L’Assemblée générale de l’UER s’est réunie les 24 et 25 juin 2026 à Prague. L’occasion pour les télédiffuseurs membres de discuter et de voter sur de nouvelles règles à l’impact potentiel sur l’Eurovision.

L’une d’elles ne sera d’ailleurs pas sans susciter la controverse. Jusqu’à présent, pour devenir membre plein et entier de l’UER, un télédiffuseur devait faire partie de la zone de radiodiffusion européenne (telle que définie par l’Union internationale des télécommunications – ITU) ou son pays devait faire partie du Conseil de l’Europe. Or, une réforme des statuts a été adoptée par les membres, permettant désormais à des télédiffuseurs extra-européens de devenir membres de l’UER. Pour cela, le pays d’origine du télédiffuseur en question devra disposer d’un service de média public conforme aux standards du Conseil de l’Europe et disposer du statut d’observateur au sein du même Conseil.

Conséquence : un premier télédiffuseur a ouvert la porte et a vu son adhésion ratifiée par les membres. Ainsi, CBS/Radio-Canada rejoint officiellement l’Union européenne de radio-télévision et devient membre à part entière de l’organisation. Une surprise ? Pas vraiment, tant le télédiffuseur canadien entretient des liens historiques forts avec l’UER.

En effet, CBS/Radio-Canada est déjà affilié à cette dernière depuis 1950 (année de la création de l’UER), ce qui lui a permis d’entretenir des collaborations avec les télédiffuseurs publics européens sur plusieurs sujets (journalisme, normes, technologies…). En devenant membre plein et entier, CBS/Radio-Canada va pouvoir accéder à l’ensemble des possibilités offertes par l’UER (échanges de contenus, réseaux de journalisme d’enquête, vérification des données etc.), dont celle de participer à l’Eurovision en 2027 !

Une rumeur présente dès 2026

Dès novembre 2025, nous évoquions la possibilité que, à l’instar de l’Australie en 2015, le Canada soit l’invité surprise des 70 ans du concours. La faute à une mention spécifique dans le budget de l’État et plus particulièrement dans la section consacrée au télédiffuseur national, auquel le gouvernement canadien proposait d’affecter 150 millions de dollars afin de refléter au mieux les besoins des téléspectateurs et protéger son indépendance. Surtout, il évoquait des discussions en cours avec CBC/Radio-Canada afin d’explorer une participation du pays de l’érable à l’Eurovision ! Une perspective surprenante, alors que le projet Eurovision Canada – pourtant bien avancé – était finalement tombé à l’eau quelques mois auparavant…

À l’époque, le Ministre des finances du pays avait témoigné d’un réel enthousiasme pour une participation du Canada à l’Eurovision, voyant dans l’Eurovision une plate-forme qui permettrait au Canada de briller et à laquelle le pays pourrait apporter. Le Premier Ministre Mark Carney lui-même est personnellement impliqué dans le projet ! Malgré l’existence de discussions entre l’UER et CBC/Radio-Canda, la perspective d’une participation à Vienne avait finalement avorté. Une délégation du télédiffuseur canadien était toutefois présente en Autriche, le directeur des affaires publiques de CBC/Radio-Canada évoquant alors des échanges avec l’UER pour examiner les possibilités de collaboration. Pendant ce temps, Martin Green avait déclaré que, si aucune demande formelle n’avait été déposée sur son bureau, les portes de l’Eurovision sont ouvertes à ceux qui partagent les valeurs du concours et souhaitent en partager la scène avec des amis… Traduire : à l’heure où plusieurs pays ont claqué la porte en raison de la participation d’Israël, il semblerait que de nouvelles participations soient vues d’un très bon oeil par l’organisation.

Avec l’adhésion de CBC/Radio-Canada à l’UER, la perspective d’une participation du Canada à l’Eurovision 2027 s’approche plus que jamais. Si le télédiffuseur canadien n’a fait aucune déclaration officielle à ce sujet pour le moment, un porte-parole a déclaré à CBC News qu’il aurait bientôt davantage de choses à dire sur l’Eurovision… De quoi laisser entrevoir une possible présence du pays en Bulgarie l’année prochaine, à tel point qu’on serait presque tenté de dire que le contraire serait la vraie surprise. Si la participation du Canada venait toutefois à se confirmer, elle ne serait toutefois pas sans susciter des interrogations quant à la réelle identité du concours, qui pourrait donc compter un pays océanien et un pays nord-américain parmi ses participants. Surtout que, si l’Australie entretient des liens historiques avec l’Eurovision, ce n’est pas le cas du Canada, qui en assure une diffusion sporadique, quand bien même les liens entre le pays et l’Europe sont historiques et les artistes canadiens assurent une présence de longue date sur la scène de l’Eurovision, de Céline Dion à La Zarra.

Pendant ce temps : la Catalogne fait son entrée, le Kosovo attendra

D’autres pays et régions étaient eux aussi en attente d’une décision en réponse à une demande d’adhésion. Après des discussions (notamment une garantie de non-participation à l’Eurovision), le télédiffuseur catalan 3Cat rejoint également l’UER en qualité de membre auxiliaire, une nouvelle catégorie créée par réforme des statuts et réservée aux télédiffuseurs s’adressant à une grande communauté linguistique autonome. Cette adhésion fait suite à 15 années de collaboration entre 3Cat et l’UER tandis que, dans le contexte des relations compliquées entre le pouvoir central espagnol et la Catalogne, la RTVE a décidé de faciliter l’adhésion de 3Cat. Ainsi, le télédiffuseur catalan pourra partager des contenus d’information, audio et de musique en catalan, tout en faisant bénéficier l’UER de son expertise dans la diffusion en « langue minoritaire ».

Pour le Kosovo par contre, ce sera encore partie remise, la RTK ayant été invitée à déposer une nouvelle demande d’adhésion. La directrice générale du télédiffuseur kosovar, Zana Spahiu, était présente à Prague et a ainsi pu échanger avec le directeur général adjoint de l’UER, Jean Philip De Tender, et le directeur de l’Eurovision, Martin Green, qui ont reconnu les récents développements de la RTK. Si le nouveau statut de membre auxiliaire pourrait renforcer les possibilités d’adhésion du télédiffuseur kosovar, ce dernier vise toutefois une adhésion pleine, puisqu’il souhaite participer à l’Eurovision et à l’Eurovision Junior : « RTK a déjà démontré ses capacités organisationnelles, professionnelles et créatives, notamment à travers le Festivali i Këngës, organisé avec succès pendant trois années consécutives. (…) Nous pensons que le moment est venu pour RTK de rejoindre l’UER et pour le Kosovo d’avoir l’opportunité d’être représenté à l’Eurovision par le biais du Concours de la chanson. La participation du Kosovo à l’Eurovision ne doit pas devenir un enjeu politique quotidien ni être prise en otage par des interprétations politiques. La musique, l’art et le sport doivent servir de ponts de communication et de coopération entre les peuples. » a déclaré Zana Spahiu. Ce projet pourrait toutefois se heurter au fait que l’indépendance du Kosovo n’est pas reconnue par 10 États européens, dont la Serbie.

Sinon ?

  • Delphine Ernotte (PDG de France Télévisions) a été réélue présidente de l’UER pour un mandat de deux ans (2027-2028), et sa collègue Cilla Benkö (de la Sveriges Radio) également au poste de vice-présidente. Le Conseil exécutif de l’organisation accueillera trois nouveaux membres fin 2026 : Rhodri Talfan Davies (BBC), Yannis Papadopoulos (ERT) et Susanne Wille (SRG SSR), qui remplaceront leurs prédécesseurs.
  • Selon nos confrères d’Eurovisionfun, de nouvelles règles concernant le télévote à l’Eurovision auraient été votées. Elles viseraient à limiter le poids du vote géopolitique et de diaspora. Les détails techniques n’ont pas été dévoilés et plus d’informations devraient être rendues publiques dans les prochaines semaines par l’UER.
  • Toujours selon Eurovisionfun, alors que la rumeur disait que le télédiffuseur flamand VRT demanderait un nouveau vote sur la participation d’Israël (tout en menaçant de remettre en cause sa propre participation), il n’en aurait finalement rien été.

Crédits : CBC/Radio-Canada