Elles étaient 4 sur la ligne de départ. A l’issue d’une première pré-sélection technique, elles ne sont plus que deux à pouvoir devenir ville hôte de l’Eurovision en 2027.

Exit Plovdiv (qui avait les faveurs de Philip Kirkorov) et Varna (ville de naissance de DARA, qui n’avait pas ses faveurs) : la finale se jouera entre Burgas et Sofia. Seules à disposer des infrastructures nécessaires pour l’accueil de l’Eurovision, les deux villes entrent ainsi dans la dernière phase du processus de sélection de la ville hôte, et la plus déterminante. L’EAQ fait le tour des forces en présence sur le terrain.

Burgas, la surprise de la Mer Noire

C’est clairement l’outsider du match, tant sa rivale fait figure de favorite. Pourtant, avec sa situation balnéaire idéale au bord de la Mer Noire, Burgas ne manque pas d’atouts à revendre – ce n’est pas pour rien qu’elle est une destination estivale très appréciée au sud de la Bulgarie. 4ème ville du pays avec 200 000 habitants, elle en détient le principal port et compte un important complexe pétrolier, construits jadis à la place de limans et de villages de pêcheurs. Si son histoire la lie étroitement à l’Empire Ottoman (la ville a rejoint la Bulgarie à la fin du XIXème siècle, avant l’indépendance), Burgas dispose d’une architecture pour l’essentiel héritée des années soviétiques, à l’exception de son petit centre.

La salle pour l’Eurovision. Le concours se déroulerait à la Burgas Arena, une arena polyvalente particulièrement récente, puisqu’elle a été inaugurée en mai 2023 au terme de longues années de travaux. Elle peut accueillir jusqu’à 15 000 spectateurs en configuration concert. Elle a notamment accueilli une poule de la Ligue des Nations de volleyball masculin l’année dernière, tandis que sa scène semble avoir été essentiellement foulée par des artistes bulgares (parmi lesquels le populaire Azis, que Kristian Kostov rêve de voir à l’Eurovision) depuis son ouverture.

Niveau orga. La municipalité n’a pas apporté davantage de détails quant aux lieux d’accueil potentiels des évènements annexes (Eurovision Village, cérémonie d’ouverture, Euroclub…).

Pour y aller. La ville dispose d’un aéroport domestique et international, l’aéroport de Burgas, qui dessert tout le sud-est du pays et une partie du littoral de la Mer Noire. Il assure plus de 70 destinations, essentiellement saisonnières, pour la plupart situées au Royaume-Uni et en Europe de l’Est. Avec 1,8 millions de passagers en 2024, il compte une liaison avec la France via Paris-Orly et Lille.

Une fois sur place. Burgas dispose de 39 lignes de bus, dont 2 de trambus, qui vous permettront de naviguer à travers la ville et d’accéder à la salle en une petite vingtaine de minutes depuis le centre.

Que faire à Burgas ? Plonger les pieds dans la Mer Noire, déjà, et se prélasser sur l’une de ses nombreuses plages (dont une située au centre-ville). À son bord, on trouvera le jardin maritime, dont vous pourrez profiter de la vue dégagée au cours d’agréables balades. Burgas compte également plusieurs musées, dont le musée archéologique et le musée ethnographique, ainsi que des thermes antiques. À proximité de la ville, la métropole de la Mer Noire est entourée de trois grands lacs, de l’île Sainte-Anastasia et des sites de Nessebar (classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO) et Sozopol.

Pour l’anecdote. Burgas est jumelée depuis 1976 avec Rotterdam, qui avait accueilli l’Eurovision en 2021. 1976 qui était la dernière édition du concours accueillie par les Pays-Bas avant la victoire délivrance de Duncan Laurence en 2019. Moralité : quand on cherche deux degrés de séparation, on les trouve.

Sofia, en lettres capitales

Avant le verdict, Sofia semble l’évidence, surtout dans un pays qui accueillera le concours sur son sol pour la première fois. Sur le papier, elle semble cumuler les atouts dans sa manche : capitale de la Bulgarie, plus grande ville du pays avec 1,2 millions d’habitants, elle est le centre politique, économique, culturel, industriel et universitaire du pays et bénéficie d’un emplacement stratégique dans la région. Contrairement à sa concurrente balnéaire, Sofia est nichée à 591 mètres d’altitude au pied du massif du Vitocha et à 15 kilomètres des montagnes des Balkans, région dont elle est la troisième ville. Au cœur de plusieurs influences culturelles, entre ancien et moderne, la ville mêle vestiges romains, églises orthodoxes, héritage ottoman et architecture plus récente issue de la période communiste. Ce n’est pas pour rien que Sofia doit son nom à la célèbre basilique/mosquée Sainte-Sophie d’Istanbul.

La salle pour l’Eurovision. Inaugurée en 2011, l’Arena 8888 peut accueillir jusqu’à 18 000 spectateurs en configuration concert. La salle a déjà accueilli de nombreux évènements sportifs internationaux : Ligue mondiale de volley-ball en 2012, championnats du monde de trampoline (2017), de gymnastique rythmique (2018) et de volley-ball masculin (2018), ainsi que d’autres compétitions. Les plus grandes stars internationales ont également eu la chance de fouler sa scène, parmi lesquelles Lady Gaga, Red Hot Chili Peppers, Jennifer Lopez ou encore Sting. À noter que l’Arena 8888 avait accueilli l’Eurovision Junior en 2015 et que, si elle accueillait l’Eurovision 2027, elle devrait changer temporairement de nom (son naming actuel étant celui d’une société de paris sportifs).

Niveau orga. Le Sofia Tech Park environnant pourrait être utilisé pour la logistique. L’Eurovision Village devrait être situé aux environs du Palais National de la Culture, qui serait également le lieu de la cérémonie d’ouverture. Les autres évènements annexes devraient être accueillis par le Toplocentrala (Centre régional d’art contemporain) et le South Park, notamment le programme nocturne (autrement dit : l’Euroclub). Ces trois lieux sont situés à proximité immédiate les uns des autres, en périphérie du centre-ville.

Pour y aller. La capitale compte le principal aéroport du pays sur son territoire, l’aéroport de Sofia, avec plus de 8 millions de passagers annuels et 80 destinations desservies, en Europe comme à l’international. La France est quant à elle directement reliée via Paris-CDG, Paris-Orly, Paris-Beauvais, Lyon, Nice et Bâle-Mulhouse.

Une fois sur place. Sofia est dotée d’un réseau de transports urbains assez dense, dont quatre lignes de métro qui permettent de rejoindre facilement l’aéroport et 17 lignes de tramway. Un arrêt de tramway est d’ailleurs situé à proximité immédiate de l’Arena 8888.

Que faire à Sofia ? Au cœur de son centre-ville assez compact et aisément praticable à pied, Sofia – qui passe encore sous les radars touristiques – ne manque pas de lieux d’intérêt : ses nombreuses églises (Cathédrale Alexandre Nevski, rotonde Saint-Georges, église Boyana…), ses monuments (Grand Théâtre Ivan Vassov, Palais national de la culture…) ou encore ses musées (musée d’histoire de Sofia, galerie des Beaux-Arts, musée d’art socialiste…). Sofia est également un bon point d’ancrage pour s’aventurer « hors les murs », sur les pentes du massif de Vitosha, les rives du Lac Pancharevo ou encore au Monastère de Rila.

Pour l’anecdote. Sofia est la ville de naissance de la plupart des représentants bulgares à l’Eurovision, de Mariana Popova (2006) à Stoyan (2007, 2013, 2022) en passant par Poli Genova (2011, 2016).

L’EAQ fait le match

Si la Bulgarie ne s’est plus qualifiée pour la phase finale d’un Mondial de football depuis 1998, il y aura bien match entre Burgas et Sofia sur le terrain de l’accueil de l’Eurovision.

Du haut de sa position d’outsider, Burgas dispose d’un atout fort : sa situation balnéaire, qui a de quoi séduire. Fermez les yeux un instant, et imaginez un Eurovision au bord de la mer, les pieds dans l’eau… La dernière fois que le concours a bénéficié d’une ville hôte maritime, c’était à Tel Aviv en 2019, mais pas au même prix (de nombreux livrets A ont été soldés dans la foulée). Le choix de Burgas permettrait ainsi non seulement de ramener l’Eurovision à la plage, mais également de poursuivre la politique de mise en valeur de métropoles régionales à taille humaine. Ainsi, la méconnue Bulgarie ne serait pas réduite à sa seule capitale. D’autant que la ville du sud, fort appréciée en été, dispose d’un aéroport international : la plupart des dessertes ne sont toutefois que saisonnières et ciblées sur certaines zones géographiques.

Nichée au pied des montagnes, à quelques dizaines de kilomètres des frontières serbe et nord-macédonienne, Sofia prend cependant la tête lorsqu’on pousse la comparaison. Si on pourrait approcher de l’égalité sur les infrastructures (les deux villes disposant d’arenas éligibles), la capitale semble bénéficier d’une expérience supplémentaire en matière d’accueil de grands évènements sportifs et culturels. Plus aisément accessible en avion avec des destinations plus diversifiées et assurées tout au long de l’année, Sofia bénéficie également de davantage de lieux d’intérêt touristique. Surtout, à l’heure où la Bulgarie accueillera pour la première fois l’Eurovision sur son sol en mai 2027, choisir une autre ville hôte que la capitale serait-il vraiment le choix le plus pertinent, tant Sofia centralise les forces et peut se révéler de facto plus pratique à bien des égards (notamment techniques) ?

C’est oublier que la sélection de la ville hôte de l’Eurovision 2027 dépassera le simple match des équipements. En plus de vérifier la conformité des infrastructures aux pré-requis de l’accueil d’un concours musical international (salle, transports, hébergement…), le télédiffuseur hôte et l’UER baseront leur choix sur le projet Eurovision porté par les villes en compétition. Autrement dit, sur la manière dont ces dernières feront vivre le concours sur leur territoire en mai prochain. C’est d’ailleurs ce paramètre qui avait été déterminant dans le choix de Liverpool en 2023 ou de Bâle en 2025, les deux ayant souhaité s’ériger chacune à leur manière en capitales de l’Eurovision le temps du concours.

À l’heure d’écrire ces lignes – et où les inspections de l’UER ont commencé dans chacune des villes, Sofia semble rester la grande favorite pour accueillir concours (son nom aurait d’ailleurs déjà fuité sur BNT News et la directrice générale du télédiffuseur semble pencher pour ce choix). Mais les surprises ont été de nombreuses fois légion ces dernières années, et avant que Netta ne se livre à son tant attendu jeu des pronostics, Sofia confirmera t-elle sa côte auprès des parieurs ? Connaîtra t-elle un destin similaire à Vienne ou s’inclinera t-elle à la surprise générale devant Burgas, comme Genève, Glasgow et Stockholm avant elle ? Rendez-vous fin juillet pour le savoir.

Crédits couverture : I.gotoburgas.com/visitsofia.bg