L’information a été évoquée dans Aftonbladet, avant d’être confirmée par l’UER auprès de James Stephenson et d’ESC Insight : le télévote pourrait connaître un changement majeur dès l’Eurovision 2027.
Martin Green, directeur du concours, l’avait évoqué en conférence de presse à Vienne et voilà qu’un courrier envoyé aux télédiffuseurs par Jean-Philippe De Tender, directeur général de l’UER, et Ana Maria Bordas, présidente du Groupe de référence de l’Eurovision, confirme le projet. Dès l’édition 2027, l’UER souhaiterait remplacer le format de télévote actuel par la généralisation du vote en ligne. Surtout, il serait désormais exigé aux téléspectateurs de voter pour un nombre minimum de pays (3 par exemple) afin d’éviter les mobilisations massives en faveur de certains pays. Ce changement est cependant suspendu à l’examen des législations des pays participants, qui seront étudiées par l’UER à l’automne.
Actuellement, le télévote est possible sous trois formes : SMS, appels téléphoniques et vote en ligne sur le site officiel de l’Eurovision. Jusqu’alors limité à 20 par personne, le nombre de votes avait été limité à 10 par méthode de paiement, en demi-finale et en finale, pour l’édition 2026 – les 10 votes à chacune des deux étapes pouvant être concentrés sur le même pays. Cette décision faisait déjà suite à de nombreuses critiques et il semblerait aujourd’hui que cette limitation ne soit plus suffisante aux yeux de l’UER, visiblement enfin à l’écoute et désireuse de passer à la vitesse supérieure. D’autant que, si l’on en croit les témoignages de certains eurofans, la limite du nombre de votes autorisés par votant pouvait être facilement contournée…
Dans le courrier envoyé aux télédiffuseurs (dont Aftonbladet a diffusé quelques extraits, que vous pourrez lire ci-après), Jean-Philippe De Tender et Ana Maria Bordas admettent l’influence du vote géopolitique sur les résultats du concours et surtout son impact inédit et déterminant, qui met à mal l’équité et la confiance envers le système de vote. De plus, ils justifient le passage intégral au vote en ligne par le fait que le système de télévote actuel ne favorise pas la répartition des votes entre plusieurs pays.
Des extraits de la lettre envoyée aux télédiffuseurs par Jean-Philippe De Tender, directeur général de l’UER, et Ana Maria Bordas, présidente du Groupe de référence de l’Eurovision.
« Même sans campagnes publicitaires majeures et avec un système de vote fiable, il est devenu évident que le contexte géopolitique actuel influence les votes pour certains artistes pour des raisons qui n’ont que très peu à voir avec leurs prestations. Ce n’est pas nouveau dans l’histoire de l’Eurovision – nous l’avons déjà constaté – mais cette fois-ci, c’est persistant et, pour beaucoup, c’est profondément inquiétant. »
« Nos recherches indiquent deux changements à apporter : le passage au vote public entièrement en ligne et l’obligation pour les électeurs de voter pour plusieurs candidats, par exemple leurs trois favoris. »
« Ce travail est déjà en cours, avec l’espoir qu’il soit prêt d’ici 2027. Nous pensons que ces changements renforceront l’engagement et la volonté de voter et contribueront à atténuer l’effet du vote en bloc mobilisé, sans compromettre l’équité ni la confiance. »
Source : Aftonbladet
Si la généralisation du vote en ligne devenait réalité, ce serait un basculement majeur pour l’Eurovision. Il lui permettrait par ailleurs de s’aligner sur l’Eurovision Junior, où le système est mis en place depuis longtemps, et sur Eurovision Asie, qui en fera cette année l’essai pour sa première édition1. Plusieurs questions se posent toutefois.
Quelles modalités pratiques de mise en oeuvre ?
De nombreux détails restent à préciser, dont les fuites de l’Aftonbladet ne font aucunement mention. Faisons toutefois quelques suppositions sur la base de l’existant.
La comptabilisation des points. On suppose que les votes des téléspectateurs devraient rester attribués par pays selon le format actuel (12, 10, 8, 7… points). Ainsi, l’Eurovision ne se calquerait pas sur le concours junior, où chaque pays voit son nombre de points du public calculé sur la base de son pourcentage obtenu au vote en ligne global. De même, l’interdiction de voter pour son propre pays devrait demeurer.
L’impact financier. Les recettes engendrées par le télévote à l’Eurovision sont considérables, même si l’UER s’est toujours refusée à toute communication transparente à ce sujet. Une estimation réalisée par nos confrères d’ESC Insight estime toutefois à environ 17 millions le nombre de votes reçus pour l’Eurovision 2025 dans l’ensemble des pays participants. Une manne considérable dont l’UER devrait se priver si, d’aventure, le vote en ligne devenait gratuit comme à l’Eurovision Junior ou au Melodifestivalen ! Il semble ainsi plus probable que le vote du public reste payant, histoire que l’UER et le concours s’y retrouvent financièrement – c’est d’ailleurs déjà le cas pour les rares pays et groupes de votants qui pratiquent déjà le vote en ligne.
Quel impact concret sur le résultat ?
Les conséquences « géopolitiques« . A l’Eurovision 2026, trois pays et groupes de votants avaient pratiqué un vote en ligne intégral : l’Australie, le Luxembourg et le reste du monde. Si le pays des kangourous avait opéré la bascule en 2022, pour le Grand-Duché et le vote « reste du monde », le vote du public s’est exclusivement déroulé en ligne dès le retour du premier en 2024 et la mise en place du second en 2023. L’évolution des résultats du télévote de ces trois pays et groupes est cependant intéressante à observer sur la période 2024-2026 :
| Australie | Luxembourg | Reste du monde | |
| 2024 | 12 pts – Israël | 12 pts – Israël | 12 pts – Israël |
| 2025 | 12 pts – Israël | 12 pts – Israël | 12 pts – Israël |
| 2026 | 12 pts – Bulgarie 0 pt – Israël | 12 pts – Bulgarie 1 pt – Israël | 12 pts – Bulgarie 6 pts – Israël |
En 2024 et 2025, les 12 points de l’Australie, du Luxembourg et du reste du monde étaient unanimement allés à Israël, dans un contexte de mobilisation massive en faveur du pays. En 2026, alors qu’Israël s’assure toujours un télévote global assez puissant (220 points) malgré une déperdition de points logique (-77, soit -25,92%), c’est un véritable effondrement au score que connaît l’Etat hébreu auprès de ces trois corps de votants. Il passe ainsi d’un total de 36 points à 7 petits points, soit -80,55% ! Une chute d’autant plus significative au vu de la forte mobilisation traditionnelle de la diaspora israélienne dans le reste du monde et de la réalité des liens entre le Luxembourg et Israël. Il est toutefois difficile d’attribuer cette évolution de points au simple vote en ligne, puisqu’il était déjà en place en 2024, là où la limitation du nombre de votes de 20 à 10 par méthode de paiement pourrait avoir eu davantage d’impact. ESC Gabe l’attribue de son côté à une meilleure sécurisation des votes entre 2025 et 2026.
Limiter les mobilisations de masse, oui, mais au risque d’une dilution trop forte ? Lors de sa mise en place au Melodifestivalen en 2015 et à l’Eurovision Junior en 2017, le vote en ligne gratuit (avec un nombre minimum de candidats ou de pays pour lesquels voter) a entraîné une dilution extrême des votes. De quoi empêcher la création de tout écart significatif et surtout rendre le vote des jurys nationaux décisif au détriment du télévote. Afin de rectifier cela et d’offrir une meilleure représentativité, la production exécutive du Mello a décidé en 2022 de mettre fin au système de conversion proportionnelle des votes du public au profit d’une conversion en points Eurovision (12, 10, 8 etc.) par catégorie d’âges, ce qui a ainsi limité la dilution des votes. Si la mise en place du vote en ligne à l’Eurovision est accompagnée d’un maintien – probable – du système d’attribution des points par pays, il n’y a ainsi aucune raison à craindre un éparpillement trop marqué des points entre les différents pays.
De nouvelles stratégies de vote ? Afin de pousser son favori, le téléspectateur pourrait être tenté de voter pour son pays préféré et deux autres prétendument plus faibles afin de maximiser les chances du premier. C’est ainsi la stratégie utilisée par de nombreux votants à l’Eurovision Junior afin de favoriser leur propre pays et qui, chaque année, tend à booster certains candidats inattendus. Là aussi, il y a moins de raisons toutefois de s’inquiéter de telles conséquences sur le concours adulte, puisque l’interdiction de voter pour son propre pays demeurerait et qu’un vote payant ne suppose pas le même engagement individuel qu’un vote gratuit. De même, les résultats du Melodifestivalen depuis 2015 ne montrent pas de grandes discordances en la matière.
L’UER devrait communiquer davantage d’éléments quant à son projet de généralisation du vote en ligne dans les prochaines semaines. Sous réserve que les législations nationales le permettent, sa mise en place représenterait un nouveau tournant majeur pour le concours, en réponse légitime aux inquiétudes largement exprimées au sein de la communauté Eurovision quant à la crédibilité de ses résultats et aux menaces sur l’intégrité du vote. En cela, saluons enfin la réaction de l’UER ! De plus, la généralisation du vote en ligne répond également aux défis posés par le rajeunissement croissant de l’audience et le basculement progressif de cette dernière sur les formats numériques.
D’autres points clés de règlement sur l’Eurovision 2027 :
- Burgas pourrait déjà marquer le retour au 100% télévote en demi-finale, tout juste un an après le retour des jurys nationaux. Si ce point de règlement était confirmé, il aurait de quoi interroger en termes de cohérence et de continuité… Le retour des jurys nationaux en demi n’est toutefois pas à exclure, dans des proportions à préciser le cas échéant.
- Un retour de l’Espagne déjà confirmé ? Le règlement de l’Eurovision 2027 mentionne l’existence d’un BIG 5 dans lequel figurent nos amis ibériques, qui s’étaient pour rappel retirés de la dernière édition. A date, la RTVE a déclaré attendre l’automne pour prendre sa décision définitive quant à une éventuelle participation l’année prochaine, mais voilà un nouvel élément en faveur d’un retour espagnol. Surtout que le règlement du Benidorm Fest 2027 mentionne explicitement la possibilité pour son vainqueur d’aller ou non à l’Eurovision, que la rumeur court avec insistance de possibles négociations entre la RTVE et l’UER lors de l’Eurovision Junior en octobre prochain et que beaucoup d’éléments de réponse ont été apportées par l’UER aux demandes ibériques sur l’évolution du concours.
- Concernant Eurovision Asie, il n’a pas été précisé à ce jour si les téléspectateurs devront voter pour un nombre minimum d’artistes (comme ce fut le cas lors de la sélection bhoutanaise). ↩︎
Crédits : Corinne Cumming – UER









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