Le 13 août dernier, la BNT levait le voile sur l’identité de la ville hôte de l’Eurovision 2027. A rebours des pronostics initiaux, c’est ainsi Burgas qui accueillera la prochaine édition du concours. Un choix qui ne fait pas l’unanimité…
Sur le papier, Sofia disposait des atouts pour remporter la mise : ville capitale d’un pays qui accueillera pour la première fois l’Eurovision, une salle parfaitement adaptée aux standards de l’Eurovision, un aéroport international digne de ce nom, des lieux identifiés pour les événements annexes… Patatras : c’est finalement la grande outsider de la mer Noire qui l’a emportée, suscitant surprise et incompréhension.
Pourquoi le choix de Burgas ?
Ville balnéaire de 200 000 habitants, le choix de Burgas répond parfaitement à la politique de valorisation de métropoles régionales (Turin, Liverpool, Malmö, Bâle) mise en œuvre dans la désignation des villes hôtes ces dernières années. Pour ces villes, l’accueil d’un événement aussi important que l’Eurovision leur a permis de se faire connaître aux yeux du monde entier et de dégager des retombées économiques sans précédent, décentrant ainsi les bénéfices touristiques et financiers d’ordinaire concentrés sur les capitales et les villes monde. En outre, Burgas dispose de deux atouts indéniables : la plage et la mer Noire, offrant ainsi l’opportunité d’un Eurovision les pieds dans l’eau et surtout de véritables paysages de carte postale.
Directrice générale de la BNT, Milena Milotinova a expliqué que le dossier de candidature global de Burgas était supérieur à celui de Sofia, incluant la salle (15 000 places, inaugurée en 2023), l’engagement très fort de la municipalité, la connexion en transport, la qualité des infrastructures ou la capacité d’hébergement. Elle évoque également la vision de la municipalité quant à l’expérience Eurovision qui engage la ville hôte et sa région, et sur la manière d’en faire un événement mémorable. Le directeur du concours, Martin Green, évoque quant à lui le fait que Burgas apporte quelque chose de très spécial au concours, la décrivant comme « une ville dynamique et accueillante située au bord de la mer Noire, dotée d’une forte identité musicale et culturelle, et qui possède l’ambition, les infrastructures et la passion nécessaires pour accueillir la famille de l’Eurovision. »
Pour rappel, le choix de la ville hôte a été effectué par un comité de représentants de la BNT et de l’UER, accompagnés d’experts internationaux spécialistes du concours, sur la base du cahier des charges de l’organisation de l’Eurovision.
Pourtant, rien de tant évident…
Que l’UER favorise les métropoles régionales afin de leur offrir un coup de projecteur unique, oui… mais au jeu des critères invoqués pour l’accueil de l’Eurovision, la désignation de Burgas a de quoi surprendre sur le papier. Certes, la ville dispose d’une arena récente qui répond aux standards d’accueil du concours. Certes, la mer Noire et les plages offrent une vitrine unique au concours. Mais, pour le reste, d’autres éléments laissent perplexe.
- Burgas dispose d’un aéroport international, mais aux lignes essentiellement saisonnières à destination du Royaume-Uni et de l’Europe de l’Est. La municipalité travaille au développement de nouvelles lignes et à une collaboration avec Istanbul, afin que l’aéroport turc puisse accueillir les festivaliers en transit, qui se rendraient ensuite à Burgas soit en avion, soit par un autre moyen de transport (les deux villes sont à 4 heures de route).
- Comme elle ne dispose pas de lignes de tramway ou de transport ferré, la ville misera sur son réseau de bus et sur le déploiement de navettes pour faciliter les transferts entre les hôtels et les différents sites du concours (la fréquence et les plages horaires n’ont pas été précisées).
- Côté hébergement, la municipalité a d’ores et déjà bloqué les hôtels de la ville pour les réserver aux festivaliers. Elle mise toutefois sur la densité hôtelière impressionnante de la côte (150 000 lits disponibles), mais parfois jusqu’à 40 kilomètres de distance de Burgas…
- Exception faite de ses plages et de son centre-ville, l’attractivité touristique de la ville semble limitée : on sait pourtant combien il est important de proposer des activités touristiques dignes de ce nom aux visiteurs. Les sites de Nessebar (classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO) et Sozopol sont situés à plus de 30 kilomètres : difficile sans voiture, là où Malmö avait au moins l’avantage de la proximité immédiate de Copenhague.
Autant d’éléments qui n’ont pas de quoi rassurer complètement les visiteurs désireux de profiter de la ville hôte au-delà de l’Eurovision. Surtout qu’exception faite de la visite enthousiaste de Wiwibloggs, les retours sur Burgas semblent mitigés, même si la ville très touristique semble populaire auprès des britanniques, des est-européens, des turcs et des israéliens.
Pourquoi Sofia a t-elle été écartée ?


C’est un mystère, auquel le maire de Sofia (dont certains ont même appelé à la démission suite à l’échec de la candidature !) ne semble pas en mesure de répondre puisque, à l’écouter, la BNT n’aurait pas apporté d’éléments d’explications à son éviction, tandis que les critères de sélection de la ville hôte resteraient obscurs. Car si Sofia faisait figure de grande favorite initiale de la course, les bruits de couloir des derniers jours faisaient toutefois pencher la balance en faveur de Burgas.
Selon les médias bulgares, l’annonce de la ville hôte aurait été retardée à cause d’un désaccord entre l’UER et le gouvernement bulgare, pro-Burgas, d’un côté et le télédiffuseur BNT, pro-Sofia, de l’autre. Si les visites techniques sur place auraient fait basculer les choses, le gouvernement n’aurait pas été favorable à l’idée d’apporter son soutien financier à Sofia, ville dirigée par un membre de l’opposition. Le télédiffuseur, quant à lui, aurait pointé les risques encourus par un déplacement massif de ses équipes techniques à 380 kilomètres du siège de la BNT, mettant en péril la poursuite de la programmation ordinaire. Des bruits de couloir depuis démentis, notamment par le Premier Ministre Rumen Radev, qui appelle à faire de l’événement une vitrine nationale et a défendu une décision basée sur des critères techniques et organisationnels.
La municipalité de Sofia a récemment dévoilé les principaux atours de sa candidature pour l’Eurovision 2027. Le concours aurait été accueilli à l’Arena 8888 (qui aurait alors été rebaptisée Arena Eurovision), en installant le centre médias dans la salle voisine et en créant une structure temporaire pour les délégations. L’Eurovision Village et la cérémonie d’ouverture auraient été accueillis au Palais national de la culture, le tirage au sort au théâtre national Ivan Vazov, tandis que la ville se serait largement appuyée sur son dispositif urbain, un réseau de transports renforcé et des mesures écologiques.
Si aucune réponse officielle n’a été apporté quant au rejet de la candidature de Sofia, notre confrère Gabe aurait visiblement réussi à glaner quelques informations via une source locale (que l’on retrouve en détail dans ce thread). Parmi les raisons invoquées : une arena desservie par une seule arène routière très fréquentée et deux lignes de tramway se partageant une seule et même voie, l’EuroVillage distant de 6 kilomètres de l’arena et moins de places de parking disponibles sur le site de l’Arena 8888. Des raisons officieuses d’écarter la capitale qui apparaissent faibles et interrogent, à l’inverse des évidences qui auraient pu en faire la ville hôte, surtout pour la première édition de l’histoire de l’Eurovision accueillie sur le sol bulgare (hors Junior). Des éléments plus concrets seraient toutefois nécessaires pour apprécier complètement la décision de confier l’accueil du concours à Burgas plutôt qu’à Sofia.
Quel Eurovision 2027 à Burgas ?


« Je me bats pour que ce soit un succès phénoménal. Je vais y consacrer toute mon énergie. Je connais dans les moindres détails les capacités de mon équipe et je vais les presser comme des citrons. Je suis désolé, mais j’ai déjà annulé les vacances de l’équipe. De manière générale, faisons en sorte que l’« Eurovision » soit un sujet fédérateur, montrons au monde entier que les Bulgares sont unis, solidaires, créatifs et souriants. Et que ceux qui n’ont jamais entendu parler de la Bulgarie, ceux qui ne sont jamais venus en Bulgarie, reviennent et disent : « Nous voulons revenir dans ce pays… »
Dimitar Nikolov, maire de Burgas
Une chose est sûre : la municipalité de Burgas est très motivée à l’idée d’accueillir l’Eurovision 2027 sur son sol (au point de vouloir interrompre l’école pendant une semaine !), et on la comprend, tant l’événement apportera un coup de projecteur international à un territoire qui demeure largement méconnu. La ville n’a d’ailleurs pas attendu pour se retrousser les manches et lancer les préparatifs officiels du concours.
Les travaux de renforcement du sol autour de la Burgas Arena ont ainsi commencé afin de pouvoir accueillir tout le dispositif technique nécessaire à l’organisation du show (que la BNT devra en partie louer puisqu’elle n’en dispose pas). Le toit de l’arena semble quant à lui en capacité de supporter les 150 tonnes d’équipement qui surplomberont la scène. Parmi les prochaines étapes, le création du design scénique, qui permettra de déterminer le concept du show, la manière dont celui-ci est construit et la capacité finale de la salle en nombre de sièges, et le renforcement de l’isolation acoustique, qui devrait intervenir en fin d’année.
S’agissant des lieux d’accueil des événements annexes, plusieurs détails restent à préciser, mais on sait que la cérémonie d’ouverture de l’Eurovision 2027 se déroulera dans le Jardin maritime le dimanche 9 mai (des lieux alternatifs sont en cours d’études selon les conditions météorologiques) : de quoi offrir la garantie de belles images des eurostars défilant au bord de la mer noire, sous le regard de centaines de fans et de journalistes. L’Eurovision Village devrait quant à lui être accueilli dans le centre-ville. Les musées et sites archéologiques de la région ont commencé à se préparer à l’accueil de milliers de visiteurs, désireux de montrer au monde entier la richesse historique de la région de la mer Noire. L’île Sainte-Anastasie devrait également être l’un des lieux phares du concours, en accueillant des visites, des ateliers créatifs, des sessions d’écriture, une fête spéciale pour les participants ou encore les visiteurs désireux de la découvrir.
Si Burgas est la ville hôte de l’Eurovision 2027, c’est non seulement sa région, mais aussi la Bulgarie toute entière que souhaitent mobiliser les organisateurs, dont les trois candidates malheureuses à l’accueil, Burgas, Plovdiv et Varna. C’est ainsi une véritable union nationale autour de Burgas qui est aujourd’hui appelée de leurs vœux, Tomi Dimitrova, Poli Genova et la gagnante de l’Eurovision 2026, DARA, ayant notamment officialisé leur soutien à la ville balnéaire. D’ailleurs, la manifestation organisée devant le siège de la BNT à Sofia pour contester le choix de Burgas a été un échec retentissant puisqu’elle n’a accueilli… personne.
Le choix de Burgas comme ville hôte du concours n’est pas le premier à susciter des interrogations légitimes – d’autres désignations ont par le passé engendré des critiques de la part de l’euromonde, rarement avare en la matière. C’est oublier qu’elles ont donné lieu à des surprises d’autant plus agréables : Liverpool, transformée en véritable capitale de l’Eurovision à l’atmosphère magique et à la mobilisation inédite de toutes les couches de la société civile ; Bâle, où le concours a réussi à s’implanter dans la ville et hors de ses murs habituels, avec ce Turquoise Carpet inoubliable… Souhaitons qu’il en soit de même avec Burgas et que la ville balnéaire réussisse pleinement à faire battre nos cœurs au rythme d’un Eurovision 2027 les pieds dans l’eau et dans le sable ! La ville devra pour cela répondre parfaitement aux défis annoncés et concrétiser pleinement les solutions proposées face aux difficultés pointées.
>>> Voir également les posts Instagram d’Eurovision Geopolitix, qui éclairent différemment le choix de Burgas comme ville hôte de l’Eurovision 2027.
Crédits couverture : UER – Images d’illustration de Burgas libres de droit et fournies par l’UER









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