Le Festival da Cançao commence aujourd’hui, et les Loreens me pouvaient pas manquer la finale nationale la plus musicale d’Europe. Une sélection malheureusement émaillée de dramas, mais cela n’empêche pas l’autrice de ces lignes d’apporter son regard.


Alors allons-y, et jugeons!


Avis général


Pour vous donner mon opinion en toute honnêteté, j’oscille entre « Le Festival est génial » et « Vas-y, vous soûlez tous! ». Comment voulez-vous vous projeter sur une sélection où 2 candidats seulement ont accepté d’aller à l’Eurovision en cas de victoire? Sans compter celui qui n’a rien dit (à moins qu’il se soit prononcé dans la semaine, pendant que j’étais en rallye, mais si c’est le cas je ne suis pas au courant, et je pars donc du principe qu’il est toujours indécis). Comment voulez-vous vous enthousiasmer pour une sélection où 13 participants sur 16 font figure de plantes décoratives juste venues dans une compétition à deux et demi?

La RTP a, à mon sens, fait une erreur dans sa gestion du festival. (Je ne blâmerai pas l’attitude des artistes; leur choix est regrettable pour la compétition et son bon déroulement, mais chacun est libre de penser ce qu’il veut sur le conflit en cours, alors ce n’est pas à moi de juger le fond ou la raison de leur parti pris). Il eût fallu s’y prendre autrement. Soit s’assurer au préalable que les artistes voulaient bien participer à l’Eurovision en cas de victoire malgré la présence d’Israël, soit (au vu de la situation) procéder à une sélection interne et que cette édition du FDC n’ait plus aucun lien avec le concours 2026. Parce que là, la sélection patauge joyeusement dans un ridicule qui fait honte à la qualité du niveau global.


Évidemment que le line-up est une nouvelle fois extraordinaire. Évidemment qu’il y a et avait des propositions extraordinaires pour l’Eurovision. Mais le choix collectif de ces artistes entache un festival qui méritait bien mieux. Un festival où la dimension musicale est ordinairement reine (et l’est encore), mais qui semble presque dénué d’intérêt en tant que sélection. J’ai donc décidé d’aborder cette édition comme une playlist géante. Puisque l’Eurovision est au second plan, autant juger qui mérite de figurer dans ma playlist personnelle et pourquoi. Alors allons-y, et comme disait Duncan, « Music first ». (Y en a des qui auraient bien besoin de se remémorer cette phrase de temps en temps… BREF!).


J’ajoute également que mon avis n’engage que moi, et que ces loreens reflètent mes goûts, et non pas ceux de la rédaction au global. Alors si désaccord vous avez, c’est à moi qu’il faut se plaindre et pas au reste de mes collègues qui n’auront rien demandé !
Allez, passons tout ce beau monde en revue.

Agridoce – Onde Quero Estar


Un morceau terriblement estival, qu’on a envie d’écouter en roulant vers je-ne-sais-où, pour un voyage apaisant et plein de promesses. C’est ensoleillé, une parfaite musique d’ambiance qui sait vous porter avec elle. Pour l’Eurovision, ça aurait pu se faire oublier, ceci dit. Mais à l’écoute sans intention de gagner, le pari est réussi.


André Amaro – Dá-me a tua Mão


Une chanson qui parvient à mêler pop et sonorités portugaises de façon fine et subtile. Dans l’esthétique, j’ai l’impression d’entendre une proposition monténégrine (j’ai des flashbacks de Adio). Puisque lui veut bien aller à Vienne, on peut le juger en candidat potentiel, et ce serait une très bonne option. La qualification ne serait pas forcément acquise, mais entre deux bops, il pourrait se démarquer, avec le potentiel d’une mise en scène assez poétique. Un pari à tenter pour ne pas avoir de regrets.

Bandidos do cante – Rosa


Que c’est beau! Que c’est beau! Les harmonies du refrain me transportent, la mélodie a ce je ne sais quoi de déchirant. On dirait un mélange entre « Amar pelos dois » et « For you » (Géorgie 2018). Ce serait complètement décalé tant c’est hors du temps, mais c’est tellement suspendu, tellement empreint de mélancolie, que ce serait un choix enthousiasmant pour l’Eurovision (le choix qui m’emballerait le plus en tout cas). Les jurys pousseraient définitivement pour une qualification (surtout si les harmonies rendent bien en live). Ce serait un beau choix.

Bateu Matou – Nos Teus Olhos


Une des chansons les plus intéressantes du lot, riche en ruptures de rythme. Une proposition comme seul le FDC sait nous en offrir. Je ne pense pas que ça aurait été une bonne idée pour l’Eurovision (trop déstabilisante), mais pour ma playlist c’est un grand oui.

Dinis Mota – Jurei


Un des plus gros crève-coeurs de cette édition. C’est chaloupé et nostalgique à la fois, un joyeux fado teinté de pop, avec une voix magnifique et une instrumentale de qualité. Le Portugal n’envoie jamais de chansons dansantes, et j’aurais adoré les voir entraîner Vienne au rythme de ces 3 minutes qui font balancer les hanches et bouger la tête. Une opportunité ultra-manquée et une pépite gâchée, à ma grande tristesse.

Evaya – Sprint


Encore un crève-coeur, avec ce petit bijou de pop expérimentale, qui aurait divisé autant que fasciné à Vienne. J’imaginais déjà la mise en scène. Froide. Hypnotique. Sombre. Entre séduction et danger. J’ai l’impression d’entendre le chant des sirènes. Et le Portugal serait resté dans sa direction artistique si unique, en proposant de la nouveauté musicale et un style inclassable que l’on entend jamais à l’Eurovision. Encore un potentiel gâché, c’est plus que frustrant.

Francisco Fontes – Copiloto


Est-ce que c’est parce que je reviens tout juste d’un rallye (où j’étais moi-même copilote) que cette chanson me touche autant? Probablement pas, mais la coïncidence est assez jolie pour être signalée. Cette chanson est définitivement ma gagnante du festival si l’on prend le line-up au global (même si, entendons-nous bien, même sans les polémiques elle n’aurait eu aucune chance de gagner). C’est d’une douceur folle, douillet comme du coton, réconfortant comme un câlin, avec une mélodie d’une profonde délicatesse. Un moment où le temps se suspend avant de reprendre son cours effréné.

Gonçalo Gomes – Doce Ilusão


Peut-être la chanson la plus Eurovision-friendly du line-up dans sa construction. (Bon c’est dommage, lui non plus veut pas y aller. Tant pis !). C’est dramatique, ça fonctionne extrêmement bien, avec beaucoup de puissance. Je reprocherais un petit manque d’émotion / d’authenticité au global (peut-être un peu trop pop ou fait pour l’Eurovision), mais ça reste une chanson de très belle facture qui promet un très beau live.

Inês Sousa – Um filme ao Contrário


On revient dans cette douceur nostalgique, cette saudade qui hante le festival (et la musique lusophone en général). Le morceau est empli d’une délicieuse mélancolie, et puisqu’on parle de film, il s’en dégage effectivement une ambiance terriblement cinématographique. Parfait pour conclure un film un peu triste, avec une infime lumière d’espoir pour les protagonistes. (Ce serait presque un peu méta pour ce FDC tiens!). Pour l’Eurovision ça n’aurait rien donné, mais ce sera un incontournable de ma playlist, j’en suis persuadée.

Jacaréu et Ana Margarida – O-pi-ni-ão


La seule chanson qui m’a laissée vraiment perplexe. C’est un peu l’OVNI de la sélection. Lui a une façon de chanter très monocorde, presque robotique. Elle est plus expressive, mais elle en ferait presque trop. L’instrumentale est un peu trop répétitive, même s’il y a des bouts intéressants. Je ne pense pas la réécouter de si tôt, et pour l’Eurovision c’était une fausse bonne idée de toute façon.

João Ribeiro – Canção do Querer


Aaaaaaah, la caution jazz du FDC. Il en faut toujours une chaque année, et comme j’adore ce genre (un peu trop souvent boudé par les Eurofans qui l’associent au mieux à de l’élitisme et au pire à de l’ennui mortel), eh bien je suis ravie. Je ne dirai jamais non à la douceur d’une trompette ou d’une batterie à balai. Encore une fois c’est un titre extrêmement doux (ce sera le mot d’ordre de la sélection, visiblement). Un titre qui prend son temps, qui s’enroule autour de vous. Mais pas de manière rassurante, plutôt de manière chaleureuse et tendre. Trop bien pour l’Eurovision, assurément. Trop lent, trop contemplatif pour un concours où tout va si vite. Une petite pépite qui va s’endormir bien au chaud dans ma playlist.

Mariao Marta – Pertenecer


Ne me demandez pas pourquoi, quand j’entends cette chanson, je vois Simba ou Hercule, voire Jim Hawkins (pour les chanceux qui ont connu le trop sous-estimé « La Planète au trésor »). C’est un véritable voyage que nous offre ce titre qui n’a aucune prétention de victoire, mais qui vous touche par sa sincérité épique. J’en suis ressortie avec un sourire jusqu’aux oreilles et l’envie de conquérir le monde, c’est bon signe!

Marquise – Chuva


Ici l’ambiance est bien différente. Plus sombre, plus lourde. J’imagine des garages où s’enferment des petits groupes en devenir, en quête de succès. Des entrepôts à l’esthétique industrielle et inquiétant. Des centres commerciaux à l’abandon où cette chanson passerait dans les vieux hauts-parleurs, comme un écho lointain. C’est un titre qui ne fait pas de cadeau, par un groupe qui a choisi de ne pas se travestir musicalement pour le festival, quitte à paraître inaccessibles. Un rock qui évoque autant KATARSIS que Joan Jets, et qui mérite toute l’attention. Pour l’Eurovision je crains que la proposition n’aurait pas été appréciée à sa juste valeur. Mais tant mieux pour ma playlist.

Nunca Mates o Mandarim – Fumo


Qu’est-ce qu’il est allé faire au Portugal, Leonard Cohen? C’est ce que je me suis dit en entendant la voix du chanteur, à qui il ressemble beaucoup dans les graves. Je crois me souvenir que c’est le groupe choisi par NAPA pour intégrer la sélection, et on comprend immédiatement pourquoi tant le style est similaire. Musicalement, c’est une chanson paresseuse. ATTENTION : d’habitude c’est extrêmement négatif de dire cela, mais ici c’est positif. Le morceau se prélasse, blasé, comme si rien n’avait d’importance. Il s’étire comme un chat fatigué au soleil couchant. C’est toujours aussi sophistiqué mélodiquement, une chanson qui s’écoute plus qu’elle ne se performe. N’aurait pas été un bon plan pour l’Eurovision, pas de regrets.

Sandrino – Disposto a Tudo


SAMBA!!!!!! Pendant trois minutes, me voilà partie au Brésil, emportée par ces rythmes chauds et enivrants. Pour ceux qui me connaissent bien, je dirais que cette chanson est parfaitement Coco-compatible (c’est-à-dire tout à fait en accord avec l’esthétique de la protagoniste du roman que j’écris en ce moment). C’est ensoleillé, ça vous colle une pêche d’enfer, tout en étant aussi attachant et mignon qu’un nounours en peluche. On a envie de la réécouter encore, et encore, et encore. C’est extrêmement addictif, et c’est un bon indicateur de la qualité d’une chanson. Pour l’Eurovision, ce serait tout à fait charmant, alors s’il gagne, j’espère qu’il dira oui.

Silvana Peres – Não Tem Fim


On conclut ces Loreens avec le titre qui se rapproche le plus du fado traditionnel. C’est une chanson qui monte lentement, qui demande de la patience pour l’apprécier pleinement, au fil de l’écoute elle se révèle. Le refrain est magnifique, si harmonieux. Pour l’Eurovision, ça aurait été absolument magnifique.

L’avis de Loreen


En conclusion… Que dire, que dire? Que le Portugal a bien de la chance, parce que les deux seuls qui veulent bien aller à Vienne ont les rares propositions vraiment Eurovision-compatibles, dans une édition extrêmement qualitative, mais où les chansons sont faites pour être écoutées, et n’iraient pas bien loin dans les demi-finales fautes d’être trop qualitatives (mais peu accessibles). Bandidos do Cante ont de loin la proposition qui m’enthousiasme le plus, même si André Amaro se défendrait très bien aussi. Sandrino, si il acceptait d’y aller, serait un choix qui me ferait aussi rudement plaisir.
J’ai tout de même un énorme pincement au coeur pour « Sprint » et « Jurei », qui auraient pu faire figure de fan favorites et de prétendants sérieux à la victoire (surtout « Jurei »). Gonzalo Gomes et Silvana Peres complètent cette liste des potentiels gâchés, mais on peut toujours écouter leurs chansons en boucle, alors on va considérer ça comme un lot de consolation.

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Crédits photo : RTP