C’est évidemment le coeur brisé que je rédige ce compte-rendu. L’élimination de la Belgique nous aura causé la plus vive des douleurs. Jusqu’au bout, nous y avons cru. Hélas, les dix noms annoncés, il a bien fallu nous y résoudre : notre Sennek nationale était éliminée, sous nos yeux impuissants. Nous nous quittâmes consternés, avant d’admettre notre tort : nous étions des petits chats trop gâtés, désormais habitués à ce que leur pays se qualifie chaque année et s’envole parmi les dix premiers du tableau final. Nous en convînmes : la Belgique n’a pas à rougir. Elle a connu trois années exceptionnelles à l’Eurovision. Cette dernière proposition était excellente. A Matter of Time était une très bonne chanson, Sennek l’a portée avec brio. Tout le monde est tombé d’accord : elle a brillé, mais à la fois, la concurrence était rude et il manquait un subtil je-ne-sais-quoi à ses trois minutes. Nous reste à présent l’espoir. L’espoir pour notre concurrente 2018 que sa carrière se poursuive avec brio. L’espoir pour nous, qu’en 2019, nous revenions au sommet et décrochions enfin notre seconde victoire.

Là-dessus, voici le compte-rendu détaillé de notre soirée devant cette première demi-finale. Nous étions six, réunis à Jette, commune du nord de Bruxelles. Devant l’écran, une femme, cinq hommes ; deux fans, quatre amateurs éclairés ; trois homos, trois hétéros, chacun muni de son stylo et de son tableau vote personnel. Nous étions prêts. Que le spectacle commence ! Pour l’information, nous avons suivi la diffusion, comme chaque année, sur la VRT, avec l’excellent Peter Van de Veire au commentaire.

Ouverture brève et concise. Pas plus mal finalement : directement au sujet principal, les chansons ! Seule personne parmi nous à avoir visité Lisbonne, nous recommande chaudement la ville, très agréable, splendide et humaine. Entrée en scène des présentatrices.

Commentaires appréciateurs sur le choix de quatre femmes. La robe de Filomena ne la met pas trop en valeur. Creusement de méninges : “C’est marrant, celle de gauche ressemble très fort à cette actrice, là, celle de NCIS : Los Angeles.” “C’est normal : c’est elle !” “Elle est portugaise ?” “D’origine.” Le mystère éclairci, force est de constater que notre quatuor s’en sort à merveille. Drôle, piquant, second degré, en harmonie. Parfois, le texte patine, mais rien de grave : compensent toutes par sourire, joie et bonne humeur. L’oeil droit de Daniela finit tout de même par intriguer. Comme si son mascara lui avait coulé sur le globe oculaire. Lui fait un oeil noir et dilaté. Étrange…

Visuel et graphismes très réussis. Thème marin, très beau. Tout le monde le remarquera, alors que généralement, cela passe inaperçu. Plus intéressant encore : l’annonce d’une absence totale de LED avait fait grimacer notre salon. Au final, tout le monde l’oublie. Mais chut ! Déjà le moment du premier pays et de la première chanson !

Azerbaïdjan

Aisel moyennement reçue par le salon. Recouverte de paillettes, dans un costume peu flatteur. Sautille sur scène. Mise en scène belle, mais assez kitsch. Salon unanime : chanson banale, déjà entendue mille fois. Se laisse écouter, mais rien de remarquable. Aisel manque de souffle. Salon finit par le souligner : pas un sommet vocal du Concours. Silence lors des premiers effets spéciaux visuels. Salon s’interroge : quel intérêt alors d’être dans la salle, si on manque une partie du spectacle ? Éternel question de l’Eurovision, concours avant tout télévisé. La prestation d’Aisel se conclut dans l’indifférence générale. Campe sur mes positions : gâchis d’une artiste prometteuse. Espère non-qualification pour servir de leçon à la télévision azerbaïdjanaise.

Islande

Jeunesse d’Ari interpelle. Premier intérêt spontané vite remplacé par une vague d’ennui. Salon unanime : excellent interprète, mais chanson ennuyeuse à mourir. Aucun intérêt en 2018. Salon touché par personnalité et voix d’Ari, mais souhaiterait déjà passer au pays suivant. Tout le monde ému par larmes d’Ari. Mais coeurs de pierre : personne décidé à voter pour lui. Islande mal embarquée.

Albanie

Plusieurs personnes présentes à Noël, devant Festivali i Këngës. Se souviennent d’Eugent, moins de sa chanson. Première constatation : il a maigri. Soudain flagrant : Eugent a vraiment perdu du poids. Salon pas du tout convaincu par son costume. Moi, non plus. Prestation impeccable. Salon trouve voix remarquable. Chanson le laisse hésitant : meilleure que les deux précédentes, bien, mais… Impossibilité de définir ce “mais” qui empêche d’adhérer totalement à cette proposition albanaise. Curieux : moi aussi partagé. Distrait par fringues inutilement extravagantes. Pourtant, salon attentif jusqu’au bout. Bon signe en soi.

Belgique

Poussée d’adrénaline et stress intense. Silence de plomb dans salon. Va-t-elle ou ne va-t-elle pas ? Début visuellement et vocalement très réussi. Me crispe sur le canapé quand arrive le refrain. Très réussi, heureusement. Mais flottement général : salon juge robe affreuse. Plans larges la perdent dans la foule. Elle-même perd la caméra du regard. Pourtant tellement intense quand elle nous fixe droit dans les yeux. Salon unanime : très bonne chanson, très bonne interprétation, mais manque aussi un petit quelque chose en plus pour faire prendre la sauce. En cet instant, pourtant, tout le monde d’accord : elle va se qualifier. Moi-même, j’y crois et j’en éprouve un certain soulagement. Mission accomplie pour Sennek et pour la Belgique. Si j’avais su…

République Tchèque

Première proposition de la soirée à emballer et enthousiasmer complètement le salon. Tout le monde navré pour Mikolas et son dos. Dois l’admettre : production visuelle très bien pensée. Délégation tchèque a réussi tour de force. Impression de regarder un vidéoclip. Mikolas irrésistible. Excellente prestation vocale. Dynamisme, humour, second degré. Sac à dos passe finalement bien à l’écran. Salon se trémousse et se félicite d’écouter un morceau aussi contemporain. Certains notent subtiles références aux années 90. Suis personnellement aux anges. Me suis trompé. Tant mieux et espère que République Tchèque atteindra le podium de la finale. Trois minutes se concluent par applaudissements généraux, les tout premiers.

Lituanie

Salon, pas très “ballades”. Attend donc Ieva de pied ferme. Et pourtant, dès la première seconde, dès la première note, silence absolu. Rideau de douche de retour, mais passe sous les radars, tant émotion envahi chacun. Ieva magistrale, très très touchante. Moment de grâce. Des anges passent et repassent. Salon conquis. Excellents inserts visuels. Mise en scène parfaite, prestation vocale gracieuse. Larmes montent aux yeux. Final avec son mari emporte adhésion générale. Ieva chante ses dernières strophes en anglais. Message reçu. Salon amoureux, amoureux d’Ieva, amoureux de l’amour. Émotion, applaudissements et mouchoirs. Lituanie s’impose brillamment. Cette année, valait la peine de se farcir trois mois d’Eurovizijos atranka. Ma ballade préférée et mon moment préféré de cette soirée.

Petit intermède depuis la green room, qui effectivement n’a jamais autant mal porté son nom.

Israël

Moment clé de la soirée, pour toutes les raisons que nous savons et que j’ai exposées au salon. Celui-ci se retrouve rapidement divisé en deux camps : ceux qui aiment et ceux qui détestent. Deux détestent absolument ces trois minutes : kitsch, idiotes, sans intérêt. Mauvaise chanson, visuel à côté de la plaque. L’Eurovision dans ses pires travers. Trois aiment beaucoup. Notez : aiment, pas adorent. Aiment la folie, le dynamisme, la joie, la chanson et Netta. Trouvent proposition intéressante, pas ennuyeuse. Chanteuse attractive et drôle. Moi, au milieu, suis perplexe et partagé. Rendu final moins terrible que ce que je craignais. Bon morceau de finale, pour égayer la soirée, faire rire et transformer l’Eurovision en moment joyeux et festif. Mais gagner ? N’y crois pas un seul instant. Scénographie simple, très simple. Pas folie échévelée de la finale israélienne. Vocalement très bien, mais ne ressens aucune émotion particulière. Ne vois pas le Micro de Cristal là-dedans. Final laisse salon en camps antagonistes. Suis tout de même surpris que Netta se révèle aussi clivante auprès des téléspectateurs la découvrant pour la première fois. Suis convaincu qu’elle se qualifiera et qu’en finale, elle finira quatrième ou cinquième. Mais moi et mes intuitions…

Biélorussie

Anthologique, simplement anthologique. Trois minutes de fou rire anthologique. Salon aura ri du début à la fin de la prestation d’Alekseev. Personne n’aura à aucun moment prêté attention à sa chanson, à son interprétation, ni à sa prononciation. Tout le monde hilare et concentré sur les errances de la mise en scène. Éclats de rire et “Oh mon Dieu” ponctuent le parcours des roses, les gesticulations de la danseuse, les tours de magie, les effets spéciaux et vont en crescendo jusqu’au dos final. Unanimité : présentation la plus ridicule, la plus kitsch et la plus ratée de la soirée. Bouche d’Alekseev finit par lui voler la vedette aussi. Salon s’interroge : blanchissement excessif ? Facettes ? Dentier ? Rires sur rires sur rires, tandis que la Biélorussie sombre corps et âme.

Estonie

Moment d’irréalité. Elina, humanité du futur : irréellement belle et chantant irréellement bien. Salon captivé par son incroyable voix. Prestation vocale époustouflante. Présentation visuelle jugée plus durement. Déjà vu et pas très remarquable. Beaucoup d’argent dépensé pour rien. Certains plaisantent sur ce qui se dissimule sous cette robe. Au fur et à mesure, les opinions se décantent. Oui, elle chante magiquement bien, mais non, la chanson n’est pas incroyable. Un des membres adore. Les autres sont plus sceptiques : à réserver aux amateurs d’opéra et de voix lyriques. Salon moyennement convaincu. Admirateur d’Elina lui-même finit par en convenir : elle veut se surpasser et en fait trop. Aurait mieux fait d’en revenir à épure et simplicité. Salon pense qu’elle se qualifiera certainement, mais obtiendra un résultat moyen en finale.

Bulgarie

Equinox retient l’attention dès la première seconde. Salon intrigué par ce mélange de Bulgares et d’Américains. Convient aussitôt que chanson très bonne et prestation visuelle à la hauteur. Silence et concentration. Réflexions : groupe surnuméraire. Aurait été mieux si morceau porté par un seul interprète. Zhana fait l’unanimité… contre elle. Superflue, mal habillée et vulgaire à l’écran. Salon indécis : bonne proposition, mais manque son objectif. Moi, soudain moins convaincu. Vraiment cinq choristes de luxe. Pourtant très bien vocalement et musicalement. Bulgarie en route pour la finale. Mais podium ? Salon pas convaincu. Un membre très réticent, quatre autres plutôt convaincus.

Macédoine

Autre gros loupé de la soirée. Salon le concède : bonne chanson, intéressante et prenante. Mais présentation visuelle et mise en scène complètement ratées. Vocalement passable, vestimentairement affreux. Marija très critiquée pour son invraisemblable costume. Pire encore quand elle enlève la veste. Tous d’accord : énorme opportunité manquée, dernier des amateurismes. Suis consterné par nouvel échec macédonien. Envie de gifler délégation dans son ensemble.

Croatie

Très surpris moi-même : craignais que Franka semble perdue, seule sur immense scène. Pas du tout : plan plus rapproché donne excellent visuel. Interprétation magistrale. Salon conquis par voix, beauté et charisme de Franka. Tout le monde attentifs. Convient que bonne chanson, intéressante, qu’ensemble mille fois supérieur à Macédoine. Très bon accueil. Doutais, mais fini par être emporté. Franka, somptueuse. Bien plus haute dans mon classement personnel qu’attendu. Salon admiratif. Croatie grimpe. Ai l’impression que qualification probable. Foutues intuitions…

Autriche

Redeviens midinette. Cesár si beau, surtout de si près. Début intriguant. Mais salon partagé. Chanson pas mal, mais pas fantastique. Concentré sur costume de scène, jugé peu seyant. Prestation très bonne, mais Cesár pour le coup, seul et perdu sur la scène. Salon s’interroge : va-t-il descendre de sa plateforme. Il s’exécute, mais renforce impression de solitude. Moi, trouve cela très bien. Surpris quand même de ne pas retrouver les effets visuels des répétitions. Salon reste mitigé. Autriche flotte dans le classement.

Grèce

Moment très attendu, car ami grec… en Grèce. Lui attend beaucoup de ces trois minutes. Salon concentré. Vite désappointé. Ne se passe pas grand chose à l’écran. Attente d’un effet quelconque, d’un visuel renforcé, d’un choeur. Rien ne vient. Convient que chanson bonne, mais interprétation pas soufflante. Tout le monde s’interroge sur le pourquoi de cette main bleue. Jugée pas très réussie. Opinion générale d’opportunité manquée. Moi même ne comprends pas où la délégation grecque veut en venir. Ensemble très simpliste. Salon pas convaincu pour un sou.

Finlande

Contraste inverse : effets pléthoriques, visuel chargé. Salon convient qu’à tout prendre, c’est mieux. On ne s’ennuie pas. Salon aime beaucoup chanson. Eurovision dans toute sa splendeur. Juge look de Saara un peu étrange. Apprécie sa prestation vocale. Le “too much” fini par l’emporter. Salon s’amuse. Finlande grimpe dans le classement. Moi, très surpris par début. Ravi par l’ensemble. Craignais que Saara se fasse sèchement éliminer. Pas du tout : concurrente très convaincante. D’accord : elle en fait des tonnes. Mais n’allait pas non plus chanter pieds nus, par terre. M’amuse beaucoup. Plongeon final accueilli par des cris partagés de surprise et de moquerie. Salon se demande ce qui se passerait si ses danseurs ne la rattrapait pas. Au final, concept scénique très “euroxploitation”, néologisme complexe : exploitation des clichés eurovisionesques pour obtenir un bon résultat. Plutôt réussi, tout de même. Confiant pour Finlande.

Arménie

Mot de cinq lettres, entré dans le langage courant au XIIe siècle, du latin odium, “la haine” et signifiant à partir du XIIIe, “impression de vide causée par une occupation monotone ou dépourvue d’intérêt”. Vous avez trouvé ? C’est “ennui”, bien entendu. Salon trouve ces trois minutes arméniennes ennuyeuses. Salon s’ennuie. Je m’ennuie. Tout le monde reconnaît du talent à Sevak. Mais ballade pétrie d’ennui. Pur ennui. Salon attend que cela passe. Conversations dérivent. Plus personne ne s’intéresse à Sevak. Quelqu’un propose une pause toilette. Creux absolu de la soirée.

Suisse

Suisse réveille salon. Morceau rock énergique. Excellente introduction. Tout le monde à nouveau attentif. Zibbz très bien reçus. Salon juge proposition suisse intéressante. Les têtes dodelinent d’avant en arrière. Moi, admiratif : très bon travail, très bonne interprétation, très bonne production visuelle. Impression d’être à concert rock. Duo complice, Corinne et Stefan, débordant d’énergie. Tout fait sens, tout est remarquable. Que demander de plus ? Salon convaincu. Suisse monte dans le classement. Serait pitié si non qualification. Vous devinez la suite…

Irlande

Salon à nouveau dubitatif à l’annonce de la dernière ballade de la soirée. N’attend pas grand chose de l’Irlande, surtout après ces dernières années. Moi, non plus. Et pourtant, magie de l’Eurovision, inexplicable alchimie : le résultat est épatant. Bien entendu, Ryan, parfait comme toujours. Très intense, communique parfaitement son émotion à la caméra. Retient l’attention. Salon silencieux, apprécie. L’arrivée des danseurs surprend de prime abord, mais enchante. Moi-même, captivé, alors que je ne donnais pas cher de la peau de Together. Ensemble véhiculant un message, capital. Très poétique, très émouvant. Salon pris et moi-aussi. Exemple archétypal d’une chanson sublimée par sa présentation. La Grèce aurait dû suivre cette voie-là : raconter une histoire aux téléspectateurs, les emporter sur les ailes de la fiction, dans les conditions du direct. Épaté par Ryan. Irlande, soudain parmi mes dix favoris. Moralité : toujours attendre les trois minutes finales et ne point se fier aux extraits des répétitions.

À ce moment de la soirée, salon passe un très bon moment. Mais unanime : pas encore vu le vainqueur de jour. Encore en attente d’un morceau, d’une prestation qui nous mettrait tous d’accord. Sur cette constatation générale, débarqua Eleni…

Chypre

Voilà trois minutes désormais légendaires pour mes meilleurs amis et moi. Dès la première note, Eleni fit l’unanimité. C’était elle, rien qu’elle. Le salon n’eut plus d’yeux que pour elle. Fuego déchaîna brutalement les passions trop longtemps contenues dans les poitrines. Ce ne fut qu’un cri : “génial, excellent, parfait” ! Mais plus encore que le morceau, qui éclipsa les dix-huit précédents, ce fut Eleni elle-même qui suscita l’enthousiasme. Elle incarna la diva grecque dans toute sa folie, ses excès, ses travers et ses passions. Mes amis succombèrent instantanément à son charme, sa beauté, son charisme, ses attitudes, ses mimiques, ses extravagances qu’ils devinèrent instinctivement. Moi-même, qui étais fort réservé et sceptique, bourré d’a priori, je fus vaincu et vis Eleni portée par les ailes de la victoire jusqu’au Micro de Cristal. Alchimie inexplicable de l’Eurovision… Car chaque élément de cet ensemble, pris séparément, ne peut conduire objectivement au triomphe. Pourtant, ici rassemblés, ils emportent tout sur leur passage. Salon danse, chante, bat des mains, est plongé dans le délire. Volée de bois vert à l’encontre des responsables de la télévision grecque : idiots complets d’avoir refusé sa candidature. Fini tout de même par être surpris de tant d’enthousiasme. Réponse générale : ça, c’est l’Eurovision que l’on aime. Un Eurovision drôle, dansant, une fête perpétuellement renouvelée. Comprend soudain : mes amis réagissent en partie contre les victoires de Jamala et Salvador. Ils l’admettent : en ont marre des chansons tristes et prises de tête, de toutes ces émotions à la con. Ils veulent du feu, de la passion, de la musique entraînante. Eleni est leur star de la soirée. Fuego explose leurs scores. Victoire incontestable pour Chypre.

Moment crucial du vote. À titre personnel, vote dans l’ordre pour les dix pays suivants : République Tchèque, Chypre, Bulgarie, Lituanie, Finlande, Autriche, Estonie, Suisse, Croatie et Irlande. C’est mon classement de la soirée. Salon unanime : Chypre, la meilleure. Suivie par République Tchèque et Lituanie. Chacun vote en âme et conscience. Puis attend patiemment fin de l’entracte.

Très patiemment. Entracte à budget réduit : vidéos suscitant peu d’intérêt. Cris d’horreur et de malédiction, au résumé de la victoire portugaise de l’an dernier. Salon n’aime vraiment pas Salvador et Amor pelos dois. Moi, à ma grande surprise, ai pris de la distance et suis devenu assez indifférent. Point intéressant : APD seule chanson victorieuse que je suis incapable de fredonner.

Planet Portugal ne suscite l’intérêt qu’une seconde, le temps de reconnaître la parodie. Conversations dérivent. Trouve pas cela très réussi. ESCpedia, pas plus convaincant. Salon s’impatience. Veut connaître les résultats ! Mais présentation des trois qualifiés d’office.

Salon proclame son ennui et son ras-le-bol des propositions portugaises. Assez ! Réclame Chypre à cor et à cri.

Salon tombe d’accord pour qualifier l’ensemble de “vieillot”. Alfred et Amaia, fringués comme des vieux, chantant une ballade de vieux, avec une chorégraphie pour vieux. Moi, surpris de réaction aussi vive et tranchée, mais dois l’admettre : l’Espagne court au gouffre avec ce visuel dépassé.

Salon reçoit mieux SuRie. Trouve chanson plus dynamique et intéressante que les deux précédentes. Lueur d’espoir pour le Royaume-Uni. Moi, pas convaincu qu’ils retiendront Storm au terme de la finale. Eux, surpris d’apprendre que SuRie, choriste pour la Belgique en 2015 et 2017.

Soudain, nous y sommes ! L’annonce des finalistes ! M’effondre dans le canapé, car saisi d’un terrible pressentiment : nous n’en serons pas, nous allons nous faire éliminer. Je le devine avec une incroyable prescience. De fait…

Mon coeur est brisé… Le salon est très déçu… Et pourtant, je me réjouis que l’Autriche, la Lituanie, la République Tchèque, la Finlande et l’Irlande se qualifient. Je me réjouis également que l’Azerbaïdjan et l’Arménie soient ainsi rappelés à l’ordre. L’Eurovision demeure bien un concours de chansons.

En revanche, je suis dévasté pour la Suisse et terriblement désappointé par l’élimination de la Belgique et de la Croatie. Vraiment, ces trois-là auraient mérité leur place en finale. Mais il aurait fallu en éliminer trois autres à leur place… Cette première demi-finale était insoluble.

Je vous l’avoue : ma principale surprise est la qualification de l’Albanie. Je n’aurais pas parié grand chose sur Eugent… Mais tant mieux pour lui. Qu’il aille le plus loin possible en finale.

Conclusion

Cette première demi-finale 2018 fut un excellent moment d’Eurovision et probablement l’une des meilleures demi-finales de l’histoire du Concours. Elle nous a offert des émotions fortes et restera gravée pour longtemps dans nos mémoires. Les pays éliminés, Suisse et Belgique en tête, doivent à présent aller de l’avant, revenir l’an prochain et opter pour des propositions de qualité équivalente. Leur persévérance finira par payer, tout comme celle du Portugal.

Quant à nous, nos goûts ont-ils correspondu à ceux du plus grand nombre ? En partie, seulement ! Nous avions sept qualifiés parmi nos dix premiers. Une moyenne très honorable. Voici notre classement complet, avec nos notes respectives :

1 – Chypre – 16,58/20
2 – Lituanie – 15,5/20
3 – Belgique / République Tchèque – 15/20
5 – Croatie – 14,5/20
6 – Irlande – 14,4/20
7 – Bulgarie – 14,3/20
8 – Estonie – 14/20
9 – Autriche / Suisse – 13,75/20
11 – Grèce – 13,4/20
12 – Finlande – 13,3/20
13 – Albanie – 12,3/20
14 – Israël – 11,5/20
15 – Arménie – 10,5/20
16 – Azerbaïdjan / Islande / Macédoine – 10/20
19 – Biélorussie – 8,8/20

Vous le constatez : nous aurions qualifié la Belgique, la Croatie et la Suisse à la place de la Finlande, de l’Albanie et d’Israël. Vous le constatez également : nos résultats sont très serrés et notre classement comporte de nombreux ex aequo. À mon avis, les résultats réels seront sans doute aussi serrés. Certains pays doivent avoir obtenu leur qualification pour quelques points à peine. Ce qui nous annonce un terrible suspense lors du vote final.

Et c’est ici que se termine ce compte-rendu ! J’espère que de votre côté, vous avez passé une aussi bonne soirée que la nôtre. Nous nous retrouverons vendredi sans faute pour le compte-rendu de la deuxième demi-finale ! À très bientôt !