Tout a commencé un 31 août 2002.

Je n’avais que dix ans et, à l’instar de la France entière et de ma génération nourrie à la télé-réalité naissante, j’étais déjà un fidèle aficionado de cette mythique émission nommée Star Academy. C’est donc tout naturellement que je regardais alors en différé (merci le magnétoscope) le premier prime de la saison 2 et découvrais les seize nouveaux·elles candidat·es de l’émission. Et parmi iels, une jeune artiste a rapidement attiré mon attention.

Tout droit venue de Saint-Yorre, où elle vivait avec sa mère Muriel, sa jeune soeur Kay et sa grand-mère tout en étudiant le droit à Clermont-Ferrand, elle travaillait comme hôtesse de caisse les week-ends pour pouvoir s’offrir des cours de chant avec Armande Altaï à Paris. Mais ce ne sont pas ses liens avec la célèbre et fantasque professeure qui lui ont permis de voir s’ouvrir à elle les portes du célèbre château de Dammarie-les-Lys, mais bel et bien sa voix, dont elle expose la tessiture lors du premier prime, ainsi que ses talents instrumentaux, violon et harpe n’ayant guère de secrets pour elle.

Quasi continuellement dans le top 5 des professeur·es, elle ne décroche sa seule et unique nomination que lors du prime 12, où le public la sauve avec 65% des voix contre Anne-Laure et Jérémy. Après une aventure de dix-sept semaines, durant laquelle elle a eu l’honneur de chanter avec de grands noms tels que Patricia Kaas, Vanessa Carlton, Céline Dion, Michel Delpech, Patrick Bruel, Isabelle Boulay, Johnny Hallyday, Lionel Richie, Laurent Voulzy, Laura Pausini, Luz Casal, Phil Collins ou encore d’assurer les choeurs de Ray Charles, elle remporte très largement sa demi-finale (70% des voix contre Emma) avant de remporter la victoire avec 55% des voix contre Houcine le 21 décembre de cette année 2002 où je rentrais alors au collège.

(Pour rédécouvrir l’intégralité des primes de la Star Ac saison 2, c’est par ici !)

Vous l’aurez compris, je parle de la seule, l’unique Nolwenn Leroy !

C’est ainsi qu’en 2003, comme tout bon·ne vainqueur·e de la Star Academy de l’époque, celle qui se fait désormais appeler du nom de famille maternel (la famille a été abandonnée par le père) publie son premier album au printemps. Sobrement intitulé, Nolwenn, il porte la signature de grands noms tels que Lionel Florence, Elisabeth AnaÏs, Lara Fabian ou encore Laurent Voulzy. Composé de 12 titres, ce premier album présente alors une teinte assez « formatée » (même si ce n’est pas le terme qui me satisfait le plus) variété, avec des ballades de composition plutôt classique mais efficaces et surtout portées par la puissante voix de Nolwenn. De cet album seront mis en avant quatre singles, dont le premier d’entre eux, le célèbre Cassé qui résonne encore aujourd’hui dans nos oreilles (et qui fut bien détourné à l’époque, deux ans seulement avec le « J’t’ai cassééééé de Brice de Nice #BeNiceWithBrice).

Sur le chemin de Broceliande

Sur les traces de Perceval

Je voudrais trouver ma légende

M’attacher à un idéal

Si La Femme Cachée, deuxième single de l’album, connaît un succès plus modeste au coeur de l’été 2003, Suivre une étoile connait une très belle audience et marque la première collaboration de Nolwenn avec Laurent Voulzy qui, à travers sa composition, plonge l’artiste dans un univers pop celtique qu’elle retrouvera ultérieurement dans sa carrière. Pourtant signé Lara Fabian pour les paroles, le dernier single de l’album, inévitablement, ne connait quant à lui qu’une médiatisation limitée.

À l’instar des singles, l’album est un véritable carton, puisqu’il atteint la première place des ventes et s’écoule à 600 000 exemplaires en France, un succès viral dans l’ensemble de la Francophonie. Nolwenn Leroy remportera d’ailleurs le NRJ Music Awards de la révélation francophone en 2004 et effectuera sa première tournée solo à travers la France, la Belgique et la Suisse.

Cette même année, elle participe bien évidemment à la grande tournée de la Star Academy (90 dates), ainsi qu’à l’Eurobest, émission regroupant l’ensemble des vainqueur·es ou finalistes des éditions européennes de la Star Academy, dont elle ne termine que deuxième derrière l’espagnole Chenoa.

De l’expérience de ce premier album, Nolwenn a révélé avec le recul conserver un mélange de joie et de frustration. Heureuse de vivre enfin son rêve de percer dans la musique, mais frustrée de chanter un album déjà préparé pour la gagnante et vierge de son univers, de sa touche personnelle, comme bien des premiers albums de vainqueur·es de télé-crochets d’alors. Plutôt que de se précipiter, elle prend alors le temps de travailler à son deuxième album. Elle s’entoure alors d’une équipe menée par Laurent Voulzy et ainsi naît Histoires naturelles, qui sort le 5 décembre 2005. Quel plus beau cadeau d’anniversaire pour votre humble serviteur, natif du mois de décembre ?

Histoire naturelle

Mon histoire est belle

Mon histoire est celle

D’un animal étrange et rebelle

Mon histoire est belle

Porté par l’irrévérencieux et pétillant Nolwenn Ohwo !, co-écrit par le duo Voulzy-Souchon et Nolwenn elle-même, ce second opus emprunte la voie de l’imaginaire. Entre onirisme et fantasmagorie, les treize chansons sonnent alors comme des rêveries musicales qui se découvrent au fil d’un voyage à travers le musée des merveilles façonné par l’artiste, qui participe ici pour la première fois à l’écriture de ses textes. Le tout sous l’égide de ce majestueux animal qu’est le paon.

Avec une parfaite justesse, l’album d’une très belle fraîcheur oscille entre soupçons de légèreté et d’insouciance propres aux préoccupations et aux rêveries des jeunes filles de l’âge de Nolwenn (l’amour, la liberté, l’impertinence…) et une profondeur liée aux questionnements existentiels et métaphysiques. Voire carrément une certaine gravité, comme avec le titre Mon Ange, dédié à Louise, une jeune fan de Nolwenn atteinte d’une grave maladie à laquelle elle a malheureusement succombé.

Alors même que le cap du deuxième album est le plus difficile à atteindre pour un jeune artiste tout droit sorti de l’univers de la télé-réalité, dont la mission la plus compliquée consiste à durer alors même que la concurrence fait annuellement rage, Nolwenn Leroy passe le cap avec brio. Cette fois porté par une voix d’une nouvelle maîtrise, beaucoup plus posée que sur un premier album qui faisait plus largement appel à la puissance, Histoires naturelles est un nouveau succès, puisqu’il s’écoule à 400 000 exemplaires en France et donne lieu à la tournée Histoires naturelles tour, dont sont issus un album live et un DVD. Une tournée qui, elle aussi, dévoile pour la première fois la véritable Nolwenn – dont la mère devient alors la scénographe attitrée -, en pleine phase avec l’univers singulier instillé par l’album. Au cours de cette tournée, elle dévoile notamment des reprises de Time After Time de Cindy Lauper et Running Up That Hill de Kate Bush (également reprise par Placebo quelques temps avant).

Toujours soucieuse de se livrer avec sincérité, Nolwenn prend une nouvelle fois son temps avant de présenter son troisième album, qu’elle travaille avec le chanteur féroien Teitur. Encore plus décidée à briser les codes et à s’éloigner des standards dans lesquels elle aurait pu s’enfermer suite à la Star Ac, elle décide de jouer cette fois pleinement la carte de l’audace et de déstabiliser le public acquis et conquis, avec un album jusqu’ici unique dans son répertoire, pour ne pas dire inclassable. C’est ainsi que, quatre ans quasi jour pour jour après Histoires naturelles, Le Cheshire Cat et moi fait son apparition dans les bacs, porté par le single Faut-il faut-il pas.

Entre le lourd, le léger, entre les pleins, les déliés

Je devrais trancher, oui mais j’hésite, quitte un jour à le regretter.

Entre glaise et firmament, je suis un élastique qui s’étire, se tend.

J’suis pas à mon aise, tout est dilemme, tout est malaise.

Pourquoi faire un choix, la peste ou le choléra.

Je suis balance, faut-il, faut-il pas ?

Le pire des fléaux, j’suis un cas, ah ah ah…

L’artiste n’a peur de rien, si ce n’est de s’enfermer, écueil qu’elle évite avec monts et merveilles. Quasi intégralement co-écrit en anglais par Nolwenn – avant traduction en français de la plupart des titres, l’album se révèle un véritable pari. Opus le moins « grand public » à ce jour, Le Cheshire Cat et moi, hommage évident à l’univers de l’auteur d’Alice au pays des merveilles, est à la fois une continuité d’Histoires naturelles, mais aussi une véritable rupture avec ce que Nolwenn nous proposait jusqu’alors musicalement parlant. Toujours dans le diptyque légèreté/gravité, l’artiste repousse les frontières de l’imaginaire et ose proposer quelque chose de plus intimiste et décalé dans un contexte de crise accélérée du disque en France, où toute prise de risque pourrait être particulièrement redoutée de la part d’une jeune artiste récemment installée sur la scène musicale française.

Si l’album est un véritable succès critique, le public, lui, ne sera que partiellement au rendez-vous, n’écoulant Le Cheshire Cat qu’à 50 000 exemplaires. Un score honorable au vu du contexte et de la teinture du disque, mais très éloigné des deux premiers albums. Cela n’empêche pas Nolwenn de faire une nouvelle tournée, à travers la Francophonie, cette fois acoustique et sur de plus petites scènes (comme La Cigale à Paris), à l’image de la singulière et cosy atmosphère de l’album.

Alors qu’elle monte pour la première fois sur la scène de grands festivals comme les Francofolies de Spa ou Muzik’elles, Nolwenn Leroy est alors à un tournant type de la carrière d’une nouvelle « star ». Nous sommes alors en 2010. Sa victoire à la Star Academy remonte à presque huit ans, le succès de l’émission s’est largement étiolé (puisqu’elle tire clairement sur sa fin), les télé-crochets se sont multipliés avec plus ou moins de succès (Nouvelle Star, X-Factor, …) et fabriquent surtout de moins en moins de stars malgré l’avalanche de candidat·es présenté·es.

Jenifer, Nolwenn, et autres sont à un stade où capitaliser sur le prestige de leur victoire passée devient de plus en plus compliqué. Beaucoup ont d’ailleurs fait le choix de se défaire de l’étiquette Star Ac comme d’autres ont souhaité se défaire de l’étiquette Eurovision, à l’instar d’Elodie Frégé ou d’Olivia Ruiz par exemple, dont les carrières ont connu certains sommets avant de progressivement décliner. C’est aussi le choix qu’effectue Nolwenn à la période du Cheshire Cat. Et alors qu’à l’instar de bien de ses consoeurs et frères, elle aurait pu voir son succès s’étioler définitivement avec ce troisième album, c’est pile l’inverse qui se produire seulement quelques mois après.

Tri martolod yaouank…

La la la…
Tri martolod yaouank

I vonet da veajiñ (bis)

En décembre 2010, à la surprise générale de mon souvenir, et seulement un an après le chat d’Alice au Pays des Merveilles, Nolwenn Leroy nous livre son quatrième album. Intitulé Bretonne, il rend hommage à ses racines (elle est en effet native de Saint-Renan dans le Finistère) à travers une série de reprises inscrites dans la tradition musicale bretonne, du Moyen-âge à notre ère. Elle se voit également offrir des titres inédits signés Miossec et Souchon. Parmi les titres phares de l’album figurent notamment Tri Martolod (jadis réadapté en version rap par Manu), La Jument de Michao ou encore le Bro gozh ma zadoù, hymne breton, qu’elle chante même lors de la finale de la coupe de France entre Rennes et Guingamp, le tout sous les arrangements d’Alan Stivell.

À rebours des « impératifs » du marché et des tendances musicales du moment, Nolwenn tente une nouvelle fois un pari, à la différence que celui-ci est peut-être plus fou que tous les autres réunis. Treize chansons issues du répertoire breton et entièrement réarrangées, pour certaines chantées en breton et en gaélique (!), une sortie surprise… Qu’a t-il donc pris à Nolwenn ? Une nouvelle prise de risque en tout cas, extrêmement payante, puisque ce qui ne devait être qu’un projet de « transition » devient alors un véritable phénomène.

L’album se classe en effet numéro 1 des ventes dès sa sortie, et reste sept semaines à la tête du classement en France. Disque d’or, de platine, puis de diamant, l’album atteint le million d’exemplaires vendus en 2012, soit l’une des plus grosses ventes de la période, et surtout le plus grand succès de la chanteuse depuis ses débuts, au point qu’une réédition de l’album voit le jour fin 2011, cette fois agrémentés de titres issus des répertoires traditionnels britannique et irlandais, dans la lignée de l’attachement que voue Nolwenn à la langue anglaise depuis un échange d’un an aux Etats-Unis alors qu’elle était lycéenne.

Avec son ode à la Bretagne qui remet la scène musicale de cette emblématique région au premier plan, et fera de nombreuses émules (du côté de la Corse notamment), Nolwenn Leroy se retrouve propulsée à la une comme elle ne l’a peut-être plus été depuis sa victoire à la Star Ac, voire comme elle ne l’a jamais été tout court. Les médias se l’arrachent, elle reçoit le Grand Prix du Télégramme en 2010 et un NRJ Music Awards d’honneur pour la meilleure vente francophone de l’année 2011 (pour deux nominations), et se retrouve même nommée aux Victoires de la musique dans la catégorie de la meilleure interprète féminine ! Le succès dépasse également les frontières de la Francophonie, puisque l’album paraît en Allemagne, en Corée du Sud et aux Etats-Unis, où Nolwenn donne un concert à New-York en 2013. En parlant de concerts, vous savez combien de concerts pèse une Nolwenn Leroy en mode Bretonne ? Et bien cent. Cent répartis sur deux ans, tournées d’hiver et d’été comprises, spectacles payants et gratuits compris. Un carton, je vous dis, un carton, que certain·es observateur·rices associeront d’ailleurs à l’attachement qu’éprouvent les français·es vis-à-vis de leurs régions et de leurs traditions (effet qu’on avait notamment retrouvé dans un autre registre avec le succès des Ch’tis en 2008).

Si tu as rêvé dans les eaux sombres,

Dans la pénombre où nage Ophélia,

Si la lueur des profondeurs t’attire aussi,

Ne me retiens pas,

Même si les bras froids du tendre océan te saisissent, englacent ton cœur,

Tu me rejoindras,

Ne me sauve pas,

Coule avec moi,

Ne me retiens pas.

Autant dire qu’avec un tel héritage, la marche suivante se révèle alors d’autant plus haute à atteindre, pour ne pas dire un cap aussi infranchissable que le Cap Horn. Qu’importe, 2012 sera la troisième année consécutive où Nolwenn nous propose le désormais traditionnel album de début d’hiver, cette fois composé de chansons originales.

Intitulé Ô filles de l’eau, l’album s’inscrit dans la lignée de Bretonne en offrant une variété aux accents celtiques qui se révèle une ode authentique et sincère à l’Océan, sa beauté, son immensité vertigineuse, sa pureté, ses légendes. Plusieurs titres évoquent ainsi des figures féminines mythiques et légendaires, comme celle de la sirène, ce dans le cadre d’une nouvelle confrontation entre le lourd et le léger, la vie et la mort, comme dans la chanson Ophélia, qui a le don de me bouleverser à chaque écoute. Ce dans la pure lignée des influences mystiques et des mystérieuses ondes qui régnaient déjà sur Histoires Naturelles et le chat.

À trente ans, Nolwenn Leroy s’affirme ici comme une artiste désormais installée, sûre d’elle et débarrassée du manque de confiance de la vingtaine. La bretonne sait ce qu’elle veut, où elle va, et tout en restant une artiste capable de sortir des sentiers battus, affirme désormais un style musical grand public sans être classique, variété sans commune mesure et surtout bien propre à elle. Un univers dans lequel elle met ses engagements en scène musicale, comme avec Sixième Continent, du surnom de ce véritable continent de pollution marine niché en plein milieu du Pacifique, elle à qui la cause environnementale tient à coeur, à l’instar également de la lutte contre la pauvreté (elle est l’une des porte-voix de la Fondation Abbé Pierre).

Douze semaines dans le top 10 plus tard, et une tournée de 70 dates qui donne lieu à un nouvel album live agrémenté d’un DVD, intitulés Ô tour de leau (tournée durant laquelle elle offre une splendide reprise folk d’Ohio à laquelle je voue un véritable culte), c’est un nouveau succès pour Nolwenn Leroy, qui écoule l’album à plus de 300 000 exemplaires. Elle monte pour la première fois sur la scène de l’Olympia et participe au Festival Interceltique de Lorient, et participe à de nombreux projets tels que Le Soldat Rose 2, un hommage à Edith Piaf sur la scène des Francofolies, La bande à Renaud, We Love Disney, mais également aux concerts de Vladimir Cosma,

Alors qu’elle devient l’une des 50 personnalités préférées des français, Nolwenn enchaîne : elle dont la voix aurait des vertus thérapeutiques selon un neurologue américain co-écrit et interprète plusieurs titres pour Le chant de la mer, film d’animation nommé aux César et aux Oscar, et monte une tournée acoustique en 2015, qui la mène notamment au Casino de Paris. Elle est également choisie pour interpréter Quand on a que l’amour de Jacques Brel aux côtés de Camélia Jordana et Yaël Naïm lors de l’hommage national aux victimes des attentats du 13 novembre.

Les dix-huit mois suivants, Nolwenn Leroy se retire du monde médiatique et entreprend une pause, tant professionnelle que personnelle.

Si mon cœur est pur
Si je m’émerveille
Oui, je serai sûre
De trouver ces gemmes
Ces gemmes arc-en-ciel
Éternelles, immortelles

2017 est alors l’année de tous les bonheurs pour Nolwenn Leroy. Elle donne naissance à son fils Marin, ainsi qu’à son sixième album studio, cinq longues années après le dernier. Des J’aime aux Gemmes, il n’y a qu’un pas, celui de cette famille de pierres regroupant aussi bien des pierres fines et organiques que précieuses, telles que les diamants, et qui donne son nom tant à l’album qu’à son single. À l’image du clip, on retrouve ici la magie fantasmagorique et fantastique de l’univers musical de l’artiste, qui revient ici vers quelque chose de plus pop teinté d’influences anglo-saxonnes, l’album ayant été réalisé par une équipe du sérail et une nouvelle fois enregistré à Londres. Une nouvelle fois encore, c’est en anglais que Nolwenn a tout d’abord co-écrit l’intégralité des titres, avant d’opter pour une traduction en français pour la plupart d’entre eux. Elle fait également appel à la littérature, adaptant deux poèmes d’Edgar Allan Poe qu’elle interprète au coeur de ces 11 titres mêlant à la fois son amour du celtique et des influences folk déjà prégnantes dans Bretonne.

Salué par la critique, l’album du grand retour est un véritable succès critique, mais aussi public, puisqu’il est sacré disque de platine pour 100 000 exemplaires vendus et donne lieu à un Gemme Tour de 55 dates, dont une au Grand Rex à Paris (où votre fidèle serviteur était évidemment présent) et de célèbres festivals, comme les Francofolies de La Rochelle ou le Festival de Cornouaille. L’année suivante à peine, elle publie un second album de reprises, intitulé Folk et essentiellement tourné autour de titres de la scène musicale française des années 70, comme So Far Away From L.A., l’une de mes chansons préférées au monde, ou encore Diabolo menthe.

Quelques lueurs d’aéroport,

L’étrange fille aux cheveux d’or,

Dans ma mémoire, traîne encore.

C’est l’hiver à San Francisco

Mais il ne tombe jamais d’eau

Aux confins du Colorado

Ce septième album, enregistré dans les conditions du live, est un nouveau succès (70 000 exemplaires vendus) et donne lieu à une nouvelle tournée, le Folk tour. Un projet de transition assumé et annoncé par l’artiste avant le début d’une longue pause médiatique et musicale de trois ans, ce après une décennie 2010 très riche en évènements et en émotions.

C’est alors qu’il y a quelques semaines…

… Mon coeur s’emballa comme rarement à l’ouverture de mon compte Instagram. Je frottais mes yeux, une fois, deux fois, trois, me donnais des claques sur le visage, attrapait un crabe déambulant par hasard sur la plage du Lido di Noto en Sicile pour me pincer (Ay ay ay ay… comme le dirait Marie N.), m’aspergeait d’eau, mais je ne rêvais pas. Celle dont je suis un indéfectible fan depuis le 31 août 2002, celle que j’ai vu 14 fois (!) en concert sans jamais me dévoiler à elle, ne serait-ce que par une simple lettre ou un grossier commentaire sur les réseaux sociaux, celle pour qui je me suis fait sortir de la Grande Halle de l’Union par un vigile (oui, oui, et à l’équipe de la salle seize ans après : pas wesh cousin du tout), celle que je n’ai jamais attendue à l’entrée des coulisses ou à qui je n’ai pas communiqué le moindre mot ne serait-ce qu’en f***ing morse, celle dont j’attends la sortie de la moindre note de musique comme Tom attendait Jerry et comme Bip-Bip attendait Coyote mais le musical amour sincère et platonique en plus, s’apprêtait enfin à nous dévoiler son nouveau titre, prélude d’un nouvel album, La cavale, dont la sortie est prévue le 12 novembre prochain.

Avec Brésil, Finistère, écrit par Benjamin Biolay, c’est ainsi un nouveau détour musical qu’opère la chanteuse à travers une pop très « nouvelle vague » teintée de sonorités rétros et délaissant les celtes ondes musicales, quoique mer et océan ne restent pas bien éloignés de son univers. Détour auquel, personnellement, j’adhère une fois de plus.

***

Du jour où j’ai entendu Nolwenn pour la première fois, j’ai beaucoup aimé d’elle. J’ai aimé sa voix, tout d’abord pour sa puissance et son intensité, pour sa tessiture qui m’est assez extraordinaire, pour ses vertus. J’aime depuis sa maîtrise de cette voix, sa capacité à la poser au gré de ses déambulations musicales et à la manier au fil de ses années d’apprentissage et d’expérimentations. J’ai aimé voir le papillon sortir progressivement de sa chrysalide, voir la jeune artiste en quête de confiance et d’aisance sur scène devenir la chanteuse installée, sûre d’elle, en confiance, désormais à l’aise avec une pluralité de styles. J’ai aimé la voir entreprendre des navigations musicales, tenter des choses, oser, souvent à rebours du sens du courant et des standards, tout en restant fidèle à elle-même et à une ligne directrice ornée de variations et de nouvelles vagues, chacune se nourrissant de la précédente pour mieux enrichir la suite, et former le tout cohérent tant recherché par bien des artistes observant leur oeuvre. De Nolwenn, j’ai aussi aimé son naturel, sa sincérité à toute épreuve, son humilité, sa volonté de ne pas s’enfermer dans une image, son refus du formatage, ses engagements. De Nolwenn, je continue d’aimer ses mélodies, son onirisme, ses détours magiques, sa fantaisie parfois, sa Bretagne (que je n’ai jamais visité qu’à travers sa musique), mais aussi ses influences, son histoire musicale, son rapport à la folk anglo-saxonne.

Il y a à la fois plusieurs Nolwenn, mais au fond une seule : une artiste dont la gemme reflète la hauteur du talent et la capacité à parler à une diversité de publics (preuve est la composition de l’audience de ses concerts). Nolwenn est un papillon mu par un cycle de métamorphoses, qui en font aujourd’hui une artiste incontournable de la scène musicale française, de ceux qui ne créent pas en fonction des tendances mais de leurs envies, de leurs découvertes et de leurs convictions musicales. Nolwenn n’a peur de rien, en tout cas pas de prendre des risques et d’aller dans l’inattendu, sans pour autant perdre en cohérence. Alors, oui, je le pense intrinsèquement : quelque soit le potentiel résultat au bout, Nolwenn aurait toute sa place au sein du dispositif Eurovision France, à condition évidemment d’avoir LA chanson capable de porter les couleurs de la France au concours de l’Eurovision, avec ce que cela demande de force, de capacité de mémorisation et d’impact face à une quarantaine de concurrent·es. Parce que tout simplement Nolwenn est à mes yeux et à mes oreilles l’une des plus grandes artistes de notre scène musicale, et que sur cela, le temps n’a pas de prise. Nolwenn, si tu nous lis…

Mets tes pieds sur mes pieds, et tes mains là derrière

Et fermons grand les yeux, et dansons sur la mer

Brésil et Finistère, Japon, Planète terre

Crédits photographiques : page Facebook de l’artiste