Qui dit fin du mois dit… la bande-son du mois ! Sauf que, comme vous pouvez le constater, nous sommes à présent en janvier 2026 (bonne année again ! )… Il n’empêche : la bande-son du mois devant être mensuelle, inaugurons un nouveau concept avec la bande-son du mois en retard ! Retour par conséquent en décembre 2025, il y a moins de 72 heures.

Dire que les eurostars nous ont gâtés en la fin de l’année 2025 est un doux euphémisme, tant leurs nouveaux morceaux ont pris l’allure de dizaines de cadeaux posés au pied du sapin eurovisionesque. Mais l’adage est bien connu : il faut faire des choix. Le principe reste donc le même : 10 titres, 2 ou 3 albums choisis à la seule et unique discrétion de l’équipe, un bonus si vous avez été sages en 2025 (mais pas trop quand même, car la vie n’est pas faite pour rester sage) et le tour est joué. Vous savez donc ce qu’il vous reste à faire : à vos marques, prêts, écoutez !

Les 10 titres du mois

Klavdia – Άνεμος (« Vent »)

On ne l’attendait pas si haute à Bâle. Quelques mois après avoir signé le meilleur classement de son pays en douze ans, Klavdia (Grèce 2025) poursuit son beau chemin musical, elle qui cartonne au local depuis son passage par l’Eurovision. Il faut dire qu’avec sa voix envoûtante, la jeune artiste (issue de The Voice) a su imposer un univers entre pop contemporaine et sonorités ethniques/traditionnelles non moins captivant. C’est d’ailleurs un titre dans cette lignée (et dans celle de son eurotube Asteromáta) que Klavdia nous offre aujourd’hui, plus rythmé et moins dramatique toutefois. Et ça, c’est loin d’être du vent, quoiqu’en dise son titre, évidemment !

alyona alyona & Шугар – З понеділка (« À partir de lundi »)

La partenaire musicale de Jerry Heil (avec laquelle elle a représenté l’Ukraine en duo à l’Eurovision 2024) est décidément fort prolixe en ce moment. Alors que son binôme souhaite visiblement retenter sa chance au concours, elle enchaîne de son côté les sorties de nouveaux titres et les collaborations musicales, cette fois avec Шугар, alias Sugar, qui nous livrent З понеділка, un titre aux sonorités urbaines et à la veine rap, ce qui n’est pas foncièrement une surprise si l’on connaît l’univers des deux artistes. Le duo se livre toutefois ici à une prestation très second degré, la proposition ne manquant pas d’humour et de comique. À noter que le titre s’inscrit dans le dernier album (de Noël, mais pas que) de la chanteuse, Наймузичніша.

Deep Zone Project – Върни Ме / Varni Me (« Ramène-moi)

Qui se souvient de la prestation bordélique de Deep Zone (Bulgarie 2008) sur la scène de l’Eurovision n’en garde pas forcément le meilleur souvenir (à l’instar d’une édition serbe alors fort moyenne). Heureusement, une élimination en demi-finale n’a pas empêché le groupe de poursuivre une très belle carrière en Bulgarie et de nous proposer aujourd’hui ce titre à la lisière entre l’électro, la house, la pop et le rock alternatif, dans lequel la chanteuse ne s’imagine pas avancer sans l’amour de son partenaire et le supplie de la ramener avec lui.

Poli Genova – Моята душа (« Mon âme »)

On reste en Bulgarie. Se damnerait-on pour revoir Poli Genova (Bulgarie 2011 et 2016) sur la scène de l’Eurovision ? Probablement, tant la bulgare s’est imposée comme l’une des artistes les plus iconiques du concours, tant avec son très rock Na inat qu’avec son hymne queer If Love Was A Crime. Cette fois, l’artiste au fort capital sympathie nous propose un titre pop dans lequel elle évoque la quête de soi-même lorsqu’on se sent perdu. Tel un écho, il permet à Poli de signer son grand retour après dix-huit (longs) mois d’absence.

Blanca Paloma – Lo fugaz (« L’éphémère »)

Depuis sa participation à l’Eurovision, où elle avait marqué les esprits avec une prestation ensorcelante et déroutante sur EaEa, Blanca Paloma (Espagne 2023) s’était faite plus discrète. Elle revient aujourd’hui avec un titre électro-pop à la tonalité sans doute moins épique et dramatique que ses contributions au Benidorm Fest, mais qui n’en met pas moins en valeur un univers singulier teinté de sonorités traditionnelles et une voix unique. Lo fugaz, ou un hymne à ces souvenirs du temps passé, éphémère par définition, qui reviennent à l’esprit de manière fugace et dessinent un sourire sur nos visages. Rien de tel pour nous replonger dans le souvenir d’un moment de grâce à Liverpool, signé d’une blanche colombe qui a apporté son soutien à la décision de non-participation prise par l’Espagne pour l’Eurovision 2026.

Mikolas – Icon (« Icône »)

Il avait failli y laisser deux vertèbres, mais il s’en était finalement tiré avec une belle frayeur et une sixième place historique pour son pays. Sept ans après Lisbonne, Mikolas Josef (Tchéquie 2018) a lâché l’électro-pop punchy qui avait fait son succès au Portugal pour un titre pop-rock aux accents nostalgiques, qui n’est pas sans rappeler certains standards anglo-saxons à la musicalité intemporelle. Cet Icon revêt un goût particulier pour l’artiste, puisque c’est un cadeau adressé à ses fans pour clore sa tournée d’une année, dont la road movie video est une évocation des meilleurs moments. Quel plus beau merci pour ses fans, qui ont sans doute trouvé en Mikolas cette « icône », cette personne vraiment spéciale à laquelle on a envie de donner tout son amour et son soutien ?

Elhaida Dani – Pasqyra e Mbretereshes (« Le miroir de la reine »)

Depuis sa nomination en tant que directrice du Festivali i Kengës l’année dernière, Elhaida Dani (Albanie 2015) ne se cantonne pas à cette seule fonction, au contraire ! L’interprète d’I’m Alive vient de sortir un EP de 5 titres, dans lequel figure cette ballade que l’on pourrait traduire en français par « Le miroir de la reine ». Un titre personnel qui joue sur la dualité qu’il y a en chacun d’entre nous, entre clair et obscur ou entre blanc et noir, comme le cygne du célèbre ballet de Tchaïkovski. La reine Elhaida se confronte ici à son propre reflet dans le miroir, alors que chaque mouvement sur l’échiquier incarne une décision à prendre. Une versatilité que l’on retrouve également sur le plan musical, puisque l’EP met en avant plusieurs facettes de l’artiste (qu’on a d’ailleurs connu dans son versant pop sur la scène de l’Eurovision).

Saša Matić & Željko Joksimović – NIŠTAVILO (« Néant »)

Le propre d’une bande-son, c’est qu’il en faut pour tous les goûts (et surtout ne pas se cantonner égoïstement à sa sensibilité personnelle, même si cela n’est pas évident d’y échapper). C’est ainsi qu’on retrouve donc une ballade balkanique très traditionnelle dans cette bande-son de décembre 2025 en retard, avec la star Željko Joksimović (Serbie-et-Monténégro 2004, Serbie 2012), qui s’est payé le luxe de représenter deux fois son pays à l’Eurovision pour deux podiums, et même d’avoir présenté le concours à domicile en 2008. On retrouve notre homme en duo avec Saša Matić, célèbre artiste bosnien, pour un titre qui n’est pas des plus gais, puisqu’il évoque le sentiment d’absence et d’abandon physique et moral après qu’une personne ait quitté votre vie.

Ανδρομάχη – Πάρε Ρεπό (« Prends une pause »)

On passe à quelque chose de plus joyeux et coloré avec Andromache (Chypre 2022). Si l’artiste n’avait pas rencontré un grand succès à Turin, elle n’en demeure pas moins une grande star en Grèce, où elle abreuve le public de titres au style pop méditerranéen dont seuls les artistes de la région ont le secret, avec des sonorités aussi délicieuses que le pop corn sucré qui envahit la baignoire de l’artiste (le rêve – oui, Santa, si l’auteur du jour t’adore, il préfère le pop corn sucré au salé, et cela n’est pas négociable). Tiens, d’ailleurs, maintenant qu’on l’écrit, pop music rime avec pop corn… Bref, trêve de bavardage inutile : si vous souhaitez danser au son de la musique grecque et voyager sous le soleil hellénique à l’heure où la France se prend une bonne vague de froid dans la face, foncez écouter Andromache… et vous prendrez une pause plus tard !

Shkodra Elektronike – Fosforon (« Phosphore »)

Évidemment, obviously, natyrisht, nous n’allions pas conclure cette bande-son de 10 titres sans Shkodra Elektronike (Albanie 2025) qui, tout juste quelques mois après avoir enflammé Bâle, vient tout juste de sortir son nouveau titre, Fosforon. Performé pour la première fois sur la scène du Festivali i Kengës il y a deux semaines, il est évidemment sans surprise pour qui est familier et apprécie l’univers (très) électro-tradi du duo, qui vient de s’offrir la symbolique troisième place de l’ESC Top 250 édition 2025. Force est de constater que le feu sacré de Zjerm n’était « seulement » qu’une projection adaptée au grand public d’un univers musical hypnotique, frénétique, singulier, habité et assez radical pour qui n’a pas l’habitude de ce genre de musique (notamment sur la planète Eurovision, où ce style demeure assez rare). Par ici en tout cas, si vous en doutiez encore, on est toujours aussi envoûté par le duo albanais, qui a décidément bien inscrit son empreinte musicale tant dans l’histoire de l’Eurovision que dans celle de son pays au concours, pour lequel il a incarné une véritable révolution face aux sempiternelles ballades albano-albanaises. Du coup, à quand un concert en France ? Parce qu’on fait déjà la queue devant la salle.

Les albums et EPs du mois

Nikolas Raptakis – Vgaino Ethniki

Alors qu’il mène une carrière solo depuis plusieurs années, Nikolas Raptakis (Grèce 2014 au sein du duo Freaky Fortune) livre ici un EP de 5 titres inspirés des sonorités traditionnelles grecques. Un projet traversé d’une belle énergie, dans lequel l’artiste met en avant « l’humour, la musique folk et la paranoïa qui [le] caractérisent » selon ses propres mots. Comment résister au charme de tels sons ?

Boggie – Hunclorique

Boggie (Hongrie 2015) rend elle aussi hommage aux racines musicales de son pays, pour un album porté en duo avec Petruska. Si ce dernier nom vous est familier, rien de plus logique puisque l’artiste avait tenté de représenter la Hongrie à l’Eurovision à l’époque où elle y participait – il avait été candidat à sa sélection A Dal en 2016 et 2019. Ici, cette collaboration entre Boggie et Petruska marque non seulement une amitié de 20 ans, mais aussi une évocation du folklore hongrois, qui traverse ces 12 titres, pour la plupart des ballades. D’autres projets communs devraient suivre entre les deux artistes, pour notre plus grand bonheur. En espérant un jour les (re)voir sur la scène de l’Eurovision, en fonction de l’avenir politique du pays (puisque c’est de lui que dépend la participation hongroise au concours…).

Le bonus de l’EAQ

Miriana Conte – Napoletana

Puisque vous avez été sages, mais pas trop, voilà un bonus livré en express au pied du sapin, quelques jours après la bataille, et au divin goût de Limoncello (vous savez, la liqueur italienne au citron dont il ne faut pas abuser ?). Pour cela, rien de tel que de retrouver Miriana Conte (Malte 2025). En portant les couleurs de son île sur la scène de l’Eurovision, elle ne s’est pas contentée de lui offrir un retour en finale, puisqu’elle s’est surtout imposée comme l’une des icônes de cette édition, avec un eurotube aussi légendaire que sa prestation équivoque. Ici, Miriana rend hommage à ses racines italiennes avec un titre dans lequel elle continue de s’assumer sans contrefaçon, avec un boost de confiance et d’énergie à la napolitaine ! Un titre pop et solaire dans lequel elle s’affirme comme la femme puissante qu’elle est, mais que n’importe qui ne peut pas approcher. Nous ne le dirons pas si bien que nos confrères de Wiwibloggs : « She’s serving pasta, she’s serving limoncello, she’s serving vibes. »

La bande-son Spotify de décembre

La bande-son YouTube de décembre