C’était le souhait affiché par le nouveau gouvernement dès son élection et il semblerait que le télédiffuseur fasse tout son possible sur le dossier : sept ans après avoir quitté le navire, la Hongrie pourrait être de retour à l’Eurovision l’année prochaine. Sous quelques réserves cependant.
Remontons tout d’abord le fil de l’histoire. Un an après avoir échoué au tour de qualification, la Hongrie signait sa première participation au concours en 1994, aux côtés de nombreux autres pays de l’Est, dans la foulée de la chute du Rideau de fer et de la disparition de l’URSS. À cette occasion, le pays réalisait son meilleur classement historique, grâce à la 4ème place de Friderika Bayer. Par la suite, exception faite d’une absence durable entre 1999 et 2005, et de deux par ci par là (2006, 2010), la Hongrie s’était imposée comme une fidèle de l’Eurovision, toujours en quête de sa première victoire. Depuis l’instauration des deux demi-finales en 2008, le pays jouissait d’ailleurs d’un taux de qualification en finale plutôt élevé (72,73%), avec des résultats quitte ou double au final, alternances de top 10 et de bottom 10. Bien que, côté audiences, la sélection nationale était en chute libre et que la part d’audience de la finale de l’Eurovision 2018 n’était que de 15%. Mais ça, c’était avant 2019.
Après l’élimination en demi-finale de la star Joci Pápai (venu représenter son pays une deuxième fois) à Tel-Aviv, le télédiffuseur hongrois MTVA décidait de se retirer de l’Eurovision, sans jamais envisager à nouveau un retour depuis. Si aucune raison officielle n’avait été donnée, le retrait de la Hongrie était à mettre en probable perspective avec la politique LGBTphobe alors menée par le gouvernement de Viktor Orban et suivie par les médias publics locaux, largement instrumentalisés par le pouvoir. Une loi polémique avait notamment interdit la diffusion de tout contenu LGBTQIA+ à destination des mineurs dans les écoles, les médias et la publicité, récemment sanctionnée par un arrêt inédit de la Cour de Justice de l’Union européenne. En sa qualité de programme queer-friendly, l’Eurovision pouvait alors difficilement échapper aux foudres du gouvernement hongrois.
Des sources internes à la MTVA (publiquement démenties par son porte-parole) avaient d’ailleurs affirmé au site index.hu que le concours était « trop gay » pour que la Hongrie poursuive sa participation, d’autant que les médias étaient vivement incités à éviter toute couverture positive des personnes LGBTQIA+. Un journaliste pro-Orban avait même comparé l’Eurovision à une « flotille homosexuelle » et déclaré « Beaucoup de jeunes pensent que cette émission est tout public, mais durant le spectacle, on assiste à une destruction du goût du public à coups de travestis hurlant et de femmes à barbe. »
Plusieurs années se sont écoulées et, depuis, les élections législatives du printemps 2026 ont fait changer le ton du côté de Budapest. Après 16 années passées à la tête du gouvernement, Orban s’est vu montrer la sortie par les électeurs, qui ont plébiscité son jeune rival (et ex soutien) Péter Magyar. Désireux de rompre avec son prédécesseur à quelques égards, le nouveau Premier ministre hongrois s’est très tôt déclaré en faveur d’un retour au pays à l’Eurovision, déclarant même que le retrait était une erreur.
Le télédiffuseur négocie sec avec l’UER
Dès lors, tous les espoirs sont devenus permis de revoir la Hongrie à l’Eurovision. Cette perspective se heurtait toutefois à l’éventualité de la création d’un nouveau télédiffuseur public, puisque le gouvernement avait affiché sa volonté de créer un nouveau média « indépendant, objectif et impartial » en vue d’une refonte post-Orban. Ce qui aurait nécessité un sens du timing parfait, puisque le télédiffuseur aurait dû à la fois être créé et rejoindre l’UER à temps pour pouvoir participer au concours. Il semblerait toutefois que seule la branche information ait été concernée puisque, quelque mois après l’arrivée au pouvoir de Péter Magyar, la MTVA demeure le télédiffuseur public hongrois.
Les choses se sont accélérées ces dernières semaines. On a récemment appris par le média hongrois Telex que la Hongrie serait en négociations actives avec l’UER pour opérer son retour à l’Eurovision en 2027. Le directeur par intérim de de la MTVA, András Horváth, aurait en effet réussi à obtenir une réduction significative du montant des droits de participation, ainsi qu’une extension de la date limite de confirmation de la participation au 7 décembre 2026. Pour rappel, les télédiffuseurs publics ont normalement jusqu’au 15 septembre pour s’inscrire au concours, avec la possibilité de se retirer pendant le mois suivant sans pénalités financières. Si Telex dit vrai, ce serait en tout cas la preuve que l’UER est prête à consentir à certains efforts pour revoir la Hongrie au concours… et de profiter de la même occasion pour augmenter le nombre de participants à l’Eurovision, largement revu à la baisse en 2026 pour les raisons que l’on sait.
Le média précise toutefois qu’aucune décision formelle n’a été prise à ce jour quant à la participation de la Hongrie à l’Eurovision 2027. Dans la droite lignée de la refonte post-Orban, un changement de direction est en train de s’opérer au sein du télédiffuseur public et doit être soumis à la confirmation du nouveau Conseil indépendant des médias publics. C’est donc à la nouvelle direction que reviendra la décision définitive d’offrir à la Hongrie son retour au concours dès l’année prochaine, ou bien de la différer.
Pourquoi la Hongrie doit-elle revenir à l’Eurovision ?
Parce qu’au fil des années, malgré des résultats en dents de scie en finale, la Hongrie avait réussi à s’imposer dans le cœur de l’euromonde, preuve en est son taux de qualification en demi-finale que nous évoquions plus haut.
Il faut dire que le pays avait réussi à imprimer une patte singulière sur la scène de l’Eurovision, qui transparaissait dans sa sélection nationale, A Dal. Sa diffusion s’est d’ailleurs poursuivie depuis le retrait du pays en 2019, le télédiffuseur ayant souhaité privilégier le soutien de la scène musicale pop au local… mais sans grand succès, si l’on en croit la part d’audience famélique de la dernière édition. Il n’empêche : avec cette compétition nationale, MTVA a parfaitement exprimé la volonté d’introduire des goûts musicaux 100% hongrois auprès d’une audience européenne, avec des styles musicaux très éclectiques et des curiosités musicales. Un peu à l’instar d’Eurovizija.LT (Lituanie) et du Festival da Canção (Portugal).
La Hongrie à l’Eurovision, c’es le blues éphémère de Magdi Rúzsa (2007) – qui fait toujours autant vibrer l’auteur de cet article dix-neuf ans après, le heavy métal d’AWS (2018, avec une pensée pour le regretté Örs Siklósi), la douceur de l’indie pop de ByeAlex (2013) ou les sonorités ethno-pop-urbaines aux accents rom de Joci Pápai (2017, 2019). C’est aussi l’iconique reine de la pop Kati Wolf (2011), grande favorite finalement défaite, la touchante Boggie (2015), le beau Freddie (2016) ou encore le mythique « joli » Zoli Ádok (2009), depuis reconverti en chanteur de croisière par ailleurs… Autant de titres, de prestations et d’eurostars qui ont contribué à bâtir l’ADN unique de la Hongrie sur la scène de l’Eurovision. Sans oublier évidemment András Kállay-Saunders (2014), qui avait offert à son pays le deuxième meilleur classement de son histoire (5ème) à Copenhague avec Running.
Au-delà de l’artistique, le retour de la Hongrie au concours permettrait de renforcer la présence de l’Europe centrale en son sein, aujourd’hui représentée par l’Allemagne, l’Autriche, la Pologne, la Tchéquie et la Suisse. Une liste à laquelle manquent la Slovénie (absente depuis 2026), la Slovaquie (absente depuis 2013) et donc la Hongrie. Surtout que le retour de cette dernière pourrait peut-être motiver le tigre des Tatras à signer son grand retour, lui qui y pense depuis quelques temps mais continue de décliner pour raisons financières. Sachant que l’UER sait visiblement se montrer à l’écoute des « petits » télédiffuseurs désireux de revenir sur la grande scène européenne et internationale…
En prenant part à nouveau au concours, le pays s’inscrirait ainsi dans les pas de la Bulgarie, la Moldavie, la Roumanie (tous trois revenus en 2026 avec le succès que l’on connaît) et la Macédoine du Nord (dont le retour est prévu en 2027). Un symbole d’autant plus fort à l’heure où l’Eurovision connaît une crise existentielle inédite et des pays s’interrogent ouvertement sur leur avenir dans la compétition. La présence d’un nombre important (et digne de ce nom) de télédiffuseurs permettra au slogan United By Music de prendre tout son sens – sous réserve bien entendu d’un respect indispensable du jeu et des règles de l’Eurovision… Soyons fous : en revenant, la Hongrie pourrait même se prendre à rêver d’un destin à la bulgare, avec la victoire inattendue de Dara plus de vingt ans après la première participation du pays de la Mer Noire au concours.
Enfin, d’un point de vue géopolitique, un retour de la Hongrie à l’Eurovision permettrait de s’inscrire à la fois dans la volonté exprimée au local de tourner la page de l’ère Orban et, au niveau international, de redorer l’image du pays sur la scène européenne.
Reviendra, reviendra pas ? Il ne serait pas surprenant en tout cas de retrouver la Hongrie sur la liste de départ de l’Eurovision 2027, avant toute confirmation définitive de la participation du pays. Affaire à suivre dans les prochaines semaines.
Crédits : UER









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