Coup de théâtre chez les bataves : alors que la NPO avait initialement annoncé le retour du pays pour l’édition 2027, il rétropédale et officialise la poursuite du retrait néerlandais en mai prochain.

La NPO serait-elle allée vite en besogne en annonçant le retour des Pays-Bas fin septembre ? Visiblement oui, si l’on en croit aujourd’hui la décision du groupement de télédiffuseurs NPO de ne pas participer à l’Eurovision en 2027. Il faut dire que cette décision avait été loin de faire l’unanimité sur place.

Un retour qui avait fait débat

Pour replacer le contexte, les médias publics néerlandais sont organisés autour de la NPO en tant que structure coordinatrice de nombreux télédiffuseurs représentant chacun un segment de la société néerlandaise. Chaque télédiffuseur diffuse ensuite ses programmes sur les chaînes de télévision publiques du pays. À ce jeu-là, c’était le télédiffuseur AVROTROS qui était chargé de l’organisation de la participation néerlandaise à l’Eurovision et de la diffusion du concours, jusqu’à l’annonce de son retrait en 2026, puis de son renoncement au concours en raison de la participation d’Israël dans le contexte de la guerre à Gaza. Alors que de nombreux télédiffuseurs avaient refusé de prendre le relais et que des discussions étaient engagées avec l’UER, la NPO avait finalement décidé d’acter le retour des Pays-Bas à l’Eurovision 2027, avec une diffusion assurée par la NOS et une organisation de la participation assurée par une équipe coordonnée par la NPO. Tout en comprenant « que la participation au Concours Eurovision de la chanson suscite des sentiments mitigés aux Pays-Bas« , le groupement s’en était remis au caractère fédérateur du concours et à l’union par la musique pour justifier son retour.

Sauf que la décision a été loin de faire l’unanimité et suscité bien des remous au sein du groupement. Si, très rapidement, AVROTROS s’est en toute logique désolidarisé de la décision de la NPO, plusieurs télédiffuseurs ont demandé dans la foulée des explications à la NPO. Ils s’interrogeaient notamment sur le processus de décision, l’organisation et le financement de la participation néerlandaise à l’Eurovision. Une lettre ouverte intitulée #NotMyEurovision avait d’ailleurs été signée par plus de 400 employés des différents télédiffuseurs, qui appelaient la NPO à reconsidérer son choix en raison de la participation d’Israël et dénonçaient une décision prise de manière unilatérale, sans consultation des télédiffuseurs membres. En outre, la décision du retour des Pays-Bas à l’Eurovision 2027 ne suscitait pas l’adhésion de l’ensemble des téléspectateurs néerlandais – dont les différents groupes sociaux sont représentés par les télédiffuseurs, tandis que la branche néerlandaise de BDS – Boycott Désinvestissement Sanctions – était prête à mener une campagne de grande ampleur pour faire pression sur les uns et les autres.

Un manque de soutien et une décision inévitables

C’est ainsi qu’en conséquence, la NPO a décidé de faire machine arrière et d’officialiser la poursuite de son retrait de l’Eurovision dans un communiqué publié mardi matin, juste après des fuites de la presse néerlandaise sur le sujet. Alors que, encore quelques jours auparavant, les médias évoquaient encore la shortlist des artistes susceptibles de s’envoler pour Burgas en mai prochain…

Tout en déclarant comprendre la déception que pouvait susciter cette décision, la présidente du conseil d’administration de la NPO, Jet de Ranitz, a expliqué qu’il était important de servir l’ensemble des téléspectateurs néerlandais, y compris ceux qui sont attachés à l’Eurovision. Convaincue de la place nécessaire du concours sur la télévision publique en tant qu’évènement culturel international porté sur la musique, le lien social et la diversité, la NPO a alors discuté avec les télédiffuseurs des possibilités de collaboration sur la participation du pays à l’Eurovision. Alors qu’elle pensait initialement disposer du soutien suffisant, elle a finalement du se rendre à l’évidence, faute d’avoir « pu trouver [un] format approprié ». Ainsi, la NPO considère un retour à l’occasion de l’Eurovision 2027 comme trop précoce, compte tenu des diverses sensibilités sur la question.

Directeur des médias de l’OSBL, Jurre Bosman ne dit pas autre chose, actant les débats et les divergences au sujet de la participation d’Israël au sein de la société néerlandaise, mais aussi des télédiffuseurs et de leurs équipes. Selon lui, il aurait été impossible d’envoyer un ou plusieurs artistes à l’Eurovision s’ils ne pouvaient pas compter sur le soutien d’un ou plusieurs télédiffuseurs : c’est ainsi que, après consultation avec le conseil des diffuseurs, il a finalement été décidé d’acter le retrait des Pays-Bas de l’édition 2027. J. Bosman ajoute toutefois que le dialogue se poursuit avec l’UER quant à l’avenir de l’Eurovision, persuadé que « l’événement peut redevenir un lieu de musique et de partage, où les questions de société peuvent être abordées ouvertement » et que l’UER est ouverte à la discussion.

La législation sur les médias en vigueur aux Pays-Bas aurait pu donner pour mission légale au télédiffuseur NTR de gérer la participation du pays à l’Eurovision 2027. Là aussi, compte tenu du manque de soutien et des divisions suscitées, l’OSBL a choisi de ne pas obliger le télédiffuseur à prendre en charge l’organisation du concours par souci de responsabilité. Surtout, qu’en réalité, seuls deux télédiffuseurs avaient indiqué être prêts à coopérer sur la participation néerlandaise à Buras : EO (Evangelische Omroep, chrétiens-évangéliques) et WNL (Wakker Nederland / Wij Nederland, libéraux-conservateurs). L’Eurovision 2027 sera toutefois bel et bien diffusée par le télédiffuseur NOS, avec des commentaires assurés en néerlandais.

Les réactions au retrait

Personnalité historique de l’Eurovision aux Pays-Bas et défenseur de la participation du pays, le commentateur Cornald Maas regrette qu’il ne soit pas donné l’occasion aux jeunes artistes néerlandais de participer à une compétition internationale et craint les conséquences pour le futur de la participation des Pays-Bas. Il juge cependant la décision finale d’un retrait inévitable au vu de la controverse suscitée et que la pression aurait été trop importante pour l’artiste sélectionné et l’équipe chargée de la participation.

Le directeur de l’Eurovision, Martin Green, a quant à lui réagi dans le communiqué suivant :

« Nous regrettons profondément que NPO ne participe finalement pas au Concours Eurovision de la chanson 2027. Nous comprenons leur décision et respectons la force des sentiments qui la sous-tendent aux Pays-Bas.

Les Pays-Bas sont l’un des pays fondateurs du Concours et font partie de la famille de l’Eurovision depuis la toute première édition en 1956. Les artistes, les fans et les diffuseurs néerlandais ont façonné le Concours pendant sept décennies, et les Pays-Bas y ont toujours été une voix créative et précieuse.

Nous reconnaissons que les opinions concernant le Concours sont actuellement profondes et sincères, et qu’elles divergent considérablement, tant au sein des pays qu’entre eux. Nous ne rejetons aucun de ces points de vue. Les médias de service public ont pour vocation de servir leur public, et il est juste que nos membres examinent ces questions avec soin, en dialogue avec leurs propres communautés.

Dans le même temps, nous pensons que le Concours Eurovision de la chanson revêt une importance particulière dans un monde divisé. C’est l’un des rares moments de l’année où des personnes venues de toute l’Europe et d’ailleurs se rassemblent autour de la musique, de la créativité et d’une expérience partagée. Cet esprit d’unité est ce que le Concours a toujours incarné, et nous nous engageons à le préserver.

Nous sommes très heureux que le Concours 2027 soit toujours diffusé aux Pays-Bas et nous nous réjouissons d’accueillir à nouveau un candidat néerlandais dès que la NPO, ses membres et son public estimeront que le moment est venu. Nous poursuivrons le dialogue avec la NPO et les fans néerlandais qui tiennent tant à cet événement. »

Quelles conséquences ?

Une chose est certaine : si les réformes actées par l’UER et son ouverture (tardive) à la discussion sont à saluer, il n’en reste pas moins que la gestion de crise chaotique menée depuis 2023 a laissé des traces, jusqu’à l’onde de choc suscitée par le retrait de cinq pays emblématiques l’année dernière – et encore, cela aurait pu être davantage si l’on en croit le New York Times, certains autres ayant été retenus de justesse. Tant pour les télédiffuseurs que pour les téléspectateurs, effacer l’historique ne sera pas si facile et l’Eurovision devra impérativement restaurer un lien de confiance avec eux pour assurer sa survie.

À l’instant T cependant, les stratégies des télédiffuseurs en retrait ou ayant exprimé des doutes sur le maintien de leur participation semblent différentes, là où les « frondeurs » apparaissaient faire davantage bloc en 2026. Si l’Irlande s’est montrée pour le moment la plus radicale en refusant fermement de revenir au concours en raison de la guerre et de la crise humanitaire en cours à Gaza, les Pays-Bas ont tout de même montré un signe d’ouverture à travers l’annonce initiale de leur retour, cependant trop peu soutenu au local pour assurer sa viabilité. Il en est de même pour le télédiffuseur belge néerlandophone, la VRT, dont la participation en 2027 restait des plus incertaines jusqu’à son officialisation fin septembre juste après celle de la NPO. Face au revirement de son homologue néerlandais, la VRT a confirmé à nouveau sa participation à l’Eurovision 2027, saluant les réformes proposées par l’UER tout en refusant de lui signer un chèque en blanc. Mais les organisations de travailleurs de la VRT n’ont pas dit leur dernier mot et vont continuer de lui mettre la pression pour qu’elle reconsidère sa présence à Burgas.

Restée très silencieuse depuis le début de la saison, l’Islande semble avoir renoncé à un retour en 2027, si l’on s’appuie sur la liste de participants publiée par l’UER ce matin et l’absence de toute mention à la RÚV. Son directeur général Stefán Eiríksson. s’est simplement contenté de déclarer « Nous n’avons pas annoncé notre participation » : plus laconique, tu meurs. L’Espagne et la Slovénie bénéficient quant à elles d’une extension dérogatoire de la date limite d’inscription en décembre, pour des raisons différentes. Pour la RTV SLO, le principal frein à un retour est financier, quand la RTVE ibérique semble en pleine hésitation, si l’on en croit le double report de la discussion en conseil d’administration sur la participation de l’Espagne à l’Eurovision. Si le directeur général de la RTVE avait annoncé appeler à la poursuite du retrait du pays, les très belles audiences de l’Eurovision Junior 2026 sur place et la nécessité de booster celles du Benidorm Fest 2027 pourraient cependant faire réfléchir nos voisins espagnols. À moins que la décision des Pays-Bas influence suffisamment les instances du télédiffuseur pour les pousser à prolonger le retrait de l’Espagne…

Crédits : Avrotos | Kim de Hoop