Trois semaines après le Concours qui l’avait consacrée, elle s’en est allé rejoindre Michel Delpech, Michel Galabru, Pierre Boulez, la princesse Ashraf, André Courrèges, David Bowie, Alan Rickman, René Angélil, Michel Tournier, Glenn Frey, Ettore Scola, Edmonde Charles-Roux, Terry Wogan, Juliette Benzoni, Boutros Boutros-Ghali, Harper Lee, Umberto Eco, George Kennedy, Roger Cicero, Laurence Chirac, Doris Roberts, Guy Hamilton, Prince, Billy Paul, Martin Gray, Siné et Jean-Claude Decaux. Corry Brokken, la première gagnante néerlandaise de l’Eurovision est décédée, ce 2 juin. Rendons-lui hommage.
Naissance et enfance
Corry Brokken naît à Bréda, aux Pays-Bas, le 3 décembre 1932, presqu’au même moment que Jacques Chirac, Robert Vaughn, Stéphane Audran, Petula Clark et Roy Scheider. Margaret Brown, Peg Entwistle et Florenz Ziegfeld venaient de décéder ; Franklin Roosevelt, d’être élu président des États-Unis ; l’Irak, d’être fondée et le Festival de Venise, d’être inauguré.
Après une enfance marquée par la Seconde Guerre Mondiale, la condamnation de son père pour collaboration et le divorce de ses parents, Corry débute sa carrière professionnelle comme assistante médicale. Sa passion demeure la musique. Grâce à son salaire, elle se paye des cours de chants.
Débuts
Corry fait ses débuts en 1952 : elle chante à la radio et dans des cabarets. En 1954, elle signe son premier contrat d’enregistrement. Elle publie plusieurs chansons en néerlandais, en anglais et en allemand.
Concours Eurovision de la Chanson
En 1956, Corry participe à la toute première sélection nationale néerlandaise pour l’Eurovision. Elle l’emporte avec la chanson Voorgoed Voorbij. Le règlement permettant à chaque pays de présenter deux chansons, Corry est accompagnée à Lugano par Jetty Paerl et son Vogels van Holland.
En 1957, Corry représente à nouveau son pays. Le 3 mars, à Francfort, elle chante Net Als Toen. À l’issue du tout premier vote filmé de l’histoire du Concours, elle remporte cette deuxième édition.
Corry enregistre deux autres versions de Net Als Toen : Tout comme avant et Damals war alles so schön.
En 1958, Corry remporte pour la troisième fois la sélection néerlandaise, cette fois avec Heel De Wereld. Elle devient l’une des cinq artistes à représenter son pays trois années de suite (les quatre autres étant Lys Assia, Udo Jürgens, Ellen Nikolaysen et Valentina Monetta). Hélas, elle échoue à la dernière place, devenant la seule artiste de l’histoire du Concours à avoir terminé à la première et à la dernière place. C’est également la toute première fois qu’un pays-hôte finit à la dernière place.
En 1959, Corry participe pour la quatrième et dernière fois à la sélection néerlandaise. En duo avec Bruce Low sur Mijn Hart & Ik, elle termine à la troisième place. En solo, elle termine à la quatrième place avec Iedere Dag Met Jou et à la septième place avec Kleine Zilv’ren Ster.
Consécration
1960 est l’année de la consécration pour Corry. Elle connaît un premier succès commercial avec De Zigeuners, suivi par sa reprise du Milord d’Edith Piaf, le disque le plus vendu de sa carrière.
La version allemande de cette reprise lui ouvre les portes du marché allemand. Elle poursuit sur cette lancée en adaptant en néerlandais des succès français et allemands.
En 1961, elle entame une carrière de présentatrice à la télévision néerlandaise. En 1967, elle décroche sa propre émission de variétés à la télévision allemande.
Réorientation
Sa carrière s’arrête brutalement au tournant des années 60 et 70. Lors d’une interview, en 1969, Corry critique durement les médias et spectateurs allemands. Ses contrats en Allemagne ne sont plus renouvelés. Elle se recentre sur les Pays-Bas, mais ses disques ne rencontrent plus le succès. La télévision néerlandaise met également un terme à son contrat.
Conny entreprend alors des études de droit. Elle effectue ses dernières apparitions à la télévision. L’une marque les esprits : en 1976, elle présente la 21e édition du Concours Eurovision, à La Haye. Elle est la toute première participante et gagnante de l’histoire du Concours à devenir présentatrice.
En 1981, Conny obtient son diplôme et entame une carrière d’avocat. En 1988, elle est nommée juge.
En 1995, Corry reçoit un prix d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Elle décide de remonter en scène. En 1997, elle délivre les points des Pays-Bas à l’Eurovision. En 1998, elle met un terme à sa carrière de juge. Elle donne de nombreux concerts, publie ses mémoires et participe à plusieurs projets artistiques.
En 2007, elle interrompt sa carrière pour des raisons médicales. Sa santé étant devenue fragile, Conny se retire de la vie publique. Elle décède cette année, à l’âge de 83 ans.
Bonus
Corry a également adapté en néerlandais des chansons de l’Eurovision. Saurez-vous les reconnaître ?
Pour être honnête, je ne m’intéresse que très peu aux Eurovision avant 2000 mais c’est toujours triste de voir un gagnant partir.
A la liste des disparus de cette année, j’y ajoute Hubert Mounier, un départ brutal qui m’a retournée à quelques jours de l’Eurovision 🙁
C’est tellement joli « Net als toen », ça m’enveloppe. J’adore les premières chansons de l’Eurovision.
J’ai cru reconnaître « Tu t’laisses aller » à l’écoute de « Mijn ideaal ».
Je découvre « Nancy », j’aime beaucoup, on dirait du Nat King Cole. La vidéo apparaît deux fois, je pense qu’à la place on aurait peut-être dû voir Corry présentant l’ESC 76… non ?
Je suis admirative de cette reconversion, chanteuse puis avocate puis juge, woowww !!!!
J’adore la vidéo de 95, l’ambiance dans la salle, le p’tit monsieur à lunettes avec sa rose. Et Corry est vraiment super jolie et la voix est intacte, c’est bluffant.
Jolie carrière, triste disparition 🙁
Légère erreur de lien ! Mea culpa…
Voici le lien vers l’ouverture du Concours 1976 : https://youtu.be/lYtrhiL6_5E
R.I.P Corry…
C’est toujours triste d’apprendre qu’une personne qui a fait la gloire de ce Concours à une époque s’en est allé. Que Corry repose en paix.
Et je n’en reviens pas qu’elle soit devenue avocate à plus de 50 ans, et nommée juge à 56 ans! C’est, je pense, une preuve que Corry n’était pas du genre à se laisser abattre ou se fixer des limites. Je ne la connaissais pas plus que ça, mais cette perte est bien triste…
Honte à moi, mais j’avoue que je n’aurais pas trop sur dire si Corry était encore de ce monde ou pas. Désormais elle ne l’est plus mais elle nous laisse une magnifique chanson, « Net als toen ». La vidéo ci-dessus de sa prestation vers la fin des 90’s semble-t-il est très belle et très émouvante et bravo à elle pour la grande carrière qu’elle a réalisée durant les 60’s. Corry était incontestablement une grande dame.
C’est une partie de l’eurovision que je ne connais pas vraiment car je n’étais pas née , c’est pour cela qu’il est important d’en parler car l’eurovision s’est construit grâce aux artistes de la première heure.Après lecture de cet article , je m’aperçois que je ne sais pas vraiment qui a gagné les premiers concours de l’eurovision à part Lys Assia.Je me rends compte que Corry Brokken a des liens très forts avec l’eurovision vu le nombre de tentatives et de participations à ce concours.Qu’elle repose en paix!
C’est une artiste avec un grand A qui nous a quitté. Une page importante du concours ainsi que de la chanson néerlandaise se tourne.
Lorsque j’entend sa version française de Net als toen, je ne peux m’empêcher de penser à son compatriote Douwe Bob qui avait une prononciation parfaite de notre langue à l’Euroclub lorsqu’il a repris avec Amir « C’est une belle histoire » de Michel Fugain. J’avais que la comparaison me touche.
Dank u wel en tot ziens Mevrouw Brokken !
PS: sans vouloir gâcher ton article et ce moment de recueillement, Jacques Chirac est bien né la même année que Corry non ?
Désolé, j’ai mal lu, je n’avais pas remarqué le point séparant les deux énumérations. Mea culpa