Qui succèdera à Olly en tête du classement final et à Lucio Corsi (son dauphin) sur la scène de l’Eurovision ? Loreen alias Rémi a écouté avec attention les titres de Sanremo 2026, 76ème édition du nom.
Ils sont 30 à s’affronter cette année dans la section Campioni, dans une sélection patiemment concoctée par Carlo Conti, directeur artistique du festival, qui a dû se retrouver face à de nombreux dilemmes et arbitrages à effectuer. La presse et le public italiens n’avaient d’ailleurs pas été très tendres à la révélation du casting, auquel ils reprochaient un manque de grands noms – ce à quoi Conti a répondu que beaucoup avaient été écartés en raison de contributions jugées guère à la hauteur. L’avis des médias transalpins à l’issue de l’écoute préliminaire de la presse fin janvier avait laissé voir plus de nuances, les journalistes jugeant la sélection relativement uniforme, sans accidents industriels mais sans trop de titres enthousiasmants non plus. Alors, qu’en est-il de mon côté ?
Disons-le d’emblée : le visionnage de la première soirée de Sanremo 2026 m’avait laissé perplexe à bien des titres, là où les écoutes et réécoutes des versions studio m’ont permis de nuancer mon jugement. Mais avant ça, à vous de découvrir les titres de la playlist de Sanremo 2026.
La playlist de Sanremo 2026
Pour rappel, les notes et commentaires ici exprimés n’engagent que l’auteur de l’article et non l’ensemble des rédactrices et rédacteurs de l’EAQ.
Arisa – Magica favola
Quelle prestation vocale ! Avec son entrée 2026, Arisa dispose d’un titre qui magnifie sa voix d’hirondelle et son chant d’oiselle, peut-être comme rarement. Ni le public de l’Ariston, ni le jury de la salle de presse, web et TV ne s’y sont d’ailleurs trompés lors de la première soirée, où elle a reçu un accueil triomphal et réussi à atteindre le top 5. Toutefois, si Magica favola est un titre sensible et touchant à bien des égards, l’ensemble reste toutefois fort classique et un peu hors temps – pour ne pas dire gentiment niais et kitschouille sur les bords.

Bambole Di Pezza – Resta Con Me
Je ne vais pas me faire que des amis dans l’euromonde francophone, très enthousiaste par rapport à cette proposition. Pour la première présence historique d’un girl’s band à Sanremo (il était temps en 2026…), Bambole Di Pezza propose un titre pop-rock plaisant en soi, même s’il semble un peu dissonant par rapport à la jeunesse du groupe et au package scénographique. La proposition reste agréable et très bien portée, et c’est assurément l’une de celles qui marquent le plus l’oreille dans cette édition. Toutefois, le titre est trop conventionnel dans le style – Laura Pausini aurait tout à fait pu le chanter fin des années 90-début des années 2000.

chiello – Ti penso sempre
Un titre indie pop rock comme on les aime, avec une sympathique touche vintage à l’italienne. Voilà ce qui distingue justement Ti penso sempre du déluge de ballades qui nous attend par la suite et qui le rend d’autant plus agréable. La proposition n’est sans doute pas la plus compétitive du lot et elle gagnerait à un soupçon de marquant en plus, mais elle n’est demeure pas moins fort appréciable et pourrait rester en bonne place sur ma playlist de Sanremo 2026, façon musique d’ambiance.

Dargen D’Amico – AI AI
Dargen D’Amico lancé sur une vibe disco funk à la touche rap, ce n’était pas dans mon bingo de Sanremo ! On n’attendait clairement pas l’artiste dans ce registre, lui qui nous avait habitué à des propositions plus détonantes, pour ne pas dire radicales. C’est estival, entraînant et on ressent un joli air de Dolce Vita à l’écoute. Avec AI AI, Dargen D’Amico livre ici l’une de ses propositions les plus accessibles pour le grand public, mais ne risque t-il pas a contrario de dérouter son public ?

Ditonellapiaga – Che fastidio!
Arrêtez tout : on tient LE tube de Sanremo 2026, LE titre gagnant et LE titre italien pour l’Eurovision ! Arrivée en tête du classement de la presse lors de l’écoute préliminaire plus tôt dans le mois, Ditonellapiaga a parfaitement compris la recette d’un succès né : une électro-pop-disco délicieuse, entraînante, extrêmement accrocheuse (le titre se retient dès la première écoute), qui n’est pas sans rappeler une certaine Annalisa. Ce n’est pas trop s’avancer que d’affirmer à quel point Che fastidio! est promis à un carton dans les charts italiens, mais aussi à l’Eurovision si, d’aventure, les italiens avaient le bon goût de couronner l’ex acolyte de Rettore (Sanremo 2022). Hélas, c’est mal parti, vu qu’elle n’a pas réussi à accrocher le top 5 de la radio et du télévote mercredi soir…

Eddie Brock – Avvoltoi
Une ballade pop-rock dans le plus pur style italien, qui a connu son heure de gloire dans les années 90-2000 avec Eros Ramazzotti et tous les autres. Ce n’est peut-être pas de première fraîcheur, mais Eddie Brock a le mérite de bien défendre sa proposition. Après, cela reste une chanson de crooner à la Roch Voisine on ne peut plus classique et conventionnelle, à l’heure où la scène musicale italienne regorge de propositions bien plus intéressantes et de ballades plus impactantes. Sans parler du rift à la guitare un peu ringard… Bref, c’est loin d’être mauvais en soi, mais c’est tellement vu et revu…

Elettra Lamborghini – Voilà
D’emblée : on sait parfaitement qu’Elettra Lamborghini n’a de chanteuse que le nom. Son premier passage sur la scène de l’Ariston en a été une belle preuve, elle qui n’a dû son salut qu’aux choristes qui ont vaillamment doublé l’intégralité de la prestation. Certes, elle a fait mieux et à vouloir faire du Barbara Pravi discopop, Voilà ce que cela donne : une proposition au divin goût des années 2000 et guère du meilleur goût sur scène. On est loin de la grande musique et le texte est franchement médiocre, mais ça a le goût coupable d’un plaisir tout aussi coupable. En même temps, tant de rythme et d’entêtant est une denrée si rare à Sanremo 2026…

Enrico Nigiotti – Ogni volta che non so volare
Encore une ballade très classico-classique (et ce n’est que le début d’une longue série, au cas où je ne vous ai pas encore suffisamment introduit le sujet), où l’interprétation et le timbre singulier d’Enrico Nigiotti font la petite différence. Je préfère toutefois le chanteur dans d’autres registres et il est difficile de cerner en quoi Ogni volta che non so volare se distingue des autres titres du style, exception faite peut-être des envolées au violon. Suffisant ? Ma che no. Beau certes, mais terriblement conventionnel.

Ermal Meta – Stella stellina
Est-ce que j’attendais Ermal Meta dans un titre aussi rythmé ? Clairement pas. Le représentant italien à l’Eurovision 2018, dont je ne suis pas le plus grand fan et qui vise une nouvelle victoire à Sanremo (lui qui avait failli l’emporter en 2021), nous livre ici un titre pop aux sonorités urbaines et orientalisantes, pour évoquer une fillette palestinienne. À cet égard, la légèreté de la musique peut apparaître comme dissonante avec le texte (surtout vu le terrible contexte en Palestine), mais il n’en reste pas moins l’une des meilleures propositions de l’édition, très agréable à l’écoute et de belle composition. L’interprétation live gagnerait toutefois à plus d’incarnation.

Fedez & Masini – Male necessario
Je ne vais sans doute pas me faire que des amis – épisode 2, tant Fedez & Masini voient leur côte grimper en flèche depuis mardi soir. La proposition n’est pas mauvaise en soi, à savoir une ballade trop classique à laquelle Fedez apporte parfaitement sa touche urbaine #malnécessaire. C’est d’ailleurs la partie la plus réussie de la chanson, et de loin. Mais avec tout le respect que j’ai pour Marco Masini, j’ai énormément de mal avec son interprétation exagérée et son incarnation vocale outrancière (ce que l’on perçoit davantage en direct qu’en version studio). Voilà au final une hype qui m’échappe à bien des égards, si ce n’est la rencontre de deux stars : le titre vient d’ailleurs de passer en tête des bookmakers à ma plus grande perplexité…

Francesco Renga – Il meglio di me
Une autre légende de la scène musicale au programme de Sanremo, qu’il avait emporté en 2005. Encore une ballade masculine très classique, mais à laquelle Renga apporte puissance, professionnalisme et expérience dans l’interprétation. Suffisant pour imprimer ? Il meglio di me est assurément un titre incarné, avec de jolis passages à la guitare, mais aussitôt écouté, aussitôt oublié…

Fulminacci – Stupida sfortuna
Une ballade pop aux accents vintage pour le jeune chanteur, dont les sonorités convoquent l’esprit des années 70-80. L’ensemble ne manque pas de charme et, surtout, accroche bien à la première écoute grâce à son refrain. Avec la belle interprétation qu’il a livré en direct lors de la première soirée, pas étonnant pour Fulminacci de se retrouver d’emblée dans le top 5 de la presse. L’ensemble aurait peut-être gagné à un poil plus de contemporanéité, surtout pour un si jeune chanteur, mais il n’en demeure pas moins très séduisant (le titre).

J-Ax – Italia Starter Pack
Si on m’avait dit qu’un jour, le cousin transalpin de Cotton Eye Joe débarquerait sur la scène de Sanremo, j’en aurais gobé mon chapeau de cow-boy et mes santiags. Cela tombe bien : c’est pile dans cet accoutrement que J-Ax et son bouc (la barbe, pas l’animal) ont débarqué sur la scène de l’Ariston dans un improbable tableau clownesque où l’ancien chanteur d’Articolo 31 entouré de cheerleaders nous livre un mix pas terrible tout aussi improbable entre les luxembourgeois de Zero Point Five et un mauvais Rybak (Rise à tout hasard ?), le tout à la sauce barbecue texane (elle est où l’Italie là-dedans, mec ?). À da-da sur ma monture, Hello Goodbye !

LDA & Aka 7even – Poesie Clandestine
Voilà un agréable titre pop urbain porté par deux jeunes stars de la nouvelle scène musicale italienne, qui se verront probablement portés par le public là où la presse leur a déjà taillé un costard (et pas un Valentino). On a connu plus impactant à l’oreille et il manque clairement un soupçon de force au package pour qu’il imprime complètement. Mais au-delà d’être rythmé, entraînant et assez solaire, Poesie Clandestine est une proposition fort sympathique à l’écoute, à laquelle on a envie de revenir tant elle caresse nos oreilles avec douceur et légèreté.

Leo Gassmann – Naturale
Non ? Encore une ballade ? Et vous n’êtes pas au bout… Naturale reste une belle proposition aux accents pop, assez qualitative et très bien portée par son jeune interprète (ex vainqueur de Sanremo Giovani qui signe ici sa troisième participation parmi les Campioni). Après se pose l’inévitable question : en quoi Naturale se distingue des autres titres du style ? Réponse : en pas grand chose. Du coup, cela nous donne trois jolies minutes à l’écoute, mais qui n’impriment pas véritablement.

Levante – Sei tu
Pour sa troisième participation à Sanremo, la jeune chanteuse (qui a déclaré ne pas vouloir participer à l’Eurovision en cas de victoire – la faute à la participation d’Israël) propose l’une des ballades les plus réussies et les plus élégantes de l’édition, même si ce n’est pas forcément la plus accrocheuse à première écoute. Parce que le petit truc en plus est ailleurs, et ce n’est d’ailleurs pas un « truc » puisqu’il s’agit de Levante. Avec sa voix et ce timbre cassé qui me font chavirer, Levante porte à merveille Sei tu, un titre qu’elle sublime sur la scène de l’Ariston.

Luchè – Labirinto
Voilà un rap dans le plus pur style, avec un beat sympathique et un refrain mélodique, même si la composition aurait pu gagner à plus de variations et un soupçon de force supplémentaire n’aurait pas été de refus. Le titre n’est pas désagréable en soi, je le qualifierais même de plaisant, sauf que Luchè n’est clairement pas une voix et cela transpire l’autotune à plein nez. Dommage, parce qu’on y perd en qualité d’écoute.

Malika Ayane – Animali notturni
Il a donc fallu que j’attende des années et de récupérer le suivi de Sanremo pour pouvoir enfin déclarer ma flamme à Malika Ayane. Ti piace cosi continue de tourner en boucle dans ma tête depuis 2021, c’est dire à quel point je ne me suis pas encore remis de la découverte de cette grande artiste. Ici, la chanteuse – souvent classée mais jamais gagnante à Sanremo – nous propose un titre pop jazz au rythme délicieux et assez eighties dans l’âme, qui ne trancherait pas à bord du Costa Toscana. Et au milieu, il y a le charisme inaltérable de Malika et sa splendide voix veloutée pleine de caractère. Alors, certes, ce n’est pas le titre le plus actuel, mais le tout reste extrêmement accrocheur, et puis Malika…

Mara Sattei – Le cose che non sai di me
On enchaîne avec une autre artiste que j’adore, dont j’étais tombé sous le charme musical lors de sa première à Sanremo en 2023. Ici, Mara Sattei revient avec une ballade (sans dec) élégante, qui nous offre une belle montée en crescendo et, surtout, portée avec force et intensité tout en conservant une précieuse finesse (qui n’est pas sans faire défaut à certains). La voix de Mara… Quelle beauté, quelle émotion ! Et puis, on n’a jamais de ballades à l’italienne portées par des artistes féminines à l’Eurovision… Bref, petit coup de coeur pour Le cose che non sai di me et son interprète de mon côté.

Maria Antonietta & Colombre – La felicità e basta
La Rappresentante di Lista et Come_Cose ont trouvé leurs parfaits successeurs en Maria Antonietta & Colombre, qui nous livrent un délicieux titre électro-disco-pop à la touche indie comme je les aime ! Avec ces charmantes sonorités vintage, le duo convoque l’esprit des années 80 avec un titre bourré de charme et qui risque fort de trouver une bonne place dans ma playlist de Sanremo 2026. Pas étonnant de les retrouver sur le podium du classement de la presse en écoute préliminaire, même si le live était un peu imparfait mardi soir. Surtout : enfin un titre rythmé dans ce déluge de ballades ! Voilà un deuxième tube pour ma playlist.

Michele Bravi – Prima o poi
Pour son retour à Sanremo, Michele Bravi nous offre une jolie ballade assez classique et conventionnelle. Son joli grain de voix confère certes sensibilité et fragilité à l’ensemble mais, justement, ça manque de voix pour ce style de titre, et c’est bien dommage. Pour le reste, la proposition est plaisante, mais il y a clairement mieux et plus impactant dans le genre qu’un Prima e poi sans réel décollage.

Nayt – Prima che
Voilà un des titres les plus intéressants de la sélection. Nayt nous propose un Prima che actuel avec ses accents rap pop et une très légère touche de ballade moderne. Là aussi, ça aurait pu être un poil plus puissant, mais l’ensemble est assez accrocheur et séduisant. Les choeurs ne sont pas sans me faire penser au titre de Mister Rain en 2023. Le jury de la radio et le télévote ne s’y sont pas trompés en plaçant le titre dans le top 5 lors de la deuxième soirée.

Patty Pravo – Opera
Grande dame de la chanson italienne, on ne présente plus Patty Pravo, qui signe ici sa onzième participation à Sanremo. Hélas, et avec tout le respect que l’on doit porter à la légende, Opera porte bien mal son nom, tant le titre est poussiéreux et clairement à côté de la plaque. Sans parler de la prestation de mardi soir, assez déroutante… Si l’on peut saluer la fidélité de ces grands artistes à la scène musicale italienne et à Sanremo, l’ensemble est ici malheureusement franchement ringard et vieillot, là où une Loredana Bertè a une capacité de renouvellement très impressionnante à l’inverse.

Raf – Ora e per sempre
Nouvelle ballade au menu pour la légende Raf, représentant italien à l’Eurovision 1987 avec Umberto Tozzi, de retour à Sanremo après onze ans d’absence sur la Riviera italienne. Hélas, le chanteur nous livre ici un titre assez mièvre tant dans le son que dans les paroles clichées et kitsch. Une proposition d’un autre temps, à l’heure où la scène musicale italienne nous propose bien mieux au-delà des générations.

Sal Da Vinci – Per sempre sì
Et s’il était là, le plaisir coupable de l’édition ? Le beau gosse, de retour à Sanremo après 17 ans d’absence, signe ici un titre pop très rétro dans l’âme et clairement taillé pour un public quinquagénaire en quête de revival. Alors, okej, c’est cliché de ouf et on croirait voir un Arvingarna (la scandic pop en moins) ou un Danny Brillant italien performer sur la croisière Stars 80. Mais que voulez-vous, c’est entraînant, c’est dansant, ça fait du bien et puis l’irrésistible charme de Sal Da Vinci (on ne se refait pas). Attention au télévote vu comment notre homme a mis le feu à l’Ariston en agitant énergiquement la fibre nostalgie. P.S. : pitié, arrêtez de mentionner Sanremo dans votre texte toutes les trois chansons…

Samurai Jay – Ossessione
Vocalement, ce n’est pas terrible en live, mais Samurai Jay vient réchauffer notre hiver sanrémasque avec un titre estival, ensoleillé et aux irrésistibles sonorités latino, qui ne sont pas sans convoquer l’esprit des années 2000-2010 dans l’âme, à savoir un peu intemporel mais pas trop. Alors oui, musicalement, on est loin du chef d’oeuvre tant dans le son que dans le texte, mais c’est sympatoche vite fait. Ossessione parvient tout de même à produire son effet et il ne serait pas étonnant de le retrouver parmi les tubes de l’été italiens d’ici quelques mois. Si Rolling Stones Italia me lisait…

Sayf – Tu mi piaci tanto
Comme quoi, les réécoutes peuvent produire leur effet… Peu hypé en première écoute mardi soir, je suis aujourd’hui beaucoup plus accroché par Sayf, qui nous propose ici un titre pop urbain dont le rythme claque très bien. Tu mi piaco tanto est une proposition très bien construite, gorgée de soleil, dont le refrain entêtant se veut très facilement contagieux. Une belle première à Sanremo pour Sayf !

Serena Brancale – Qui con me
À rebours du latino et ensoleillé Anima e cuore, la barese Serena Brancale revient pour la deuxième année consécutive avec une ballade jazzy on ne peut classique, aux faux airs de Whitney sans Whitney. Mais Serena… Quelle VOIX ! Quelle PRESTANCE ! Quelle STAR ! Tous les ingrédients sont au rendez-vous pour nous offrir un moment de pure émotion, en parfaite connexion et non dénué de caractère, tant l’artiste a une personnalité évidente. Alors, oui, la proposition reste relativement conventionelle, mais Serena transcende tellement le tout qu’il serait scandaleux de ne pas la voir dans le top 5 samedi soir. À moins qu’elle ne risque de faire une Giorgia et de s’en retrouver aux portes ? Quoiqu’il en soit, alerte grande favorite légitime.

Tommaso Paradiso – I romantici
Depuis le temps qu’on l’attendait à Sanremo, le cantautore franchit enfin le pas avec une histoire de romantiques qu’il nous conte dans une très belle ballade. C’est simple, brut, authentique, cela se veut sincère et sans fioritures, sans être véritablement générique au contraire de bien des concurrents du style. Et surtout : Tommaso Paradiso, quel interprète ! L’artiste incarne à merveille ce texte qu’il nous fait vivre comme personne. Placé dans le top 5 du jury de la radio et du télévote mercredi soir, et si le romain accrochait l’un des cinq marroquins pour la super-finale samedi soir ?

Tredici Pietro – Uomo che cade
Le fils de la légende Gianni Morandi débarque à Sanremo avec un rap pop contemporain empreint de sonorités vintage qui convoquent l’esprit de la Dolce Vita à l’italienne. Un titre sympathique, estival, qui offre une écoute légère bienvenue. Uome che cade présente aussi une petite dimension cinématographique dans le refrain qui n’est pas sans me séduire. Par contre, le jeune chanteur a intérêt à canaliser davantage son énergie en live.

L’avis de Rémi
Pour être franc, j’étais sorti de la première soirée de ce Sanremo 2026 assez vidé, pour ne pas dire catastrophé d’ennui – la faute à la longueur de la soirée et au mauvais enchaînement de l’ordre de passage. À la réécoute, j’apporte quelques nuances et m’inscrit dans la droite lignée de la presse transalpine fin janvier : cela nous donne donc une édition très uniforme en qualité, si ce n’est trop uniforme. De quoi interroger sur les choix opérés par Carlo Conti, là où son prédécesseur Amadeus avait réussi à hisser le festival à un niveau largement supérieur. Pour avoir soi disant écarté tant de grands noms de la sélection 2026, le niveau était-il si faible que cela ?
Car le constat est là : les catastrophes sont relativement rares mais, à l’inverse, peu de titres sont suffisamment marquants pour accrocher durablement l’oreille du spectateur et susciter l’enthousiasme. Malgré un casting inter-générationnel mêlant jeunes stars et (quand même) quelques grands noms de la scène musicale italienne, beaucoup de propositions restent très conventionnelles et conformistes, à l’instar de cet afflux de sempiternelles ballades qui se ressemblent quasi toutes les unes et les autres, à peu de détails près. D’ailleurs, pourquoi faire chanter à de jeunes artistes des titres qui ne sont pas vraiment de leur âge et de leur fraîcheur ? Certes, la pop et les sons urbains assurent quand même une présence – dans la droite lignée de ce qui marche actuellement dans les charts italiens – mais, là aussi, les titres manquent souvent d’impact.
Alors, qui tire son épingle du jeu à ce jeu-là ? Le seul véritable tube de cette édition : Che fastidio!, le titre électro-disco-pop de Ditonellapiaga, une jeune artiste à qui il manque certes encore de l’assise sur la scène musicale italienne, mais qui explose tout ici. La presse l’avait d’ailleurs classée en tête de l’écoute préliminaire de fin janvier, mais le public semble l’avoir descendue mercredi soir. Je ne m’avancerai donc pas trop d’affirmer que l’Italie risque de commettre l’erreur de ne pas consacrer Ditonellapiaga samedi soir et de l’envoyer à l’Eurovision en mai prochain, où elle garantirait un carton à son pays. C’est ainsi, même si l’adage veut qu’à Sanremo, il ne faut pas s’avouer vaincu ou vainqueur trop vite…
Puisqu’on parle de vainqueure toute désignée (avant que Fedez & Masini opèrent la remontada en cours), il y en a une qui a marqué les esprits – et pas que le mien : Serena Brancale. Il faut dire que l’interprète est tellement transcendante et éblouissante qu’elle parvient à hisser le classique Qui con me au sommet, au point de s’imposer comme l’une des évidentes possibles gagnantes de cette édition. Rappelons toutefois la jurisprudence Giorgia de l’année dernière, arrivée en grande favorite et très largement soutenue par la presse et le jury de la radio, avant d’échouer en sixième position à cause du télévote. La chanteuse barese n’est pas à l’abri de la reproduction d’un tel schéma. Dans la catégorie, je confesse un faible pour Mara Sattei et Levante, mais leurs chances de jouer la victoire ou le top 5 sont très faibles sur le papier, là où je ne comprends pas du tout la hype pour Fedez & Masini, qui pourraient bien l’emporter quant à eux.
Sinon ? Autres favoris de la presse en écoute préliminaire, Maria-Antoniette et Colombre signent l’un des titres les plus frais et les plus punchys de l’édition, mais ne semblent pas en position de jouer les premiers rôles à ce stade. Même si on aimerait enfin voir cette indie pop délicieuse et entraînante l’emporter à Sanremo et porter les couleurs italiennes à l’Eurovision dans un style musical jamais entendu pour son pays. Ermal Meta est bien dans la course avec une chanson aux sonorités rarement entendues de sa part et ô combien d’actualité, Tommaso Paradiso assume son statut de cantautore de l’édition avec force et conviction et un Sayf pourrait tirer son épingle du jeu, pas tant pour le classement général que pour l’après Sanremo, où il pourrait s’imposer comme un nouvel Alfa. Mais sinon, pour l’Eurovision (parce que là est notre sujet), pas grand chose ne se démarque à mon sens…
Conclusion de ce Sanremo 2026 ? Rendez nous Amadeus !!! L’ancien directeur artistique avait réussi à porter le mythique festival au firmament et à le sortir de sa zone de confort, parvenant à l’imposer comme la machine à produire les futurs tubes des charts italiens, mêlant harmonieusement la présence de noms déjà établis et des nouvelles stars de la scène musicale italienne. Depuis son retour en 2025, Carlo Conti s’est hélas inscrit en rupture avec cette vision et opère un retour en arrière triste et suffisant en imposant des sélections uniformes et au terrible manque de relief. Le plus grand festival de la chanson italienne se doit de parler à toutes et tous, quelque soit son âge, son genre et ses goûts musicaux : partant de là, il se doit de proposer au public italien les tubes de demain – et je ne parle même pas de l’Eurovision. Alors, à quand un changement de direction musicale à Sanremo ?
Et vous, que vous évoque cette édition 2026 de Sanremo ? Quel est votre titre favori ? Dites-le nous en répondant au sondage ci-dessous, ouvert jusqu’au samedi 28 février à 20h40 (pile avant le dénouement de Sanremo 2026).
Crédits : Sanremo – RAI










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