C’est donc le dimanche 24 novembre prochain qu’aura lieu la dix-septième édition de l’Eurovision Junior. Depuis quelques semaines déjà, nous connaissons l’ensemble des dix-neuf chansons participantes. L’heure est venue de les évaluer et de déterminer votre préférée.

Comme d’habitude, procédons en deux temps : mon opinion, votre opinion.

LOREEN

Après sa longue pause estivale, l’automne arrivé, il est temps pour Loreen de reprendre du service. Le Junior lui sert d’échauffement en prévision d’une autre Saison bien chargée. Nous en profitons pour remercier une fois encore notre ami Antoine d’avoir conçu cet efficace outil d’évaluation et de l’avoir mis à notre disposition.

Vous prendrez garde : ceci ne reflète que l’opinion subjective et partiale du rédacteur de l’article (dans ce cas-ci, moi et rien que moi). Si vos avis divergent, exprimez-les dans les commentaires.

Vous le constaterez : Loreen aime le Junior et le Junior le lui rend bien. Les ans ont patiné ce concours Eurovision des plus jeunes et l’ont rendu qualitatif et passionnant. Cette édition 2019 s’inscrit heureusement dans cette perspective.

ChansonsCommentairesLoreen
Albanie – Isea Çili – Mikja ime fëmijëri Noël approche et Isea nous le rappelle. Mif a tout d’une ballade albanaise du FiK, de celles qui signifient fête sous le sapin pour les Eurofans acharnés. Fort logiquement, ces trois minutes donnent envie de sortir les décorations et de manger de gras rôtis avec de la confiture d’airelles. Bref, c’est très traditionnel, très, très traditionnel. Et donc attendu, voire prévisible de bout en bout. Isea chante magnifiquement bien, une remarquable interprète éclosant sous nos yeux. L’Albanie demeure une terre de chanteuses nées. Hélas, Mif, fort honnête en soi, n’est clairement pas l’étoile qui conduira son interprète au mini-Micro, faute d’audace et d’intérêt.
Arménie – Karina Ignatyan – Colours Of Your DreamKarina envoie toute la gomme dès la première note et nous prouve qu’elle aussi, est une interprète de première ordre. Néanmoins, cet envoi forcé rebute un brin : l’on y sent une démonstration académique, voire une tentative d’esbroufe. D’autant plus artificielle que sans rapport avec la suite de COYD, morceau plutôt pop et dansant, bien tourné et produit. La composition est intéressante, le refrain rentre dans l’oreille, l’ensemble est réussi. Il lui manque néanmoins un petit effet remarquable, un je-ne-sais-quoi d’amusant ou d’émouvant, pour décrocher la timbale. Au final, une belle proposition, mais la concurrence propose mieux encore.
Australie – Jordan Anthony – We Will RiseNouvelle proposition prosaïque de l’Australie… La délégation s’est trouvé une formule toute faite et la répète année après année. Seul le titre et l’interprète varient. Jordan Anthony est tout aussi brillant que ces prédécesseuses. Sa chanson, tout aussi léchée et bien produite que les précédentes. Le message demeure le même : “aie confiance en toi, petit/petite, tu iras loin”. La première fois, c’était bien sympathique. Là, nous en sommes à la cinquième et fatalement, on en ressort lassé, cassé, on en a assez. Bref, c’est bien en soi, mais cela manque d’intérêt en 2019. Espérons qu’en 2020, nous aurons droit à du neuf, de l’original et de l’osé.
Biélorussie – Liza Misnikova – PepelnyPourquoi les propositions biélorusses au Senior sont-elles inversement intéressantes à celles du Junior ? Chaque année, au Senior, la Biélorussie pèche. Chaque année (ou presque), au Junior, elle s’illustre. Pourquoi un tel abîme, alors que ce sont les mêmes personnes qui sont à la manœuvre ? Mystère que la Science résoudra dans un siècle ou deux… Liza est irrésistible et impressionne dans les conditions du direct. Pepelny est un morceau réussi, bien dans l’air du temps, frais, pas tarte et calibré pour le Junior. La BTRC fait à nouveau mouche et Liza marquera les esprits. Ceci dit, ne supputons pas une victoire, car à nouveau, la concurrence montre les dents. Mais un podium, pourquoi pas ?
Espagne – Melani García – MarteSur la plage abandonnée, gaspillages et encrassés… L’Espagne nous revient avec une belle ballade écologique. En trois minutes, elle enfile tous les clichés du Junior et de l’Eurovision. Et pourtant, pourtant, cela fonctionne assez naturellement. Ce n’est pas tant Marte, monument aux traditions du genre, que Melani qui convainc. Le message est beau, le refrain est beau, mais c’est Melani la jeune fille, Melani la chanteuse, Melani la personne qui touche et qui émeut. C’est d’elle qu’émane la magie qui devrait mener loin l’Espagne. Jusqu’à la victoire ? Pas impossible.
France – Carla – Bim Bam ToiRarement l’Eurovision atteint la perfection. Bonheur : cette irrésistible proposition française y parvient avec une facilité déconcertante. BBT incarne le Junior dans ce qu’il a de meilleur : fraîcheur, dynamisme, légèreté et joie de vivre. Carla, quant à elle, cumule drôlerie et talent, enthousiasme et maîtrise, charisme et professionnalisme. Si jeune, si douée, si aguerrie, l’on en reste baba. La délégation française touche dans le mille. Le mini-Micro semble à portée de main. Quant à moi, BBT s’installe sur la première marche de mes chansons préférées de tous les temps du Junior, devant Not My Soul et Dawra Tond.
Géorgie – Giorgi Rostiashvili – We Need LoveCurieuse et intéressante proposition que WNL. Ce morceau jazz est assez déroutant rapporté au niveau du Junior. On l’aurait plutôt vu au Senior. Mais l’on sent qu’un des objectifs est la démonstration de l’incroyable talent de Giorgi, chanteur hors pair et artiste magnétique. Dans les conditions du direct, WNL prendra vie et dépassera cette version studio policée et contenue. Néanmoins, s’agissant d’une proposition atypique, WNL divisera les téléspectateurs. Certains s’enflammeront, d’autres resteront sur le bas côté. À titre personnel, je rejoins les rangs des premiers. WNL et Giorgi me parlent, me touchent et m’emballent. Espérons pour la Géorgie que nous soyons nombreux dans ce cas.
Irlande – Anna Kearney – BansheeSi vous n’avez pas encore regardé le vidéoclip, c’est le moment. Y apparaît en guest-star l’une des plus mythiques des Eurostars. Pour en revenir à Anna, chapeau bas. La jeune fille est une autre excellente interprète, qui complète avec brio cette distribution 2019. Fini le temps des amateurs vocaux, le Junior ne compte désormais plus que des professionnels aguerris (si jeunes, si jeunes…). Hélas, tout le talent d’Anna ne compense pas la timidité créative de Banshee. Nous voici avec une autre ballade irlandaise bien consensuelle sur les bras. C’est beau en soi, c’est classe, cela rappelle des bons souvenirs de l’an 40, quand l’Irlande brillait à l’Eurovision. Depuis, nous sommes arrivés en 2019 et l’on s’ennuie vaguement durant trois minutes, car Banshee s’avère linéaire sur la durée. Gageons que les téléspectateurs attendront plus ou moins poliment la chanson suivante.
Italie – Marta Viola – La voce della terraDu péril d’avoir une bonne idée en même temps… Car la proposition italienne ressemble comme une goutte d’eau à la proposition espagnole. Jugée séparément, LVDT est une fort bonne ballade, bien calibrée pour le Junior, harmonieuse, ponctuée de “sempre” que les téléspectateurs du monde entier comprendront et porteuse d’un message écolo-positif. Marta Viola, tout comme Melani, est une autre interprète douée et marquante. L’ensemble est réussi et devrait trouver son public. Mais je pense que les téléspectateurs rapprocheront les deux propositions et choisiront leur préférée. Cela devrait tourner à l’avantage de Melani, qui possède une étincelle en plus. Marta Viola n’aura formellement rien à se reprocher, à moins que d’ici le 24, elle ne se trouve une idée de mise en scène génialissime. À voir…
Kazakhstan – Yerzhan Maksim – Armanynnan qalmaUn cas éclairant d’interprète plus grand et meilleur que sa chanson. Yerzhan a mérité toutes les récompenses qu’il a décroché jusqu’ici. Sa présence au Junior est une autre médaille amplement méritée. Quelle voix, quelle maturité, quelle aisance vocale. Fascinant et merveilleux tout à la fois. Partant de là, l’on voit où veut en venir la délégation kazakhe : permettre à Yerzhan de déployer en trois minutes son don de la nature et éblouir ainsi téléspectateurs et jurés. Encore eusse-t-il fallu lui trouver un morceau intéressant. Ce que n’est pas, hélas, Aq, ballade au souffle épique, mais meringuée et surchargée comme un gâteau de mariage frappadingue. Le break musical, aux sonorités traditionnelles, est très bien. Le reste est pompeux. Cerise au kirsch sur le glaçage : la première partie en anglais, inaudible et incompréhensible, un nappage au yaourt qui fera s’esclaffer le public anglophone et anglophile. Au final, une proposition ni honteuse, ni indigne, mais pesante et peu digeste.
Macédoine du Nord – Mila Moskov – FireVoilà une bien meilleur idée de ballade ! Fire est au niveau des standards contemporains et figurerait à son avantage sur le dernier album de n’importe quelle pop star en vogue, de Bebe Rexha à Betta Lemme, en passant par Sigrid. C’est frais, moderne, impeccable sur toutes les coutures. Cela passerait largement la rampe du Senior. C’est peut-être là le seul bémol : Fire ne sonne pas plus Eurovision Junior que ça. Mais il en allait de même de Anyone I Want To Be… Mila, de son côté, a déjà prouvé ses géniales capacités vocales et sa présence scénique, ressemblante en cela à Roksana Wegiel. Elle portera sa chanson avec son professionnalisme attendu. La Macédoine du Nord devrait donc briller à Gliwice. Une victoire ? Je n’en serais pas surpris, surtout si la mise en scène relève encore le niveau.
Malte – Eliana Gomez Blanco – We Are MoreSentiment d’insatisfaction et d’incomplétude au sortir de ces trois minutes maltaises. Les refrains et les ponts musicaux de WAM sont intéressants et retiennent l’attention. Malheureusement, les couplets font un surplace ennuyeux qui ruine toute appétence possible pour la chanson. L’on sent qu’il y avait à l’initiale, une idée, une bonne idée, qui ne s’est pas transcrite dans la durée. Il y a eu là comme un frein conformiste à l’originalité. Cela rend WAM passable et la réduit à un polycopié de chanson du MESC de jadis. Eliana possède l’expérience et le talent nécessaire pour insuffler une vie bienvenue à cette chanson. Elle évitera à Malte une déroute totale, mais il faudra plutôt s’attendre, selon moi, à une place modeste au classement final.
Pays-Bas – Matheu – Dans Met JouPlaisir coupable, j’écris ton nom… Ce DMJ sera mon grand plaisir coupable de cette édition 2019. Et je ne vous parle même pas du plaisir sans cesse renouvelé qu’il y a pour un Belge francophone d’entendre chanter en néerlandais avec l’accent des Pays-Bas… DMJ n’est pas plus que ce qu’elle prétend être : une chanson pop, légère, dansante, sans message, conçue pour divertir agréablement dans le délai imparti. Et c’est pour cela que je l’aime sans réserve. Pour se hisser au niveau de Bim Bam Toi, il lui manque tout de même un pétillant, un éclatement bubble-gum supplémentaire. La composition résonne de manière manufacturée à l’oreille. Matheu est l’interprète idéal, doué, professionnel, sur scène comme dans son biotope naturel. Reste un décalage surréaliste dans ce bel ensemble : Matheu, treize ans, me semble bien jeune pour s’identifier au personnage de la chanson, qui sort en ville le soir avec ses potes pour pécho une fille. Ou alors est-ce moi qui suis devenu un vieux con réac ?
Pays de Galles – Erin Mai – Calon yn CuroL’introduction laisse présager une chanson pop-rock bien balancée, référencée et contemporaine tout à la fois, trois minutes qui envoient la gomme et donnent envie de se déchaîner sur son canapé. Sauf que non… Cela tourne violons et claquettes, dans un virage pop molle des années 90, horriblement accentué dans la version finale. L’on attendait Joan Jett 2019, l’on récolte d’un sous-B*Witched. En plus, le refrain s’avère creux et répétitif. Seul motif de sourire : Erin elle-même. La jeune chanteuse porte la chanson à merveille. Parfaite à tout égard, il n’est pas étonnant qu’elle ait été élue. Elle possède une voix remarquable et une indéniable présence scénique. Une pop star en germe. Dommage qu’elle soit au service d’une si petite chanson…
Pologne – Viki Gabor – SuperheroIls ne cesseront de m’étonner, ces diffuseurs qui ont tout compris à l’Eurovision Junior et qui, parallèlement, galèrent au Senior… La TVP est assez emblématique à cet égard. Depuis son retour au Junior en 2016, elle a proposé des chansons et des candidates remarquables et parfaites, jusqu’à la victoire de l’an dernier, une consécration dans son genre. Tandis que durant la même période, au Senior, le même diffuseur navigue dans le brouillard… Bref. La TVP marquera-t-elle l’histoire du Junior en le remportant une seconde année consécutive ? La probabilité me semble élevée, tant Superhero est une excellente chanson, contemporaine, de qualité, extrêmement bien composée et produite, un modèle à suivre. Quant à Viki, elle est magistrale, du cristal dont on fait les vainqueurs du Junior. L’ensemble est une réussite complète et s’élève même d’un cran dans les conditions du direct. Ces trois minutes s’écoutent et se réécoutent sans fin. Plus encore : elles donnent envie de voter. Nouvelle perfection eurovisionesque…
Portugal – Joana Almeida – Vem comigoY a-t-il un producteur dans la salle ? C’est pour une urgence musicale. VC donne l’impression d’avoir été un jour, un honnête morceau pop, léger et primesautier, puis d’avoir été passé dans un laminoir industriel. La composition a en été transformée en dégueulis pseudo-techno. L’écoute de ces trois minutes fait hésiter entre horreur et hilarité. Cette dernière finit par l’emporter malgré tout. Joana est si mignonne, le message est si beau… En prenant du recul, force est d’admettre que tout se tient dans cette proposition portugaise… hormis le remix choisi, qui se heurte violemment aux autres éléments et rétrograde l’ensemble au niveau de semi-bouffonnerie. Loreen tirerait bien la grimace, si ce n’était pour Joana. Et pour l’éventuel espoir que la délégation portugaise ouvre grand ses pavillons et d’ici au 24 novembre, commande un remix à un professionnel, un vrai.
Russie – Tatyana & Denberel – A Time For UsUne autre ballade sur le dérèglement climatique, mais avec la variante d’un duo masculin/féminin. L’idée n’est pas mauvaise sur le fond, notez. Hélas, la proposition russe demeure inférieure aux espagnole et italienne. ATFU sonne convenu et s’avère tellement classique qu’on jurerait l’avoir entendu mille fois auparavant. Tatyana et Denberel sont très bien. Ce dernier a d’ailleurs une voix intéressante et marquante. L’alchimie entre eux reste néanmoins éteinte et l’on ne ressent pas la même flamme que face à Melani ou Marta Viola. Le résultat final donne dans le consensualisme mou, à la fois loin du médiocre et du flamboyant. La Russie aura, à mon avis, quelque mal à se démarquer à Gliwice et devrait atterrir dans le milieu inférieur du classement général. Sans indignité, mais sans gloire.
Serbie – Darija Vračević – Podigni glasQuoi ? Comment ? Une ballade sur le climat ? Encore ? Oui, encore. Mais celle-ci est meilleure que la précédente et de qualité égale à l’espagnole et l’italienne. Là, vous vous dites fatalement que les téléspectateurs vont être perdus devant leur écran, face à ces propositions similaires. Ce sera tout avantage pour les morceaux différents et marquants que sont les propositions polonaise et française… Pour en revenir à Pg, il s’agit d’une excellente ballade balkanique. Elle reprend tous les éléments classiques du genre, pour un résultat final frais et renouvelé. Quant à Darija, il émane d’elle un magnétisme digne des meilleurs interprètes. Son talent et son intensité marqueront les jurés et les téléspectateurs. Une autre très bonne proposition de la Serbie au Junior, malheureusement sur un créneau encombré.
Ukraine – Sophia Ivanko – The Spirit Of MusicUne ballade légère et aérienne qui ne parle pas de météo. Une bouffée d’air frais, avec un refrain diablement efficace. TSOM est un excellent morceau, qui aurait pu concourir au Senior. Léger, un peu trop léger, c’est là que réside le péché. Il faudra que Sophia en livre une interprétation éblouissante et magistrale pour qu’il s’imprime dans l’esprit des téléspectateurs. Bonne nouvelle : la jeune chanteuse en est capable, tant son talent et sa maîtrise sont vastes. Au final, une autre excellente contribution de l’Ukraine au Junior. La concurrence me semble cependant trop affûtée que pour espérer un podium.

Loreen sourit… et moi aussi ! Le Junior a atteint sa maturité, il est devenu un concours passionnant et musicalement intéressant. Vous le constatez, il n’y a pas ici de mauvaise chanson. Juste quelques redites dispensables.

Mes deux favoris sont sans conteste la France et la Pologne. Leurs propositions se démarquent des autres par leur approche intelligente, élaborée et aboutie. Vous l’aurez compris, entre les deux, c’est Carla et son Bim Bam Toi qui l’emportent dans mon cœur. Une victoire française m’étoufferait de joie sur mon canapé.

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