au reste : l’ajout du rap et de Jenifer est une idée idiote, qui détruit l’équilibre de WWA et le tire vers le bas. Notez que cela n’aurait pas mieux marché avec Irol… Bref, un beau gâchis musical. Quant à Jessika, vocalement, elle s’égare. Au lieu de vouloir passer en force, de se briser la voix et de se contorsionner sur scène comme si elle était à Saint-Médard, elle devrait en revenir à plus de sobriété et de statisme. Cela lui permettrait de mieux contrôler sa justesse et d’éviter les brisures et les fausses notes.

Conclusion : Ce 1 In 360 aura décidément été une opportunité manquée. Wiwibloggs a souligné dans un article très intéressant (et sur lequel Pascal avait attiré votre attention) que cette sélection saint-marinaise avait été parasitée par l’amateurisme et les conflits d’intérêt. En voilà le résultat : trois minutes cacophoniques qui passeront à la trappe en demi-finale. Alors qu’il y avait, rappelons-le, de quoi offrir au micro-état le meilleur résultat de son histoire. Dramatique…

Lituanie – Ieva Zasimauskaite – When We’re Old – première demi-finale

Ieva demeure constante dans ses prestations. Elle excelle à nouveau, comme elle avait excellé à la sélection lituanienne et à l’euroconcert de Riga. À les réécouter à la suite, la parenté entre sa ballade et la ballade allemande est frappante. Mystère du cœur, de l’oreille et de l’âme, ce sont Ieva et WWO qui m’enchantent et me captivent. Par contre, je n’en démords pas : elle devrait conclure sa chanson en anglais et pas en lituanien. Reste la question de la qualification… Difficile à dire… À y réfléchir, je dirais “non”, à mon grand regret.

Monténégro – Vanja Radovanovic – Inje – deuxième demi-finale

Le positif : Vanja est un interprète professionnel et expérimenté. Il le prouve, avec cette prestation assurée et solide. Il y croit, on y croit. Inje est une belle ballade balkanique, sortie du moule classique, une formule qui a fait ses preuves. Bref, trois minutes honnêtes et bien tournées dans leur genre…

Le négatif : …mais qui n’apportent rien de rien, ni à la musique, ni à l’Eurovision. C’est anti-remarquable au possible. Certes, une formule éprouvée, hélas, usée jusqu’à la corde. Et Inje, loin d’apporter un renouveau, enfonce une porte ouverte. Quant à Vanja, il lui manque une étincelle dans le fond de l’œil, un je-ne-sais-quoi qui donnerait envie de décrocher son téléphone.

Conclusion : 2018 ne sera pas l’année du Monténégro. Le pays viendra à Lisbonne, Vanja chantera son morceau avec son talent habituel et puis, l’on n’en parlera plus. Rendez-vous l’année prochaine, si possible avec une production dans l’air du temps…

Espagne – Alfred & Amaia – Tu canción – finale

Le positif : Nouvelle prestation touchante de nos amoureux espagnols. Ils sont émouvants et ont l’air de beaucoup s’aimer. Il y a de la grâce, de l’innocence, de la pureté dans l’union de leurs voix, dans leur communion musicale. TC est une belle ballade en espagnol, un genre et une langue qui ici réunis, font mouche. À nouveau, ils y croient et on y croit. L’Espagne a elle-aussi une belle carte à jouer cette année. Tout comme l’Allemagne, elle devrait éviter le fond du classement.

Le négatif : Sur le plan vocal, Alfred reste un cran en-dessous d’Amaia. L’attraction musicale ressentie est plutôt le fait de cette dernière. Mais, évidemment, toute la dynamique repose sur leur complicité… Quant à TC, ce n’est guère une proposition soufflante et révolutionnaire. C’est gentillet et propret, sans plus.

Conclusion : Objectif “partie gauche du tableau”. Selon moi, c’est ce à quoi doivent tendre nos amis Espagnols, pour laver l’affront de l’an dernier et amorcer une transition constructive envers le Concours. Avec Alfred et Amaia, ils y arriveront. Je gage que bien des ménagères, des retraités et des prépubères seront émus par notre duo et leur histoire. Moi, je reste un peu sceptique quand même… Comme pour la chanson allemande, en fait, que je placerais dans le même panier.

Pologne – Gromee & Lukas Meijer – Light Me Up – deuxième demi-finale

Le positif : Vocalement, c’est mieux qu’à la finale polonaise. Musicalement, c’est léger, dansant, difficilement résistible. Lukas est en communion avec le public et donne le meilleur de lui-même. Trois minutes polonaises enjouées, un petit rayon de soleil musical qui n’effraie, ni ne rebute.

Le négatif : C’est léger, très léger. Lukas n’est pas l’interprète de l’année. Sa prestation demeure sur le fil. Gromee fait de la figuration. Douloureux, car des deux, c’est lui le véritable talent. Quant à LMU, cela reste un morceau impersonnel, sans profondeur émotionnelle, ni audace stylistique.

Conclusion en première demi-finale, la Pologne n’aurait eu aucune chance. En deuxième, elle pourrait tirer son épingle du jeu. Avec une bonne présentation visuelle, la qualification me semble possible. Mais en finale, il ne faudra demeure modeste. Un fond de classement ne m’étonnerait pas.

Suède – Benjamin Ingrosso – Dance You Off – deuxième demi-finale

Le positif : Décidément, les Suédois savent y faire en matière d’Eurovision. DYO est délicieusement imparable. Voilà un morceau a priori anodin, mais qui vous cueille et vous captive dès ses premières notes. Arrivés au refrain, vous êtes cuits et refaits ! Là-dessus, Benjamin surjoue la sensualité groove. Et ça marche, bon Dieu, qu’est-ce que ça marche ! Ce déhanché, ce tombé de veste, l’on aurait bien envie de le croquer. Niveau vocal, rien à redire, c’est du niveau de la finale suédoise. Notez par-dessus le marché que cela se tient, même sans la présentation visuelle innovante du Melodifestivalen.

Le négatif : Il y a beaucoup de facilités dans ces trois minutes. Heureusement, cela ne verse jamais ni dans la vulgarité, ni dans l’indigence. À part cela, je n’ai rien à reprocher à cette contribution suédoise 2018.

Conclusion : Business as usual pour la Suède… Trois minutes dans la continuité de 2015, 2016 et 2017. La qualification ne sera qu’une formalité administrative. Une cinquième place ne m’étonnerait même pas. Christer Björkman s’en sort bien au final, au vu du niveau affligeant de cette édition du Melodifestivalen. Je ne vois pas DYO gagner, mais je gage que la chanson connaîtra un beau succès commercial après le Concours.

Suisse – Zibbz – Stones – première demi-finale

Le positif : Notre duo fraternel était décidément le meilleur choix possible pour la Suisse. Leur énergie et leur présence scénique sont ici confirmées. Excellente prestation vocale, bonne communion avec le public, autre morceau qui prend vie et ampleur en direct. Stones est une très bonne chanson, actuelle et bien produite. Vraiment, tout est parfait à mes yeux…

Le négatif : …hormis le fait, extérieur et non intrinsèque, que la Suisse passe en première demi-finale. C’est là un obstacle majeur. Zibbz se serait facilement démarqué dans la deuxième et aurait pu prétendre à la qualification. En première, entre Elina, Netta, Sennek et les autres, ce sera chaud bouillant. Et c’est dommage vraiment, car il s’agit de la meilleure proposition suisse depuis Sebalter.

Conclusion : La poisse. Je ne vois que ce mot-là pour résumer la Suisse à l’Eurovision. La guigne, la déveine, la scoumoune semblent la poursuivre. C’est d’autant plus vrai cette fois-ci. La Confédération mériterait, selon moi, mille fois plus la finale que l’Azerbaïdjan, la Biélorussie et l’Arménie. Zibbz et Stones forment une proposition solide et convaincante. Je voterai pour eux en âme et conscience, avec l’espoir fou qu’ils parviennent en finale.

Bulgarie – Equinox – Bones – première demi-finale

Voilà une prestation difficile à évaluer. Je suis perdu à titre personnel. Soit toutes les voix sont interprétées en direct du début à la fin et nous tenons un très sérieux candidat à la victoire. Soit il y a du play-back là-dessous et nous tenons un éliminé surprise. J’ai lu de très nombreux avis contradictoires à ce sujet. Moi, j’entends et je vois du play-back partiel, spécialement de la part de Zhana. Dans le doute, je m’abstiens de poser un avis définitif. Nous verrons lors du prochain euroconcert.

Royaume-Uni – SuRie – Storm – finale

Le positif : SuRie est l’attraction principale de ces trois minutes. Voilà une interprète brillante, qui mérite vraiment d’être cette année sur le devant de la scène. Sa voix est captivante, au-delà de sa personnalité désopilante. La chanteuse livre ici une nouvelle prestation parfaite, aussi excellente que lors de la finale britannique.

Le négatif : SuRie a gagné son ticket pour Lisbonne, grâce à sa voix, sa maîtrise, son charisme. Juste pour cela, car sa chanson est d’une banalité affligeante. C’est un copier-coller de clichés eurovisionesques entendus mille fois. La version définitive n’élève en rien un ensemble qui entre par une oreille et ressort par l’autre. Le talent de SuRie aurait mérité un morceau épique et mémorable comme… City Lights, justement. Là, là, elle aurait pu prétendre au podium.

Conclusion : Si seulement Asanda avait eu l’expérience et la bouteille de SuRie. Si seulement SuRie avait eu un morceau aussi marquant que Legends. Mais impossible de réécrire l’histoire de l’Eurovision… Quant à moi, je trouve que SuRie est une candidate parfaite à tout égard et que Storm est un morceau taillé pour le fond du classement. Ni originalité, ni authenticité, ni dernière place tout de même. Je pronostiquerais une vingtième place. Nos amis Britanniques hurleront encore que c’est la politique qui s’en sera mêlée. Non, juste non. C’est juste que la BBC est infoutue d’apparier de bons interprètes et de bonnes chansons.

Islande – Ari Ólafsson – Our Choice – première demi-finale

Le positif : Ari est, comme SuRie et à la différence d’Equinox, capable d’interpréter son morceau à la perfection, à la demande. Il l’avait prouvé durant la sélection islandaise et à la finale lituanienne. Il le prouve à nouveau ici. Sa prestation vocale est parfaite, équivalente à la version studio. Ari pousse l’aigu à merveille. Il est habité par son morceau, il ouvre son cœur et s’impose comme un chanteur de premier plan.

Le négatif : Hélas, OC ne vaut pas tripette. C’est une ballade datée et sans intérêt, déjà entendue mille fois à l’Eurovision. La musique est sans relief, les paroles sont absolument non remarquables. Bref, un immense talent au service d’une toute petite chanson. L’ensemble se fera dévorer tout cru dans cette première demi-finale digne des jeux du cirque.

Conclusion : Rageant ! Oui, c’est rageant de voir des interprètes aussi remarquables être escamotés parce que leur morceau est anti-compétitif. Si seulement Ari avait eu entre les mains un autre Beautiful Mess ou un autre City Lights ! Quant à l’Islande, elle a définitivement perdu son mojo eurovisionesque. La RÚV a intérêt à repartir d’une page blanche l’an prochain et à se livrer à toutes les audaces. Sinon, sa traversée du désert se poursuivra éternellement.

Irlande – Ryan O’Shaughnessy – Together – première demi-finale

Le positif : Ryan en est un autre, un autre de ces chanteurs talentueux, taillé pour la scène, le direct et la compétition. Il démontre à nouveau en trois minutes l’ampleur de ses capacités vocales. Sa prestation est excellente, professionnelle de bout en bout. Il est habité, inspiré et inspirant. Un très bon choix sur le plan artistique et vocal.

Le négatif : L’on ne pourra pas en dire autant de sa chanson, une autre ballade tiède et rebattue. L’Irlande se contente une fois encore du service minimum, reprenant une formule musicale qu’elle a usé jusqu’à la trame. Certes, cela a marché pour eux par le passé, mais en 2018, le public aspire à de la surprise, de la nouveauté, de l’audace ou alors à de l’émotion profonde, de l’authenticité brute, de la douleur magnifiée. Ce qui confondant est que cette proposition irlandaise 2018 ressemble comme deux gouttes d’eau à celle de l’an dernier, qui s’est vautrée lamentablement. Pourquoi persister alors dans cette voie ?

Conclusion : Comme Ari, Ryan fera partie des victimes sacrificielles de la première demi-finale. C’est extrêmement dommage en ce qui le concerne, car il est un artiste doué et méritant. Hélas, c’est inévitable en ce qui concerne sa chanson, un verre d’eau tiède insipide et fort peu excitant. La RTÉ a perdu, elle aussi, sa boussole en matière d’Eurovision. Si j’étais cynique, je leur dirais d’appeler Symphonix International…

Conclusion

Le niveau vocal est décidément excellent cette année. Ce qui nous donne un autre euroconcert fort réussi. Les candidats issus de sélections nationales ont reproduit pour l’essentiel leur prestation gagnante. Saara s’est montrée meilleure qu’à l’UMK, un grand point en sa faveur. Des candidats issus de sélections internes, Cesár et Ryan impressionnent. Jessica, moins.  Bref, voici mon classement personnel !

Médaille de bronze : Saara, pour l’efficacité, le plaisir sans arrière-pensée, un peu pour elle en tant que personne. Trois minutes eurovisionesques drolatiques et imparables.

Médaille d’argent : Benjamin, sensiblement pour les mêmes raisons : efficacité, plaisir, personne. Trois autres minutes qui m’emballent, me font rire, danser et aimer l’Eurovision.

Médaille d’or : Cesár, pour la voix, le charisme, le professionnalisme, la profondeur du morceau, la qualité de l’interprétation, bref pour tout. Trois minutes de paradis eurovisionesque personnel.

Hors catégorie : Madame Monsieur. C’est eux ! C’est eux ! C’est eux qui vont gagner ! Je ne vois personne d’autre… Je les vois d’autant plus gagner qu’ils sont loin d’être mes favoris. Et si ça, ce n’est pas un sérieux indice…

Sondage

À votre tour de vous exprimer !

 [poll id=”942″]