image-presse-internet«Voilà… c’est fini…» chantait Jean-Louis Aubert. Encore un concours Eurovision de passé. Il nous faudra attendre maintenant plusieurs mois avant d’avoir des informations bien concrètes sur les participants, et quelques semaines pour connaître l’endroit au Danemark vers qui nos mirettes brilleront en mai prochain.

Pour vous éviter de sombrer dans la DPE (Dépression Post Eurovision), notre blog restera ouvert, même en période creuse. On essaiera de vous divertir un maximum en attendant que la grosse machine se remette en route.

Aujourd’hui, je vous propose une petite revue de presse de tout ce qui s’est dit (ou presque) avant l’événement suédois. Attention, ça balance !

Avant le soir du 18 mai, les médias se posaient la question dont tout le monde connaissait déjà la réponse avant même de lire les articles : la France peut-elle gagner ?

Et souvent, on a retrouvé des titres comme «Pourquoi la France ne va pas gagner ?», ou bien «pourquoi Amandine ne doit pas gagner ?»… des titres qui font vendre, mais qui ne sont pas franchement faits pour attirer le chaland devant son poste de télévision.

TELOLLa palme de l’anti-eurovision revient à Télé-Loisirs. Le magazine télé avait mis les coaches de The Voice en couverture. Jusque là, pas de problème, c’est même normal de voir l’émission phare de la Une être mis en avant pour sa finale. Sauf que, en médaillon à gauche, on retrouve une photo d’Amandine avec le titre provoquant «Eurovision : Pourquoi la France ne veut pas gagner». Parti pris en faveur de l’émission de TF1 ? Peut-être… Désir de vendre plus de numéro avec un titre intriguant ? Sûrement.

Et finalement, en lisant l’article, nous n’apprenons rien de nouveau. Déception… déception. Je préfère lire Télé 7 Jours. D’accord, ils étaient partenaires de la France à l’Eurovision, nous avons donc eu droit à un article calibré.

La palme du grand n’importe quoi revient à Closer… Ca vous étonne ? Dans le titre «Amandine Bourgeois n’a pas le droit de gagner», tout est dit et on sait déjà qu’on va parler budget, n’est-ce pas ?


Ben oui, en clair (ou plutôt en foncé dans ce cas), Closer nous dit qu’organiser l’Eurovision revient trop cher. «Des sommes astronomiques que France Télévisions ne peut pas se permettre de sortir.» De qui se moque-t-on ? Qu’on se dise une chose : si France Télévisions ne peut pas organiser l’Eurovision, PERSONNE ne peut le faire.

Closer doit revoir ses chiffres...

Closer doit revoir ses chiffres…

Et Closer s’appuie sur des chiffres totalement farfelus. Pensez voir : pour eux, le Concours de Moscou a coûté 16 millions d’euros, et la Norvège a déboursé 25 millions pour son édition à Oslo. Du grand n’importe quoi ! Le journaliste a-t-il sorti des chiffres au hasard ou bien a-t-il été mal renseigné, toujours est-il que ces chiffres sont archi-faux, nous le savons.

Il serait peut-être intéressant de dire qu’une partie de la recette du télévote du Concours 2013 servira à financer une partie du concours danois de 2014.

Il serait peut-être intéressant de dire que la télévision qui organise l’Eurovision peut s’en sortir à moindre coût grâce notamment aux sponsors qui (eh oui!) se bousculent chaque année. Rappelons que la télévision danoise DR est d’ores et déjà persuadée qu’elle ne va pas débourser un centime pour l’organisation 2014, grâce aux mécénats et à une subvention de l’Etat.

D’autre part, l’organisation de trois spectacles Eurovision ne doit pas valoir beaucoup plus chère que la production d’une série en trois ou quatre épisodes, non ? Bon, je m’avance peut-être un peu car j’ignore le budget d’une série télé… Et comme je ne veux pas faire mon «Closer» je ne donnerais pas de chiffre à ce sujet.

Challenges.fr s’interroge également : «Pourquoi la France est si nulle à l’Eurovision ?». Le site nous fait un bel article sur le pourquoi du comment de la débâcle.

La première raison se tient : «il n’y avait que 10 candidats en 1957, et 39 en 2013. Difficile de continuer à truster les premières places dans ces conditions…» Difficile aussi d’avoir tort devant une démonstration mathématique.

joli shéma (c) challenges.fr

joli shéma
(c) challenges.fr

La seconde raison est, bien sûr, géopolitique. Un chercheur en géographie, Jean-François Gleyze, s’en mêle. Il a détecté – et illustré par un shéma – deux groupes importants : les pays nordiques, et les pays des Balkans et ses deux sous-groupes (bloc “ex-Yougoslavie, pôle “slave”).

Son analyse n’est pas fausse, mais n’oublions pas que l’Allemagne, qui n’appartient à aucun «bloc géographique» a tout de même réussi à remporter l’Eurovision il y a trois ans. Donc, pourquoi pas la France ?

Jean-François Gleyze évoque alors un problème de relations entre la France et les autres pays d’Europe. «En fait, les téléspectateurs européens font aussi payer à la France son image parfois arrogante ou hautaine. Sébastien Tellier débarquant en lunettes noires n’a pas beaucoup contribué à humaniser l’image des chanteurs français…» Pas faux.

Pour en revenir brièvement sur les blocs de pays qui votent entre eux, il faut se rappeler que le bloc scandinave n’a pas voté en masse pour Emmelie de Forest, lui préférant la norvégienne Margaret et la hollandaise Anouk. Donc…

Mais les préjugés ont souvent la peau dure. Le Figaro y va franco : pour lui, personne ne veut gagner l’Eurovision ! Et de ressortir le coût financier de l’organisation d’un concours. Un sujet qui obsède les médias français !

Dans cet article, le Figaro ose une remarque gonflée : «Participer à l’Eurovision coûte 600.000 euros aux «cinq grands», dont la France, et 200.000 euros aux autres. Avoir la (mal)chance de l’organiser, c’est une facture de 18 millions d’euros minimum. Une entreprise à perte puisque, contrairement au football, il n’y a pas de publicité pendant l’Eurovision.»

Erreur. Il n’y a pas de publicité en France, mais on sait tous (sauf le Figaro visiblement), que le Concours fait place à trois écrans de publicité dans la soirée (et pour la première fois cette année au milieu des votes).

Schwarzkopf... négligeable ?

Schwarzkopf… négligeable ?

Et le Figaro s’enfonce en disant ceci : «Les recettes des votes surtaxés, celle des billets pour le show et les apports des sponsors sont négligeables.» Le Danemark l’a redit cette semaine. Pour le Concours de Copenhague en 2001, la chaîne DR n’a pas dépensé un centime pour l’organisation de l’Eurovision, grâce en partie aux sponsors.

Autre remarque gonflée : «Au milieu des années 1990, quand l’Irlande a gagné quatre fois en cinq ans, le coût était supportable car 325 millions d’Européens regardaient le concours. Mais, l’an passé à Bakou, en Azerbaïdjan, ils n’étaient plus que 125 millions».

D’abord dans les années 90, il n’y avait pas les systèmes d’audimat que l’on connaît à l’heure actuelle. Le chiffre de 325 millions de téléspectateurs me paraît très exagéré. Ensuite, il est bien normal qu’il y ait moins de téléspectateurs aujourd’hui qu’il y a vingt ans. Prenons l’exemple de la France : combien y avait-il de chaînes de télévision en 1990 ? Et combien y en a-t-il maintenant ?

Et puis, inutile de nous faire croire que le chiffre d’audience de l’Eurovision a autant baissé en 20 ans. Parce que franchement, il est difficile de faire plus que les 66,6 % de part de marché en Grèce, les 32,6 % en Hongrie, les 80 % au Danemark, les 82,4 % en Norvège et les étonnants 98,9 % en Islande… je continue ? N’oublions pas que l’Eurovision de Bakou apparaît 23 fois dans le palmarès des émissions les plus vues de 2012.

Et enfin, je ne suis pas certain que le coût financier a un quelconque rapport avec le nombre de téléspectateurs en Europe qui regardent l’émission.

Au Figaro revient donc la palme du «je-sais-rien-mais-je-dis-tout».

finlande repet2Chaque concours Eurovision a droit à sa polémique. Cette année, on nous a rabattu les oreilles avec le baiser tout mignon de la finlandaise Krista avec sa choriste. Notre blog n’en a pas fait état, car pour nous, ce n’est même pas le début d’un commencement d’une polémique.

En revanche, pour Morandini, dès qu’on parle de polémique, il rapplique ! Mais son article m’a bien fait rire. Parce qu’en fait, il oublie la moitié de l’histoire : «Rappelons que le règlement du concours de l’Eurovision n’autorise pas “les paroles, discours ou gestes de nature politique ou similaire”.”

Okaaay… sauf qu’à première vue, un baiser entre deux filles n’est ni une parole, ni un discours, ni un geste de nature politique.

Ce qu’il a oublié de dire, c’est qu’en Finlande, le mariage gay fait débat puisque le pays refuse toujours le droit aux personnes du même sexe de se marier. Et c’est ça qui aurait pu alors être interprété comme un geste politique.

Raté pour Morandini. Sincèrement, il devrait rester dans ses copié-collé d’articles. C’est dans cet exercice qu’il excelle le mieux.

La palme de l’article le plus ringard revient à France Info qui nous présente les candidats les plus farfelus. Chaque année on y a droit, un peu comme si l’Eurovision ne représentait qu’un bêtisier géant diffusé en direct. Aucune originalité, aucune pertinence. Dommage, parce que dans France Info, il y a le mot «Info». Ici on ne retient que le mot «France».

Beaucoup plus pertinent et recherché, lepoint.fr compare l’Eurovision à un soap opera genre Dallas, avec ses bons et ses méchants. Il n’hésite pas à comparer le Bélarus à l’infâme (mais quand même regretté) JR.

Et de balancer sur Alyona Lanskaya : «cap sur la putasserie maximale : la chanteuse porte une jupe qui n’existe presque plus et sort d’une boule à facette géante pour exécuter un morceau à mi-chemin entre la Soca Dance de 1990 et Britney Spears des années 2000»

La Roumanie n’est pas oublié : «Le candidat roumain, qui s’aime beaucoup, incarne un vampire à la voix de castra qui chante un air d’opéra sur des rythmes dance accompagné de danseurs exécutant un exercice d’acrogym moulés dans des combinaisons en Lycra rouge. Une certaine idée de l’élégance

Concernant l’Azerbaïdjan, devenu «un pays redoutable dans la compétition», on nous rappelle que le pays est «prêt à tout pour gagner». «Cette année, c’est une équipe grecque qui a préparé la machine à tube du petit pays, avec une ballade krypto-gay où le chanteur offrira sur scène une chorégraphie figurant le moi et le surmoi entre robes rouges interminables et pluie de pétales de roses».

Emmelie, une chanteuse qui en fait

Emmelie, une chanteuse qui en fait des tonnes sur sa simplicité ?

Pour celle qui allait remporter le titre le 18 mai, le Point n’est pas plus tendre : «Le Danemark part grand favori avec sa chanteuse aux pieds nus qui en fait des tonnes sur sa simplicité et sa pseudo-ascendance royale…»

Et Le Point se permet même d’assister aux répétitions : «La Norvège et la Moldavie impressionnent, la Belgique séduit malgré des danseuses qui se gondolent comme si elles avaient ingéré des antidépresseurs pour chevaux, l’Ukraine avec sa Céline Dion robotique – complètement control freak – qui provoque le diabète avec ses paroles sucrées mais pourrait capter le vote des pays balkaniques qui ont été éliminés lors des demi-finales, et qui devraient massivement soutenir cette chanteuse qui répète à l’envi qu’elle est une Ukrainienne de sang serbe

L’auteur de l’article, Etienne Riot, n’y va pas pas de mains mortes… mais qu’est-ce que c’est bon à lire !

«Voilà, c’est fini, on a tant ressassé les mêmes théories, on a tellement tiré chacun de notre côté….».

Pas tout à fait fini pourtant. Bientôt, nous décortiquerons les articles de presse de l’after. Ca promet !