Hello, chers fidèles lecteurs de l’EAQ ! ! !

            Comme trois ans plus tôt, l’UER se trouve confronté en 1996 à un problème de taille : un trop grand nombre de pays souhaite participer au Concours. Le système de relégation employé les deux années précédentes n’ayant pas vraiment donné satisfaction, elle décide d’en revenir à une présélection – toutefois bien différente de celle de Ljubljana. Voyons tout cela ensemble et décortiquons la…

PRÉSÉLECTION AU CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

organisée le vendredi 29 mars 1996

L’organisation du Concours

Très peu de temps après la victoire de la Norvège au Concours 1995, l’UER décide que le nombre de nations ayant participé à cette édition est celui qu’il faut adopter définitivement, et ne pas le dépasser. Le plafond de 23 concurrents est donc conservé. Problème : 29 pays souhaitent concourir face au vainqueur sortant (tous ceux ayant en fait déjà pris part à la grande fête européenne, à l’exception de l’Italie, de la Lituanie, du Luxembourg, de Monaco et du Maroc, qui boudent dans leurs coins, et de la Yougoslavie, toujours refoulée). Il est hors de question pour les instances dirigeantes d’organiser une finale à 30, qui serait extrêmement coûteuse pour l’organisateur et interminable pour le public et les téléspectateurs. La première solution envisagée est donc de reconduire le système de relégation utilisé en 1994 et 1995. Mais l’Allemagne, arrivée dernière un an plus tôt, proteste haut et fort et parvient à convaincre l’UER (qui ne souhaite pas se passer de son plus gros contributeur financier) de revenir à une présélection, comme en 1993.

La première présélection, en 1993

Sauf que ce prologue slovène n’opposait à l’époque que sept nouvelles nations souhaitant faire leur entrée. Là, à part l’Ex-République Yougoslave de Macédoine, tous les postulants se sont déjà alignés au moins une fois au Concours, et l’UER ne voit pas bien ce qui pourrait justifier une préférence pour certains pays plutôt que pour d’autres. Elle opte par conséquent pour une qualification très différente : les jurys de chaque pays inscrit voteront comme d’habitude pour leurs dix propositions favorites à partir d’enregistrements fournis par les 29 diffuseurs volontaires, la Norvège étant la seule à se voir offrir une place directe en finale.

Les chansons candidates

1. AUTRICHE : Weil’s dr guat got par George Nussbaumer (né en 1963)

        Paroles et Musique : Mischa Krausz & George Nussbaumer                           Sélection : interne

            Après plusieurs classements extrêmement médiocres, l’ÖRF décide de changer complètement son fusil d’épaule et sélectionne en interne un pianiste et chanteur spécialiste du gospel. Deuxième candidat aveugle après l’Espagnol Serafín Zubiri, celui qui a déjà gagné dans son pays le surnom de Voix Noire de l’Autriche interprète dans le dialecte des Pré-Alpes (une grande première) une chanson qu’il a lui-même écrite et composée avec celui qui avait signé Die Welt dreht sich verkehrt un an plus tôt.

2. BOSNIE-HERZÉGOVINE : Za našu ljubav par Amila Glamočak (née en 1966)

        Paroles : Adnan Bajramović                            Musique : Sinan Alimanović, Adnan Bajramović & Aida Frijak                        Sélection : 1ère place à Eurosong BiH présenté par Ismeta Krvavać le jeudi 7 mars 1996 à Sarajevo

            Désignée par le diffuseur national comme unique concurrente de la sélection bosniaque, la jolie Amila Glamočak y interprète huit chansons devant un jury d’experts. Celui-ci décide que la dernière, Za našu ljubav, une ballade romantique portée par la très belle voix de la jeune femme, est celle qui a le plus de chance de plaire aux jurys européens. Les attentes sont grandes, car les trois premières contributions du pays n’ont obtenu qu’un milieu de tableau.

3. BELGIQUE : Liefde is een kaartspel par Lisa Del Bo (née en 1961)

        Paroles : Daniel Ditmar                                  Musique : John Terra & Siirak Brogden        

            Sélection : 1ère place à De Gouden Zeemeermin le mercredi 6 mars 1996 à Knokke

            Après son échec face à Barbara Dex trois ans auparavant, Lisa Del Bo remporte assez facilement la finale belge. Son titre, qui fait immanquablement penser à ceux d’Elli et Jacno de la fin des années 70, est très entraînant et plein de bonne humeur. Le Plat Pays table donc sur un Top 10 qu’il n’a plus atteint depuis son unique victoire en 1986.

4. SUISSE : Mon cœur l’aime par Kathy Leander (née en 1963)

        Paroles et Musique : Régis Mounir                                                                Sélection : interne

            Spécialiste des résultats en dents de scie depuis une quinzaine d’années, la Suisse fait en 1996 confiance à une jeune chanteuse, Kathy Leander, qu’elle sélectionne en interne. La chanson qu’elle propose n’est pas désagréable à écouter, certes, mais elle fait preuve d’un très grand classicisme, qui n’est peut-être plus ce que le public attend. La qualification n’est donc pas assurée pour le pays qui a créé le Concours.

5. CHYPRE : Móno gia más par Constantinos (né en 1977)

        Paroles : Rodoula Papalambrianou                  Musique : Andreas Giorgallis 

Sélection : 1ère place à la finale chypriote le mardi 5 mars 1996 à Limassol

            Alors que l’Île d’Aphrodite décroche depuis quelques années des milieux de tableau mérités au Concours, c’est une chanson dont le texte a été écrit par la même autrice que sa contribution la plus mal classée (en 1993) que le public décide de sélectionner pour Oslo. Le jeune Constantinos ne manque pourtant pas de charme, il sait en jouer, et ne fait pas regretter la deuxième élimination consécutive du beau Michael Hajiyanni – qui foulera enfin la scène de l’Eurovision deux ans plus tard.

6. ALLEMAGNE : Blauer Planet [Planet of blue] par Leon (né en 1969)

        Paroles et Musique : Hanne Haller    

            Sélection : 1ère place à Ein bißchen Glück le vendredi 1er mars 1996 à Hambourg

            Bien décidée à effacer l’affront qui lui a été fait à Dublin, l’Allemagne pense faire fort un an plus tard : un titre dans l’air du temps, écrit et composé par celle qui avait signé Für alle (deuxième derrière la Norvège en 1985) et porté par un jeune garçon énergique. Le public vote en masse pour lui lors de la finale télévisée, lui accordant 38% des voix. Les bookmakers semblent aussi considérer que la qualification ne posera pas problème. L’avenir prouvera néanmoins qu’au Concours, il n’y a pas de certitude. À l’époque.

7. DANEMARK : Kun med dig par Martin Loft (né en 1965) & Dorthe Andersen (née en 1968)

        Paroles : Keld Heick                                       Musique : Jascha Richter      

Sélection : 1ère place au Dansk Melodi Grand-Prix le samedi 9 mars 1996 à Copenhague

            Sixième couple danois à obtenir son billet pour la grande fête européenne, Dorthe et Martin gagnent largement leur sélection nationale, avec quatre fois plus de voix que leur dauphin. Cette victoire n’est pas une surprise, le texte de leur chanson étant signé par celui qui a écrit les paroles des plus grands tubes de Tommy Seebach et de Hot Eyes. Mais comme pour la Suisse, le pays de la Petite Sirène ne semble pas se rendre compte que le Concours a évolué, et que ce qui a fonctionné hier n’est peut-être plus au goût du jour…

8. ESTONIE : Kaelakee hääl par Maarja-Liis Ilus (née en 1980) & Ivo Linna (né en 1949)

        Paroles : Kaari Sillamaa                                 Musique : Priit Pajusaar                                            

Sélection : 1ère place à Eurolaul le samedi 27 janvier 1996 à Tallinn

            Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’Estonie ne semble pas prête en 1996 à dépenser beaucoup d’argent pour sa sélection. On peut la comprendre après une élimination en présélection et une avant-dernière place obtenue deux ans plus tôt. Mais la finale nationale ne paraît pas être une des grandes préoccupations du diffuseur : certains candidats retenus ne sont même pas présents, et ne sont diffusés que des vidéo-clips de leurs contributions ! L’une des artistes n’envoie même que la bande-son de sa chanson :O Le résultat de la soirée lui-même est discutable : arrivé premier ex-æquo, le duo formé de la toute jeune Maarja-Liis Ilus et du vétéran Ivo Linna est désigné de manière assez obscure pour représenter la république balte en Norvège.

9. ESPAGNE : ¡ Ay, qué deseo ! par Antonio Carbonell (né en 1969)

        Paroles et Musique : Antonio, Juan & Josemi Carmona                                 Sélection : interne

            Pour la première fois depuis 1983, la TVE décide d’envoyer au Concours une chanson typiquement flamenco – alors que le premier essai n’avait pas du tout été concluant avec un zéro pointé. Cette fois-ci, c’est un jeune chanteur d’origine gitane qui est approché pour défendre ce style, forcément très clivant. Membre d’une famille entièrement dévouée à ce genre musical, Antonio Carbonell n’a d’amateur que le bon côté du terme, et entend bien emporter l’adhésion des juges.

10. FINLANDE : Niin kaunis on taivas par Jasmine (née en 1976)

        Paroles et Musique : Timo Niemi                   Sélection : 1ère place à Euroviisut le mardi 5 mars 1996 à Espoo

            À défaut d’avoir un bon palmarès au Concours, la Finlande a une très bonne mémoire : elle se souvient que La Dolce Vita, le titre hispanisant proposé par Anneli Saaristo, a décroché une 7ème place historique pour le pays en 1989. Elle opte donc pour une chanson qui met à nouveau les guitares en valeur, interprétée par une jeune fille d’origine tsigane, Jasmine Valentin. Sa victoire à l’Euroviisut ne fait pas un pli : elle engrange presque deux fois plus de voix que l’artiste arrivée deuxième et repousse sur la troisième marche du podium le pauvre Kirka, qui participait pour la 13ème fois de sa carrière à la sélection nationale ! ! !

11. FRANCE : Diwanit bugale par Dan Ar Braz (né en 1949) & L’Héritage des Celtes

Paroles et Musique : Dan Ar Braz                                                                 Sélection : interne

            Déterminée à défendre les différents styles musicaux de notre pays, France 2 a également bien compris que la musique celte fait particulièrement recette au Concours : trois victoires consécutives pour l’Irlande, suivie d’une pour la Norvège grâce à un groupe où figure une violoniste originaire de la verte Erin. Elle décide donc de faire appel au Breton Daniel Le Bras, complice du célèbre Alan Stivell depuis deux décennies, et à la formation qu’il a montée en 1992, L’Héritage des Celtes. Son effectif est évidemment réduit (elle comporte à l’origine 75 musiciens !) et une vraie promotion du titre – en breton, grande première – est mise en place de manière à assurer à l’Hexagone un neuvième Top 10 consécutif…

12. ROYAUME-UNI : Ooh… Aah… Just a little bit par Gina G (née en 1970)

        Paroles : Simon Tauber                                  Musique : Steve Rodway        

            Sélection : 1ère place à A Song for Europe présenté par Terry Wogan le vendredi 8 mars 1996 à Londres

            Deuxième chanteuse australienne à représenter le Royaume-Uni au Concours après Olivia Newton John en 1974, Gina Gardiner remporte haut la main la sélection britannique, avec plus de voix que tous ses adversaires réunis. Installée à la première place des charts nationaux, elle fait figure de favorite pour Oslo. La qualification semble dès le départ acquise, et une victoire finale paraît l’issue la plus probable.

13. GRÈCE : Emis forame to himona anixiatika par Marianna Efstratiou (née en 1955)

        Paroles : Iro Trigoni                                      Musique : Costas Bigalis         Sélection : interne

            Détentrice sept ans plus tôt d’un des derniers Tops 10 grecs, Marianna Efstratiou est choisie en interne pour interpréter en Norvège une chanson composée par Costas Bigalis – candidat hellène en 1994. Le titre est indubitablement caractéristique de la musique du pays, mais tout cela manque quand même d’originalité, la voix n’est guère puissante et on attend en vain une montée qui ne vient pas. Bref, comme Diri Diri, une chanson pas le moins du monde inoubliable.

14. CROATIE : Sveta ljubav par Maja Blagdan (née en 1968)

        Paroles et Musique : Zrinko Tutić                 Sélection : 1ère place au Dora le dimanche 3 mars 1996 à Opatija

            Ayant dû s’incliner devant le groupe Put en 1993, Maja Blagdan prend sa revanche trois ans plus tard en battant à plate couture ses adversaires, parmi lesquels Novi Fosili, Srebrna Krila, Naim Ayra (dudit groupe Put) et Ivan Mikulić (futur candidat en 2004). La jolie rousse va donc pouvoir démontrer à Oslo l’étendue de ses capacités vocales, sur une chanson écrite par celui qui avait déjà signé Zeljo moja en 1986 et Hajde da ludujemo en 1990.

15. HONGRIE : Fortuna par Gjon Delhusa (né en 1953)

        Paroles et Musique : Gjon Delhusa     Sélection : 1ère place à A cèl : Oslo le samedi 24 février 1996 à Budapest

            Auteur – compositeur – interprète très célèbre dans son pays depuis une vingtaine d’années, Gjon Delhusa gagne le droit de représenter son pays au Concours grâce à sa victoire à sa sélection nationale. Il espère que son destin ressemblera plus à celui de Friderika Bayer que de Csaba Szigeti. Malheureusement pour lui, il va marcher dans les pas d’Andrea Szulák…

16. IRLANDE : The Voice par Eimear Quinn (née en 1972)

        Paroles et Musique : Brendan J. Graham

Sélection : 1ère place à Eurosong présenté par Pat Kenny le dimanche 3 mars 1996 au Point Theatre de Dublin

            Jamais rassasiée de victoire, l’Irlande décide en 1996 de faire à nouveau confiance à Brendan J. Graham, l’auteur – compositeur qui avait permis au pays de remporter un sixième trophée historique deux ans plus tôt. Cette fois, la contribution va être interprétée par une jeune fille, membre un temps du collectif Anúna qui s’était produit pendant l’entracte en même temps que les danseurs de Riverdance en 1994. Dans cette décennie où tout ce qui sonne celte réussit au mieux, les espérances sont très grandes… Mais le pays ne va-t-il pas finir par lasser ?

17. ISRAËL : Shalom olam par Galit Bell (née en 1973) 

        Paroles et Musique : Eyal Madani & Doron Vitenberg                                              

Sélection : 1ère place à Kdam Erovizyon le jeudi 29 février 1996 à Moshav

            Après la jolie huitième place obtenue par Liora à Dublin, Israël aimerait bien tutoyer encore une fois les sommets avec une jeune chanteuse. Gagnante de la sélection nationale où elle a relégué au dixième rang l’ancien vainqueur Izhar Cohen, Galit Bell tente de marcher dans les traces de Dafna Dekel, elle aussi classée dans les dix premiers. Mais les choses ne vont pas vraiment se passer comme prévu…

18. ISLANDE : Sjúbidu par Anna Mjöll (née en 1970) 

        Paroles et Musique : Anna Mjöll Ólafsdóttir & Ólafur Gaukur Þórhallsson   Sélection : interne

Malgré deux échecs consécutifs à la sélection islandaise, Anna Mjöll réussit à se faire remarquer par les dirigeants du diffuseur local, lesquels lui demandent de représenter le pays à l’Eurovision sans passer par une finale télévisée. La jeune femme propose donc un titre très piano – bar, style tout à fait inédit au Concours. Judicieuse intuition de sa part, car parmi 29 chansons présentées, seules les plus originales ont une chance de se qualifier. Elle en est sûre, la légèreté de son titre et son second degré ne peuvent qu’emporter l’adhésion.

19. EX-RÉPUBLIQUE YOUGOSLAVE DE MACÉDOINE : Samo ti par Kaliopi (née en 1966)

            Paroles et Musique : Kaliopi Grill      

            Sélection : 1ère place à la finale macédonienne le dimanche 3 mars 1996 à Skopje

            Pour sa première tentative au Concours, l’ex-République Yougoslave de Macédoine organise une finale avec vingt titres issus de deux demi-finales. On est bien loin de la sélection de l’Estonie ! C’est la grande star locale, Kaliopi Bukle, qui l’emporte avec une chanson aux influences jazz qu’elle a elle-même écrite et composée. Parmi ses adversaires, deux futures Eurostars : Tijana Todevska et Karolina Goceva, qui prennent déjà rendez-vous avec le Concours. Ce sera toutefois un faux départ pour l’ERYM, forcée de patienter encore un peu avant de se produire sur la scène de la plus grande compétition musicale européenne.

20. MALTE : In a woman’s heart par Miriam Christine (née en 1978)

            Paroles : Alfred Sant                                    Musique : Paul Abela

            Sélection : 1ère place au Festival Tal-Kanzunetta Maltija le samedi 27 janvier 1996 à La Valette

Systématiquement classé parmi les dix premiers depuis son grand retour en 1991, l’archipel européen espère continuer sur sa lancée avec Miriam Christine. La toute jeune fille (elle n’a que 17 ans) est née au Brésil, mais a commencé sa carrière à Malte il y a maintenant plusieurs années. Battue un an plus tôt par Mike Spiteri en finale nationale, elle ne fait qu’une bouchée de ses concurrents (Renato Micallef, Georgina Abela, Debbie Scerri ou Claudette Pace) avec un titre furieusement actuel écrit par l’auteur de Keep me in mind et le compositeur de Could it be ? Mais ce qui est à la mode se démode forcément très vite… 

21. PAYS-BAS : De eerste keer par Maxine (née en 1970) & Franklin Brown (né en 1961)

            Paroles : Piet Souer & Peter Van Asten          Musique : Peter Van Asten    

            Sélection : 1ère place à Nationaal Songfestival le dimanche 3 mars 1996 à Almere

            Particulièrement blessé par le classement catastrophique de Willeke Alberti en 1994 et la relégation qui s’en est suivie, le public néerlandais décide de faire confiance à l’étrange duo formé par la toute petite Maxine et l’ancien policier Franklin Brown. En finale nationale, ils interprètent une chanson écrite et composée par des récidivistes au Concours (on doit à l’un ou à l’autre De Troubadour, I See a Star, Sing me a Song et Ik hou van jou). La première partie du contrat est remplie avec la victoire à la sélection néerlandaise, reste maintenant à se qualifier pour Oslo.

22. POLOGNE : Chcę znać swój grzech par Kasia Kowalska (née en 1973)

            Paroles : Kasia Kowalska                                Musique : Robert Amirian                   Sélection : interne

            Pour la troisième année consécutive, la TVP décide de remettre la charge de défendre les couleurs nationales dans les mains d’une jeune chanteuse à la voix impressionnante. Choriste derrière Bob Dylan lors de sa tournée en Pologne, Kasia Kowalska, qui a décroché en 1994 un triple album de platine, propose une chanson très orchestrée sur un texte de sa propre plume. L’ambiance est sombre, le timbre magnifique et l’interprétation une nouvelle fois de haut niveau.

23. PORTUGAL : O meu coração não tem cor par Lúcia Moniz (née en 1976)

            Paroles : José Fanha                                      Musique : Pedro Osório                      

Sélection : 1ère place au Festival da Canção Portuguesa le jeudi 7 mars 1996 à Lisbonne

            Après dix ans à végéter en bas de tableau, le Portugal a enfin connu l’ivresse des (petits) sommets en intégrant le Top 10 à trois reprises en cinq éditions. La RTP est bien décidée à continuer dans cette voie, et croit très fort à un excellent classement avec la gagnante de la sélection nationale, Lúcia Moniz. Celle que l’on verra quelques années plus tard dans le film Love Actually auprès de Colin Firth apporte une fraîcheur bienvenue à sa chanson légère comme une bulle de savon. Et si le pays remportait enfin un premier trophée ?

24. ROUMANIE : Rugă pentru pacea lumii par Monica Anghel (née en 1971) & Sincron

            Paroles : Mirela Voiculescu Fugaru                 Musique : Cornel Fugaru                     

Sélection : 1ère place à la Selecţia Naţională le vendredi 8 mars 1996 à Bucarest

Après un premier essai infructueux en 1994, Monica Anghel gagne enfin le droit de représenter son pays en remportant la finale roumaine devant Dida Drăgan, la candidate malchanceuse de la présélection de 1993. Parmi les trois titres qu’elle interprète lors de la Selecţia Naţională, c’est le dramatique Rugă pentru pacea lumii qui remporte les suffrages du public. Mais tout n’est pas fait, il faut encore que Monica parvienne à éviter l‘élimination qu’a dû subir Dida à Ljubljana.

25. RUSSIE : Ya eto ya par Andrey Kosinskiy (né en 1957)

            Paroles et Musique : Andrey Kosinskiy & Nikolai Denisov                  

Sélection : 1ère place à la finale russe présentée par Youddiph le samedi 2 mars 1996 à Moscou

            Déjà très célèbre à l’époque de l’Union Soviétique, Andrey Kosinskiy s’aligne en 1996 à la sélection russe dans l’espoir de succéder à Philipp Kirkorov comme candidat de son pays. Sa grande notoriété lui assure le billet nécessaire, mais comme nombre de ses concitoyens, sa renommée n’a pas dépassé les frontières des pays de l’Est, et la qualification pour Oslo – décidée par des jurés qui ne le connaissent pas nécessairement – n’est pas assurée.

26. SUÈDE : Den Vilda par One More Time

            Paroles : Nanne Grönvall                                Musique : Peter Grönvall                    

Sélection : 1ère place au Melodifestivalen présenté par Siw Malmkvist le samedi 24 février 1996 à Älvsjö

C’est toute une série de récidivistes qui se présentent en cette année 1996 pour obtenir leur ticket chez le voisin norvégien : Lotta Engberg et Frank Ådahl (participants suédois aux Concours 1987 et 1990) se retrouvent opposés au groupe One More Time – formé de Peter Grönvall (le fils de Benny Andersson de ABBA), de sa femme Nanne et de Maria Rådsten, toutes deux candidates à deux reprises au Melfest par le passé. Ce sont ces derniers qui se voient attribuer la possibilité de défendre les couleurs de leur pays à Oslo, avec une chanson un peu enfantine, qui fait clairement penser à L’Enfant au tambour.

27. SLOVÉNIE : Dan najlepših sanj par Regina (née en 1965)

            Paroles et Musique : Aleksander Kogoj                                                        

Sélection : 1ère place à EMA présenté par Tajde Lekše le samedi 10 février 1996 à Ljubljana

Comme plusieurs de ses adversaires d’un soir, Regina prend sa revanche lors de sa sélection nationale après un premier échec trois ans plus tôt. De son vrai nom Irena Kogoj, le jeune femme (dont on découvrira en Norvège qu’elle attend un enfant) relègue à la 5ème place Vili Resnik, futur candidat slovène en 1998, avec une chanson écrite et composée par son mari Aleksander.

28. SLOVAQUIE : Kým nás máš par Marcel Palonder (né en 1964)

            Paroles : Jozef Urban                                   Musique : Juraj Burian                        Sélection : interne

            Une élimination en présélection en 1993. Un classement très médiocre un an plus tard, qui vaut au pays une relégation en 1995. Le bilan est bien faible pour la Slovaquie, qui espère redorer son blason avec cette troisième contribution… que je trouve personnellement assez plate. Tout cela manque un peu de relief et donne une furieuse envie de parodier le grand Jacques : « Chauffe, Marcel ! ! ! »

29. TURQUIE : Beşinci mevsim par Şebnem Paker (née en 1977)

        Paroles : Dr. Selma Çuhacı                             Musique: Levent Çoker

            Sélection : 1ère place à Şarkı Yarışması le samedi 17 février 1996 à Ankara

            Peu habituée aux bons classements, la Turquie ne sait jamais trop que faire pour plaire aux jurys européens. Présenter un titre typiquement turc ? Proposer une chanson plus pop, reflet de ce que ses voisins produisent ? Ou faire un mélange des deux ? Le pays n’a pas vraiment trouvé la clé du succès jusqu’à présent. Toutefois, la chanson qui gagne la sélection nationale semble un peu plus marquante et laisse espérer un deuxième Top 10 après celui de Klips ve Onlar en 1986.

Le vote et les résultats

            Les jurys nationaux s’étant réunis pour décider des dix chansons auxquelles ils souhaitent attribuer des points, un classement des 29 contributions est établi afin de déterminer quels seront les sept pays qui seront recalés pour la grande finale norvégienne. À l’origine, ces suffrages devaient rester secrets, de manière à ce que les jurys le soir du 18 mai ne soient pas influencés. Mais les résultats fuitent, et tous sont connus avant même que les délégations ne se rendent à Oslo. Ainsi, on apprend que la Suède est arrivée en tête des votes devant l’Irlande et le Royaume-Uni, et que les pays les plus mal classés (donc, éliminés) sont l’Allemagne, le Danemark, la Hongrie, Israël, l’Ex-République Yougoslave de Macédoine (qui rate par conséquent son entrée), la Roumanie et la Russie.

Le choc est énorme en Allemagne, qui, en dépit de ses protestations contre le système de relégation, se retrouve malgré tout empêchée de se produire en Norvège. Stupéfaite de voir sa contribution, qu’elle juge très bonne, renvoyée chez elle sans possibilité de la présenter aux téléspectateurs européens, le pays de Nicole et de Katja Ebstein va user de toute son influence (financière) auprès de l’UER pour faire à nouveau modifier l’article du règlement décidant des éliminés. Il est inconcevable pour elle qu’elle ne participe pas à une finale du Concours ! ! !

 P L A C ES C O R E
Autriche680
Bosnie-Herzégovine2129
Belgique1245
Suisse867
Chypre1542
Allemagne2424
Danemark2522
Estonie5106
Espagne1443
Finlande2226
France1155
Royaume-Uni3153
Grèce1245
Croatie1930
Hongrie2226
Irlande2198
Israël2812
Islande1059
E.R.Y.Macédoine2614
Malte4138
Pays-Bas963
Pologne1542
Portugal1832
Roumanie2911
Russie2614
Suède1227
Slovénie1930
Slovaquie1738
Turquie769

Mon Top 10

            Je n’ai jugé ces 29 chansons que sur les clips vidéos proposés, ce qui fait que mon Top 10 est sensiblement différent de celui que j’ai établi lors de la finale du 18 mai. J’ai en effet trouvé que certains titres s’étaient vraiment révélés lors de la prestation en direct, souvent améliorés par une interprétation bien meilleure que prévue.

  1. POLOGNE : Chcę znać swój grzech par Kasia Kowalska (LE chef-d’œuvre de cette édition)
  2. ROYAUME-UNI : Ooh… Aah… Just a little bit par Gina G (c’est très dansant, et vraiment agréable à écouter)
  3. BELGIQUE : Liefde is een kaartspel par Lisa Del Bo (pour l’énergie et le parfum 70s)
  4. FINLANDE : Niin kaunis on taivas par Jasmine (j’aime le rythme, le son des guitares et la langue finnoise)
  5. SLOVÉNIE : Dan najlepših sanj par Regina (Irena est à croquer, et elle chante très bien)
  6. ESTONIE : Kaelakee hääl par Maarja-Liis Ilus & Ivo Linna (pour le mariage des deux voix, et des deux générations)
  7. PORTUGAL : O meu coração não tem cor par Lúcia Moniz (parce que c’est plein de joie et de bonne humeur)
  8. BOSNIE-HERZÉGOVINE : Za našu ljubav par Amila Glamočak (très jolie chanson et très belle voix)
  9. E.R.Y. MACÉDOINE : Samo ti par Kaliopi (pour la performance vocale et le style si différent)
  10. ISLANDE : Sjúbidu par Anna Mjöll (pour l’hommage aux grands de la chanson, et parce que c’est sans prétention)

Lanterne rouge : SLOVAQUIE : Kým nás máš par Marcel Palonder (d’un ennui mortel, et ce n’est même pas bien chanté)

            Voilà pour la présentation des chansons candidates et pour mon classement personnel. J’attends les vôtres avec impatience dans les commentaires ci-dessous (date limite : samedi 19 septembre à 23h59). N’oubliez pas que vous ne pouvez pas attribuer de points à la Norvège, déjà qualifiée pour la finale ! ! !

            Concernant cette finale, justement. Deux possibilités se présentent :

  1. Nous conservons la finale telle qu’elle s’est déroulée le 18 mai 1996 et nous votons pour les 23 titres qui y ont été présentés.
  2. Nous mettons en place une finale différente, avec les 22 titres que nous aurons qualifiés lors de ce tour de vote (en plus de la Norvège).

Personnellement, je n’ai de préférence pour aucune des ces possibilités, votez donc grâce au sondage ci-dessous. Votre choix sera le mien 🙂 Bonne semaine à vous, et à très bientôt ! ! ! Et surtout, prenez bien soin de vous et de vos proches.

RÉSULTATS DES VOTES : Peut-être déçus de voir que la majorité des lecteurs avait opté pour voter lors du prochain scrutin pour la vraie finale d’Oslo, seuls 21 votants ont exprimé (dans les temps :P) leurs préférences. Il faut reconnaître que c’est un peu dommage d’être passé à côté d’une belle occasion de replacer les éliminés de la présélection dans une authentique finale, mais d’un autre côté, les contributions n’étaient pas sur un pied d’égalité puisque certaines étaient interprétées en direct alors que d’autres étaient simplement présentées dans un clip vidéo. Le problème devrait être différent à partir de 2004, où toutes les chansons auront été soumises au public lors des demi-finales. Mais trêve de bavardages, voici les résultats du dépouillement en commençant par nos recalés :

28. Espagne : ¡ Ay, qué deseo ! par Antonio Carbonell : 0 point (une grande première) – 14 places par rapport à 1996

et Hongrie : Fortuna par Gjon Delhusa : 0 point (dommage que le vote de tHEO n’ait pas été valide) – 6 places

27. Russie : Ya eto ya par Andrey Kosinskiy : 3 points de 2 votants (maximum 2 points) – 1 place

26. Israël : Shalom olam par Galit Bell : 5 points d’un seul votant + 2 places

25. Slovaquie : Kým nás máš par Marcel Palonder : 8 points de 2 votants (maximum 7 points) – 8 places

24. Ex-République Yougoslave de Macédoine : Samo ti par Kaliopi : 9 points de 4 votants (maximum 3 points) + 2 places

23. Roumanie : Rugă pentru pacea lumii par Monica Anghel & Sincron : 12 points d’un votant (Juju) + 6 places

Comme vous le voyez, la Slovaquie et surtout l’Espagne n’auraient pas eu accès à la finale si on nous avait demandé notre avis. Ce qui aurait été la première fois (et la dernière ?) pour le pays de Massiel et de Salomé depuis 1961 :O Place à nos qualifiés :

22. Suisse : Mon cœur l’aime par Kathy Leander : 14 points de 3 votants (maximum 6 points) – 14 places

21. Islande : Sjúbidu par Anna Mjöll : 14 points de 5 votants (maximum 6 points) – 11 places

20. Danemark : Kun med dig par Martin Loft & Dorthe Andersen : 15 points de 3 votants (maximum 10 points) + 5 places

19. Chypre : Móno gia más par Constantinos : 16 points de 3 votants (maximum 7 points) – 4 places

18. Bosnie-Herzégovine : Za našu ljubav par Amila Glamočak : 21 points de 5 votants (maximum 6 points) + 3 places

17. Autriche : Weil’s dr guat got par George Nussbaumer : 23 points de 4 votants (maximum 12 points de Yom) – 11 places

16. Grèce : Emis forame to himona anixiatika par Marianna Efstratiou : 27 points de 5 votants (maximum 12 points de Sakis) – 4 places

15. Malte : In a woman’s heart par Miriam Christine : 38 points de 8 votants (maximum 12 points de Minsk) – 11 places

14. France : Diwanit bugale par Dan Ar Braz & L’Héritage des Celtes : 46 points de 9 votants (maximum 12 points d’Augures et PLG) – 3 places

13. Croatie : Sveta ljubav par Maja Blagdan : 47 points de 8 votants (maximum 12 points de Kikichouchou) + 6 places

12. Finlande : Niin kaunis on taivas par Jasmine : 47 points de 8 votants (maximum 12 points de Phileurophage) + 10 places

11. Belgique : Liefde is een kaartspel par Lisa Del Bo : 48 points de 10 votants (maximum 8 points) + 1 place

10. Pays-Bas : De eerste keer par Maxine & Franklin Brown : 52 points de 11 votants (maximum 12 points de Pascal) – 1 place

9. Slovénie : Dan najlepših sanj par Regina : 54 points de 8 votants (maximum 8 points) + 10 places

8. Turquie : Beşinci mevsim par Şebnem Paker : 64 points de 15 votants (maximum 8 points) – 1 place

7. Estonie : Kaelakee hääl par Maarja-Liis Ilus & Ivo Linna : 65 points de 12 votants (maximum 8 points) – 2 places

6. Portugal : O meu coração não tem cor par Lúcia Moniz : 71 points de 13 votants (maximum 12 points de Pauline) + 12 places

5. Pologne : Chcę znać swój grzech par Kasia Kowalska : 81 points de 10 votants (maximum 12 points de Jean-Michel, Olivier, Roland et Francis) + 10 places

4. Allemagne : Blauer Planet [Planet of blue] par Leon : 88 points de 14 votants (maximum 10 points) + 20 places

3. Irlande : The voice par Eimear Quinn : 114 points de 16 votants (maximum 12 points de RV) – 1 place

2. Suède : Den vilda par One More Time : 116 points de 15 votants (maximum 12 points de Gérald et Philippe) – 1 place

1. Royaume-Uni : Ooh… aah… just a little bit par Gina G : 120 points de 15 votants (maximum 12 points de Betty, Gwendal, Duncky et Taron) + 2 places

            On le voit bien, à part pour notre podium qui est le même (mais dans un ordre différent) que celui établi par les jurys de l’époque, les disparités sont nombreuses entre ce classement et celui de 1996. Les écarts sont d’ailleurs énormes pour de nombreux pays, comme l’Autriche, la Suisse, l’Islande, Malte… ou la Finlande, la Pologne, le Portugal, la Slovénie et l’Allemagne – laquelle aurait été largement qualifiée par nos soins, comme l’aurait été le Danemark. Je n’ai pas le souvenir d’avoir vu de si grandes différences depuis le début de nos Rétrospectives.

            Voilà pour les résultats de cette présélection. Je vous attends très nombreux pour le scrutin qui sera mis en place pour la finale effective norvégienne… et cette fois-ci, vous pourrez voter pour la sublime Elisabeth, à défaut de pouvoir le faire pour l’infortuné Leon 😉 Bonne fin de week-end, et prenez bien soin de vous et de vos proches !