superdupontAudience et classement en berne : cette année c’est la totale pour la France. La bonne audience de France 3 parvenait jusqu’à présent à (presque) faire oublier la catastrophique place du pays. Pour 2013, véritable annus horribilis pour la France, ce n’est pas le cas.

La France ‘tire la tronche’ et chacun y va de sa petite idée pour faire remonter le pays dans le classement des prochains concours, et pourquoi pas, nous faire gagner une sixième fois la compétition.

Comment gagner l’Eurovision ?

L’Express nous donne des indices. Dans un article signé Lemonita32, on nous livre quelques idées… En fait, seulement deux idées : la première est de faire place aux jeunes (c’est vrai qu’Amandine Bourgeois a l’âge de tricoter devant un feu de cheminée tout en regardant des chiffres et des lettres !). Selon l’Express, il faudrait organiser un télé-crochet du type The Voice sur plusieurs semaines.

Pourquoi pas, sauf que j’imagine mal France Télévisions investir autant de temps, d’argent et d’énergie pour un concours de ce type qui pourrait souffrir d’une audience discrète.

Deuxième solution : donner la parole au public. Pour l’auteur de l’article, le concours est boudé par les Français déçus de ne pas être consulté pour le choix de celui qui les représentera.

Bon, d’abord le concours n’a été boudé que cette année. Les autres années, l’audience était au rendez-vous. Sauf en 2000, où la finale de Stockholm avait été suivi par moins de 3 millions de téléspectateurs. Et cette année, c’était une chanteuse choisit par le public qui nous avait représentés.

Donner la parole au public, je suis plutôt pour. Ca a marché pour les allemands en 2010, pour les suédois en 2012 et tout récemment pour les danois. Sauf que quand les français choisissent des chansons pour l’Eurovision, on se retrouve avec une adepte de la secte de Raël devenu sosie de Céline Dion, une jeune chanteuse terrifiée sur scène où encore un groupe de choristes rêvant d’une gloire impossible.

Les français font-ils le mauvais choix lorsqu’on leur demande de choisir une chanson pour l’Eurovision ? Force est de constater que depuis 1981 et la troisième place de Jean Gabilou à Dublin, le public français n’a pas eu le nez fin pour envoyer une chanson à l’Eurovision.

"Vivre"... et laisser mourir

“Vivre”… et laisser mourir

En 1983 par exemple, alors que notre concours était à l’agonie car il ne correspondait plus du tout au modèle musical de l’époque, les téléspectateurs français enfonçaient le clou en choisissant un chanteur ringard, à la coupe de cheveux ringarde avec une chanson ultra ringarde. Pourtant, lors de la sélection française de cette année, nous avions droit au fameux ‘Douanier Rousseau’ de la Compagnie Créole. Une chanson enlevée, bien dans l’air du temps et interprétée par un groupe qui, à l’époque, avait la baraka. Leur deuxième place en sélection a surpris tout le monde qui voyait déjà la France gagner l’Eurovision à Munich. Résultat des courses : la chanson envoyée pour la France cette année-là est tombée dans les oubliettes dès le générique de fin du Concours, tandis que le Douanier Rousseau s’est révélé devenir un gros tube.

A part cette année-là, les téléspectateurs français qui ont élu les chansons lors des finales nationales ne sont coupables de rien car ils n’ont jamais vraiment disposé (sauf peut-être en 2007) d’un choix de qualité.

Bon, si je pouvais donner mes pistes à moi pour gagner l’Eurovision, je dirais simplement que la France doit arrêter de se la jouer franchouillard et accepter les codes qu’imposent l’Eurovision pour gagner. Le code principal étant de choisir une chanson qui se retient bien, pas forcément un chef d’oeuvre impérissable, mais juste de quoi provoquer un orgasme cérébral au téléspectateur européen de base. Une bonne chanson pop ponctuée de oh oh et de hey hey, ça doit pas être trop difficile à écrire, quand même !

Julie Frost, une américaine qui a gagné... pour l'Allemagne

Julie Frost, une américaine qui a gagné… pour l’Allemagne

La France devrait aussi ne pas se fixer des limites. C’est pourtant ce qu’elle fait, notamment en bannissant la langue anglaise. Attention, je vous vois venir… Non, je ne dis pas qu’il faut absolument chanter en anglais. Mais avouons-le : si Thomas G:son était venu proposer Euphoria à France Télévisions pour représenter l’hexagone (ce qui n’a pas été le cas bien sûr), il est clair qu’il aurait été remercié et prié de retourner vendre sa chanson dans son pays.

Autre barrière que s’impose la France : il leur faut absolument des compositeurs français. Or ce qu’on crée musicalement en France aujourd’hui n’a pas grand chose à voir avec l’Eurovision. Pourquoi ne pas faire comme les autres et aller chercher des compositeurs étrangers qui connaissent sur le bout des doigts ce qui plaît à l’Eurovision ? Ca a plutôt bien réussi à l’Allemagne en 2010 et à l’Azerbaïdjan en 2011.

En résumé, si un compositeur étranger se pointe avec une véritable bombe en anglais et la propose pour la France à l’Eurovision… Eh bien non, il devra passer son chemin et ira gagner pour un autre pays.

Autre question que l’on peut se poser : la France a-t-elle envie de gagner l’Eurovision ?

Je ne pense pas que France Télévisions fasse tout pour perdre. Et en même temps, pour la chaîne, gagner n’est pas une nécessité (comme ça peut l’être par exemple pour l’Azerbaïdjan ou les pays nordiques).

Osez osez Amandine

Osez osez Amandine

Et c’est sans doute parce que gagner n’est pas une priorité que la France ose proposer quelque chose de différent, quitte à se faire lyncher à l’issu du Concours.

Alors que d’autres pays souhaitant la victoire nous bombardent de ballades sirupeuses, de chansons pop ou encore ‘dance’ rendant le concours trop uniforme, il existe des pays comme la France ou encore le Monténégro pour nous proposer quelque chose de différent, histoire de faire évoluer le concours de la même façon que la musique évolue.

Alors, doit-on voir l’Eurovision comme un sport, une compétition où le but absolu est de gagner ? Auquel cas la France a tout faux.

Ou bien doit-on voir l’Eurovision comme une gigantesque plateforme musicale multi-culturelle ? Auquel cas la France y a tout juste.

J’aimerais tellement qu’un jour, plus personne ne puisse dire : «Cette chanson n’est pas faite pour l’Eurovision.» Ca voudrait dire qu’enfin, le Concours ne sera plus mis dans une case spécifique. Et c’est peut-être le prix à payer pour que le mot ‘ringard’ ne soit plus jamais associé à la compétition européenne.

Brisons une bonne fois pour toute le «moule Eurovision» et laissons à notre Concours la liberté musicale dont il a tellement besoin. Quitte à ne pas se retrouver dans le haut du classement.

N’oublions pas que c’est un français qui a rendu célèbre la citation : «Le plus important (…) n’est pas de gagner, mais de participer, car l’important dans la vie ce n’est point le triomphe mais le combat ; l’essentiel, ce n’est pas d’avoir vaincu mais de s’être bien battu». Et sur ce point, Amandine Bourgeois a réussi le pari.