En ce vendredi, nous prenons la direction du Royaume-Uni en 1963, qui organisa le concours pour la deuxième fois bien qu’il n’ait pas encore gagné. Il se substitue précisément à la France qui n’avait pas les moyens financiers de l’organiser après sa victoire l’année précédente. Cette fois-ci, la France n’a pas gagné mais elle a très bien figuré.

1963 est une année riche en évènements divers et variés en France. Parmi eux, l’inauguration du premier hypermarché Carrefour : c’est le début de la consommation de masse, la grève totale des mineurs qui doivent faire face à un avenir très sombre dans ce secteur industriel, et plus réjouissant, l’ouverture à Paris du glacier Berthillon dont la renommée n’est plus à faire encore de nos jours. Au niveau culturel, le général de Gaulle inaugure la Maison de la radio, le magazine Salut les copains créé l’année précédente organise un grand concert musical-rock nocturne à Paris avec toutes les idoles de l’époque, dont Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Richard Anthony entre autres, et du côté du sport français, le jeune patineur Alain Calmat remporte le championnat d’Europe de patinage artistique.

Concernant le concours de l’Eurovision qui se tient à Londres, la France présente un interprète qui débute dans la chanson depuis deux ans, Alain Barrière, né à La Trinité-sur-Mer en Bretagne et qui avait 28 ans. C’est une chanson sélectionnée en interne et dont le titre est : Elle était si jolie. Elle a été écrite et composée en partie par l’interprète en personne en duo avec un autre musicien, plus connu pour ses activités de chef d’orchestre et ses compositions dans le jazz, Armand Migiani.

Le thème de cette chanson est très simple : il suffit de prendre le titre en référence car il contient l’idée générale de la chanson qui évoque une fille très jolie mais sans doute trop au goût du narrateur qui ne s’autorise pas à l’aimer. Le soir de la finale à Londres, Alain Barrière passera en 11ᵉ position et il finira 5ᵉ ex aequo avec Françoise Hardy qui représentait, elle, la Principauté de Monaco.

Après sa participation au concours, Alain Barrière mena une carrière qui dura de très longues années avec d’autres succès dont Ma vie, et surtout le duo avec Noëlle Cordier, Tu t’en vas, en 1975.

L’avis de Marie : « Quelle jolie chanson ! Le refrain est remarquable et mémorable. De plus, Alain Barrière l’a interprétée toute en douceur et sans une note plus haute qu’une. Il va de soi que cette chanson aurait mérité mieux qu’une cinquième place, mais c’est ainsi. En tout cas, ce fut un très bon choix de la délégation française de l’époque. »

L’avis de Zipo : « Une très jolie ballade pas triste pour un sou et interprétée merveilleusement bien par Alain Barrière qui n’en fait pas trop et qui reste d’une grande simplicité en adéquation avec la chanson qui l’est également. La musique également très épurée rend cette chanson très élégante. C’est l’exemple typique d’une chanson sans artifice qui réussit à convaincre et que j’aurais bien vue sur le podium étant donné la qualité moyenne des chansons participantes à ce concours en 1963. »

Il n’est pas du tout évident de trouver d’autres chansons de qualité qui auraient pu réaliser un meilleur résultat en cette année 1963 en France tout en essayant de ne pas « copier » sur Elle était si jolie. Après mûre réflexion, nos choix se sont portés respectivement sur Nuit et brouillard interprété par Jean Ferrat et J’ai la mémoire qui flanche interprété par Jeanne Moreau.

Marie : « Ce n’est pas la chanson la plus connue de Jean Ferrat, mais c’est un grand interprète et sa voix est tellement marquante et grave qu’elle aurait été remarquée au concours Eurovision, me semble-t-il. De plus, cette chanson traite d’une partie douloureuse de notre histoire, elle commémore toutes les victimes des camps de concentration nazis de la Seconde Guerre mondiale. Dommage qu’à l’époque, l’ORTF, sous l’influence de l’Élysée, ait grandement contre-indiqué de la passer à la radio et à la télévision car la France était en pleine réconciliation avec l’Allemagne et elle ne voulait pas heurter son voisin en lui remémorant ce passage de l’histoire. Malgré cela, Nuit et brouillard a du succès et reçoit même le grand prix du disque de l’Académie Charles-Cros. »

Zipo : « Voilà une chanson dont le titre peut-être paradoxal car, au sens littéral, il est préférable que ça n’arrive pas quand on chante ! Au-delà de cette réflexion, c’est une chanson certes assez courte mais suffisamment gaie et portée avec énergie et une voix caractéristique qu’on lui connaissait déjà dans les films dans lesquels elle avait tourné. C’est aussi un aspect particulier du personnage qui n’est pas exclusivement une chanteuse, mais tout d’abord une actrice de cinéma, une actrice de série télé et également actrice au théâtre. Elle a plusieurs cordes à son arc, et pourtant, comme chanteuse, notamment dans cette chanson, elle dévoile tout son potentiel qui était multicartes. »

Maintenant, chères lectrices et chers lecteurs, vous allez entrer en jeu : vous allez voter pour la chanson que vous préférez parmi ces trois propositions : soit une des deux proposées par nos soins, soit tout simplement celle qui a été officiellement en compétition.

Pour terminer, nous vous donnons la parole pour, à votre tour, proposer la chanson française que vous auriez aimée voir et entendre lors de ce concours 1963. Exprimez-vous dans les commentaires : nous avons hâte de découvrir vos propositions.

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