Elle est de retour après de longues années d’absence ! Pour cette nouvelle saison, l’EAQ vous propose désormais sa bande-son du mois ou une sélection de titres récemment sortis par nos eurostars favorites. Qui a marqué le mois d’octobre 2025 ?
Au programme : 10 chansons et quelques albums à la discrétion de l’auteur du jour parmi la pléthore publiés par les artistes de l’Eurovision ces dernières semaines. Alors, allez-vous être autant embarqués par leurs nouveautés que par leurs eurotubes ? Réponse dans la bande-son du mois.
Les 10 titres du mois
Hatari – MORE (« Plus »)
On commence dans le dur, avec un groupe qui avait radicalement électrisé le concours avec un hymne anticapitaliste à mi-chemin entre métal industriel, rock et électro, et une mise en scène très BDSM. Tout comme ils avaient crispé l’audience israélienne en brandissant le drapeau palestinien pendant l’annonce des résultats à Tel-Aviv… Six ans après Hatrið mun sigra, Hatari (Islande 2019) poursuit sa carrière avec les sonorités électronicore qui font son ADN et nous propose ce mois-ci MORE, parce que le groupe en veut toujours plus ! Un titre qui annonce d’ailleurs la sortie d’un nouvel album en 2026, six ans après Neyslutrans, qui aurait dû être accompagné d’une tournée européenne à l’époque (mais covid oblige, ils avaient dû annuler).
Ronela Hajati x Mc Kresha x Lyrical Son – Pershesh (« Persan »)
Force est de l’avouer : la star Ronela Hajati (Albanie 2022) est une inépuisable machine à tubes dans son pays, où elle cumule les millions d’écoutes sur YouTube. Comment s’étonner que son élimination surprise en demi-finale avait, à l’époque, revêtu les contours de l’eurodrama par excellence ? Celle qui a juré qu’on ne l’y reprendrait plus et qu’elle ne mettrait plus jamais un pied au Festivali i Kengës revient avec Pershesh, un titre rap-pop urbaine qu’elle partage avec Mc Kresha et Lyrical Son. Alerte aux sensibles des épices : la recette risque d’être fort pimentée (et jusqu’aux pointes capillaires) !
Joost – Tweedehands (« Seconde main »)
Le turbulent Joost Klein (Pays-Bas 2024) – qui aurait pu viser le podium à Malmö s’il n’y avait pas mis le bazar (ou du moins s’il n’en avait pas été disqualifié…) – revient avec Tweedehands, un titre dans lequel il délaisse le son nerderpop/gabberpop/happy hardcore qui avait fait le succès d’Europapa au profit d’une veine beaucoup plus rap. Il nous embarque ici dans une virée nocturne (et sous-titrée en anglais, fort pratique pour les non-néerlandophones) à travers les rues de la ville, dans laquelle « tout a un prix et tout est négociable« . Surtout, Joost affirme qu’être le fils de son père ne fait pas de lui une « seconde main » et qu’il se donne toujours une « seconde chance ». Un écho à ses erreurs de parcours ?
Mimicat – Santa (« Sainte »)
Changement de registre avec Mimicat (Portugal 2023), dont le La La Land lusitanien avait enjoué Liverpool. Cette fois, l’artiste portugaise dévoile son visage de « sainte » au travers de sonorités typiquement locales qui mêlent influences traditionnelles du fado et une touche plus moderne. Attention aux faux semblants car Not A Sinner, Not A Saint, pour paraphraser la chanson d’Alcazar (Melodifestivalen 2003). La chanteuse assume n’être ni une sainte ni une pêcheresse et c’est dans un message de résilience et de détermination qu’elle s’adresse à la figure de la mère, dévoilant ses doutes face à ses actions et ces « écarts du droit chemin » qui donnent en réalité leur sens à la vie.
KAJ – Karaoke (« Karaoké »)
Chauds pour un sauna avec les températures automnales qui s’abattent sur la France ? Et bien perdu, puisque ce sera… karaoké ! Nos drôles d’oiseaux finnois de KAJ (Suède 2025) nous embarquent cette fois dans un drôle de voyage à l’esthétique kitsch (et chevaline) pour nous inviter à une activité des plus populaires au monde. « Chante au karaoké, enlève ta cravate » : la messe est dite et le passage obligé après une dure journée de boulot, « AIAIOOOOOOOOOOO » ! Et avec plus de Hard Rock Hallelujah s’il vous plaît, surtout au son de cette pop-dansband humoristique dont seule le groupe a désormais le secret sur la planète Eurovision.
Raiven – Reverie (« Rêverie »)
La sirène Raiven (Slovénie 2024) quitte les eaux sombres et la pénombre de Veronika au profit d’une rêverie aux sonorités électro qui serait loin de faire tâche en soirée clubbing. L’artiste slovène continue ainsi de nous embarquer dans un univers singulier qu’elle a su imposer sur la scène de l’Eurovision à rebours des standards du concours. Reverie est ainsi un nouveau témoignage de la richesse du voyage musical de Raiven, capable de naviguer aussi bien entre la ballade indie et l’électro pop avec sa voix ensorcellante, tout en restant fidèle à sa langue natale. À noter qu’une version anglaise de Reverie est bientôt prévue !
Jurijus – Degantys lapai (« Feuilles brûlantes »)
Le beau Jurijus (Lituanie 2019) nous avait manqué (surtout à l’auteur de l’article), surtout qu’il n’a pas remis un pied en sélection depuis une élimination (polémique) en demi-finale à Tel-Aviv, qui l’a visiblement échaudé. Le doubleur de l’iconique Lolita Zero (sélection 2018, vous vous rappelez ?) a pourtant de sérieux atouts à faire valoir, notamment avec ce titre pop-rock auquel la guitare confère des accents country fort appréciables. De quoi nous donner envie d’embarquer en road-trip en Lituanie avec son interprète qui, vous l’aurez remarqué, a cette fois opté pour le lituanien (comme dans son dernier album Pabaigos Pradžia sorti en 2024).
Zoë Më – Clair de Lune
Quelques mois après son fabuleux Voyage qui nous avait embarqués dans un univers poétique et romantique, Zoë Më (Suisse 2025) est de retour avec un nouveau titre à la veine indé, tout en rompant avec le style ballade qu’elle nous avait proposé à l’Eurovision. L’artiste helvétique nous offre ici un son pop urbain, reflet de l’une des nombreuses facettes de sa personnalité musicale, qu’on retrouvera dans son EP. Intitulé Loup-garou, ce dernier inclura six titres (dont Voyage et Millions de mois) et sortira le 21 novembre prochain. Alerte faux ami : contrairement à ce qu’indique son titre, Clair de Lune n’est pas en français, mais en allemand !
Andrei Ursu – A cui e vina (« À qui la faute ? »)
Après avoir enflammé l’Europe au son de Llamamé, Andrei Ursu (Roumanie 2022), désormais débarrassé de son pseudonyme wrs, revient avec une ballade pop à la rythmique orientale, comme seule l’Europe de l’est en a le secret. Devenu une star en Roumanie depuis son passage à l’Eurovision, il signe ici l’une de ses chansons les plus « émotionnelles » (selon les mots du chanteur), avec des sonorités rétro devenues sa marque de fabrique ces derniers temps. « À qui la faute ? ou la question classique que l’on est tenté de se poser lorsque le couple se désagrège… Mais qui a dit que les Happy Ending n’existaient pas ?
Jerry Heil – Earth (Dradada) (« Terre »)
On boucle la bande-son avec Jerry Heil (Ukraine 2024), ici en solo. Tandis qu’elle poursuit une carrière à succès en Ukraine, la moitié de Teresa & Maria nous livre ici un nouveau son électro-pop aux sonorités ethniques, aussi accrocheur et envoûtant qu’elle sait le faire. Mais, derrière la légèreté du « Dradada », Jerry Heil met en lumière celles qui tentent de déminer sa terre natale (déjà touchée de plein fouet par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl en 1986) dont 20% du territoire serait impacté par les mines et autres objets explosifs d’artillerie. Entre modernité et traditions, entre histoire et actualité, un morceau percutant qui témoigne, encore une fois, de l’empreinte que Jerry Heil pose sur la scène musicale ukrainienne.
Les albums du mois
Nemo – Arthouse (« Cinéma indépendant »)
Alors qu’iel est monté·e sur la scène de l’Alhambra de Paris hier soir (l’EAQ y était !), Nemo (Suisse 2024) a sorti début octobre son premier album Arthouse, presque un an et demi après sa victoire à Malmö. Un opus de 14 titres – dont The Code (évidemment) et Unexplainable (le titre qu’iel avait présenté en entracte à Bâle dans une performance arty désarçonnance) – dans lequel il déploie un univers musical éclectique et baigné d’influences musicales diverses. De multiples facettes pop (électro, urbaine…) qui laissent aussi bien la place à des titres mainstream (qui ne sont pas sans rappeler Mika ou Lily Allen pour l’aspect coloré) qu’à des morceaux plus expérimentaux (où l’on retrouve parfois l’esprit planant du groupe Air). Le nom de l’album, Arthouse, n’est d’ailleurs pas emprunté au hasard, puisqu’il évoque le cinéma indépendant et surtout le concept musical d’une maison, dans laquelle chaque titre correspond à une pièce et capture un instant de la vie présente de l’artiste. Il évoque également les luttes politiques queer de l’artiste, non-binaire, qui a choisi de livrer un disque à la croisée des genres, entre ombre et lumière, tel un écho de sa propre histoire et de son identité.
Angelina Mango – caramé
La Mango (Italie 2024) signe enfin son retour après un an d’absence consécutif à un burn-out musical post Sanremo et Eurovision (qui l’a conduite à suspendre sa tournée européenne). Aujourd’hui, l’artiste revient avec un nouvel album caramé, tout juste 18 mois après son premier Poké melodrama. qu’elle a dévoilé par surprise, sans promotion et sans exposition médiatique, exception faite des vidéos officielles associées. 16 titres (qu’elle présente comme « 15 +1 ») co-écrits et composés par l’artiste avec son frère Filippo et Giovanni Pallotti, dans lesquels on retrouve une facette plus personnelle de l’artiste, qui semble ici se livrer à son auto-analyse. Là où Angelina Mango nous avait fait danser au son de la « cumbia della noia » à Malmö, elle livre ici un opus pop plus indie, dans lequel on retrouve à la fois la touche urbaine qui nous avait séduits avec La noia, des sons latino et électro, mais aussi des influences plus traditionnelles et des ballades (et un duo avec Madame !). De quoi mettre Angelina Mango en selle pour Sanremo, elle qui est annoncée au casting de l’édition 2026 avec insistance ? Le suspense demeure entier, surtout depuis qu’il se murmure qu’elle n’aurait envoyé aucun titre à la RAI…
Eleni Foureira – Hybrid (« Cinéma indépendant »)
Alors qu’elle a cartonné dans les charts grecs l’été dernier grâce à son duo avec Christos Mastoras (qui tournait en boucle en radio), Eleni Foureira (Chypre 2018) revient avec un nouvel album en partie produit par Arcade. Une collaboration qui, rappelons le, avait accouché d’un iconique Fuego qui avait enflammé Lisbonne et l’Europe il y a quelques années… Porté par l’électro-disco-pop Alleluia (sur lequel n’aurait pas craché Anna Vissi, une autre star des charts estivaux), Hybrid se présente comme un opus de 13 titres que l’on pourrait présenter comme une hydre à deux visages. Là où l’on retrouve la machine à tubes vénérée du public grec et des eurofans avec sa pop méditerranéenne et dansante, l’autre partie de l’album nous donne à voir un autre visage d’Eleni, dans laquelle elle s’offre des incursions dans d’autres versants pop, tout en se permettant le luxe de deux ballades (style dans lequel on la connaît très peu par ailleurs). Avec au final, une certitude : la tornade Foureira n’est pas près de s’éteindre !
Le bonus de l’EAQ
« Mi amore, mi amore, espresso macchiato…. » C’est l’eurotube que vous adorez détester depuis que le diabolique Tommy Cash a réussi à le faire tourner en boucle dans vos têtes, sans que vous ne puissiez plus vous en vider l’esprit… et c’est loin d’être terminé MOUHAHAHA ! Depuis, le phénomène estonien a fait des émules et des Nonne di Ostuni à Tony Effe, nombreux sont ceux qui se sont essayés à des reprises ou des chorégraphies du joke act estonien. Dernier en date, le groupe Timebelle (Suisse 2017) qui a craqué lui aussi et cédé à la Tommy Cash mania. Ainsi le dit un désormais célèbre adage : « No stresso, no stresso, no need to be depresso ! »
Rendez-vous fin novembre pour une nouvelle bande-son du mois ! Dans l’attente, écoutez et réécoutez en boucle les titres proposés aujourd’hui sur notre compte Spotify et notre chaîne YouTube.










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