captain-swedenC’est la saison des feuilles mortes et, avec elle, la grande machine qui se met en route. Le branlebas de combat démarre ! L’Eurovision, c’est dans sept mois ? Non, l’Eurovision, c’est maintenant que ça commence.

En Suède, on planche sur le Concours, on élabore un logo, peut-être un slogan. On parle de réduire la durée des spectacles, jugée trop longue, ou encore d’avancer d’une heure l’horaire de diffusion. Bref, on cause.

Du côté des pays participants, on cherche. Deux ont déjà trouvé chaussures à leur pied : les Pays-Bas enverront Douwe Bob, que nos doigts aiment déjà tant son nom est facile à taper sur le clavier (contrairement à qui vous savez de l’année dernière) et le Monténégro va faire confiance à un groupe fraichement sortie de X Factor, Highway.

Pour les autres, c’est encore la quête. La Suisse avec sa traditionnelle plateforme automnale qui nous fait rire plus qu’elle nous émeut, cherche l’épingle dans la botte de foin, à savoir la perle qui pourra représenter les suisses dignement à Stockholm. Ce n’est pas encore gagné !

Le gros défaut de cette plateforme reste qu’elle n’est pas « modérée » par les responsables et qu’on peut charger tout et n’importe quoi comme vidéo. Plus il y a de vidéos et plus il devient difficile de séparer le bon grain de l’ivraie.

Forza Italia !

italieDu côté des nouvelles, ce sont les pays du Big 5 qui ont fait parler d’eux récemment. Ça a commencé par l’Italie qui a annoncé sans réelle surprise qu’elle envoie une chanson en Suède. Les italiens ne nous quittent plus depuis 2011 et c’est tant mieux. Pour 2016, l’Eurovision a même obtenu une promotion : pour la première fois depuis son retour, la finale sera diffusée sur RAI 1. Et c’est encore le gagnant de Sanremo qui aura la prérogative de pouvoir aller représenter son pays s’il le souhaite.

La botte participera également, et pour la deuxième année consécutive, au Junior en novembre prochain. N’y voyait pas là un intérêt soudain pour le concours de chant des enfants européens. Si l’Italie participe au Concours Junior (qu’elle a d’ailleurs gagné l’année dernière), c’est parce que Anna Maria Tarantola, de la RAI, est actuellement la vice-présidente de l’UER. Cette participation au Junior relève donc plus d’un devoir que d’un intérêt.

UK : la grosse artillerie

royaume-uniLa semaine qui vient de s’écouler a également vu deux grands pays dévoiler leur projet pour Stockholm. Le Royaume-Uni et la France.

Pour nos amis anglais, tout va changer. On nous « vend » le sujet comme « La plus grosse recherche d’une chanson » pour l’Eurovision. Ça commence par un appel de candidature pour les interprètes réunissant les conditions exigées par le règlement de l’UER.  Et cette année, les fans anglais sont mis à contribution puisque les membres du réseau OGAE UK aideront la BBC à présélectionner les candidats. Au final, une grande sélection télévisée aura lieu pour désigner l’interprète et la chanson qui défendra les couleurs de l’Union Jack le 14 mai.

Alors, bonne ou mauvaise idée que ce changement ? D’abord, quand on se ramasse plusieurs gamelles successives, le changement ne peut être que bienvenu. On se souvient du changement radical des allemands pour le Concours de 2010 et les résultats de ce même concours.

Et si, pour une fois, on laissait les balais brosse au placard ?

Et si, pour une fois, on laissait les balais brosse au placard ?

Le retour à une sélection télévisée est-elle une bonne chose ? C’est comme dans tous les pays. Une sélection télévisée pour choisir la chanson, c’est bien que si l’organisme de télévision se donne les moyens. Moyens financiers et artistiques. On peut se dire qu’après quelques humiliations successives, la BBC aimerait revenir au premier plan et elle en a justement les moyens. L’annonce très tôt de cette nouvelle formule tend à prouver que les britanniques prennent la chose très au sérieux, et non pas avec leur flegme pourtant légendaire. Nous n’avons pas à faire à une sélection organisée à la va-vite avec deux ou trois artistes qu’on aurait « sous le coude », mais plutôt à un système réfléchi et qui se donne du temps pour sélectionner ses artistes. Déjà, les Jedward mettent les pieds dans le plat en souhaitant participer au spectacle, ce qui n’est pas forcément une bonne nouvelle.

Le principe de laisser les fans de l’Eurovision choisir aux présélections est discutable. On pense en effet que certains « puristes » de l’Eurovision qui sont encore sous le charme d’interprètes comme Anne-Marie David ou Corinne Hermes pourraient avoir envie de sélectionner des artistes un tantinet « dépassés ».

Mais le fan de l’Eurovision sait aussi ce qui est bon pour son pays et pour l’Eurovision. Il connaît le spectacle, sait ce qui plaît actuellement aux téléspectateurs et jurys européens. De ce fait, il est un très bon baromètre pour les sélectionneurs et pourrait faire des choix judicieux, voire audacieux.

Engager le fan dans la compétition est donc une arme à double tranchant.

Toujours est-il que seul  l’avenir nous dira si la BBC a bien bossé son sujet.

“Homeless” ou “Tourner les serviettes” ?

franceLe lendemain de l’annonce des anglais, c’est au tour des français de sortir du silence. France 2 décide de faire un appel de candidature, comme les anglais. A ce détail près que le choix final se fera en interne et non par une compétition télévisée.

Le jour même, j’ai eu Mme Michu au téléphone. Elle m’a fait savoir à quel point elle était heureuse de la décision de France Télévisions. Non pas de faire un appel de candidature, mais d’avoir précisé dans son règlement qu’une bonne partie de la chanson française devra être chantée en français.

Parce que tous les français vous le diront : en France, nous avons les plus belles filles du monde, la plus belle avenue du monde, la plus belle capitale du monde et… la plus belle langue au monde.  Reste plus qu’à avoir la meilleure chanteuse du monde (ou au moins d’Europe), et force est de constater qu’il y a encore des lacunes de ce côté là.

Elle est heureuse, Mme Michu, de savoir que France 2 décide une nouvelle fois de snober la langue de Shakespeare. Elle sait qu’il y a de bons interprètes en France, et elle est sûre que la langue de Molière sera représentée avec brio.  Enfin… pas trop, m’a-t-elle dit. Parce qu’il faut que la France soit bien classée, mais ne gagne pas. Parce que tous les français vous le diront : on n’a pas de sous pour organiser l’Eurovision ! France Télévisions ne possède qu’un « maigre » budget de 5 milliards d’Euros par an, ça risque d’être juste pour dépenser une trentaine de millions d’Euros pour trois spectacles de télévision vus par aussi peu de gens, n’est-ce pas ?

Moi, je dis à Mme Michu que le principe des 80 % de français dans la chanson, ça ne me plaît pas trop, parce que ça veut dire que France Télévisions s’arroge une règle qui peut la défavoriser au final. Elle ne comprend pas. Alors j’utilise toute ma mauvaise foi pour lui donner un exemple : admettons que se présentent à l’appel de candidature l’auteur de « Homeless » et celui de « Tourner les serviettes ». Eh bien, en vertu de la règle imposée par la télévision française, l’auteur de « Tourner les serviettes » pourra être sélectionné et celui de « Homeless » prié de rentrer immédiatement à la maison. J’essaie de lui faire comprendre qu’en tournant le dos à des chansons en anglais qui peuvent s’avérer « gagnantes », on limite forcément ses chances.

Mais bon, inutile de discuter : Mme Michu me dit que de toute façon, elle préfère « Tourner les serviettes » à « Homeless ». Je soupire et raccroche. Sacrée Mme Michu !

Come on, everybody, let’s sing along !

Allez, je termine cette rubrique par une petite anecdote : ce vendredi sur RTL, la première radio de France, un large extrait de la chanson gagnante du Concours Eurovision 2001 a été diffusé. Il s’agissait d’un indice proposé afin de reconnaître l’invitée mystère du jour (Natasha St-Pier bien sûr). Les chroniqueurs des Grosses Têtes ne savaient rien de cette chanson et pourtant, tous l’ont appréciée. Karine Lemarchand a remarqué qu’elle « donne la pêche ». Ils en ont même redemandé. Voilà qui prouve encore une fois qu’une chanson gagnante aurait pu être appréciée par le public si elle avait été diffusée sur les ondes à l’époque de sa victoire. Mais c’est une chanson de l’Eurovision, que voulez-vous ! Une chanson de l’Eurovision, ça ne passe pas en radio et c’est comme ça !