La décision de la RTÉ faisait-elle vraiment un doute ? Pas tant, vu les analyses qui circulaient déjà fin août et aujourd’hui confirmées : l’Irlande ne sera pas du voyage à Burgas.
Les mesures adoptées par l’UER dans le courant de l’été auront été dénuées d’effet. Le pays recordman de victoires au concours (à égalité avec la Suède) a décidé de poursuivre son boycott et de confirmer son retrait de l’Eurovision pour 2027. Les explications du télédiffuseur sont claires, nettes et précises : sa position quant au fait de participer au concours demeure inchangée en raison de la tragédie en cours à Gaza et de la crise humanitaire sur place. La RTÉ a ajouté se sentir profondément concernée par le refus continu d’offrir un accès indépendant aux journalistes internationaux sur le territoire. Ni plus, ni moins. Pour ces mêmes raisons, le télédiffuseur irlandais renonce également à la diffusion de l’Eurovision sur ses antennes pour la deuxième année consécutive.
Déjà, fin août, alors que le télédiffuseur néerlandais AVROTROS avait annoncé poursuivre son retrait pour des raisons en partie similaires, un porte-parole de la RTÉ avait déclaré à The Irish Sun que le télédiffuseur prenait acte des changements de règle annoncés par l’UER. Il annonçait également une décision prochaine quant à une éventuelle présence irlandaise à l’Eurovision 2027. Considérant ces propos, nos confrères d’Éirevision Podcast avaient alors estimé un retour de l’Irlande au concours comme hautement improbable, devant le peu de changements proposés face aux circonstances du retrait irlandais. Surtout qu’en mai dernier, le directeur général de la RTÉ Kevin Bakhurst avait déclaré qu’il n’y avait aucune raison à ce stade pour évoluer sur la position du retrait, précisant qu’elle serait toutefois discutée dans les mois suivants. Nous sommes en septembre et la voilà à présent à nouveau actée.
Dans la foulée de l’annonce du retrait irlandais, l’UER a réagi via un communiqué officiel de Martin Green, Directeur de l’Eurovision :
« Nous regrettons que RTÉ ne participe pas au Concours Eurovision de la chanson en 2027, mais nous respectons pleinement sa décision et saluons l’énorme contribution qu’elle a apportée au Concours. Elle reste un membre précieux de notre famille et nous manquera.
Le Concours Eurovision de la chanson donne le meilleur de lui-même lorsque les chaînes de télévision et leurs artistes de différents pays se réunissent pour partager la musique, célébrer la créativité et tisser des liens entre les publics. Ce pouvoir de rassembler les gens est au cœur de ce qui rend le Concours si spécial, et il est d’autant plus important aujourd’hui, dans un monde de plus en plus difficile et divisé.
Tous les diffuseurs décident chaque année de participer au Concours de l’année suivante. Nous resterons en dialogue avec RTÉ et espérons l’accueillir à nouveau au Concours à l’avenir. »
Quel impact pour les autres télédiffuseurs dans le doute ?
Telle est la question, à l’heure où plusieurs télédiffuseurs ont obtenu un sursis dans la date limite d’inscription à l’Eurovision 2027 (initialement fixée au 15 septembre). Ainsi est-ce le cas de la Belgique, de l’Espagne, de la Hongrie1, de l’Islande, des Pays-Bas et de la Slovénie. Si on avait peu de doutes quant à la poursuite du boycott irlandais, celui-ci pourrait réfréner les quelques espoirs placés dans certains retours, comme ceux de l’Espagne ou des Pays-Bas.
Du côté des Pays-Bas, le Petit journal de la rentrée vous partage semaine après semaine les différents épisodes. Le groupement de télédiffuseurs NPO espère un éclaircissement de la situation d’ici fin septembre mais, à ce stade, deux options pourraient se profiler si le pays décide de revenir : une organisation co-portée par les télédiffuseurs NTR et NOS ou un partenariat avec la société de production de John de Mol, Talpa Network. Est-ce peut-être pour cela que la Belgique voisine attend elle aussi de voir ? L’organisation de l’Eurovision dans le plat pays dépend cette année du télédiffuseur néerlandophone VRT, parmi les plus actifs en 2025 dans la dénonciation de la participation d’Israël et des votes géopolitiques. À ce stade, la VRT – très timorée en mai dernier quant à sa présence en Bulgarie – est toujours en discussions avec l’UER quant aux problématiques en lien avec ses interrogations sur sa participation en 2027. Quoiqu’il en soit, en cas de retrait du télédiffuseur néerlandophone, les chances que la RTBF prenne le relais sont plus qu’incertaines, le télédiffuseur francophone n’ayant pas la capacité d’assumer financièrement deux éditions d’affilée.
L’incertitude règne également en Espagne. Alors qu’il devait échanger à ce sujet mercredi dernier, le conseil d’administration de la RTVE a reporté sa discussion au sujet de la participation du pays à sa prochaine réunion d’octobre ou à une session spéciale. Le journaliste Rocco Steinhauser, de la radio catalane RAC1, estime à 55% les chances de retour du pays, estimant que le télédiffuseur ibérique y serait favorable (et ajouté à cela la mention du concours dans le règlement officiel du Benidorm Fest 2027, N.D.L.R.). Tout dépendrait cependant de la position du gouvernement espagnol, qui avait déclaré publiquement son hostilité à une participation à l’édition 2026. Elle serait d’autant plus déterminante que le conseil d’administration de la RTVE est composé de 15 membres de la chambre des députés.2 L’année dernière, seuls les 4 élus du PP s’étaient opposés au retrait de l’Espagne, 10 voix s’étant exprimés pour et 1 abstention dans les rangs de la gauche et des partis régionalistes. Dans l’attente, une première tendance pourrait se dégager dès mardi matin, puisque le directeur général de la RTVE, José Pablo López, sera interrogé mardi matin par le député Francisco Sierra Caballero (Sumar – gauche radicale) lors d’une audition en commission mixte parlementaire. Il devra alors répondre sur la manière dont il considère « la réponse de l’UER face au génocide du peuple palestinien ».
Au regard de la situation, l’officialisation du nouveau retrait irlandais ne nous met pas à l’abri d’un possible effet domino, le retrait d’un ou plusieurs télédiffuseurs pouvant motiver les autres à leur emboîter le pas pour préserver une forme d’union autour du boycott. Ainsi, ils pourraient exprimer la volonté de faire poids face à des mesures de l’UER jugées insuffisantes à leurs yeux, dans une logique continue d’opposition à la présence d’Israël au concours. Mais cela ne va pas de soi pour autant car, malgré une image largement écornée ces dernières années, l’Eurovision reste le programme musical le plus regardé au monde et continue de jouir d’une belle côte de popularité. Car le concours attire l’audience, et qui dit audience dit revenus publicitaires : à ce jeu-là, le bruit court que les Pays-Bas pourraient être finalement de la partie en 2027… Quant à l’Espagne, il ne faut pas oublier que, malgré l’ancrage historique de l’opinion pro-palestinienne dans le pays, ce dernier est aussi l’un des principaux viviers d’eurofans dans la communauté du concours. Sans oublier que les évolutions politiques au niveau national peuvent, elles aussi, remettre en cause les positions initiales des télédiffuseurs quant à leur participation à l’Eurovision.
C’est ainsi le cas pour la Slovénie. Particulièrement actif lui aussi dans l’opposition à la participation d’Israël, le télédiffuseur RTV SLO pourrait revoir sa position suite à l’élection du gouvernement de Janez Janša, dont la politique étrangère est particulièrement pro-israélienne. Si le télédiffuseur continue de se questionner sur sa présence à l’Eurovision 2027, il semblerait que ce soit avant tout pour des raisons budgétaires. Interrogée par nos confrères d’Evrovizija.com, la RTV SLO a effectivement déclaré qu’elle n’avait pas manifesté son intention de revenir au concours à ce stade, mais que des discussions informelles existent avec l’UER et se poursuivront dans les prochains jours. Elle avance par ailleurs que le principal obstacle à sa présence à Burgas demeure les limites importantes de ses capacités financières, sans aucune mention au contexte géopolitique ou aux changements de règles. Le délai d’annonce de la future décision demeure incertain et pourrait dépendre de l’adoption du plan de programmation de la RTV SLO pour 2027.
Combien de participants l’Eurovision comptera t-elle pour son édition 2027 ? Les prochaines semaines seront assurément déterminantes.
- Le décalage de la date limite d’inscription du télédiffuseur hongrois est indépendant du contexte lié à la participation d’Israël et repose notamment sur des enjeux économiques. ↩︎
- La répartition politique des 15 administrateurs est la suivante : 5 pour le PSOE (gauche), 4 pour le PP (droite), 2 pour Sumar (gauche radicale) et 1 pour Podemos (gauche radicale), ERC (parti catalan, gauche), PNV (parti national basque, centre-droit) et Junts (parti catalan, centre-droit) ↩︎









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