Pour finir la semaine, nous remontons dans le temps, exactement en 1968, une année dont tout le monde se souvient en France avec le fameux mois de mai, alors que, par chance, le concours s’est déroulé à Londres au mois d’avril et la France va obtenir une très belle troisième place.

Évidemment, ce qui va dominer tous les évènements en France lors de cette année 1968, c’est la crise sociale de mai 1968 et tous les débordements qui y sont liés et qui avaient commencé dans les universités. Le général de Gaulle, alors chef de l’État, a décidé dans ce contexte difficile de dissoudre l’Assemblée nationale et de procéder à des élections législatives qui verront gagner son parti avec une majorité absolue, ce qui est une première dans la Vᵉ République. On assiste également à Paris à la première transplantation cardiaque réalisée par le professeur Cabrol, et c’est aussi le lancement de la première grande surface spécialisée dans les appareils ménagers, Darty. Au niveau culturel, le Festival de Cannes a été interrompu pour la première fois suite aux mouvements de contestation généralisés. Au niveau musical, il faut relever l’immense succès de Comme d’habitude de Claude François qui connaîtra un triomphe à l’international, car, c’est rare pour le souligner, cette chanson française sera adaptée en anglais, et non le contraire comme d’habitude… Enfin en sport, aux JO d’hiver qui se tiennent à Grenoble, le skieur Jean-Claude Killy remporte trois médailles d’or.

Pour ce qui est du concours de l’Eurovision, la France a sélectionné pour la deuxième fois Isabelle Aubret, interprète qui avait remporté le concours six ans auparavant en 1962, née près de Lille et âgée de 30 ans. Cette fois-ci, c’est avec le titre La source qu’elle défendra les chances françaises, un titre écrit en duo avec Guy Bonnet, lui-même candidat deux fois au concours, et Henri Dijan, qui a participé à l’écriture de quelques succès. La composition a été assurée par Daniel Faure, compositeur qui a œuvré pour Dalida, Mireille Mathieu, Fernandel ou Claude François.

Le thème de la chanson est inédit au concours et surtout à cette époque, puisqu’il s’agit du viol bien décrit par l’interprète, mais avec toute la délicatesse et la poésie nécessaires pour rendre la chanson la moins larmoyante possible. La source passera en dixième position lors de la finale et elle finira à la 3ᵉ place du classement.

Après cette 2ᵉ participation au concours, elle poursuivra sa carrière durant de très longues années avec de nombreux succès et ce n’est qu’en 2023 qu’elle arrête définitivement sa carrière à l’âge de 85 ans dans la salle de sa ville natale, Marquette-Lez-Lille, dans la salle de spectacle qui porte son nom.

L’avis de Marie : « C’est une ballade toute simple mais il faut mettre en exergue deux points. En premier, l’interprétation toute en douceur d’Isabelle Aubrey et sa voix mélodieuse, et en second, le thème choisi. Interpréter une chanson qui parlait de viol sur la scène de l’Eurovision en 1968, il fallait le faire ! Je tire mon chapeau à cette dame de la chanson qui a osé chanter tout haut à une époque où il y avait des thèmes tabous comme celui-ci. Elle a su le faire haut la main avec beaucoup de douceur et de simplicité. »

L’avis de Zipo : « C’est une chanson pour laquelle j’ai beaucoup de mal à donner un avis car, pour être tout à fait honnête, les premières fois que je l’ai entendue, je n’avais pas du tout compris le sens des paroles. C’est plus tard que j’ai découvert ce qu’elle voulait réellement dire et en fait, ça n’a pas changé ce que je pensais à la base de cette chanson, à savoir, une très jolie ballade que je qualifiais de joyeuse grâce à sa jolie musique et j’ai toujours trouvé la voix d’Isabelle Aubret remarquable. J’ai seulement été surpris que ce thème si grave soit dévoilé à travers une musique si gaie et engageante, mais c’est certainement une des raisons qui a fait son succès. »

Choisir deux chansons qui auraient pu représenter la France après La source qui a marqué les esprits par son thème si dramatique, n’était pas une mince affaire. Nous avons estimé qu’il fallait vraiment proposer deux chansons qui ne ressemblaient en rien à celle-ci, et après mûre réflexion, notre choix s’est porté sur les deux chansons suivantes : Nous on s’aime interprétée par Georges Chelon et Pour être sincère interprétée par Herbert Léonard.

Marie : « Il est difficile de trouver une chanson qui aurait pu remplacer la chanson gagnante, mais celle-ci aurait pu très bien faire l’affaire. Très jolie ballade poétique à deux voix. Georges Chelon est aujourd’hui âgé de 83 ans et même si son nom ne vous dit peut-être pas grand-chose, il poursuit sa longue carrière musicale. Petite anecdote, en 2017, lors de la tournée « Âge tendre », Georges Chelon a remis une chanson de sa composition à Isabelle Aubret. Comme quoi… »

Zipo : « Soyons honnêtes, ce n’est certainement pas la chanson la plus connue d’Herbert Léonard, qui avait débuté sa carrière de chanteur l’année précédente. Mais justement, si je l’ai choisie, c’est parce que je la trouvais différente de tout son répertoire à succès qu’il interpréta pendant les années 80. Et comme le titre le dit si bien, cette chanson montre bien sûr la sincérité du contenu des paroles, mais aussi le talent naissant du jeune Herbert Léonard, et surtout sa voix qui fera la différence des années plus tard et qui deviendra alors le chanteur du romantisme et de l’amour plus ou moins osé, et là, je trouvais cette chanson pure et naturelle qui aurait pu faire mouche sur la scène de Londres. »

Maintenant, chères lectrices et chers lecteurs, vous allez entrer en jeu : vous allez voter pour la chanson que vous préférez parmi ces trois propositions : soit une des deux proposées par nos soins, soit tout simplement celle qui a été officiellement en compétition.

Pour terminer, nous vous donnons la parole pour, à votre tour, proposer la chanson française, que vous auriez aimée voir et entendre lors de ce concours 1968. Exprimez-vous dans les commentaires : nous avons hâte de découvrir vos propositions.

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