Pour la toute première fois, le concours de l’Eurovision se déroula en Yougoslavie, plus précisément à Zagreb, actuelle capitale de la Croatie. Concernant la France, ça fait quelques années qu’elle se classe dans le Top 10 mais sans plus atteindre le podium depuis 1981. Cette « bonne habitude » va être remise au goût du jour grâce au choix de cette année.

Pas de grands évènements majeurs en cette année 1990, néanmoins, nous pouvons retenir quelques faits importants, notamment des faits de société comme les émeutes urbaines en banlieue lyonnaise qui a provoqué des dégâts considérables dans les commerces, la création d’un nouvel impôt, la contribution sociale généralisée, la fermeture de la dernière mine de charbon en activité dans le Nord et l’iconique 2CV tire sa révérence après 42 ans de succès : la dernière sort de l’usine cette année-là. Au cinéma, trois films français se sont classés aux 2ᵉ, 3ᵉ et 4ᵉ places des meilleures entrées en salle : Le Château de ma mère et La Gloire de mon père, inspirés des célèbres romans de Marcel Pagnol, et Cyrano de Bergerac. Côté musique, deux disques de diamant ont été attribués en 1990 : un à l’album de Patricia Kaas (Scène de vie) et un autre au trio Frederiks/Goldman/Jones (Titre éponyme). À la télévision, signalons l’apparition sur la chaîne Canal+ des Guignols de l’info, marionnettes représentant des stars du petit écran et de la politique s’exprimant de façon assez dévergondée, ce qui créa des polémiques. Quant au sport, l’exploit le plus remarquable est à mettre au crédit de Florence Arthaud, première femme qui remporte une course à la voile en solitaire, la Route du Rhum.

Au concours de l’Eurovision, la France utilise une sélection interne et sélectionne Joëlle Ursull, née à Pointe-à-Pitre en Guadeloupe et âgée de 30 ans, avec un titre, une fois n’est pas coutume, intégralement en anglais : White and black blues. La chanson a été écrite par Serge Gainsbourg, auteur qu’on ne présente plus, ayant écrit pour de très nombreuses interprètes féminines et aussi pour quelques chanteurs ; il avait déjà participé au concours en écrivant Poupée de cire, Poupée de son pour France Gall représentant le Luxembourg en 1965 et qui gagna le concours, et Boum Badaboum pour Minouche Barelli représentant Monaco en 1967. Elle a été composée par Georges Augier de Moussac, qui est aussi producteur, musicien et arrangeur : il a collaboré avec de nombreux artistes dont Francis Cabrel et Hugues Auffray.

Le thème de la chanson est un hymne à l’égalité et à l’antiracisme. Joëlle Ursull passera en 15ᵉ position lors de la finale et terminera à la deuxième place ex aequo avec l’Irlande. C’est un retour sur le podium bienvenu.

Avant sa participation au concours, Joëlle Ursull faisait partie du groupe Zouk Machine et après le concours, elle poursuivit une carrière en solo assez brève puisqu’en 1993, elle ne sortit plus de disque, se contentant de participer à des concerts.

L’avis de Marie : « Troisième et dernière chanson de Gainsbourg pour l’Eurovision et elle a bien failli gagner. Cette chanson change des standards proposés par la France et c’est tant mieux. La chanson correspond à son artiste qui l’a interprétée comme il se doit sous l’œil avisé de son créateur. Seconde place largement méritée. »

L’avis de Zipo : « Je ne vais pas aller par quatre chemins : c’est une des meilleures chansons que la France a présentées au concours. Avec ce titre, on sortait des standards traditionnels franco-français : un soulagement après plusieurs chansons certes correctes mais sans personnalité pour la plupart. Là, non seulement c’était une chanson puissante par l’intermédiaire de son thème tout en restant dans une atmosphère festive que les sonorités et les percussions ont largement contribué à établir. Et même si vocalement, la puissance est moins présente, la douceur et la conviction du chant ont été des facteurs décisifs de cette 2ᵉ place ; d’ailleurs, je le dis très clairement : elle méritait la victoire face à Toto Cutugno et sa chanson plate et convenue. »

Nous allons avoir une tâche bien ardue, à savoir trouver deux chansons susceptibles de faire aussi bien que White and Black Blues, qui était un titre idéal pour le concours. Pas question de nous défiler, voici les deux chansons : Tandem de Vanessa Paradis et Bal à Buckingham interprétée par Alexandre Sterling.

Marie : « Et oui, Serge Gainsbourg a composé pour plusieurs artistes féminines, dont Vanessa Paradis. Quand Joëlle Ursull chantait White and Black Blues, Vanessa, elle, chantait Tandem. Je ne sais pas comment l’Europe aurait accueilli cette chanson, mais c’était résolument moderne et suffisamment provocateur pour se démarquer sur la scène du concours. »

Zipo : « Je donne la chance à un interprète qui est acteur de cinéma principalement, mais comme cette chanson était typiquement ce que je recherchais pour sortir des standards français, je l’ai choisie sans hésiter. Pour un acteur dont la chanson n’est pas le métier, il se débrouille remarquablement bien dans une chanson très speed pas évidente à interpréter et le titre, je le trouve décalé pour représenter la France et justement, c’est ce que j’aime particulièrement : l’originalité et la diversification. Qu’elle plaise ou pas, cette chanson ne pouvait pas passer inaperçue et je l’aurais bien vue classée dans le Top 5. »

Maintenant, chères lectrices et lecteurs, vous allez entrer en jeu : vous allez voter pour la chanson que vous préférez parmi ces trois propositions : soit une des deux proposées par nos soins, soit tout simplement celle qui a été officiellement en compétition.

Pour terminer, nous vous donnons la parole pour, à votre tour, proposer la chanson française que vous auriez aimée voir et entendre lors de ce concours 1990. Exprimez-vous dans les commentaires : nous avons hâte de découvrir vos propositions.

Crédit photographique : EAQ / Vidéos YouTube