Pour conclure cette année des 15 ans comme il se doit, l’équipe de L’Eurovision Au Quotidien vous propose sa dernière carte blanche à des invités afin qu’ils vous présentent leur top 15 de la période 2010-2025 (dont l’édition 2020, annulée en raison de la crise sanitaire). Anciens rédacteurs, euromédias… Cette série anniversaire se termine en ce 31 décembre avec un ancien collègue de la rédaction, et non des moindres. Comme une cerise sur le gâteau ou une bulle dans une bouteille de Malm, voici Pauly W., notre ancien rédac’ chef !
oilà bien quinze années qui se seront écoulées comme quinze jours… La preuve, encore une fois, que l’Eurovision est un formidable tue-l’ennui et que le suivre rend les années vives et allègres. Mes souvenirs de cette période liés au Concours forment une cohorte indénombrable, en dresser une liste exhaustive nécessiterait plusieurs volumes encyclopédiques (84 ou plus…). En retenir quinze, quinze chansons préférées, s’avère un exercice périlleux, au résultat incomplet, d’autant que ma mémoire me ramène spontanément à des moments non musicaux… Bien sûr, ces victoires qui en janvier 2010 me semblaient impossibles, celles de l’Allemagne, de l’Autriche, du Portugal, de l’Italie ou de la Suisse. Mais aussi aux petites victoires de la Belgique, modestes à l’échelle de la compétition, colossales à celle de notre plat pays.
Nos qualifications pour la finale de l’Eurovision auront été des instants d’immense joie et de plaisir non dilué, des marqueurs mémoriels. Ainsi, celle de Tom Dice en 2010, au terme d’une soirée lumineuse et enchantée. Ainsi, celles, consécutives, de Loïc Nottet en 2015, Laura Tesoroen 2016 et Blanche en 2017 nous auront offert comme une idée du paradis sur Terre. Ces chansons belges, et les autres, perdurent dans mon for intérieur, indépendamment de leur classement final. C’est là la magie, renouvelée à chaque édition, du Concours : prodiguer des refrains et des interprétations qui constitueront la matière même de nos existences.
Bref, de ces quinze années écoulées, voici les quinze antiennes m’ayant le plus inspiré et qui m’accompagneront jusqu’à la fin de mes jours (et possiblement au-delà…).
15. 2020 – Allemagne – Ben Dolic – Violent Thing
L’Eurovision 2020 conservera à jamais une part mystique et insondable. Qui l’aurait emporté cette année-là ? The Roop ? Diodato ? Destiny ? Little Big ? Gjon’s Tears ? À chacun sa réponse. Sur ces entrefaites, le temps a accompli son œuvre et dissipé l’incommensurable peine de l’annulation. Hélas, faute de prestations en direct, de mises en scène, de surprises, de suspense, de moments partagés en famille et entre amis devant le petit écran, faute de momentum, les chansons de cette édition auront laissé une moindre empreinte dans mes registres mémoriels et artistiques. À une exception près, une exception majeure : Violent Thingde Ben Dolic. Lui a persisté dans ma tête, dans l’entrelacs de mes neurones, s’est montré si têtu et entêtant qu’il en a surclassé dans cette liste d’autres ayant impressionné des générations d’Eurofans. Voyez à quel point ces trois minutes allemandes auront été l’un de mes jalons musicaux… Le contexte l’explique également : la sélection allemande pour l’Eurovision 2019 m’avait brûlé au fer rouge, je n’attendais plus rien de l’ARD, je ne voulais songer à rien venant de Hambourg. Et puis, prodige, une sélection interne, le choix de Ben Dolic, la présentation de sa chanson… Violent Thing m’a causé un battement de cœur inédit pour une proposition allemande. Presque une fibrillation cardiaque, tant ces trois minutes m’ont paru fraîches, pertinentes et emballantes. Ce coup de foudre a persisté au fil des semaines, par delà la progression de l’épidémie, les salles vides, les annulations en cascade et le confinement généralisé, puis, par delà les années. Dans mon panthéon eurovisionesque, Violent Thing a ainsi rejoint les meilleures chansons, des classiques anciens et modernes et forme désormais tandem avec un autre de mes bonheurs allemands personnels : Planet Of Blue de Leon, éliminée en présélection de l’Eurovision 1996 et à la postérité trop étriquée.
14. 2024 – Irlande – Bambie Thug – Doomsday Blue
Un uppercut, franc, direct, droit au visage. Telle a été ma première impression de Doomsday Blue. Jamais je n’avais entendu pareil genre musical à l’Eurovision et j’en ai été désarçonné au point de ne pas savoir si cela était la meilleure ou la pire idée de la télévision publique irlandaise depuis 1965. La RTÉ était toutefois dans l’impasse, après tant de choix tièdes, de chansons gentillettes, d’interprètes verts, de mises en scène conventionnelles et, fatalement, d’éliminations en demi-finale. Il lui fallait frapper un grand coup, marquer les esprits, renverser la table. Doomsday Blue avait déjà pour elle de ne laisser personne indifférent. La prestation de Bambie à la sélection nationale irlandaise confirma ces attentes et balaya les doutes subsistants en moi : en une seconde, la chanteuse effaça ses concurrents et m’arracha de mon canapé. Elle était tout ce dont l’Irlande avait besoin pour redorer son étoile au Concours. À Malmö, sa mise en scène magistrale, simple par essence, pourtant complexe sur un plan télévisuel, me stupéfia, me foudroya et me ravit en même temps. Ce furent là trois minutes parmi mes préférées de cette soixante-huitième édition. Rien de tel n’avait été proposé en sept décennies et Bambie mérite le crédit d’avoir repoussé les barrières musicales et visuelles d’une compétition parfois prône à la redondance. Cet instant reste engravé dans mon cœur depuis et souvent, en certains moments de vague à l’âme, je brise la glace de YouTube et je me replonge dans sa contemplation. Je me retrouve à nouveau fasciné par la prodigieuse capacité qu’a eu Bambie à transcender les contraintes matérielles et techniques pour créer un théâtre de l’horreur des plus réjouissants.
13. 2021 – Italie – Måneskin – Zitti E Buoni
L’Italie, un pays dont nous parlerons beaucoup dans ce classement, tant sa scène musicale et ses artistes brillent au firmament de la production mondiale et de l’Eurovision. Le Festival de Sanremo s’avère, année après année, une référence, ainsi qu’un phare de la saison eurovisionesque. Suivre le Festival de bout en bout s’apparente toutefois à un rude marathon auquel j’ai renoncé ces deux dernières années, vieil âge oblige. En 2021, je suis demeuré bien éveillé (ou presque) et ai contemplé, abasourdi et ravi, le groupe Måneskin remporter le Palmier d’Or. Je ne voyais de meilleur vainqueur qu’eux, mais jamais je n’aurais cru possible un vote du public italien en leur faveur. J’eus tort, une fois de plus, et cela me fit grand plaisir que l’Italie soit représentée par une chanson aussi survoltée et hargneuse, par des artistes aussi pugnaces et habités. Mes préférences musicales penchent rarement du côté du rock, mais Zitti E Buonim’apparut d’une trempe universelle et magistrale. Du bois dont on fait les vainqueurs ? Je ne l’ai pas pensé d’emblée, car il y avait The Roop, Destiny, Gjon’s Tears et Go_A. Ce n’est qu’au moment des répétitions générales que l’évidence s’est imposée à moi : la prestation électrique de Damiano David, l’énergie démentielle des autres membres, la mise en scène tout feu tout flammes… La victoire volait vers eux à pleines ailes. Le vote me coupa le souffle et, sublime couronnement, le public avait aussi vu en Måneskin un vainqueur. Ce moment est ainsi resté comme l’un des sommets de l’Eurovision et Zitti E Buoni comme ma chanson rock préférée de ces quinze années. Ce bonheur aura été prolongé par l’incroyable succès ultérieur du groupe, puis de son chanteur, preuve que le Concours demeure, pour ses participants, un excellent tremplin international.
12. 2021 – Lituanie – The Roop – Discoteque
Chaque année, l’Eurovision nous procure des instants légendaires qui alimentent notre mythologie personnelle. Ces trois minutes de The Roop à Rotterdam me l’ont confirmé. Car longtemps, j’ai cru inamovible le classement de mes chansons préférées du Concours. Longtemps, j’ai cru impensable de mieux aimer des monuments tels que L’amour est bleu, Haiou encore I Evighet. J’avais tort, bien sûr. Et ce cheminement passe et repasse par la Lituanie, pays dont la sélection fait chaque année battre mon cœur, malgré ses méandres capillotractés. La première victoire de The Roop, en 2020, m’avait ravi, leur seconde en 2021 me porta au comble du bonheur. Dès sa découverte, Discoteque intégra mon panthéon eurovisionesque. Tous les ingrédients y étaient réunis pour mener la Lituanie au pinacle et engendrer d’un moment anthologique à Rotterdam : la musique, les paroles, le visuel, la chorégraphie et par-dessus tout, la voix et le charisme de Vaidotas Valiukevičius. Le génie lituanien opéra et, sur la scène de l’Ahoy, le groupe démontra à nouveau son talent. L’Eurovision à nouveau à l’œuvre : placer sous les projecteurs du monde entier les meilleurs artistes de notre époque, parfois issus de pays sous-estimés, mais au paysage musical digne des plus grands. Reste à présent un dernier vœu à combler dans les quinze années à venir : voir la Lituanie enfin remporter la victoire. Grâce à The Roop ? Qui sait…
11. 2019 – Suisse – Luca Hänni – She Got Me
Qu’il fut long et semé de désillusions le chemin de la Suisse vers le Micro de Cristal… L’inénarrable plateforme en ligne sur laquelle s’inscrivait le tout-venant aura généré plus de sarcasmes que de réussites. La SRG SSR aura bu le calice jusqu’à la lie, avant de redresser son cap et de retrouver la voie du succès, jusqu’à la remarquable victoire de Nemo et l’organisation du dernier Concours. En mettant en place une sélection interne efficace, le diffuseur public helvétique nous aura gâtés de bien beaux moments d’Eurovision, à commencer par ces trois minutes redoutables de Luc Hänni, sauveur suisse. L’annonce de sa désignation m’avait soulagé : foin de débutants mal préparés, cette fois, nous avions droit à un artiste aguerri, reconnu dans la sphère germanophone et à l’expérience éprouvée. Justement, n’ayant que peu de connaissance de ladite sphère musicale germanophone, Luca fut une complète découverte pour moi. Sa grande notoriété me fit attendre avec d’autant plus d’impatience la révélation de sa chanson. Révélation qui m’étala sur la moquette du bureau. She Got Me me refila la fièvre du samedi soir et me donna envie de virevolter à travers tout l’open space, puis d’enflammer la piste de danse jusqu’au bout de la nuit. Trois minutes de l’Eurovision en tant que divertissement calibré pour renverser les barrières culturelles et unir la gent européenne dans une communion chorégraphiée. Exactement ce que Luca nous offrit, à mon plus grand ravissement, à Tel-Aviv. J’exultai sur mon canapé, tandis que la Suisse retrouvait enfin lustre et gloire. She Got Mem’accompagne dès lors chaque journée que le Soleil nous accorde, puisqu’elle sert de sonnerie d’appel de mon téléphone portable.
10. 2016 – Arménie – Iveta Mukuchyan – LoveWave
L’Eurovision est une source d’enrichissement musical à nul autre pareil. Une saison suffit à la découverte fine et pointue des multiples scènes européennes. Avant, vous étiez à peine capable de citer le nom d’une chanteuse australienne connue. Après, vous êtes en mesure d’aligner des catalogues de talentueux artistes maltais, lettons ou slovènes. Ainsi, avant 2006, je demeurais dans l’ignorance totale de la production arménienne. Je savais certes que Charles Aznavour et Cher étaient d’origine arménienne et voilà tout. La participation de l’Arménie au Concours m’a ouvert des portes infinies et permis de découvrir et d’aimer une multitude d’auteurs, compositeurs et interprètes locaux. Aucun d’entre eux ne m’aura toutefois autant marqué qu’Iveta Mukuchyan. Le dévoilement de sa chanson, une fin d’après-midi du mois de mars 2016, produisit en moi une profonde déflagration. Ce furent trois minutes d’une expérience musicale mystique, chaque note de LoveWave résonnant dans mon esprit. Comme si j’attendais cette chanson depuis des temps immémoriaux et qu’elle m’était enfin présentée. Sa composition alliait sonorités contemporaines et traditionnelles et, surtout, la voix magnétique d’Iveta portait l’ensemble aux nues. La révélation se poursuivit à chaque étape, à chaque fois qu’Iveta s’empara d’un micro. Puis ce fut l’acmé avec la découverte de sa mise en scène, une autre fulgurance télévisuelle qui me pétrifia d’amour pour la chanteuse. Sa prestation conclut la finale de cet Eurovision 2016 et LoveWave intégra dans la foulée la bande-son de mon existence. Elle demeure toujours, à mes yeux, un exemple à suivre pour illuminer le Concours et la vie des Eurofans et enrichir leur panel d’idoles. Car je n’ai cessé d’écouter Iveta et ai beaucoup aimé d’autres de ses productions ultérieures.
9. 2017 – Belgique – Blanche – City Lights
S’il ne fallait en retenir qu’une, qu’une seule chanson belge de ces quinze dernières années, ce serait City Lights. Et d’autres sont de cet avis, puisqu’au moment d’élire un(e) artiste du royaume pour lui souhaiter son dix-huitième anniversaire, la princesse Élisabeth porta son choix sur Blanche. Ces trois minutes à Kiev furent en effet un sommet de la Belgique à l’Eurovision et un moment de fierté nationale. City Lights résume à elle seule le meilleur de la production musicale belge actuelle, de par sa composition intemporelle, pertinente et originale. Ce furent mes impressions immédiates à la découverte de la chanson. Nous tenions une merveille rare. Je n’avais aucunement suivi les péripéties de Blanche au The Voice de la RTBF. Je la rencontrais sans a priori et ce fut une épiphanie. Après Loïc Nottet et Laura Tesoro, nous alignions à nouveau une concurrente de premier ordre. C’était l’âge d’or eurovisionesque pour la Belgique. J’éprouvais toutefois des craintes grandissantes au fur et à mesure des prestations en direct de la chanteuse, au point de ressentir de véritables angoisses existentielles. Blanche transcendait peu la caméra et son morceau. Le doute subsista jusqu’à l’ultime moment de la demi-finale. Sa qualification fut pour moi un bonheur absolu, multiplié par mille en finale, quand il apparut que le public avait autant aimé que moi City Lights. La voix rauque notre compatriote hante depuis mes jours et mes nuits, une preuve que l’histoire musicale d’un pays se bâtit aussi sur les chansons qui la représente à l’Eurovision, un substrat couche après couche, génération après génération, qui forme au final une épopée nationale mythique et la bande-son d’une population.
8. 2019 – Pays-Bas – Duncan Laurence – Arcade
Voilà des moments exaltants, inconnus encore en 2010, mais qui, désormais, nous offrent certaines des meilleures émotions de la saison : les présentations sur YouTube des morceaux sélectionnés en interne. L’annonce apparaît sur la chaîne officielle du Concours, vous vous connectez à l’heure fixée, vous contemplez longuement une image statique, tandis que, sur le côté droit de l’écran, le chat en direct s’affole. Puis la mire surgit, le décompte débute, les dessins psychédéliques se succèdent, vous êtes comme en plein trip, puis, un, deux, trois, le logo du diffuseur public et… soit des brames de contentement, soit la soupe à la grimace. L’un des plus vifs et incroyables souvenirs de ce joyeux processus demeure la révélation de la chanson néerlandaise pour Tel Aviv. Ce fut une plongée en apnée de trois minutes, à l’image du vidéoclip. J’en ressortis ébaubi de cette magistrale composition, créée par un artiste inconnu, à peine au seuil de sa carrière. Les semaines s’écoulèrent, d’autres morceaux furent présentés, sélectionnés, remaniés et pourtant, l’empreinte d’Arcade restait profonde dans mon esprit. La voix, l’émotion, la conviction de Duncan Laurence m’en faisait un clair favori pour le Micro de Cristal. La poésie de l’ensemble me sembla renforcée encore par la mise en scène. Son triomphe final me combla de joie, car, depuis 2015, les chansons gagnantes étaient loin d’être mes élues. Or, ici, ce fut un bonheur absolu et redoublé de voir l’un de mes aimés l’emporter et d’assister enfin à cette cinquième consécration tant attendue, tant espérée des Pays-Bas. Arcade est devenu pour moi un classique contemporain de l’Eurovision, l’un des marqueurs majeurs de son identité et le dénouement parfait d’une décennie débutée piteusement par nos voisins, mais conclue sur une anthologique victoire.
7. 2024 – Croatie – Baby Lasagna – Rim Tim Tagi Dim
À quoi tiennent parfois le succès à l’Eurovision, une carrière, une vie… Vous connaissez l’histoire et le parcours de Baby Lasagna, repêché à la dernière minute du Dora 2024, vainqueur absolu de la sélection croate, puis vainqueur du vote du public en finale du Concours. Voilà qui m’aura stupéfié de bout en bout. Autant que de découvrir un artiste croate disposant d’un répertoire plus novateur et marquant que bien de ses contemporains installés au sommet des classements internationaux. Rim Tim Tagi Dim m’a sauté au visage, tel un diable sorti de sa boîte, mélange bouillant d’énergie, d’humour, de rage et de vérité, réplique parfaite de la personnalité de Marko Purišić. Sa prestation au Dora, puis au Concours, transposait à merveille le ton et la force de la chanson. Ce furent là mes trois minutes croates préférées depuis 1998, mon tout premier Eurovision et Danijela Martinović. Je fus heureux au-delà de toute mesure de voir la Croatie enfin se hisser sur le podium. Baby Lasagna m’accompagne toujours, j’ai placé d’autres de ses morceaux sur mes listes annuelles et je lui suis profondément reconnaissant d’avoir élargi mes horizons musicaux. Surtout, je lui suis gré de prouver que l’Eurovision, outre les vainqueurs, lance des carrières, fait découvrir des artistes et leur accorde une visibilité inégalée. Plus encore, je me réjouis que ces participants marquants soient régulièrement remis à l’honneur et invités désormais à de nombreuses sélections nationales et éditions du Concours, pour rehausser l’ambiance et raviver ces émotions intenses.
6. 2025 – Finlande – Erika Vikman – Ich Komme
Une Finlandaise dans un pot de miel géant chantant en allemand qu’elle jouit ? L’Eurovision à son sommet ! Et certainement, ces trois minutes furent mon sommet absolu de cette édition 2025. J’ai patienté jusqu’à 23 heures le jour prescrit pour découvrir, dans ma salle de bains, la chanson tant attendue d’Erika, après sa mémorable Cicciolina. Ma descente de douche se transforma, à la première note, en tapis volant et j’effectuai un grand huit renversant dans des airs mélodieux. Tout était dans Ich Komme : la musique, le monde, l’univers. Un univers enfin hilare, hilarant et extatique. La finale de l’UMK m’offrit une soirée étincelante, partagée avec mes amis, emportés comme moi par la tornade Erika. L’YLE poussa le comble de la perfection télévisuelle en construisant un suspense autour du vote. La victoire d’Erika fut d’autant plus applaudie. Nous étions désormais tous rangés derrière sa bannière. Nous avons ensuite vécu trois mois durant au rythme de cet anthologique Ich Komme et des aventures musico-comico-eurovisionesques d’Erika. La semaine de l’Eurovision, nous n’attendions qu’elle, nous trépignions d’impatience et nous fûmes ravis, ravis de la crèche. Et Dieu que nous avons voté pour elle lors de la finale du 17 mai… Sa onzième place nous laissa un sentiment de demi-teinte. Toutefois, Erika nous aura apporté tant de joie, de rire, de bonheur et d’euphorie que nous lui en serons reconnaissants pour l’éternité. Ces émotions me reviennent intactes dès que j’écoute à nouveau Ich Komme, certainement la meilleure contribution au rayonnement de la langue allemande depuis Goethe (n’ayons pas peur des comparaisons).
5. 2019 – Italie – Mahmood – Soldi
La victoire de Mahmood au Festival de Sanremo 2019 me restera à jamais en mémoire. Elle fut accueillie avec dépit par le public de l’Ariston qui lui aurait préféré Ultimo. Il y eut quelques huées. Il y eut surtout un téléspectateur époustouflé et au comble de la joie, moi, en l’occurrence, éveillé comme jamais sur mon canapé. Soldi m’avait transporté de bonheur, d’enthousiasme et d’émerveillement dès sa première écoute. J’avais toutefois médiocrement soupesé ses chances de victoire, Mahmood étant sorti des rangs du Giovani. J’avais placé plus d’espoir en Loredana Bertè, quoiqu’elle me parût elle aussi trop atypique. Le miracle s’accomplit et les lazzis furent vite oubliés, face à l’incroyable succès remporté par Soldi en Italie, puis sur les plateformes de streaming internationales. La magie fonctionnait : Mahmood, la veille encore artiste inconnu et méjugé, se métamorphosait en prodige (pour ne pas dire en sauveur) de la musique italienne contemporaine. Les paroles de sa chanson résonnaient en des millions de personnes, dont moi. L’imparable Soldi avait déjà conquis sa place dans mon panthéon eurovisionesque et dans ma bande-son du Concours. Les trois minutes de Mahmood à Tel Aviv furent au nombre des meilleures que m’offrit l’Eurovision. Je fus durant ces trop brefs instants, complètement et parfaitement heureux, avant d’avoir le cœur morcelé. Un crève-cœur en effet que de devoir choisir un vainqueur parmi tant de participants aimés. Duncan Laurence l’emporta, j’aurais été aussi comblé si le Micro de Cristal avait échu à Mahmood. Je ressortis de cette finale aux anges et ce bonheur m’est encore et toujours rappelé à chaque apparition de Mahmood dans le monde de l’Eurovision et en dehors. Car voilà un artiste prodigieux dont le succès ne se dément pas, qui est montré en exemple dans les médias francophones généralistes et qui a réalisé les promesses placées en lui. Décidément, rien de mieux que le Concours pour révéler des créateurs majeurs.
4. 2017 – Italie – Francesco Gabbani – Occidentali’s Karma
Certes Måneskin, certes Mahmood, certes l’Italie sur tous les tons et toutes les gammes. Tout de même, le représentant italien à m’avoir apporté le plus de gaieté, de bonheur, de plaisir indivisé, reste et restera pour longtemps Francesco Gabbani. Rien que de prononcer son nom, de revoir son visage, d’entendre l’écho de sa voix au creux de mon oreille me replonge dans cet état de joie enfantine, totale, complète et sans nuage que j’ai éprouvé dès la première mesure d’Occidentali’s Karma. Cette édition 2017 du Festival de Sanremo ne m’avait jusque-là guère passionné. Puis vint le tour de Francesco et ce fut aussitôt mon édition préférée. Je m’usais les tympans à écouter et réécouter Occidentali’s Karma, puis usais les tympans de ma famille et de mes amis. La victoire du chanteur au bout de la nuit me porta au comble du ravissement. Le public de l’Ariston m’accompagnait dans ce sentiment et déjà les compteurs s’affolaient sur les plateformes de diffusion et de streaming. Francesco devenait d’emblée l’un des grands favoris de l’Eurovision et je planais ainsi trois mois durant sur un nuage euphorique. Tout l’univers avait pour moi les yeux de Francesco et je ne voyais aucun obstacle entre lui et le Micro de Cristal. L’histoire tourna différemment, car Sanremo n’est pas l’Eurovision et un gorille là-bas ne rend pas le même effet qu’à Kiev, spécialement si l’on regarde tout cela pour la première fois, sans rien connaître du contexte, ni comprendre le moindre mot d’italien. Sur le moment, la cinquième place de Francesco me fut une déception lourde et cruelle. Le temps et le recul auront atténué la douleur et seul reste désormais la joie que m’apporte cette chanson à chaque réécoute. Surtout, Francesco est entré dans ma vie musicale pour ne plus en ressortir et, ces huit années écoulées, j’ai guetté chacun de ses albums avec une anticipation euphorique. À mon immense plaisir, le chanteur a poursuivi une brillante carrière. Puisse-t-il ainsi persévérer dans les années à venir et me procurer autant de bonheur qu’en cet an de grâce 2017.
3. 2013 – Norvège – Margaret Berger – I Feed You My Love
Certains de mes meilleurs souvenirs de ces quinze dernières années sont liés au Melodi Grand Prix, l’une de mes sélections préférées. Minnie-Oh, Laila Samuels, Raylee, Farida m’ont procuré des soirées inoubliables, tout comme les victoires et les prestations à l’Eurovision de Didrik, Tooji, Mørland et Debrah, Keiino ou encore Alessandra. Aucun moment norvégien n’égale toutefois dans mon cœur les trois minutes de Margaret Berger à Malmö. Je me rappelle avec netteté de l’instant où j’ai découvert I Feed You My Love, lors de sa publication brute sur YouTube. Il n’y avait là aucun visuel, aucune mise en scène, même pas de transcription des paroles. Pourtant, un nouvel univers s’ouvrit à moi, grâce à cette composition au cordeau, ces paroles inventives et la voix argentine de Margaret. Je fus foudroyé sur ma chaise (de bureau, oui, encore), emporté loin de Bruxelles, jusqu’à un nirvana musical inédit pour moi. Dans les semaines ultérieures à cette apothéose, je ne vécus plus que pour Margaret. Je découvris sa discographie et inscrivis d’autres de ses morceaux dans mon panthéon personnel. Sa victoire à la sélection norvégienne me fit pousser des ailes. De bout en bout, Margaret se montra impeccable et se hissa à la quatrième place de la finale du Concours. Sa prestation demeure à mes yeux l’un des instants où l’Eurovision se parachève comme la meilleure compétition musicale au monde. Quant à Margaret, elle trône toujours dans mon cœur et chacune de ses publications ultérieures m’a ravi, jusqu’à son retour au MGP, l’an dernier, avec l’imparable Oblivion.
2. 2013 – Pays-Bas – Anouk – Birds
L’Eurovision : quand tout paraît perdu, fini et compromis, le miracle alors se produit. Au terme de l’édition 2012, le départ des Pays-Bas semblait logique, acquis, après huit éliminations consécutives en demi-finale. Je m’apprêtais à sortir mes vêtements de deuil et à tirer une croix définitive sur nos voisins du nord. Cela m’apparaissait d’ailleurs préférable à ces moments si embarrassants, si humiliants, si pathétiques (revoyez celui-ci, le tréfonds de la détresse eurovisionesque…) Et puis vint Anouk, et puis vint le miracle. La déjà légendaire chanteuse néerlandaise mit sa réputation dans la balance et l’espoir ressurgit des cendres. Je passais ainsi du septième cercle de l’Enfer au septième nuage du Paradis. Anouk s’appliqua alors à déjouer tous les plans et opta pour un morceau à rebours des productions rock ayant assuré sa gloire. Elle nous offrit à la place trois minutes de pure poésie et une chanson qui se ficha sur le champ dans mon cœur. Le soir de la demi-finale, sa prestation m’emporta au ciel de l’Eurovision, avant que l’énumération des heureux élus ne me plonge dans ses abysses. Entendre le public de la Malmö Arena scander son nom, puis Petra Mede annoncer sa qualification demeure l’un de mes moments eurovisionesque les plus forts. La tension ressentie fut telle que j’éclatai en sanglots devant ma télévision… En finale, Anouk reproduisit son enchantement et replaça les Pays-Bas au panthéon d’honneur du Concours, siège qu’ils n’ont plus quitté. Quant à Birds, il reçoit à juste titre ma médaille d’argent pour ses qualités et pour l’ensemble des souvenirs qui lui sont liés.
1. 2012 – Albanie – Rona Nishliu – Suus
Ach, Kunst! comme l’aurait dit Goethe s’il avait eu la télévision. Certes, chaque prestation eurovisionesque est un moment artistique en soi. Celle de Rona Nishliu à Bakou s’élève toutefois une marche au-dessus, en atteignant la performance vocale absolue. Ce fut la première fois de ma vie d’Eurofan qu’un(e) interprète m’arracha des larmes d’émotion de par sa voix. Par conséquent, cet instant s’est gravé dans ma mémoire et demeure toujours mon sommet indétrônable du Concours. Rona réunit Albanie et Kosovo, Noël et mai, albanais et latin, avant-garde et tradition, sentiment et Eurovision pour ces trois minutes anthologiques, probablement les meilleures du Pays des Aigles jusqu’à aujourd’hui. La patine du temps a encore embelli ce souvenir et me l’a rendu précieux au-delà de toute mesure. Je me rappelle avec précision sa découverte au Festivali i Këngës, la présentation de la version définitive, les premières répétitions, sa prestation en demi-finale, puis en finale, sa cinquième place, son retour triomphal à Tirana, les nombreuses distinctions décernées par le président et le parlement albanais et les titres dithyrambiques dans la presse nationale. Curieusement, la carrière musicale de Rona n’a pas suivi de courbe ascendante consécutive. La chanteuse s’est montrée discrète, trop discrète. Reste l’espoir de la revoir sur la scène du FiK, ne fut-ce que comme invitée, voire au Concours, puisque désormais les participants les plus mémorables sont mis à l’honneur. Et Dieu sait si Rona le fut, mémorable…
Tant d’autres chansons auraient pu figurer dans ce récapitulatif. Tant d’interprètes, auteurs, compositeurs eurovisionesques qui m’accompagnent au quotidien et ont façonné la trame sonore de mes jours. Sans compter ceux qui… Réflexion faite, cela mériterait bien un…
Bonus
En septante ans d’existence, l’Eurovision aura réalisé pleinement l’une des aspirations de ses créateurs : stimuler la production de musique populaire de qualité. Chaque année, des milliers d’artistes à travers le monde contribuent à la rédaction de dizaines de milliers de morceaux en vue de remporter le Micro de Cristal. L’écrasante majorité de ces compositions originales nous demeurent inconnues. Nous en découvrons une maigre proportion lors des sélections nationales. Quant au grand public, il n’en aperçoit que la quarantaine en lice pour l’édition annuelle du Concours. Rendons hommage à ces chansons présentées, éliminées, parfois oubliées, qui auraient mérité…, qui mériteraient… et qui vivent une existence parallèle en certains d’entre nous. Voici mes cinq chansons non sélectionnées préférées de ces quinze dernières saisons de l’Eurovision.
5. 2014 – Eurosong – Sil – What’s The Time In Tokyo – cinquième
Les sélections belges m’ont toujours apporté de vives émotions, vastes bonheurs ou terribles abattements. Deux m’ont laissé le cœur brisé sur mon canapé, au point de souhaiter que la RTBF et la VRT s’en passent à jamais. Si la première s’est rangée des camionnettes, la seconde, en revanche, remet sans cesse le couvert, avec l’espoir d’enfin décrocher une victoire au Concours. Là-dessus, mon cœur a été horriblement brisé en 2008 (Sandrine…) et tout autant en 2014. Cette année-là, la télévision publique flamande s’était une nouvelle fois mise en frais. Pensez : le Sportpaleis d’Anvers, Ruslana dans le jury (et sur scène), ainsi qu’une belle brochette de stars bien de chez nous. Citons Kate Ryan sous un masque, 2 Fabiola sur le retour, Petra – la reine belge des multirécidivistes, Udo – vainqueur du X-Factorlocal ou encore Nelson – un autre récidiviste. Et puis Sil, Silvy De Bie, Silvy Melody, la voix de Sylver. La crème de la crème dans cette perspective eurovisionesque, au service d’une ballade sobre, émouvante, aux paroles originales. Son interprétation en demi-finale me ravit et je la voyais déjà en haut de l’affiche à Copenhague. Mais pendant ce temps-là, comme toujours, les jurés nationaux, les jurys internationaux et les téléspectateurs belges regardaient une émission différente. Non ? Ah, au temps pour moi… Bref, mes favoris passèrent tous à la trappe au fil des semaines. Sauf Sil. Hélas, ce fut pour être mieux snobée par les trois panels qui s’enflammèrent pour Axel Hirsoux. Vous connaissez la suite, moi aussi. L’important demeure ces trois minutes de grâce suspendue interprétées par une chanteuse habitée par l’émotion et le souvenir très Vice-Versa d’une sélection belge soignée…
4. 2014 – Melodi Grand Prix – Linnea Dale – High Hopes – deuxième
Il y a décidément bien des sélections de l’édition 2014 dont j’aurais espéré d’autres dénouements… Vous savez déjà tout ce qui concerne la Belgique. Parallèlement, en Finlande, mon cœur allait à MIAU. En Hongrie, à Bogi. En Islande, à Greta Mjöll. En Lettonie, à Olga & Līgo. À Malte, à Jessika. Au Portugal, à Catarina Pereira. En Suède, à Ace Wilder. Et en Ukraine, à neAngely. Des goûts et des couleurs… La sélection norvégienne ne fit pas exception à la règle. Lors de la présentation des concurrents, j’appréciai nombre de leurs chansons. Les trois demi-finales renforcèrent mes préférences personnelles. Je fus séduit par Moi et son Bensin, par Martine Marbel et son Right Now, elles furent éliminées d’emblée. Des finalistes, j’aimais Carl Espen et son Silent Storm. Mais celle qui emportait toutes mes faveurs restait Linnea Dale et son High Hopes. Seigneur oui, que j’éprouvais de hauts espoirs pour elle, son sourire en coin, sa voix claire, sa robe de soie verte et sa prestation tout en glamour sophistiqué. Seigneur oui, j’aurais volontiers donné un mois de ma vie pour qu’elle triomphe en ce soir du 15 mars 2014, tant cette chanson résonnait en moi et reflétait le meilleur de la production contemporaine. Car cette année-là, j’écoutais avec acharnement, à m’en user les oreilles, Kate Boy, VV Brown, Chvrches, Cheryl Cole, Katy B, Olivia Anna Livki ou encore Niki & The Dove. Mes deux univers musicaux se seraient ainsi emboîtés à la perfection, une occurrence rare pour un Eurofan. Au terme du premier tour, je conservais mes espoirs, Linnea étant retenue parmi les superfinalistes. Le vote final se révéla un intense suspense, tranché par les habitants de la Norvège de l’Ouest. Ils plébiscitèrent Carl Espen en lui attribuant quatre fois plus de voix qu’à Linnea Dale. La chanteuse termina deuxième, une honorable place. Onze années se sont depuis écoulées et jamais elle n’a quitté mon esprit. Et c’est là un autre bonheur de l’Eurovision : entretenir en soi le souvenir d’artistes de qualité. Ils acquièrent ainsi une part d’immortalité et, certainement, Linnea Dale a atteint cet objectif et ne sera jamais oubliée, récompense ultime.
3. 2023 – Benidorm Fest – Agoney – Quiero Arder – deuxième
Plaisir récurrent de la saison eurovisionesque : écouter d’affilée tous les morceaux participant à une sélection nationale dès leur publication sur YouTube lors d’un après-midi d’hiver (Le travail ? Les dossiers ? Les collègues ? Bwoarf, comme aurait dit Gaston Lagaffe s’il avait été Eurofan). Et soudain, au beau milieu de l’open space (les jours de présentiel) ou du living (les jours de télétravail), être foudroyé par la joie, l’excitation, la passion et l’enthousiasme aux premières mesures d’une chanson. Et savoir sur le champ que ce sera elle notre préférée, celle que l’on soutiendra, pour qui l’on priera les dieux de la Victoire dans toutes les langues, celle qui, quel que soit le résultat ultime, nous accompagnera à jamais, celle dont l’écoute ultérieure ressuscitera en nous de fabuleux souvenirs. J’ai ressenti l’ensemble de ces émotions dès la première seconde de Quiero Arder. Elles m’ont suivi tout au long de la saison 2023 et ont été décuplées par la prestation d’Agoney lors de la demi-finale du Benidorm Fest. Rarement ai-je été si heureux devant trois minutes de sélection nationale. Tous les ingrédients nécessaires à un bonheur sans nuage étaient rassemblés là : un morceau épatant, un interprète charismatique, une mise en scène ingénieuse. J’imaginais déjà Agoney ferrailler à Liverpool et égaler (si ce n’est dépasser) Chanel. Le vote en a décidé autrement, à mon grand regret. Me reste toutefois une félicité intacte et renouvelée à chaque écoute de Quiero Arder et le désir de moi aussi, un jour, brûler d’amour avec autant d’intensité pour une chanson espagnole et la voir remporter l’Eurovision.
2. 2018 – Eurovision Song Contest Czechia – Eva Burešová – Fly – troisième
Cette sélection tchèque pour Lisbonne fut d’une discrétion absolue et pourtant d’une qualité remarquable. Elle eut lieu en ligne, de la présentation des candidats à l’annonce de son vainqueur. Elle me marqua profondément, trois des sept chansons ayant gagné mon cœur d’Eurofan. Il y eut Debbi et High On Love, une excellente proposition pop-rock, aux réminiscences nineties. Il y eut bien entendu Mikolas Josef et son immense Lie To Me, un jalon tchèque à l’Eurovision qui offrit le meilleur résultat de son histoire à la République tchèque. Rien qui n’égale toutefois le ravissement complet, total, absolu provoqué en moi lors de la découverte de Fly, composition électro-onirique magistralement portée par la voix puissante d’Eva Burešová. Ce furent là pour moi trois minutes de perfection musicale, un incroyable momentum devant mon écran d’ordinateur, un tel coup de foudre que je n’ai plus joué que cette chanson durant les trois semaines de vote qui suivirent. J’enregistrai dûment mon choix sur l’application officielle du Concours et attendis avec une expectative insensée les résultats. Eva ne convainquit pas les jurés internationaux, qui la classèrent dernière, et ce fut Mikolas qui l’emporta, un vainqueur digne des espoirs investis en lui par la ČT. Mon amour pour Fly n’a pas diminué depuis et chaque réécoute me renvoie sur les Champs Élysées eurovisionesques. Les amateurs seront confortés dans leur haute opinion en regardant cette interprétation d’Eva dans les conditions du direct. Il y avait là de quoi pavoiser le drapeau tchèque. Mais qui sait ? Peut-être que dans un univers parallèle…
1. 2019 – Unser Lied für Israel – Aly Ryan – Wear Your Love – quatrième
Voilà une tragédie eurovisionesque en trois actes qui m’aura causé les plus vives joies de ces quinze dernières saisons de sélections, puis les plus vives peines. Grâce à elle, j’aurai connu la vie, la véritable vie d’un Eurofan, faite d’émotions intenses et de ressentis puissants. Elle m’aura offert l’une de mes chansons préférées, tant aimée que c’est d’ailleurs la première à m’être instinctivement venu à l’esprit en rédigeant ce bonus.
Premier acte, l’échelle du bonheur. Portée par sa remarquable quatrième place en 2018, la télévision publique allemande met en chantier une ambitieuse sélection nationale pour Tel Aviv. La présentation de six artistes retenus au terme d’un long processus me semble d’excellents augures. Je me prends de sympathie spontanée pour Lilly Among Clouds. Mais c’est Aly Ryan qui ravit mon cœur. Son irrésistible No Parachute devient instantanément l’un des morceaux phares de mon année 2019. Je ne prête aucune attention à l’ajout in extremisd’un septième concurrent, le groupe S!sters.
Deuxième acte, le paradis sur Terre. L’ARD présente officiellement les sept chansons en lice. Je m’enthousiasme pour Demons de BB Thomaz et Surprise de Lilly. Je suis ensuite pris d’un amour délirant pour Wear Your Love d’Aly. Ces trois minutes me comblent au-delà de toute mesure, aussi parce que je n’attendais que peu de la télévision publique allemande et que, soudain, l’imprévisible se produit. J’écoute cette chanson en boucle durant deux mois, à m’en user les tympans. Je compte avec une impatience inédite les jours me séparant du 22 février et de la finale d’Unser Lied für Israel. Le soir dit, je trépigne sur mon canapé. La prestation d’Aly me chavire de joie, les étoiles me semblent alignées, je suis un Eurofan heureux en chaque fibre de son être.
Troisième acte, la chute. Est-il besoin de revenir sur cette chute ? Elle débuta dès la procédure de vote de cette finale allemande et me vit mourir devant ma télévision. Elle aurait pu se conclure au terme de la soirée. Hélas, elle se prolongea durant les mois qui suivirent, sottement perpétuée par l’attitude d’Aly Ryan elle-même. Certes, à Tel Aviv, il advint ce qui devait advenir. Mais les artistes impliqués s’ingénièrent à jeter du sel sur les plaies et à entretenir la controverse. Enfin, six ans plus tard, le vent a tout emporté…
Quant à moi, il me reste toujours Wear Your Love. Et au fond, peu importe la destinée de cette chanson, peu importe les résultats obtenus par les dix-neuf autres présentées ici. Elles m’accompagneront où que j’aille, quoi qu’il advienne de moi. Elles demeureront gravées en moi jusqu’à mon ultime souffle. Il est même à parier que mes mots finaux seront “Mehr Eurovision ! Mehr Eurovision !” et que la dernière image que je verrai sera celle de Barbara Schöneberger descendant du ciel pour m’emporter au paradis des Eurofans où je m’assiérai entre Denise Fabre et Léon Zitrone…
C’était donc le top 15 de Pauly W. ! Nous vous remercions de nous avoir suivis tout au long de cette année des 15 ans. L’EAQ vous donne à présent rendez-vous l’année prochaine !
Crédits image : eurovision-quotidien.com (tous droits réservés)









Un pur bonheur cette lecture…
Je rejoins les autres commentaires. C’est un plaisir de relire un article écrit de la main de Pauly et surtout d’avoir une mise à jour sur ses goûts depuis 2021 🙂
À part ça, j’ai voulu me prendre au jeu et me faire mon propre top 15 des chansons qui m’ont le plus marquées sur ces 15 dernières années et que j’écoute encore régulièrement aujourd’hui pour la plupart. Donc le voici :
1. « Party For Everybody » de Buranovskiye Babushki
2. « Not My Soul » de Destiny Chukunyere
3. « Tattoo » de Loreen
4. « J’ai cherché » d’Amir
5. « Sound of Silence » de Dami Im
6. « Je me casse » de Destiny Chukunyere
7. « La La Love » d’Ivi Adamou
8. « Start a Fire » de Dilara Kazimova
9. « Hold Me Closer » de Cornelia Jakobs
10. « 2000 and Whatever » d’Electric Fields
11. « Cupidon » de Freedom-Jazz
12. « Siren Song » de Maruv
13. « As I Lay Me Down » de Wiktoria
14. « Paskana » de Sara Siipola
15. « Constellation Prize » de Robin Bengtsson.
Vous remarquerez que mon top n’est vraiment pas comme les autres. Il est très anglophone, orienté scandinave et rempli de chansons restées en sélection nationale. C’est un joyeux méga bordel à l’image de mon esprit. On y trouve de tout : des chansons dansantes et joyeuses, d’autres plus poétiques et profondes, ou encore d’autres portant sur l’amour, les crushs, la dépression profonde, le féminisme, la jeunesse, la liberté, la sensualité… Et pour couronner le tout : des babushkis. Parce que c’est à elles que je dois mon tout premier intérêt pour l’Eurovision en 2012. Concours de mon cœur que je n’ai plus lâché et que je continuerai à suivre jusqu’à mon dernier souffle 🙂
Bon réveillon du Nouvel An à toutes et à tous ! Portez vous bien pour la nouvelle année à venir 😉
Pour ma part, mon top 15 est composé de :
1) Euphoria – Loreen – Suède 2012
2) Heroes – Mans Zelmerlöw – Suède 2015
3) Fuego – Eleni Foureira – Chypre 2018
4) Cha Cha Cha – Käärijä – Finlande 2023
5) SloMo – Chanel – Espagne 2022
6) Voilà – Barbara Pravi – France 2021
7) Tattoo – Loreen – Suède 2023
8) Rise Like A Phoenix – Conchita Wurst – Autriche 2014
9) Soldi – Mahmood – Italie 2019
10) J’ai cherché – Amir – France 2016
11) Arcade – Duncan Laurence – Pays-Bas 2019
12) You Are The Only One – Sergey Lazarev – Russie 2016
13) Space Man – Sam Ryder – Royaume-Uni 2022
14) Queen Of Kings – Alessandra – Norvège 2023
15) Hold Me Closer – Cornelia Jakobs – Suède 2022
Et bonne année à tout le monde !
Ravi aussi de relire un article de Pauly ! J’apprécie la quasi totalité de son top 15 dont je retiens surtout « Arcade » et « Soldi ».
Même si je ne suis en accord avec tous les choix, je dis bravo à ce merveilleux moment passé à lire Pauly.
Chacun ses goûts, et même si ils ne sont miens, j’adore lire tant de passion, je me retrouve tellement dans cette façon d’être par rapport au concours et tous ses à-côtés.
Merci Pauly 😉 !
Très joli cadeau de fin d’année de lire à nouveau la prose de l’excellent Pauly
Suis ravi également de constater qu’il continue de suivre de très près les aventures de l’Euromonde.