Il n’aura donc fallu que quelques jours pour confirmer l’évidence. C’est désormais officiel : suite à l’adhésion de CBC/Radio-Canada à l’UER la semaine dernière, le Canada participera pour la première fois à l’Eurovision en 2027.
Déjà pressenti en tant qu’invité pour les 70 ans du concours, le Canada devient le premier pays nord-américain de l’histoire à participer à l’Eurovision et le deuxième pays non-européen à figurer dans la compétition aux côtés de l’Australie.1 Par ailleurs, c’est également la première fois depuis l’Australie en 2015 qu’un nouveau pays fait son entrée à l’Eurovision. Contrairement au pays des kangourous à l’époque (qui avait été qualifié d’office en finale pour sa première participation), le Canada passera par les demi-finales. À noter que, contrairement à l’Australie là aussi, le pays accueillera le concours à domicile en cas de victoire (préparez le budget).
La présence du Canada dans le concours européen de la chanson risque assurément de susciter des interrogations au-delà de sa situation géographique, surtout que l’historicité des liens avec l’Eurovision est peu évidente. Contrairement à l’Australie, qui diffuse le concours – très populaire sur place – depuis 1983, le pays nord-américain n’a assuré ces dernières années qu’une diffusion sporadique du concours, méconnu là-bas : il n’y a été retransmis à la télévision nationale qu’en 2019 et 2021. De même, à l’heure où cinq pays ont quitté le concours en raison de la participation polémique d’Israël et où plusieurs télédiffuseurs européens sont en difficulté financière, l’UER pourrait se voir accusée d’une augmentation artificielle du nombre de pays au-delà de l’identité européenne du concours. C’est oublier cependant l’intérêt et l’enthousiasme récemment exprimés par le Canada pour l’Eurovision.
Si le télédiffuseur et le gouvernement canadiens ont fait montre d’une motivation sans failles (le Premier Ministre Mark Carney ayant été personnellement impliqué dans l’affaire), le Canada a été l’un des pays non-européens les plus gros acheteurs de billets pour l’Eurovision 2026. Le pays a également été le troisième pourvoyeur de votes au télévote « reste du monde » à Vienne. Une délégation de CBC/Radio-Canada était même présente sur place en qualité d’observatrice de cette 70ème édition. Surtout, de nombreux artistes canadiens ont déjà foulé l’Eurovision en tant que représentants d’autres pays, dont la plus célèbre est évidemment Céline Dion, vainqueure de l’Eurovision 1988 pour la Suisse. Sans oublier Sherisse Laurence (Luxembourg 1986), Annie Cotton (Suisse 1993), Natasha St-Pier (France 2001), Rykka (Suisse 2016), Katerine Duska (Grèce 2019) ou encore La Zarra (France 2023). Debbie Scerri (Malte 1997) et Gary Lux (Autriche 1983, 1985, 1987) sont quant à eux nés sur le territoire canadien. Espérons qu’à cette liste s’ajoutent désormais de grands noms de la scène musicale canadienne, surtout que le pays ne manque pas de stars internationales !
La présidente-directrice générale de CBC/Radio-Canada, Marie-Philippe Bouchard, et le directeur de l’Eurovision, Martin Green, n’ont pas manqué de partager leur enthousiasme quant à la première participation du Canada à l’Eurovision :
« J’ai l’immense plaisir de confirmer que nous ouvrirons aux publics canadiens les portes du plus grand événement musical en direct au monde. Notre participation au Concours Eurovision de la Chanson 2027, l’année prochaine en Bulgarie, permettra de faire rayonner des talents d’ici sur l’une des scènes musicales les plus mythiques au monde. Les fans au Canada pourront ainsi continuer à regarder le Concours et à voter comme ils le font depuis des années — avec en plus la fierté de voir leur propre pays représenté sur la scène de l’Eurovision. »
Marie-Philippe Bouchard, PDG de CBC/Radio-Canada
« Le Canada a un lien fort avec le Concours : des artistes canadiens, au premier rang desquels Céline Dion, couronnée en 1988, sont en effet montés sur la scène de l’Eurovision à de nombreuses reprises pour livrer des prestations mémorables. CBC/Radio-Canada pouvant désormais participer au CEC en tant que Membre à part entière de l’UER, nous sommes convaincus que le Canada fera entendre sa propre voix et apportera sa créativité et son énergie sur la scène du Concours Eurovision de la Chanson 2027, en Bulgarie. »
Martin Green, Directeur de l’Eurovision
Le télédiffuseur canadien n’a rien dévoilé sur les modalités de sélection de son représentant à ce stade. Créé en 1936, affilié à l’UER depuis 1950 et membre entier de l’organisation depuis quelques jours, CBC/Radio-Canada diffuse des programmes sur six fuseaux horaires différents et en plusieurs langues, dont l’anglais et le français ainsi que huit langues autochtones. À l’instar de la Belgique, de la Suisse ou du Luxembourg, nos amis canadiens risquent donc de s’interroger sur la langue d’interprétation de leur chanson au concours : si 58,4% de la population a l’anglais pour langue maternelle (chiffres du recensement de 2021), 20,9% des habitants ont pour langue maternelle le français. Les deux sont en effet les langues officielles du pays, tandis que le bilinguisme est érigé en politique publique fédérale. Deuxième province la plus peuplée du pays, le Québec est par ailleurs le quatrième territoire francophone le plus peuplé au monde derrière la France, la République Démocratique du Congo et le Cameroun. Au total, un canadien sur trois maîtrise la langue française : autant dire que la France accueillera à bras ouverts quelques points du jury national et du télévote canadiens !
Quoiqu’il en soit : bienvenue au Canada dans la famille de l’Eurovision !
- Si Israël est géographiquement situé au Proche-Orient, il est affilié à la zone européenne de radiodiffusion aux yeux de l’Union internationale des télécommunications (tout comme le Maroc, participant en 1980, par ailleurs). ↩︎
Crédits : UER









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