Ce dimanche 2 avril, a donc eu lieu le deuxième des concerts intermédiaires : l’Eurovision Party de Londres.

Comme pour la PreParty de Riga, voici la compilation des prestations, grâce à nos amis de Wiwibloggs et d’EscKaz. J’y ai ajouté mes petits commentaires personnels, en me montrant plus concis pour les artistes déjà entendus à Riga. Vous aurez noté que Lindita Halimi n’a finalement pu être présente.

Pologne – Kasia Moś – Flashlight – première demi-finale

Vous l’avez sèchement éliminée dans notre grand sondage, elle n’a pas l’air d’en souffrir mortellement. Kasia réédite ses prestations antérieures. Elle assure, comme la grande chanteuse à voix qu’elle est. Je reste convaincu qu’elle se qualifiera. Vous me direz : il en faut pourtant huit qui soient éliminés. Je vous réponds : certes et plus le temps passe, moins je vois de qui il s’agira. Bref, les participants de cette première demi-finale, Kasia y compris, n’auront pas droit à la moindre petite erreur.

Monténégro – Slavko Kalezic – Space – première demi-finale

Le positif : Slavko est une diva, une vraie. Il assure le spectacle et parvient à focaliser l’attention sur lui durant trois minutes. Les téléspectateurs ne devraient pas l’oublier au moment du vote. Sa prestation vocale est irréprochable, ses changements de registre sont maîtrisés, du bel oeuvre. Space est bien construit, bien produit, dosant habilement néo et rétro. Le cocktail se déguste avec plaisir.

Le négatif : Slavko pourrait être son pire ennemi, du moins s’il opte pour une présentation visuelle et un costume de scène trop extravagants. Space frôle par moment le kitsch eurovisionesque, y adjoindre un spectacle camp tuerait ses chances de qualification. Je pense que si le chanteur opte pour un visuel “Priscilla folle du désert”, il rebutera les téléspectateurs qui n’y verront qu’une mauvaise plaisanterie et passeront à côté des qualités de Slavko et de son morceau.

Conclusion : Vous l’avez éliminé en demi-finale et je serais tenté de vous rejoindre. Il faudra au Monténégro une prestation vocale éblouissante et un visuel renversant pour espérer atteindre la finale. Slavko n’aura rien à se reprocher s’il reste à quai et il méritera tous les honneurs s’il se qualifie. Tout repose à présent sur ses trois minutes à Kiev.

Belgique – Blanche – City Lights – première demi-finale

Le positif : City Lights est l’un des meilleurs morceaux de cette édition 2017, étonnant, surprenant, capable d’affronter n’importe quelle autre production contemporaine et de l’emporter sur elle. Cette chanson est tout ce dont l’Eurovision a besoin. Encore une fois, la Belgique offre la fine fleur de sa scène musicale actuelle. Cela fait la troisième année consécutive et cela me surprend encore, après trois décennies d’errance eurovisionesque. Blanche, quant à elle, a une voix envoûtante, qui devrait marquer les jurés et les téléspectateurs…

Le négatif : … du moins si elle parvient à s’imposer physiquement et vocalement sur la scène du Concours. Car là, je la sens absente, intimidée, peu en confiance. Vous me direz : elle est jeune, elle débute. D’accord, mais hélas à l’Eurovision, la première impression, la première seconde, la première note est d’une importance capitale. Il faut dompter la caméra, captiver l’auditoire et éblouir dès que l’on apparait à l’écran et que l’on ouvre la bouche. Ce n’est pas le cas ici…

Conclusion : Blanche a encore du pain sur la planche… Il lui faudra travailler sa voix, sa chanson, son introduction et durant les répétitions à Kiev, se montrer la plus assidue, gagner en assurance. Il lui reste six semaines, qu’elle les mette à profit ! Sinon, elle sera dévorée toute crue par Kasia et Svala, pour qui la scène est un royaume. Souvenez-vous du conseil qu’avait donné Christer Björkman à Laura, l’an dernier : répéter, répéter, encore répéter son numéro, chaque jour comme si l’on était au Concours, jusqu’à ce que cela devienne naturel, une seconde nature, une évidence. À bon entendeur…

Autriche – Nathan Trent – Running On Air – deuxième demi-finale

Le positif : En voilà un par contre, qui est sur scène comme un poisson dans l’eau. Chapeau bas pour cette prestation de Nathan Trent. Faute de musique, il retourne magistralement la situation en inteprétant son morceau a capella. Pas sûr que Blanche y serait arrivée… Soit, Nathan démontre qu’il est enthousiaste, charismatique et qu’il a bon caractère. Cette jovialité lui attirera des votes de sympathie. Sa prestation vocale est excellente. Running On Air est léger, entraînant et tout aussi joyeux que son interprète. L’alchimie entre le chanteur et la chanson est parfaite.

Le négatif : Reste que ROA ne révolutionnera pas le Concours. Très léger, très très léger à mes yeux. Je pense qu’au moment du vote, Nathan sera éclipsé dans la mémoire des téléspectateurs, par d’autres artistes plus marquants, porteurs de morceaux plus épiques. Lui n’aura rien à se reprocher. ROA lui colle à la peau, mais c’est plus une chanson de radio que l’on écoute sur la route des vacances, qu’une chanson pour laquelle on vote en masse un certain soir de mai.

Conclusion : Pour moi, Nathan connaîtra le même sort que Natalia Kelly. Trois minutes honorables et bien ficelées sur la scène du Concours, suivie d’une élimination qui me laissera un petit pincement au coeur. Car Nathan mériterait la finale, si ce n’était ce choix musical pâle.

Espagne – Manel Navarro – Do It For Your Lover – finale

Le positif : À propos de chansons que l’on écoute en vacances… DIFYL en est l’exemple le plus achevé, un morceau que l’on découvre sur son lieu de villégiature, que l’on fredonne durant deux semaines, avant de rentrer au bercail, et dont on conserve un vague souvenir à la rentrée. Manel est lui aussi un chanteur de l’été, tout en cheveux ébouriffés par le vent chaud venu de la mer et en chemises fleuries négligemment ouvertes sur une épilation minutieuse du torse. L’ensemble semble se hisser au niveau appréciable d’un tube de l’été…

Le négatif : …mais retombe platement, voire s’étale franchement au refrain. Car si les couplets de DIFYL sont passables (surtout pour qui n’a jamais fait d’espagnol), son refrain est l’un des plus vides et des plus creux de cette édition 2017. Manel chevrotte huit fois “do it for your lover” et voilà, merci Messieurs-Dames, circulez, il n’y a plus rien à voir, ni à entendre. Quant au chanteur, il n’a pas progressé sur le plan de l’interaction avec le public.

Conclusion : DIFYL ne franchirait jamais le cap des demi-finales, à juste titre. Il s’agit d’une petite ritournelle, rapidement écrite et composée, interprétée avec moyennement de conviction par un chanteur qui communique peu avec ses auditeurs. L’ensemble aurait pu susciter quelques espoirs, il y a quinze ans de cela. Hélas, en 2017, alors que les pays jadis les plus irrécupérables envoient des morceaux au rasoir et que les goûts du public sont plus affutés que jamais, l’Espagne n’a aucun espoir à avoir, aucune illusion à entretenir : elle finira tout en bas du classement. Je croise à présent les doigts pour qu’ayant touché le fond, ses responsables se remettent enfin en cause et nous propose leur version nationale d’Amir ou de Poli Genova.

Lettonie – Triana Park – Line – première demi-finale

Agnese a opté pour une teinture blonde. Sa prestation vocale me semble meilleure qu’à Riga, la semaine dernière. La chanteuse a l’habitude de la scène et communique toujours aussi bien avec le public. J’en arrive à cette constation paradoxale : j’apprécie beaucoup ce morceau, mais je doute de sa qualification. Vous, pas. L’issue de cette première demi-finale dépendra donc aussi des votes de blocs. Et à mon avis, la Pologne et la Grèce seront plus avantagées à ce petit jeu que la Lettonie. Néanmoins, tout reste encore possible pour nos amis lettons. S’ils frappent un grand coup visuel sur la scène de Kiev, la porte de la finale s’ouvrira devant eux.

Ukraine – O.Torvald – Time – finale

Le positif : À nouveau, des artistes chevronnés pour qui la scène est une seconde nature. O.Torvald s’impose ici facilement, privilège des groupes rock. L’énergie, la prestation vocale, la présence, le regard intense, l’attitude rebelle, tout y est et devrait ravir les amateurs du genre. Ceux qui envisagent encore l’Eurovision comme “l’Internationale de la chanson guimauve” (expression employée jadis par le journal Le Soir) en seront pour leurs frais. Time est un bon morceau rock, qui envoie et qui électrise.

Le négatif : Ceux qui n’aiment ni le rock, ni les groupes de rock n’aimeront certainement pas la contribution ukrainienne. Elle n’est ni subtile, ni légère, ni joyeuse, ni primesautière. Vous me direz : ils ont gagné avec la chanson la plus déprimante de l’histoire du Concours. C’est vrai, mais Time est comme un bulldozer lancé à pleine vitesse dans la gueule du téléspectateur. La chanson fleure la cacophonie et sa présentation visuelle s’annonce apocalyptique au sens le plus littéral du terme.

Conclusion : Le rock et l’Eurovision, ce n’est pas une grande histoire d’amour. Ce désintérêt réciproque devrait se poursuivre cette année encore et frapper l’Ukraine. Sa proposition n’étant ni étonnante, ni séduisante, le pays-hôte ne devrait récolter que d’une place médiocre en finale. Et à mon avis, des facteurs extérieurs viendront parasiter le vote en leur faveur, comme leur querelle avec la Russie. Non pas que je verserai la moindre larme là-dessus, ce groupe et cette chanson m’agaçant vivement…

Italie – Francesco Gabbani – Occidentali’s karma – finale

Le positif : Un mot, un seul : irrésistible. Tout est irrésistible dans ces trois minutes : la chanson, le chanteur, le message, la chorégraphie, la voix, l’énergie… Occidentali’s Karma est du bois dont on fait les chansons gagnantes. Elle réjouit, elle entraîne, elle emporte, le tout avec une facilité déconcertante. C’est le meilleur de la production musicale italienne contemporaine, c’est taillé pour conquérir l’Europe… et c’est déjà parti, avec des dizaines de millions de vues sur YouTube et autant d’écoutes en streaming. Quant à Francesco, il lui suffit d’apparaître sur scène pour conquérir le public. Le chanteur déborde de vitalité et de charisme. Sa voix magnétise et retient le spectateur, sa prestation vocale équivaut au son studio. Qu’ajouter de plus ?

Le négatif : Je cherche et je ne trouve rien. Du coup, je l’ai fait écouter à mon beau-frère. Il a fait la grimace et trouvé que c’était “trop Eurovision”. Mais au deuxième refrain, il s’est mis à fredonner la chanson et à agiter les bras en cadence. Là-dessus, mon neveu de trois ans et demi a abandonné ses petites voitures et est demeuré bouche bée devant la télévision. OK leur est ensuite resté en tête toute la journée.

Conclusion : Si même les récalcitrants et les enfants en bas âge se laissent prendre… Plus sérieusement, l’Italie tient ici sa meilleure chance de remporter le Concours, depuis son retour aux affaires de 2011. Tout indique que les fans et le grand public soutiendront Francesco. Restent les jurés. S’ils jugent la prestation vocale, la qualité musicale, l’intention artistique et la modernité intrinsèque, nous nous reverrons à Rome, l’an prochain. À raison, tant ce morceau est parfait. Sans compter le bien qu’il en résulterait pour le Concours, sa réputation et sa postérité…

Royaume-Uni – Lucie Jones – Never Give Up On You – finale

Le positif : La simplicité est parfois la meilleure solution à l’Eurovision. Le Royaume-Uni nous le prouve en trois minutes. Lucie Jones est elle aussi une artiste qui maitrise l’art de la scène. Elle a de l’expérience et de la prestance. Sa voix est parfaite et son interprétation, tout autant. Oubliés les représentants britanniques antérieurs, dont la justesse vocale était la moindre qualité. Lucie n’a, dans ce domaine, de leçons à recevoir de personne. NGUOY est une ballade classique et classieuse, formule imparable au Concours, car elle a le mérite de n’effaroucher ni les ménagères moldaves, ni les retraités islandais, ni les jurés chypriotes.

Le négatif : Classique, très classique, trop classique. NGUOY ne renversera pas la table de l’Eurovision. Sa réorchestration a rehaussé sa qualité, mais il n’y a pas là de quoi bouleverser le chaland. Je n’ai aucune pierre à jeter à Lucie Jones, je suis certain qu’elle sera parfaite. Je regrette juste ce manque d’audace de nos amis britanniques. À mon avis, NGUOY finira dans le ventre mou du classement. Vous me direz : c’est toujours mieux qu’avant-dernier !

Conclusion : La proposition britannique est honnête en tout point. Il y a des réminiscences de leurs deux derniers succès au Concours, en 2002 et en 2009. Les temps ayant changé, Lucie n’égalera pas les résultats de Jade et de Jessica. Elle n’aura pas en rougir et pourra poursuivre sa carrière sans autre remous. J’envisage cette année comme un premier pas de la BBC vers la bonne direction. Prochaine étape : de l’audace !

Bulgarie – Kristian Kostov – Beautiful Mess – deuxième demi-finale

Le positif : Quel contraste étonnant entre le physique frêle de Kristian et la profondeur, la gravité, l’assurance de sa voix ! La Bulgarie s’est à nouveau choisi un excellent chanteur, qui en impose vocalement. Cette première prestation en direct est impeccable, quasi identique à la version studio. Le talent n’attend pas l’âge ! Quant à la chanson, il s’agit d’une des meilleures ballades de cette année. C’est très classique, mais musicalement plus intéressant que NGUOY, par exemple.

Le négatif : Fermer les yeux à l’Eurovision, est-ce une bonne idée ? J’ai toujours trouvé que non. Kristian s’enferme dans sa bulle. Je comprends, la chanson poussant à l’introspection. Mais cela nuit à l’échange visuel. C’est le seul petit bémol et encore, c’est parce que j’aime chicaner. Quant à BM, cela reste dans le moule des ballades eurovisionesques. Moule qui n’est pas près de se casser, puisque jurés et téléspectateurs demeurent sensibles à cette forme d’expression musicale et artistique.

Conclusion : La Bulgarie poursuit sur sa lancée et cela fait grand plaisir. Encore un pays que l’on croyait perdu à jamais pour la cause et qui a su se métamorphoser. Vous noterez que les pays qui prennent le Concours au sérieux, sont désormais majoritaires. Enfin une bonne nouvelle ! Là-dessus, Kristian devrait se qualifier, à mon sens. BM est une proposition solide, qui mérite le haut de la finale. Et merci aux producteurs de l’avoir placé entre la Biélorussie et la Lituanie…

Macédoine – Jana Burceska – Dance Alone – deuxième demi-finale

Le positif : Encore un pays qui a opéré sa révolution copernicienne ! À titre personnel, je n’attendais plus rien de la Macédoine, à part un retrait. Découvrir Dance Alone fut donc une divine surprise. Ce morceau est pour moi l’un des meilleurs jamais présentés par le pays à l’Eurovision et mon préféré de la deuxième demi-finale. C’est frais, contemporain et mémorable, du pain béni ! Quant à Jana, elle est jeune, belle et dynamique. Que demander de plus ?

Le négatif : Une prestation en direct, peut-être ? J’ai réécouté trois fois ces trois minutes et je ne pense pas avoir entendu sa voix par-dessus le playback. C’est à la fois frustrant et décevant. Blanche était paralysée, mais elle a eu la décence de chanter en direct. Quant à Nathan, il a chanté sans bande-son. Je doute que Jana aurait pu rééditer cet exploit et j’espère qu’elle est au courant du règlement du Concours…

Conclusion : Quel intérêt de faire trois heures d’avion pour chanter en playback ? Son vidéo clip aurait suffi. Bref, impossible de juger la proposition macédonienne. Du moins, sur cette prestation-ci. Jana est annoncée à Tel Aviv et Amsterdam. Espérons qu’elle aura là la bonté de chanter en direct.

Danemark – Anja Nissen – Where I Am – deuxième demi-finale

Le positif : Anja, elle, chante bien en direct et démontre, elle, l’étendue de son talent. Une prestation vocale parfaite, maitrisée et sans la moindre fausse note. Anja est une concurrente professionnelle et accomplie. Sur ce plan, le Danemark a fait le meilleur choix possible. Le moment venu, Anja s’imposera vocalement et émotionnellement, car elle nous communique énergie et sourire. Sa chanson est comme sa robe : du sur-mesure, bien net, bien tissé, lui permettant d’étendre l’amplitude de sa voix.

Le négatif : Un regret, cependant. WIA est une bonne chanson, qui me semble parfaite pour ouvrir un album, mais qui n’enflamme pas l’Eurovision. C’est convenu et peu audacieux, très américain dans son essence, lisse et consensuel comme si ses auteurs avaient craint d’effaroucher tout à la fois les ménagères portugaises, les retraités bulgares et les jurés saint-marinais. WIA devrait tout de même trouver son public, à mon avis, mais sans perturber le classement.

Conclusion : Je me tâte. D’un côté, Anja mériterait une place en finale, pour ses qualités de chanteuse et d’artistes. D’un autre côté, il y a plus intéressant dans cette demi-finale. Je pense que cela se jouera au cheveu près. Avec un bon visuel, comme d’habitude… À titre personnel, je trouve qu’ils devraient accentuer le côté gospel du morceau. Ce genre musical est peu pratiqué au Concours et pourrait faire mouche. À voir, le 11 mai…

France – Alma – Requiem – finale

Le positif : Oh oui ! Oh oui ! Oh oui ! C’est tellement bon quand la France est au sommet ! Alma signe à nouveau une impeccable prestation. Vocalement et scéniquement, c’est parfait. Elle chante fort bien, vit ses trois minutes avec passion, sourit, communique à merveille avec le public, a l’air aux anges et surtout, a pris de l’assurance. Qu’elle nous refasse cela à Kiev et elle s’envolera sur le podium final. Requiem est une excellente chanson, une production fignolée, qui plaira au plus grand nombre. Plus encore : les téléspectateurs étrangers (belges, y compris) attendent de la France, ce genre de morceaux. Mettez-leur une Tour Eiffel dans le décor et ils succomberont au charme so Frenchy de ces trois minutes.

Le négatif : Même en cherchant la petite bête, je ne vois rien à reprocher à cette contribution française. La réorchestration symphonique m’avait laissé dubitatif sur la version studio, mais en direct, cela passe à merveille. Pour être franc, je trouve les reproches adressés par les Français à leur chanson et à leur représentante, durs et injustifiés. Mais, allez, on vous connaît bien, hein, une fois ! Vous, les Français, vous ralez souvent pour le plaisir…

Conclusion : À mes yeux, l’une des meilleures chansons et l’une des plus sérieuses concurrentes de cet Eurovision 2017. Une victoire ne me surprendrait pas ; moins qu’une cinquième place, me scandaliserait. Et c’est décidé : en finale, je partagerai mes votes entre Alma et Francesco. Notez que plus on a de favoris, moins on a de chances d’être déçus… Bref, France Télévisions renoue les heures glorieuses de la France au Concours. Espérons que cela dure des siècles…

Allemagne – Levina – Perfect Life – finale

Le positif : Levina est heureuse sur scène, elle irradie de joie, une qualité essentielle au Concours. Elle interagit avec son audience et sa prestation vocale, débutée en mode mineur, prend rapidement son envol. Aucune fausse note, aucun reproche. La chanteuse est dans son élément et porte sa chanson avec conviction.

Le négatif : Ce qui est un exploit, tant Perfect Life est peu inspirée et peu inspirante. C’est le verre d’eau tiède de cet Eurovision 2017 : banal, fade, sans relief, ni piquant. Cela s’écoute distraitement, cela s’oublie à la dernière note. Selon moi, il s’agit d’un bon morceau pour compléter un album, sans plus. Notez que ce n’est ni mauvais, ni terrible, non. Juste plat. Hélas, à l’Eurovision, “plat” tue plus sûrement encore que “kitsch” ou “ridicule”.

Conclusion : Comme l’Espagne, l’Allemagne n’aurait aucune chance de qualification en demi-finale. Et comme Manel, Levina sera perdue et oubliée des téléspectateurs au moment du vote. Je sens le fond du tableau à plein nez, pour la troisième année consécutive tout de même ! La télévision allemande doit absolument revoir sa copie. Deux possibilités : à la française ou la belge, avec une solide sélection interne et l’aide d’une maison de disques, ou alors, à l’italienne, avec des artistes confirmés et des chansons visant la première place des classements allemands (oui, je sais, je rêve…).

Roumanie – Ilinca & Alex Florea – Yodel It! – deuxième demi-finale

Le positif : Comment juger sereinement la chanson que je déteste le plus cette année ? Mission impossible. Disons qu’Ilinca et Alex forment un duo complice et complémentaire. Ils sont tous deux de très bons chanteurs. Leur présence scénique est excellente et le public répond en harmonie à leurs sollicitations. Trois minutes d’interaction, de bonne humeur, de légèreté et d’efficacité. Car, je l’admets, Yodel It est une chanson efficace, surprenante, qui marquera les esprits…

Le négatif : … mais, raaah ! Je la déteste, je l’abhorre, je l’abomine ! C’est l’incarnation la plus parfaite, la plus aboutie, la plus terrible de tout ce que je hais musicalement. C’est kitsch, à côté de la plaque, cela n’apporte rien et n’aurait aucune chance de succès en dehors de l’Euromonde. Mais ce qui me tue littéralement, c’est que ces trois minutes tourneront en boucle dans tous les reportages et dans tous les bêtisiers sur le Concours. Les contempteurs la ressortiront durant un an et nous diront : “L’Eurovision, décidément, est un concours ridicule et dépassé, où l’idiotie triomphe et dont il faut se retirer, parce qu’il n’apporte rien, ni à la musique, ni à la télévision.” Et le journal Le Soir, toujours si professionnel et objectif lorsqu’il s’agit du Concours, montera la Roumanie en épingle, pour démontrer à son lectorat que tout cela n’est qu’une vaste plaisanterie de mauvais goût. Le journaliste en charge de cette rubrique prendra soin de ne parler ni de l’Azerbaïdjan, ni de la Finlande : il ne faudrait surtout pas crédibiliser cet événement.

Conclusion : Rarement une chanson aura autant divisé les fans. Sur notre site, vous trouverez autant de personne qui l’adore, que de personne qu’elle irrite. J’ajouterai même que rarement une chanson aura suscité autant de réactions violentes. D’ailleurs, à ce propos, si vous êtes mécontents de mon commentaire et de mon avis, inutile de bombarder l’EAQ de “Je vous emmerde” et autres “Allez vous faire foutre”, comme dans les précédents articles, ils seront censurés sur le champ. Quant à la qualification, elle aura lieu, soyez-en certains. Parce que c’est la Roumanie, parce que c’est l’Eurovision, parce que ceux qui adorent voteront et parce que ceux qui détestent, seront dans l’incapacité de lui faire barrage… Vivement que l’on invente les votes négatifs permettant de descendre ses bêtes noires !

Finlande – Norma John – Blackbird – première demi-finale

Le positif : On ne pourrait imaginer duo plus dissemblable du précédent. Autant Ilinca et Alex me filent de l’urticaire, autant Lasse et Leena me filent la chair de poule. La voix de Leena est pure, cristalline, parfaite. Elle confirme ici sa prestation à l’UMK : elle est une grande chanteuse, capable d’exprimer émotion et passion sur le fil d’une note. Quant à Blackbird, il s’agit d’un morceau envoûtant et mystérieux, subtil et sombre, tout le contraire de Yodel It. La Finlande envoie enfin une proposition marquante, travaillée et complexe…

Le négatif : … un chouïa dépressive, ceci dit. Blackbird ne met pas l’ambiance de ouf et ne renversera pas de joie les téléspectateurs sur leur canapé. C’est le seul reproche à adresser à cette chanson, à mes yeux. D’un autre côté, 1944 était bien plus déprimant et a quand même gagné… Par ailleurs, cette noirceur éloigne Leena du public. Elle aussi vit son morceau intérieurement. Comme à l’UMK, il lui faudra regarder la caméra droit dans l’objectif.

Conclusion : Vous les avez qualifiés pour notre finale personnelle et j’en ferais autant. Notez que je bénéficie d’un léger avantage : en tant que Belge, je pourrai voter pour la Finlande en demi-finale et je ne m’en priverai pas. Avec un visuel de merles et de lacs sombres, la Finlande devrait tirer son épingle du jeu. Je ne pense pas que Lasse et Leena enflammeront le télévote, mais ils devraient convaincre les jurés.

Malte – Claudia Faniello – Breathlessly – deuxième demi-finale

Le positif : Encore une chanteuse professionnelle, taillée pour la scène et y brillant. L’Eurovision a besoin de concurrents comme Claudia, qui s’investisse, qui prenne la compétition au sérieux et qui démontre que ce concours n’a plus rien d’amateur. Seuls les artistes confirmés et rodés peuvent espérer s’y imposer. Tant mieux. À nouveau, la chanson est taillée à la mesure de l’interprète. Breathlessly est une ballade eurovisionesque typique, congénitale pour ainsi dire. Elle permet à Claudia de grimper dans les octaves et d’étirer ses notes avec une aisance déconcertante…

Le négatif : … hélas, cela ne va pas plus loin. Pour certains d’entre vous, Breathlessly est la pire chanson de cette édition 2017. Je ne suis pas d’accord, ce n’est pas Aina mun pitää non plus. C’est juste une ballade qui n’ose rien, qui n’innnove en rien, qui aurait pu être présentée il y a dix de cela. Il y avait pire au MESC, il y a pire à Kiev. Seul regret : Claudia a eu des chansons plus inspirées par le passé. Mais enfin, 2017 est son année, qu’elle en profite ! Si ça ne marche pas, elle reviendra dans deux ans avec mieux encore.

Conclusion : La deuxième demi-finale ne manque pas de ballades et à titre personnel, je trouve les propositions irlandaise et bulgare, musicalement plus abouties et plus audacieuses. J’aimerais voir Claudia en finale, pour récompense de ses efforts et de ses qualités vocales, mais je doute, je doute…

Norvège – Jowst – Grab The Moment – deuxième demi-finale

Jowst améliore sa prestation, comparativement à la semaine dernière. Il entame sa chanson avec plus de vigueur et cela lance mieux GTM. Le 11 mai, il lui faudra insuffler toute son énergie dans ces premières strophes. Par ailleurs, sa chanson se prête bien aux innovations visuelles et il passe après Valentina, Jimmie et Jacques. J’espère que le public et les jurés lui tomberont dans les bras de soulagement et qu’ils le qualifieront, car vraiment, il le mérite.

République Tchèque – Martina Bárta – My Turn – première demi-finale

Martina réédite une prestation sans faute, comme à Riga. Je le redis donc : Martina est une excellente chanteuse, un excellent ajout à ce Concours 2017. Sa voix est sublime, du velours et de la soie. Reste que My Turn est une autre ballade lisse et sans audace. Les amateurs de jazz tendront l’oreille, les autres attendront plus ou moins patiemment la fin des trois minutes imparties.

Slovénie – Omar Naber – On My Way – première demi-finale

Le positif : Omar sait chanter, lui aussi, et nous le prouve une nouvelle fois. Il réédite sa prestation vocale de l’EMA et emporte sa chanson vers des hauteurs dépourvues de fausses notes. On My Way lui va comme un gant. Le tout respecte à la lettre, la formule archétypale de la ballade eurovisionesque, changement de clé compris.

Le négatif : Les téléspectateurs vont s’enfiler huit ballades durant cette première demi-finale et OMW sera la dernière. À mon avis, une lassitude se fera sentir dans leur chef, dont Omar sera la victime. Il n’aura rien d’autre à se reprocher que d’avoir, lui aussi, choisi un morceau déjà mille fois entendus au Concours. À titre personnel, je ne décrocherai pas mon téléphone pour lui.

Conclusion : Cette sélection slovène était un hommage aux meilleurs styles musicaux des années 90. C’est le bon gros slow de fin de soirée qui l’a emporté. Soit. Je suis content pour Omar qu’il accomplisse son rêve de revenir sur la scène du Concours. L’an prochain, j’encourage la télévision slovène à regagner le présent et à sélectionner des morceaux plus actuels.

Suède – Robin Bengtsson – I Can’t Go On – première demi-finale

Le positif : Vous voudriez résister que vous ne le pourriez… À commencer par Robin lui-même, si beau, si hypnotique, si attirant. Il démontre ici qu’il peut briller sans ses tapis roulants et la grosse machinerie du MF. Il nous offre une belle prestation vocale, sans reproche et sans faute. Je la trouve même meilleure que celle de la finale suédoise. Quant à ICGO, c’est conçu spécialement pour le Concours : imparable donc. Il suffit de deux secondes de refrain pour mémoriser la chanson et accompagner Robin jusqu’au bout.

Le négatif : Vocalement, c’est très bien. Scéniquement, c’est moyen. Robin donne ici l’impression d’être un peu absent, en mode automatique. Sans doute circonstanciel… Le 9 mai, il devrait soulever l’enthousiasme du public. ICGO, de son côté, est une suédoiserie sans autre ambition que de distraire. C’est inoffensif, sans message, sans affect particulier. Il manque à l’ensemble un petit supplément d’âme pour se transcender.

Conclusion : Pas de septième victoire pour la Suède cette année, non. Mais un très bon classement en finale, certainement. Les téléspectateurs retiendront les yeux bleus, le geste-clé et les tapis roulants. Christer Björkman peut dormir sur ses deux oreilles : la Suède figurera une fois encore au palmarès. De toute façon, s’ils gagnaient tous les ans, cela lasserait même les plus aguerris d’entre vous…

Conclusion

Un très bon spectacle, au final, qui augure d’une excellente édition 2017. Comme vous, j’attends avec impatience de découvrir les présentations visuelles. Dans l’attente, en jugeant sur pièce, je décernerai une médaille à Alma et à Francesco. À mes yeux, ils ont été les meilleurs de cette soirée londonienne. Kristian et Kasia ont également brillé. En revanche, déception pour Blanche. Ce n’était pas son soir. Espérons qu’elle sera plus présente et plus décontractée à Tel Aviv, Amsterdam et Madrid. Et carton rouge à Jana. Le playback à un concert intermédiaire, c’est impardonnable.

Je vous laisse à présent en compagnie de Ruslana, Linda et Conchita et vous fixe rendez-vous tout bientôt pour le compte rendu d’Israel Calling. Dans l’attente, participez à notre petit sondage, ci-dessous.

 

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