Avec des « si », on refait peut-être le monde, mais le journal autrichien Det Standard, lui, a révélé ce qu’aurait pu être le visage de l’Eurovision 2026 si Innsbruck avait été choisie comme ville hôte.
Si le télédiffuseur autrichien ORF (actuellement en proie à des turbulences que nous évoquerons demain dans le petit journal de la semaine) avait imposé un accord de confidentialité aux villes candidates, le média a cependant pu obtenir les documents afférents à la mairie d’innsbruck grâce à une demande d’accès à l’information. Un dossier riche de 180 pages, qui inclue le dossier de candidature originel et les informations complémentaires demandées par l’ORF. De quoi nous éclaircir non seulement sur les contours de la candidature tyrolienne à l’accueil de l’Eurovision 2026, mais aussi sur la répartition des fonds de l’enveloppe dédiée à l’organisation du concours – détails que nous ignorons pour Vienne.
Les Alpes au coeur du projet

C’est sans surprise sa dimension montagnarde qu’Innsbruck avait placé au coeur d’une candidature intitulée « Ensemble au sommet ». La ville se décrivait ainsi comme la seule à incarner « le mode de vie alpin-urbain valorisé dans le monde entier comme faisant partie intégrante de notre identité autrichienne », mettant en avant la courtesse de ses distances et le côtoiement des concerts d’orgue et d’une culture alternative. Ville hôte des Jeux Olympiques d’hiver en 1964 et en 1976, Innsbruck aurait même ravivé la flamme nostalgique chez les sportifs puisqu’elle aurait rallumé la flamme olympique de jadis au tremplin de saut à ski de Bergisel (qui avait vu triompher Hans-Georg Aschenbach) pour la cérémonie du tirage au sort. Une réutilisation inédite d’infrastructures sportives, à laquelle il faut ajouter l’installation de l’Orchestre philharmonique de Vienne sur les montagnes de la Nordkette et le survol de la ville par les artistes de l’Eurovision en téléphérique.
Une salle : l’Olympiahalle


Puisqu’on parle infrastructures sportives, l’Olympiahalle (qui avait accueilli les épreuves de hockey sur glace et de patinage artistique lors des JO) aurait été la salle hôte de l’Eurovision, avec sa capacité modeste de 7 800 places. Mais, afin de pousser les murs, Innsbruck aurait également capitalisé sur une salle adjacente du complexe OlympiaWorld (la Tiroler Wasserkraft Arena), dans laquelle elle aurait placé une Green Room entouré de milliers de spectateurs, ce qui aurait ainsi artificiellement porté la capacité d’accueil du concours à 15 000 personnes. La 70ème édition de l’Eurovision aurait, en outre, fait l’objet d’une retransmission publique dans l’enceinte du Tivoli Stadion Tirol, 17 400 places, où s’étaient déroulés certains match de l’Euro de football masculin en 2008 – à la façon de la viewing party géante organisée à Bâle. À l’inverse, le Wiener Stadthalle était en mesure de centraliser l’intégralité du concours dans ses murs, ce qui a contribué à faire basculer la balance pour Vienne du côté de l’ORF.

Lors de la désignation de la ville hôte, il avait été également avancé que la localisation des loges à distance de la salle principale avait été un élément rédhibitoire dans la candidature d’Innsbruck, puisque les artistes et les délégations auraient été amenées à faire le trajet jusqu’à la scène de l’Eurovision en bus. Ce qui n’était pas sans poser des questions de sécurité… Ces éléments ne figurent toutefois pas dans l’article du Standard.
Côté culture

Parce que lorsqu’on se rend dans une ville hôte de l’Eurovision, ce n’est pas que pour le concours ! Afin de mieux la faire découvrir aux festivaliers venus du monde entier, la mairie d’Innsbruck avait misé sur un programme culturel gratuit, destiné à générer du contenu sur les réseaux sociaux. Ainsi, les délégations et les médias accrédités (qui bénéficient chaque année d’une largesse d’accès gratuit aux infrastructures culturelles de la ville hôte et de diverses activités) auraient pu passer trois heures à déguster des bières artisanales et du gin, participer à une randonnée glaciaire de six heures avec un atelier sur neige, visiter l’un des plus anciens orgues d’Autriche ou encore prendre part à une excursion dans le canal de glace d’Igls.
L’armée pour la sécurité
Du fait de sa forte visibilité publique et de sa dimension internationale, l’Eurovision est un événement particulièrement exposé, qui plus est vu le contexte géopolitique actuel. Cela n’avait pas échappé à la municipalité d’Innsbruck, à laquelle « l’avantage militaro-politique » n’avait pas échappé en termes de formation des forces armées autrichiennes et de leurs relations publiques. Autrement dit : Innsbruck aurait fait appel à l’armée à titre gratuit pour assurer sa sécurité pendant l’Eurovision 2026. Un soutien bénévole que l’armée assure déjà sur de grands événements, comme l’étape annuelle de coupe du monde de ski alpin sur la mythique piste de Kitzbühel, mais qui est évidemment loin d’être gratuit et dont la compensation financière était incertaine. De son côté, Vienne ne fera pas appel à l’armée pour assurer la sécurité pendant l’Eurovision 2026.
Money, Money, Money
Au-delà du fait que les billets auraient été probablement bien plus chers qu’à Vienne (supposition de l’auteur), à combien se seraient élevés les coûts de la candidature d’Innsbruck ? Selon les données diffusées par la mairie, celle-ci visait un concours à une petite dizaine de millions d’euros, soit une fourchette plutôt basse par rapport aux standards de ces dernières années (et proche des concours organisés à Malmö). Estimation qui ne tient peut-être pas content de certains à-côtés et évidemment d’un possible dépassement de budget.
Dans le détail, 3.7 millions d’euros auraient été dédiés à la mise à disposition des salles (dont le loyer, les frais de fonctionnement et le personnel). Environ 2 millions d’euros auraient été utilisés pour le centre médias, la production et les coulisses. 4 millions auraient été consacrés à la sécurité et aux équipements techniques, tandis que plus d’un million d’euros auraient été fléchés pour les transports publics, l’Eurovision village au centre d’Innsbruck et la gestion du projet.
Maintenant que vous avez tous les éléments en main, on repose la question : Vienne ou Innsbruck ?
Crédits : municipalité d’Innsbruck/OlympiaWorld









Innsbruck est située à l’ opposé de Vienne (extrémité ouest contre extrémité est). C’ est la capitale du land le plus à l’ ouest avec l’ Allemagne au nord, l’ Italie au sud et la Suisse à l’ ouest et les frontières sont à moins de 100 KM, voire 50. L’ Allemagne et l’ Italie ne sont pas limitrophes mais sont à moins de 100 KM dans ce secteur.
L’ eurovision a peu été dans les Alpes. On peut citer Lugano en 1956 (le premier), Cannes en 1959 et 1961 (Alpes-Maritimes), Munich en 1983 (la Bavière) et Lausanne en 1989). Innsbruck aurait pu changer de Vienne.
Si les billets auraient été plus chers, cela aurait été des concurrents en moins, surtout si les prix me conviennent.