Alors que les répétitions débutent en ce jour sur la scène du Wiener Stadthalle, beaucoup d’acteurs de la planète Eurovision y sont allés de leurs prédictions, avec une seule et même question en filigrane : qui pour remporter l’Eurovision 2026 ?

Nous aussi, nous avons décidé de nous lancer dans cette quête du futur vainqueur du Micro de Cristal. Enfin, lancer est un bien grand mot, puisqu’il s’agit surtout d’analyser les prédictions réalisées par plusieurs collègues de la planète Eurovision, ce grâce à de savants calculs mathématiques et autres méthodes statistiques ignorées du littéraire en train d’écrire ces présentes lignes. À défaut d’être capables de procéder à un tel exercice, nous avons regardé avec attention ces prédictions et décidé de vous livrer notre avis sur la question. Ou plutôt mon avis, puisqu’il s’agit exclusivement de celui de l’auteur et non de l’ensemble de la rédaction de l’EAQ.

Pour ce faire, je me suis basé sur trois outils de prédictions :

The Model

Créé en 2024 sur Eurovoix et aujourd’hui publié sur ESC Insight, The Model a été mis en place par James Stephenson. Il a été créé pour répondre à la question suivante : qui gagnerait l’Eurovision à l’Instant T ? Pour ce faire, il convertit l’opinion en données, qu’il met à jour chaque lundi depuis plusieurs semaines afin de voir les tendances qui se dégagent pour chaque pays, tandis que le modèle est quant à lui régulièrement réajusté. Le podcast hebdomadaire « Inside The Model » permet ainsi de livrer les projections en cours, de les analyser et d’en parler avec des invités spéciaux de l’euromonde.

Pour sa dernière projection avant le début des répétitions, vous pouvez retrouver les prédictions de The Model pour les trois shows en cliquant sur le lien ci-dessous. L’analyse complète et l’historique des projections sont également disponibles sur le site d’ESC Insight.

The Model sur le web et les réseaux sociaux :

Dolphin Dane

Dolphin Dane évolue depuis plusieurs années déjà sur X, où il s’amuse à livrer des données statistiques et chiffrées sur l’Eurovision, ainsi que des billets d’humeur. Cette année encore, il a décidé de confier aux eurofans le soin de livrer leurs prédictions via un formulaire, dans lequel ils pouvaient estimer en % les chances pour chaque pays de bien performer au vote des jurys nationaux et au télévote. Ainsi, 327 fans ont participé à l’enquête et, au terme d’une simulation de 100 000 possibilités (!) dans un modèle sophistiqué, Dolphin Dane a délivré le verdict de son système de prédiction.

Dolphin Dane sur les réseaux sociaux :

The Green Room : les frenchies de la bande

Ils ont débarqué sur la planète Eurovision en 2025 avec leurs données et leurs statistiques en tout genre sur l’Eurovision : les français de The Green Room livrent pour la première fois leurs projections sur une édition en cours grâce à un modèle prédictif d’agrégation de plusieurs données. À l’instar de James Stephenson pour The Model, The Green Room met régulièrement à jour ses projections, jusqu’à avoir livré hier ses ultimes prédictions pour la grande finale avant les répétitions, en vertu d’un ensemble de scénarios que nous vous laissons découvrir dans ce thread. Le compte X et Instagram a également livré ses projections pour les demi-finales.

The Green Room sur les réseaux sociaux :

Que disent les projections ?

And the Winner is… FINLAND ! À l’instar de l’OGAE Poll, de l’EuroJury, de l’INFE et des bookmakers, nos trois experts sont unanimes : Linda Lampenius et Pete Parkonnen sont les mieux placés à date pour remporter l’Eurovision 2026. Tous s’accordent également sur une chose : pour la deuxième fois consécutive, le vainqueur du Micro de Cristal pourrait à peine dépasser les 450 points, voir ne remporter ni le vote des jurys nationaux ni le télévote (comme ce fut le cas de Duncan Laurence en 2019).

Derrière, un groupe de pays semble se détacher pour le top 10 : la France (2ème dans les trois simulations, avec le statut de favorite chez les jurys), le Danemark, la Grèce, la Suède, Israël, l’Ukraine et l’Australie (dans un ordre différent selon les projections). Pour clôturer le top 10, les prédicteurs hésitent entre l’Italie (écartée par The Model), la Moldavie (également écartée par The Model), la Tchéquie (favorisée par The Model) et plus étonnamment la Roumanie (écartée par Dolphin Dane). S’agissant du bottom 5, l’Autriche, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Norvège et un qualifié de la demi-finale 1 (Belgique ou Géorgie) semblent avoir les faveurs de leurs pronostics.

Pour la demi-finale 1, nos experts sont unanimes sur les chances de qualification de 8 pays : la Finlande, la Suède, Israël, la Grèce, la Croatie, la Moldavie, la Lituanie et le Monténégro. Les deux dernières places disponibles leur semblent plus incertaines, la Serbie et la Belgique étant citées deux fois, là où la Géorgie et, plus surprenamment, l’Estonie, le sont une fois. Pour la demi-finale 2, huit pays font également l’unanimité chez nos experts : le Danemark, l’Australie, l’Ukraine, Chypre, la Roumanie, la Bulgarie, Malte et la Norvège. Si The Model et Dolphin Dane misent sur la qualification de la Tchéquie et de l’Albanie, The Green Room est en désaccord et mise sur les chances de qualification de la Lettonie et de la surprenante Arménie.

L’avis de Rémi

Les lignes que vous vous apprêtez à lire ont été écrites avant le début des répétitions et donc la diffusion de toute photo/vidéo des prestations. De même, elles n’expriment que la propre opinion de son auteur et n’ont aucune valeur scientifique.

La Finlande, grande favorite logique À quelques jours de l’ouverture officielle de l’Eurovision 2026, de l’avis majoritaire, cette édition se distingue par un manque de propositions réellement compétitives et de relief. Dans un concours relativement présenté comme ouvert il y a peu, la Finlande fait aujourd’hui office de grande favorite évidente. Avec un titre plus-Eurovision-compatible-tu-meurs, accrocheur et très efficace (quand bien même on aurait pu l’entendre au concours en 2015), le duo Linda Lampenius et Pete Parkkonen semble posséder une longueur d’avance logique sur une concurrence relativement faible (mais pas mauvaise pour autant). Pour autant, la Finlande pourrait être le vainqueur au consensus, faute d’une proposition qui suscite davantage l’enthousiasme et fasse l’unanimité au télévote et chez les jurys nationaux (ex : Pays-Bas 2019). De possibles outsiders se cachent toutefois chez les favoris potentiels des différents groupes de votants.

Un couloir pour la France ? Oui mais… Ainsi, la France est solidement accrochée à la deuxième place des projections des trois experts grâce à sa proposition pop-opéra et aux prouesses vocales de Monroe, pile la recette gagnante de JJ en 2025. Dans les trois simulations, notre pays fait figure de favori à la victoire chez les jurys nationaux avec une avance plus ou moins large (20 à 90 points selon les experts) sur l’Australie ou la Finlande. Pas étonnant vu le vote des jurys professionnels en 2024 et 2025. Partant de là, si l’on se souvient que les jurys avaient été décisifs dans la victoire entre 2023 et 2025, la France pourrait de facto trouver une fenêtre d’opportunité dans un tel scénario (option B de The Green Room). Sauf que je suis perplexe. Avec sa stratégie assumée de jouer l’avance chez les jurys (héritée du JESC), la France pourrait bien subir la concurrence de l’Australie sur le même créneau (proposition classique et très bon live) et un vote des jurys plus partagé cette année, surtout que les propositions jury-compatibles ne manquent pas (Malte, Albanie etc.) et que le vote des jurys a été serré à l’EuroJury. Surtout, tant pour l’Australie que pour la France, la perspective d’une victoire suppose d’arriver assez largement en tête des jurys et d’assurer un classement correct au télévote. Or, cela ne me semble guère évident aussi bien pour Monroe que pour Delta Goodrem. Si la deuxième pourrait payer le poids de l’étendard australien (guère attractif au télévote), la première pourrait souffrir d’une chanson formelle, à l’accroche compliquée et trop évocatrice du style JJ l’année précédente. Considérant cela, je m’avance même à trouver le scénario d’une deuxième place de la France bien optimiste chez nos experts, sachant de surcroît que les jurys nationaux auront cette année pour consigne d’évaluer prioritairement la chanson.

Un vainqueur en tête au télévote ? Pour qu’un tel scénario devienne réalité (simulation C de The Green Room), les pays concernés devront emprunter le même chemin que les favoris du jury, mais en inversé : une large avance au télévote, un vote correct des jurys et, en parallèle, des favoris des jurys plombés au télévote ou une Finlande défaillante (ex : KAJ 2025). Cela fait beaucoup de paramètres, mais ce n’est pas impossible si l’on se rappelle la deuxième place surprise d’Israël en 2025. Pour cette année, les trois experts s’accordent à donner au pays une moyenne de 256 points au télévote : en tenant compte d’une déperdition de 10% de points au télévote entre 2024 et 2025, et les nouvelles mesures mises en place par l’UER (réduction du nombre de votes par appareil etc.), la projection semble sur le papier crédible. C’est toutefois oublier la sous-estimation systématique du télévote israélien dans les projections 2024 et 2025 et la capacité de mobilisation hors pair de la diaspora : revoir le pays au-delà des 290 points pour de pures raisons géopolitiques n’est malheureusement pas à exclure. En cas de vote éclaté, la mauvaise surprise d’une victoire israélienne est donc tout à fait possible, même si cela ne me semble pas le scénario A (surtout que les jurys devraient une nouvelle fois faire le travail d’empêchement). L’hypothèse ici présentée est également valable pour l’Ukraine, qui bénéficie de surcroît cette année d’une chanson jury-friendly et d’une interprète remarquable en live.

Le Danemark et la Grèce, les vrais dark horses ? Les deux options ne semblent pas rejetées par les experts. Pour le Danemark, aussi bien The Green Room que moi restons perplexes quant à ses réelles chances, que nous avons du mal à évaluer. De prime abord, je vois difficilement ce genre de titres pouvoir créer un réel landslide au vote des jurys face à des propositions plus classiques et susciter l’adhésion du télévote (ex: Royaume-Uni 2024). Toutefois, le très bon score danois à l’EuroJury vient remettre le pays dans le jeu pour une éventuelle victoire au consensus, chemin sur lequel il devra cependant croiser le fer avec le favori finlandais. Quant à la Grèce, en pleine ascension chez les parieurs, je reconnais sa forte capacité au télévote sur le papier (plus de 200 points), mais suis spontanément plus perplexe de la capacité d’enjaillement des jurés. Toutefois, la Grèce a surpris par sa bonne position au vote des jurys de l’EuroJury : si l’Europe est emportée par la vague Ferto et que les jurys lui offrent une position correcte dans un vote éclaté, la Grèce peut effectivement trouver son couloir vers la victoire (scénario C de The Green Room).

Sinon ? Les projections de The Model, Dolphin Dane et The Green Room me semblent faire état d’hypothèses largement viables, qui pourraient bien préfigurer le futur top 10 de l’Eurovision 2026, avec des mouvements de points déterminants le Jour J : la Tchéquie en mode Suisse 2025 (carton chez les jurys et bide au télévote) – The Model), la Moldavie en mode… Moldavie (un très bon télévote et un score moyen chez les jurys) et l’éternelle Italie (hypothèse exclue de The Model, mais à juste titre soulignée par Dolphin Dane et The Green Room, sachant le réel capital sympathie du pays à l’Eurovision et celui de son charismatique représentant). J’avoue ma perplexité de prime abord pour le scénario d’un top 10 roumain (notamment le fort enthousiasme de mes collègues de The Green Room qui misent sur un télévote à 194 points en finale), mais l’accroche énergique du titre et les capacités en live d’Alexandra Căpitănescu pourraient porter le pays plus haut que prévu. À ce jeu-là, Malte et l’Albanie (voire la Lettonie si qualifiée) ont peut-être une carte à jouer en misant sur un bon vote des jurys et un télévote correct, à condition de ne pas être plombant. Notons l’absence de dynamique chypriote et croate chez nos experts.

Et pour les demi-finales ? Je m’accorde là aussi avec les experts : la demi-finale 1 semble sur le papier moins ouverte que la deuxième.

  • En demi-finale 1, la dernière place pour la qualification pourrait se jouer entre la Belgique et la Géorgie, même si j’ajouterais que la mauvaise surprise d’une élimination monténégrine n’est pas à exclure, sachant que la pays souffre de mauvais résultats structurels au concours. The Green Room fait le pari osé d’une élimination serbe au profit de l’Estonie : le scénario me semble sur le papier improbable, même si Vanilla Ninja pourrait profiter d’un éclatement des votes à partir de la huitième place et – avis personnel – d’un télévote plus favorable que prévu, au détriment du Monténégro par exemple.
  • En demi-finale 2, le jeu semble plus ouvert, tous les pays me semblant pouvoir jouer la qualification sauf l’Azerbaïdjan, seul réel condamné d’office du jeudi sur le papier. Là où la Suisse, le Luxembourg (cf. The Model) ou la Lettonie pourraient bénéficier d’un bon vote des jurys, l’Arménie et la Norvège pourraient à l’inverse être portés par le public, là où l’Albanie pourrait bénéficier d’un consensus décisif pour la qualification. La Lettonie et l’Arménie sont d’ailleurs les deux paris osés de The Green Room dans cette demi (au détriment de l’Albanie et de la Tchéquie) : je suis d’accord pour la Lettonie, largement sous-estimée lors des deux dernières éditions, qui bénéficie d’un jolie capital émotion à mon sens (bien que The Model souligne la présence de ballades plus fortes), là où j’ai davantage de doutes sur le possible couloir pour l’Arménie (qui bénéficiera toutefois du vote français dans la demi). La Tchéquie éliminée surprise ? C’est une option réaliste que je partage avec The Green Room, surtout si la qualification se joue à quelques points et que le télévote est vraiment catastrophique.

Les années précédentes

À la même époque (ou à peu près) en 2024 et en 2025, voilà les projections de The Model (alors publié sur Eurovoix) :

2024

2025

PaysTotal
projeté
Classement
réel
1Suisse480VAINQUEUR
2Italie4527
3Ukraine4083
4Belgique246Éliminé en DF
5Israël2355
6Croatie2242
7Norvège20925 (et dernier)
8Suède2069
9France1894
10Pays-Bas184Disqualifié
11Lituanie18414
12Autriche15924
13Grèce15811
14Portugal12910
15Arménie1028
16Finlande9519
17Estonie9120
18Slovénie88Éliminée en DF
19Chypre8615
20Géorgie8321
21Luxembourg7813
22Pologne71Éliminée en DF
23Irlande706
24Espagne6822
25Royaume-Uni4118
26Allemagne912
PaysTotal
projeté
Classement
réel
1Suède5944
2France5527
3Autriche473VAINQUEUR
4Pays-Bas35512
5Israël3532
6Finlande30711
7Suisse21110
8Tchéquie144Éliminé en DF
9Albanie1308
10Estonie1233
11Belgique115Éliminé en DF
12Grèce1136
13Italie1115
14Norvège9918
15Pologne9514
16Malte9117
17Lituanie8816
18Ukraine819
19Allemagne7515
20Chypre75Éliminé en DF
21Espagne5524
22Royaume-Uni4619
23Australie28Éliminé en DF
24Luxembourg1622
25Islande1325
26Irlande7Éliminé en DF

The Model avait-il eu le nez creux ? Oui… et non. S’il avait visé juste en prédisant la victoire de la Suisse en 2024, la large victoire annoncée de KAJ s’était finalement soldée par une quatrième place à Bâle, derrière le vainqueur JJ et Israël. Là où la France avait été sous-estimée de 5 places avant les répétitions en 2024, Louane avait été à l’inverse sur-estimée par les projections. The Model avait toutefois réussi à trouver l’identité de 7 des futurs classés dans le top 10, dans le désordre et avec des projections jurys/télévote pour certaines peu conformes au résultat final.

En résumé

Bien malin qui pourra prédire l’issue de l’Eurovision 2026, tant de nombreux facteurs influencent le résultat final. Le début des répétitions en ce samedi 2 mai marque le début d’une nouvelle compétition, celle qui déterminera le classement du 16 mai prochain. Les scénographies proposées par les délégations, les qualités d’interprétation en direct des artistes, l’ordre de passage seront autant de paramètres déterminants qu’il est difficile de jauger à l’aveugle. Surtout, l’expérience des années précédentes parlant, il nous faudra nous départir de notre regard « expert » d’eurofan ayant écouté les chansons en boucle, suivi les sélections nationales et connaissant les ressort du concours pour tenter de nous mettre à la place des jurés professionnels (cette année augmentés de 5 à 7 membres par pays, dont 2 jeunes) et du public. Il est par définition impossible de saisir par avance les désirs et les envies du téléspectateur à l’instant T, aussi bien capable de vouloir être embarqué par l’émotion suscitée par une prestation que de vouloir être emporté par une proposition plus joyeuse ou plus pop. Quoiqu’il en soi, la lecture de ces projections à J-15 sera intéressante à analyser a posteriori et, ce, avec l’humilité nécessaire.