“J’espère que ce vingt cinquième concours ne signifie pas la fin d’une tradition, mais le début d’une toute nouvelle ère pour le Concours Eurovision de la Chanson”. Marlous Fluitsma – Présentatrice du concours, le 19 avril 1980 

L’année prochaine, 40 ans nous séparera de la dernière compétition néerlandaise. Comme moi, certains n’avaient que deux mois d’existence. D’autres, la cinquantaine bien tassée. Bonjour à eux ! Le lectorat de l’EAQ grandissant chaque jour, il est possible qu’ils nous lisent de là-haut.

Cet été, Sakis a descendu sa “boîte à souvenirs” de son grenier. Remontons notre Polaroid de la cave pour immortaliser la 25ème édition du concours. Instagram, prends garde à toi ! La “bête” au cou s’en va cracher ses inoubliables images, dont nous allons fêter l’anniversaire en mai. Réminiscence de l’Eurovision 1980 : ambiance photo, côté rétro !

Ici, Jérusalem ? Neen, Den Haag !

Après sa deuxième victoire consécutive en 1979, Israël doit organiser le concours. La télévision publique israélienne se décharge de l’Eurovision 1980, n’ayant pas pu réunir le budget nécessaire pour une seconde édition. Catégorique, le gouvernement de l’époque refuse d’aider financièrement le diffuseur. L’UER sollicite le Royaume-Uni qui avait déjà reçu six fois le Grand Prix et l’Espagne, classée deuxième l’année précédente. Les deux pays refusent la proposition. Finalement, la télévision néerlandaise se manifeste et accepte l’organisation du premier concours de la décennie. Dans l’urgence, NOS utilise un processus de production très similaire à celui de 1976. Les deux éditions sont visuellement proches dont le décor conçu par Roland De Groot.

Le 19 avril, le Nederlands Congresgebouw de La Haye accueille l’événement, comme en 1976. La soirée est menée par l’actrice et présentatrice, Marlous Fluitsma. Dix-neuf pays y participent. La Turquie fait son retour. Monaco se retire pour raisons financières, ainsi qu’Israël pour commémorations juives. La vidéo d’ouverture met en scène un violoniste interprétant le Te Deum sur une plage néerlandaise. Le nombre “25” émerge de la mer du Nord pour rappeler, que l’on célèbre le jubilé d’argent du concours cette année-là. 

Masa’ alkhayr l’Europe !

Un énième “Bonsoir l’Europe !” aurait été anodin, si ce n’était pas celui du Maroc. Le royaume entre en piste pour son unique participation. Il est le premier pays d’Afrique à concourir. La Société Nationale de Radiodiffusion et de Télévision envoie Bitakat hob, interprétée par Samira Saïd, une jeune chanteuse de 22 ans. Message d’Amour est un message de paix entre les peuples et la toute première chanson interprétée en arabe à l’Eurovision. Ce soir-là, le vote marocain plébiscite la Turquie, sans surprise. Le Maroc termine à la 18ème et avant-dernière place. Sa chanteuse est distinguée par le Roi Hassan II. La télévision d’Etat, quant à elle, ne persévère pas et décide de ne plus revenir.

En 1985, Samira rompt avec le style classique des chanteuses orientales, en adoptant des mélodies plus contemporaines et occidentales. Elle devient l’une des chanteuses les plus populaires du Maghreb et en Egypte. A 61 ans, elle se différencie toujours dans la musique arabian pop : en arabe, en français et en anglais. Après avoir reçu d’innombrables récompenses musicales et chanté pour la Coupe Africaine des Nations en 2006, elle continue à publier de nouveaux titres. Malgré une fin de carrière envisagée, elle se produit toujours sur scène : à Amsterdam, en septembre…  

Beaux messieurs, belles dames, musique au programme…

En 1980, la Belgique propose une chanson peu ordinaire pour sa 25ème participation. Telex, formé par Michel Moers, Dan Lacksman et Marc Moulin, est sollicité par sa maison de disque pour participer à la compétition. Au départ, les membres du groupe ne sont pas emballés puis se laissent convaincre. En Février, la RTBF organise dans ses studios bruxellois, ses Grands éliminatoires belges du Grand Prix Eurovision de La Chanson 1980. Euro-Vision, écrite par Hagen Dierks et le trio, est choisie. La contribution belge, chantée en français comme l’impose le règlement de 1976, est irrévérencieuse et potache. Chorégraphie simpliste, nonchalance, absence d’orchestre, vocodeur : les codes sont bousculés par Telex et la première “mise en abîme” du concours. L’Europe est dubitative, la salle silencieuse. Un peu trop parodique ou trop avant-gardiste, la chanson est incomprise. Le groupe espère terminer bon dernier mais raconte que le Portugal en a décidé autrement, en lui attribuant dix points. Il finit à la 17ème et avant-dernière place.

Plus tard, le morceau sort sur l’album Neurovision et en 45 tours. Une version anglaise est éditée. En 2008, Marc Moulin décède et Michel Moers poursuit dans la musique électronique. Ultimate Best Of, une compilation de vingt-deux titres, est sortie en 2009. 

I love you, Ireland !

L’Irlande remporte l’Eurovision 1980. C’est la deuxième victoire du pays et la toute première pour Johnny Logan, qui récidive en 1987 avec Hold Me Now. Le radiodiffuseur national sélectionne What’s Another Year, écrite et composée par Shay Healy. Qu’est-ce qu’une autre année ? est une balade pop rock interprétée en anglais. Le chanteur accompagné de l’orchestre de Noel Kelean, s’élance après la France et l’Espagne. Celui qui devient “Monsieur Eurovision”, séduit le public. L’Irlande termine première avec 143 points. L’interprète reçoit le trophée du Grand Prix, des mains de Marcel Bezençon et lance : “Je t’aime, Irlande !”. Après sa victoire, il enregistre sa chanson en allemand et en espagnol. Elle se classe numéro des ventes en Irlande, en Belgique, en Norvège, au Royaume-Uni et en Suède. Elle sort en 45 tours avec One Night Stand en Face B. WAY est élue douzième meilleure chanson du concours en 2005.

Après avoir saisi sa chance à La Haye, l’artiste australien obtient la nationalité irlandaise. Puis, il compose Why Me ? pour Linda Martin, la représentante de l’Irlande en 1992. Son titre l’emporte. Johnny Logan gagne l’Eurovision “d’une autre manière” pour la troisième fois. En 2008, il devient porte-parole et donne les points de la verte contrée. A 65 ans, Il collabore avec de grands noms comme Paul Young. Sa musicographie est prolifique avec plus d’une quarantaine de titres et dix-neuf albums au compteur : le dernier, It Is What It Is, est sorti en 2017.   

Euroquotidienneurs, faîtes jaillir vos souvenirs de vos Pola’ et partagez-les en commentaires. Je vous laisse en compagnie de mes brillants collègues rédacteurs. Avec eux, vous (re)vivrez le passé antérieur du concours, visiterez son futur proche et attendrez son actualité au présent simple. L’Eurovision Au Quotidien vous ouvre le sas de sa “machine à remonter les temps” pour combler vos chaudes heures estivales. Passez d’agréables vacances à son bord ! Quant à moi, je vous donne rendez-vous pour la saison 2020.

Quand on vous disait que rien n’a de fin, il fallait nous croire !