Dix ans déjà …

Dix ans d’Eurovision Au Quotidien pour dix ans d’Eurovision qui ont marqué un véritable tournant. Bien sûr, soixante-cinq éditions supposent d’inévitables évolutions artistiques, généralement perceptibles à l’aune des nouvelles décennies. En cela, les années 2010 m’ont confirmé ce que je savais déjà : plus que jamais, l’Eurovision doit être prise au sérieux et non tournée en ridicule. Bien sûr, les moments de grâce font partie intégrante de notre concours, mais le résumer à cela est une grande erreur et à mon sens signe d’une méconnaissance de ce tout ce qui fait l’intérêt de l’Eurovision. S’il a toujours été le reflet des tendances musicales européennes (à quelques exceptions près), le concours a bel et bien emprunté un virage, que ce soit en termes de diversité musicale, de qualité de production, d’investissement des délégations participantes (France 2, si vous me lisez …), d’alignement des moyens humains et matériels qui font de l’Eurovision l’un des plus grands shows de la planète, en témoignent d’ailleurs la popularité croissante du concours à l’échelle internationale et le retour dans le game de pays longtemps en difficulté ou purement désintéressés de la chose. Plus que jamais, l’Eurovision est une incontournable de l’agenda médiatique et événementiel, vectrice de valeurs qui me sont chères et autour desquelles s’organise la communion des peuples européens (n’en déplaise à certains pays qui ont fait le choix de se retirer au nom de raisons fort licencieuses) et miroir des mécanismes géopolitiques à l’oeuvre sur notre continent. Du moment qu’ils ne prennent pas le pas sur les ponts que nous construisons pour être ensemble, tous à bord, oser rêver et partager un moment où l’on sent nos cœurs battre ensemble …

Dix ans d’Eurovision, cela en fait des souvenirs, et plus de dix. Dix ans funny moments et d’euro-dramas, certes, mais avant tout dix ans de chansons : 408 exactement ! Souvent pour le meilleur, parfois pour le pire, comme dans tout bon mariage qui se doit … Mais dix qui ont marqué mon esprit plus que d’autres – et ce fut difficile de choisir les dernières places. Dix ans d’Eurovision au top par Rem_Coconuts, ça donne ça :

1 point : Finlande 2013 – Marry Me (Krista Siegfrids)

En 2013, la France venait d’adopter la loi sur le mariage et l’adoption pour tous, tandis que des milliers de finlandais défilaient dans les rues pour l’obtenir au son de Marry Me. Une vingt-quatrième place extrêmement sévère en finale, mais avant tout un véritable hymne à l’égalité qui reste dans ma mémoire et dans mon coeur. Oh-oh, oh-oh, oh Ding-Dong …

2 points : Danemark 2011 – New Tomorrow (A Friend in London)

Un concours très ouvert pour des favoris qui se prennent les pieds dans le tapis et un vainqueur qui ne restera pas dans les annales, mais au milieu de cela, l’envie d’un nouveau demain qui prend d’autant plus son sens en cette période. Come on boys, come on girls, in this crazy crazy world ! Savez-vous d’ailleurs qu’il fut l’hymne de campagne du premier ministre maltais lors des élections générales de 2013 ?

3 points : Suède 2015 – Heroes (Mans Zelmerlöw)

Le merveilleux monde des eurofans attendait ce moment depuis des années, et moi avec. Jusqu’à cette année 2015 où, record de points à clé, il gagne le Melodifestivalen avant d’offrir à la Suède sa sixième victoire avec panache. Comment en aurait-il pu être autrement avec un titre remarquablement bien produit, une prestation hyper calibrée et l’artiste qui va avec pour un ensemble d’une efficacité redoutable ?

4 points : Allemagne 2010 – Satellite (Lena)

On croyait l’Allemagne au fond du gouffre, et il a fallu l’intervention presque divine d’une certaine Lena Meyer-Landrut pour offrir à la première puissance européenne sa première victoire en vingt-huit ans, avec un titre pétillant qui fut un véritable coup de cœur dès la première écoute lors de la finale d’Oslo.

5 points : Italie 2017 – Occidentali’s Karma (Francesco Gabbani)

Jusqu’au soir de la grande finale, j’ai cru que l’Italie tenait enfin sa première victoire en vingt-sept ans, et pourtant … Il n’empêche, c’est toujours avec une joie de celles qui me font sauter au plafond que je suis pris de passion pour le karma occidental, au point que j’ai même investi dans les tee-shirts Moteefe pour exhiber fièrement la scimia nuda balla ! #Voooom

6 points : Pays-Bas 2019 – Arcade (Duncan Laurence)

2019 fut à mes yeux l’une des plus belles finales de l’histoire du concours et ça, on le doit en partie à un véritable moment de grâce nommé Arcade. Dès lors que j’en entends les premières notes, la magie opère comme au premier jour. Un vrai petit bijou d’émotion, de pureté, de subtilité et d’intensité.

7 points : Chypre 2018 – Fuego (Eleni Foureira)

Personne ne l’avait vue venir, jusqu’à ce premier jour de répétitions inscrit dans l’histoire du concours. Inutile d’être très disert. Je suis une eurodiva, je suis Eleni, je suis Fuego entouré de mes danseurs et de ma tenue seyante parsemée de brillants. Vous voulez voir un Rem_Coconuts On Fire. Appuyez sur Play et la tornade déferlera aussitôt sur l’EAQ.

Moving On To The Top 3 !

8 points : France 2016 – J’ai cherché (Amir)

2016, année de la renaissance française au concours. Il aura fallu attendre quatorze ans pour que la France s’approche à nouveau du top 5 grâce à Amir, dont l’énergie solaire et la promptitude à faire l’amour à la caméra et au public n’ont pas d’égal. Est-ce d’ailleurs un hasard si, grâce à l’Eurovision, il est devenu l’une des stars françaises les plus en vue ?

10 points : Italie 2019 – Soldi (Mahmood)

Duncan-Mahmood … Mahmood-Duncan … À la fois le duel rêvé et tant redouté. Comment départager mes deux coups de cœur de l’édition 2019 ? À plusieurs reprises, j’avais offert la victoire à Duncan, fut-ce à Votre Eurovision, au concours en lui-même et à la chanson des 10 ans de l’EAQ. Pourtant, aujourd’hui, c’est bel et bien à notre ami italien – pour lequel vous n’êtes pas sans savoir mon inclination certaine – que j’attribue la médaille d’argent de la décennie. Comment résister à un artiste d’une telle trempe qui, avec son premier album Gioventù bruciata, a mis un incroyable coup de pied dans la fourmilière de la scène musicale italienne, et par là même de l’Eurovision avec Soldi ? Mahmood est un génie, et sa musique fait souffler comme un incroyable vent de fraîcheur. Bref, je suis plus conquis qu’un conquis.

And THE TWELVE POINTS from Rem_Coconuts go toooooo …

12 points : Suède 2012 – Euphoria (Loreen)

Le triste hasard a fait que Mahmood et Loreen se sont très tôt affrontés en duel pour la chanson des dix ans. Et qu’à ma grande tristesse, Loreen fut éliminée assez sèchement, bien que Mahmood était un adversaire de taille. Sauf que j’ai beau vénérer l’italien au plus haut point, il ne reste qu’une déesse ultime dans cette décennie eurovisionesquement bénie : LOREEN.

S’il n’en restait qu’une, ce serait elle. Huit ans après, l’enchantement reste le même, et ma foi est inaliénable. Car Loreen est l’une de mes raisons d’être eurofan. C’est en grande partie grâce à elle que ma passion pour l’Eurovision est telle. Car 2012 a été un tournant dans ma vie d’eurofan. Il a suffi d’un tour sur l’EAQ pour que je découvre l’existence du Melodifestivalen. Il a suffi de la cinquante-septième édition du concours pour que je suive pour la première fois les demi-finales en direct. Il a surtout fallu d’un tour sur l’EAQ pour que j’écoute pour la première fois Euphoria un après-midi du mois de mars , et le coup de foudre fut immédiat. Alors même que je n’avais pas encore connaissance de bien des titres, je sus immédiatement que je tenais ma gagnante, et que nous tenions la gagnante du concours. Le suspense fut de courte durée le soir de la grande finale à Bakou, mais il n’en fut pas moins intense tellement je souhaitais la victoire d’Euphoria.

Bien de belles prestations nous furent offertes tant dans l’histoire du concours que cette décennie durant, mais aucune n’a su se hisser à la hauteur inatteignable de celle de Loreen. Les mots se raréfient pour l’évoquer tellement ces trois minutes étaient déconnectées de toute réalité spatio-temporelle. À tutoyer les cieux, autant les atteindre et livrer une performance habitée, de celles qui vous poursuivent et vous hanter encore des années après. À tel point que huit ans après, la prestation continue de me hanter à un point innommable.

Le souvenir de la décennie

À dix années de belles aventures sur l’Eurovision Au Quotidien, j’aurais voulu partager avec vous le souvenir de la première fois, mais il est approximatif. Mai 2011, studio étudiant de la Route de Mende à Montpellier, deuxième année d’histoire, le lendemain du replay de la finale du concours de Düsseldorf, qui avait vu triompher à ma grande perplexité le mythique Je cours, j’ai peur d’Ell & Nikki, dont je rêve de faire une adaptation en français (si un.e Nikki se trouve parmi vous, qu’il.elle me fasse signe) … Je naviguais depuis quelques temps déjà sur les sites de l’euro-sphère francophone, et pourquoi, comment, par le truchement de Saint-Google père des recherches sur la toile et par la grâce du mot “Eurovision”, je me suis retrouvé sur la toute jeune EAQ. De visiteur occasionnel, j’en devins très vite un discret fidèle, avant que mes visites de moins en moins espacées ne deviennent quotidiennes, de sorte qu’aujourd’hui, je ne compte même plus le nombre de fois dans la journée où j’inscris les premières lettres du lien magique et appuie sur la touche entrée de mon clavier. Si je m’étais douté que neuf ans après j’en deviendrai rédacteur …

Ce n’est pourtant pas cette direction qu’emprunte mon précieux souvenir. Marie vous a emmené à Alicante en 2016, je vous embarque de mon côté à peine plus loin sur la péninsule ibérique. Cap à l’ouest deux ans plus tard destination Porto en 2018. Avec des amis, nous avions décidé de profiter du 8 mai et du pont de l’Ascension pour partir une semaine, et c’est ainsi qu’ils choisirent de me faire passer le séjour au Portugal, à 313,8 kilomètres exactement de la ville-hôte du concours ! La torture ! Je ne vous laisse même pas imaginer s’ils m’avaient imposé Lisbonne comme destination : je me serais serais trouvé à deux pas de l’Altice Arena sans pouvoir y accéder …

Bref, nous embarquâmes le mercredi depuis l’aéroport Paris Roissy Charles-de-Gaulle. Dès le hall de l’aéroport, certain.e.s de mes ami.e.s se moquèrent de la demi-finale qu’ils avaient regardé la veille. Dire que mon concours préféré s’en prit plein la face est un doux euphémisme, et encore, je vous épargne les détails, car je tiens à vos vies, cher.e.s lectrices et lecteurs. Évidemment, je protestais, et vantais le talent des Netta, Eleni, Elena, Equinox. Rien n’y fit, ils ne furent pas convaincu une seconde. Heureusement que j’avais embarqué l’esprit vengeur dans la valise format cabine, puisqu’en guise de réponse, je ne trouvai rien de mieux que de ponctuer mes paroles de soudains “I’m not your toooooooy !” ou “FUEGOOO !” en ce premier jour portugais. Mieux vaut ne pas titiller un eurofan… Pire encore, sur la route qui nous menait au Parc National de Peneda-Gerês le lendemain, je tentai de les socialiser musicalement au concours au cours du trajet en voiture, leur faisant écouter quelques titres du concours : échec total, puisqu’aucun ne passa le cap des 90 secondes et surtout on me retira la main sur la playlist. Heureusement que, le soir même, je pus découvrir les résultats de la seconde demi-finale en direct autour d’un plat de bacalau depuis l’intérieur d’un restaurant de la Praça de Republica de Braga qui la diffusait sur sa terrasse, mon astigmatisme m’ayant trahi quant à l’identification du drapeau slovène, que je pris dans un premier temps pour celui de la Russie avec moult effroi. Céline m’en préserve, il existe parfois une justice au pays du concours.

Plus j’approchais du Jour J, plus la tension montait en mon for intérieur. Le samedi, je bouillonnais, pour ne pas dire trépignais comme jamais La veille au soir, nous avions passé la soirée au Plano B, célèbre club de la ville, et étions rentrés relativement tard. Remuer mes six camarades a été une épreuve innommable, puisqu’ils ne sortirent de l’appartement qu’à 14h30 et nous mîmes exactement deux heures et demie à réaliser un trajet qui nous aurait d’ordinaire pris vingt minutes, en direction de Vila Nova de Gaia, de l’autre côté de la rive, afin d’aller découvrir les caves de Porto. Une fois là-bas, nous prîmes le temps de nous poser en terrasse pour déjeuner… à 17 heures, juste avant la visite-dégustation de la cave. Et pendant ce temps, l’heure fatidique approchait. L’horloge tournait, et moi je trépignais.

Nous étions sur le mythique Pont Dom-Luís lorsque le concours commença, 20 heures locales précises. C’est donc en caminant dans les rues de Porto que je jetais de réguliers et anxieux coups d’oeil à mon portable, attendant avec tension et impatience, le coeur battant, la prestation de Madame Monsieur, numéro 13, tout en cherchant un lieu où nous sustenter. Mes ami.e.s m’avaient initialement proposé de nous attabler dans un bar ou un resto qui diffuserait le concours : hélas, nous n’en trouvâmes aucun, la ville ayant préféré fêter l’énième titre de champion du Portugal de football du FC Porto à coup de fumigènes et de festivités en grande pompe sur la place de l’Hôtel de Ville. Et rien pour l’Eurovision. À aucun moment nous ne nous serions cru dans le pays hôte …

C’est derrière la Torre dos Clérigos, non loin de la fameuse librairie Lellio (celle qui aurait inspiré J.K. Rolling pour l’écriture de Harry Potter), que je découvrais en direct Madame Monsieur avec mes ami.e.s, étonnamment séduit.e.s comme je l’étais de ce titre que je soutenais ardemment et continue de beaucoup apprécier. Nous étions parmi les favoris, sur le podium des bookmakers et je croyais vivement en nos chances, d’autant plus après avoir vu la belle prestation live du duo. Je déniais juste avec le recul la trop grande sobriété de la performance, le manque d’une scénographie forte et l’impression que la sauce n’ait pas autant pris que prévu, notamment lorsqu’ils scandèrent “Mercy, Mercy !” en communion prévue avec la salle, la main levée et jetée au ciel. J’étais toutefois convaincu sur le coup.

Nous nous posâmes alors dans un bar-resto très cosy, Vermetura da Baixa, rua de Cândido dos Reis, juste à côté du club où nous nous déhanchions la veille. Je pris une énième copa de porto et constatais surtout avec effroi que nous étions dans le seul établissement de la ville, pour ne pas dire du pays, qui ne disposait pas de réseau. Drama ! Et pas de wifi par dessus bord ! Malédiction ! Comment allais-je suivre les votes ? L’IPhone relié à la batterie nomade de mon amie Alice, plus tendu qu’un string, stressé comme jamais, j’étais déjà déconnecté de la réalité, faisant fi de tout ce qu’il se passait autour de moi, réservant mon attention à l’euromonde et complètement fermé à toute interaction avec mes amis J’enchaînais les interminables aller-retours clopes à l’extérieur pour suivre le concours, mes ami.e.s s’impatientant et s’inquiétant de mon absence bien qu’ils comprenaient ma passion pour le concours et s’enquéraient de nouvelles. Mais les pauses clopes se prolongeaient … Entretemps, tel Marie deux ans plus tôt, j’essayais de voter pour la France via le site officiel du concours : impossible. Un SMS ? J’ai eu beau chercher, je n’ai pas trouvé le numéro d’envoi. Et puis de toute façon avec un téléphone français, ce fut peine perdue, mais cela, je ne le réalise qu’aujourd’hui, grâce au souvenir de ma collègue.

Le vote des jurys démarra alors enfin, et je restais les yeux rivés sur l’écran, voyant la France défendre une honorable position, tandis que l’Autriche et la Suède prenaient une surprenante tête, non loin devant les grands favoris israélien et chypriotes, l’Allemagne en embuscade. Nous quittâmes le resto lorsque démarra la révélation des votes du public, sous les yeux de mes ami.e.s. Nous n’étions peut-être pas en course pour la victoire, mais le top 10 nous tendait les bras, et pourquoi pas même plus haut, car après tout, on ne sait que trop bien la capacité du télévote à inverser les résultats des jurys. D’ailleurs, en la matière, j’assistais ce soir là à un premier coup de théâtre : la claque suédoise, avec un télévote au ras des pâquerettes pour la première fois depuis des siècles (2010 exactement). Si je m’étais seulement imaginé la deuxième et non des moindres : la 17ème place de la France au télévote. Nous étions favoris, et voilà que le signe indien se manifestait à nouveau. Même la batterie du téléphone n’y résista pas, puisqu’il s’éteignit tout net après l’annonce de cet échec. C’est ainsi que je dus patienter de très longues minutes, le temps de rentrer à l’AirBnb que nous avions loué pour le recharger, de traverser la foule portuane en folie, vêtue et maquillée de bleu, pour découvrir la quatrième victoire d’Israël au concours. Et digérer la défaite française autour d’une bouteille de Porto. Et que nous continuâmes le séjour groggy, car deux de nos amis rentrèrent le lendemain, et que nous embarquions en voiture direction les vignobles de la Vallée du Douro le mardi, au son de Mercy.

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Je voudrais profiter de cette playlist pour vous dire Merci. Merci à vous tou.te.s pour les moments que vous m’avez fait partager cette décennie durant, teintée d’élans passionnés, d’une inextinguible fougue, de coups de coeurs et de coups de gueule, de discussions toujours animées et parfois enflammées qui font le sel de l’EAQ et de l’Eurovision. Que ces dix années de l’EAQ ne soient que les premières d’une longue série !

À demain avec la playlist Eurovision au top d’André !