Hello, chers lecteurs fidèles de l’EAQ ! ! !

            C’est à une édition très particulière de notre Concours préféré que je vous convie aujourd’hui.  En effet, pour la première fois (et la seule à ce jour), le pays vainqueur l’année précédente ne participe pas à la compétition. C’est également la première et unique fois que concourt un pays du continent africain. Enfin, c’est la dernière finale à laquelle prend part une des anciennes nations victorieuses. Allons donc ensemble redécouvrir le…

25ème CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

diffusé le samedi 19 avril 1980

en direct du Congresgebouw de La Haye (Pays-Bas)

présenté par Marlous Fluitsma

L’organisation du Concours

Israël ayant remporté le Concours en 1979, l’État hébreu accepte dans un premier temps d’organiser la future édition, tout à fait conscient du fait qu’il serait le premier pays à diffuser deux années de suite la compétition. Mais la chaîne IBA est beaucoup plus réticente : elle estime ne pas avoir les moyens suffisants pour prendre en charge une telle dépense, d’autant plus que le gouvernement décline sa demande d’aide financière. L’UER s’adresse donc à l’Espagne, arrivée deuxième un an plus tôt, mais le pays de Massiel et de Salomé ne souhaite pas s’engager dans de nouvelles dépenses, suivi en cela par le Royaume-Uni, pourtant toujours prêt à remplacer ses petits camarades au pied levé. La situation est débloquée par les Pays-Bas, mais à deux conditions : que les frais de mise en place soient les plus bas possible (ce qui sera effectivement le cas) et que la date initialement prévue pour la diffusion soit repoussée au 19 avril. Les instances compétentes ayant accepté le marché, c’est à La Haye que sont conviés artistes et spectateurs, à nouveau au Congresgebouw, qui avait déjà accueilli le Concours quatre ans plus tôt. Plusieurs éléments du décor de l’époque seront réutilisés par Roland de Groot, ainsi qu’une partie de la séquence d’ouverture.

Le Congresgebouw de La Haye

Sauf que le 19 avril est la date à laquelle Israël célèbre tous les ans depuis 1963 ses soldats tombés pour la patrie ou victimes du terrorisme. Il lui est donc impossible de prendre part au Concours de La Haye, et le pays se voit contraint de déclarer forfait, la mort dans l’âme, alors qu’il a sélectionné sa chanson : Pizmon chozer (interprétée par Ha’achil ve Ha’achayot). Le Maroc, qui diffuse la compétition depuis plusieurs années, saute sur l’occasion : le retrait israélien lui permet enfin de s’aligner au départ. Il est rejoint par la Turquie, que ses voisins avaient obligée à se retirer l’année précédente. En revanche, Monaco, qui a obtenu à Jérusalem le deuxième plus mauvais classement de son histoire, jette l’éponge – de manière quasi définitive, comme on le verra très vite. Le total de pays candidats reste par conséquent de 19.

Trois artistes, et non des moindres,  décident de faire leur retour sur la scène de l’Eurovision : Paola revient pour la Suisse onze ans après son premier essai, l’Allemande Katja Ebstein ambitionne de faire mieux que ses deux places de 3ème obtenues en 1970 et 1971, et Maggie MacNeal, cette fois en solo, défend les couleurs du pays organisateur.

Les règles

Le système de vote est inchangé et l’annonce des points est également reconduite, avec de nombreuses vedettes aux commentaires ou à la révélation des votes. Ainsi, Fabienne Égal officie à nouveau comme porte-parole du jury français, ce que fait aussi pour la Norvège le tristement célèbre Roald Øyen – celui qui avait empêché la Suisse de l’emporter en 1963. Côté commentateurs, on retrouve l’acide Terry Wogan pour la BBC et on découvre le souriant Patrick Sabatier pour TF1 et le sympathique Jacques Mercier pour la RTBF. Les commentaires radio sont assurés par André Torrent pour RTL Radio et mon copain Julien Lepers (futur quintuple commentateur français) pour France Inter. Seul changement notable – et définitif : les points ne sont plus annoncés dans l’ordre où les chansons ont été interprétées, mais dans un ordre croissant, de 1 à 12. Ce qui doit créer un suspense bienvenu pour supporter la longue période des votes.

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Patrick Sabatier

La présentation et l’orchestre

Contrairement aux deux années précédentes, qui avaient vu le Concours animé par un couple, c’est à la seule Marlous Fluitsma (née en 1946) que la NOS fait confiance. On est donc prêt à tout pour faire des économies au pays des tulipes, y compris à engager une jeune actrice qui ne maîtrise pas vraiment l’anglais ni le français. Elle sera peut-être de toutes les présentatrices du Concours celle qui apparaîtra le moins sur scène. Rendez-vous plus bas pour savoir comment le diffuseur national s’y prend 😉

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Marlous Fluitsma

Les musiciens sont pour leur part dirigés par Rogier van Otterloo (1941-1988), lui-même fils d’un grand chef d’orchestre néerlandais. L’un des plus jeunes à officier à ce poste depuis 1956, il compose surtout du jazz. On le reverra toutefois à plusieurs reprises au Concours dans les années à venir.

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Rogier van Otterloo

Les chansons candidates

Après le traditionnel Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, public et téléspectateurs peuvent découvrir des images filmées au bord de la Mer du Nord et dans la capitale administrative des Pays-Bas (dont certaines ont déjà été diffusées en 1976). On voit même un moulin dans le crépuscule, si ce n’est pas du cliché ça ! Puis, près de 6 minutes après le début de la retransmission, arrive sur scène Marlous Fluitsma toute habillée de rose. Elle ouvre la soirée exclusivement en néerlandais et annonce que chaque chanson sera présentée dans sa langue par un(e) speaker(ine) nommé(e) par son diffuseur. Donc, pas de carte postale cette année !

1. AUTRICHE : Du bist Musik par Blue Danube

        Paroles et Musique : Klaus Peter Sattler                              Chef d’orchestre : Richard Österreicher

            Présentatrice : Chris Lohner                                                  Sélection : interne

            Après des classements particulièrement mauvais obtenus aux trois précédentes éditions, le pays d’Udo Jürgens est bien décidé à renouer avec le succès. Le diffuseur national refait confiance à un groupe (une formule qui n’a pourtant pas réussi à l’Autriche en 1977 et 1978) formé de trois garçons et deux filles. La chanson est à mon sens d’une platitude extrême, mais va fonctionner auprès des jurys, étonnamment.

2. TURQUIE : Petr’oil par Ajda Pekkan (née en 1946)

        Paroles : Şanar Yurdatapan                                                   Musique et Chef d’orchestre : Atilla Özdemiroğlu

            Présentatrice : Şebnem Savaşçı         

Sélection : 1ère place à Şarkı Yarışması le dimanche 24 février 1980 à Istanbul

            Comédienne et chanteuse à succès en Turquie, Ajda Pekkan est choisie par la chaîne nationale pour (re)dorer un peu le blason du pays à l’Eurovision. Les classements obtenus pour ses deux premières participations ont été en effet bien décevants. Parmi les trois chansons que la jeune femme propose, un jury d’experts choisit Petr’oil – ce qui doit être de l’humour turc si on considère que le pétrole était justement le prétexte avancé par Ankara pour se retirer du Concours de Jérusalem 😛 Mais encore une fois, les espoirs turcs tombent à l’eau…

3. GRÈCE : Autostop par Anna Vissi (née en 1957) & the Epikouri

        Paroles : Rony Sofu                            Musique et Chef d’orchestre : Jick Nacassian        

Présentatrice : Kelly Sakkakou           Sélection : 1ère place à la finale grecque le lundi 10 mars 1980 à Peania

            Troisième des douze participants à la finale grecque, la chanteuse chypriote remporte cette sélection de cinq petits points seulement devant le groupe The Epikouri. Le tirage au sort la fait passer tout juste après l’ennemi héréditaire turc, ce qui va forcément donner une motivation supplémentaire à la jeune femme, dont l’île natale est en partie occupée depuis six ans. Sa chanson (qu’elle interprète avec ceux qu’elle a battus un mois plus tôt) est fraîche, enlevée, très grecque, mais peu marquante. Anna prend néanmoins ce jour-là rendez-vous avec le Concours, où elle reviendra avec bien plus de succès.

4. LUXEMBOURG : Le papa pingouin par Sophie (née en 1964) & Magaly (1964-1996) [Étoile au Firmament # 33]

        Paroles : Pierre Delanoé & Jean-Paul Cara                 Musique : Ralph Siegel & Bernd Meinunger    

Chef d’orchestre : Norbert Daum                             Présentatrice : Michèle Etzel            Sélection : interne

            Toujours battu malgré sa détermination farouche, l’infernal duo Siegel – Meinunger décide de s’adjoindre de grands noms pour enfin remporter cette compétition qu’il convoite tant : Jean-Paul Cara (qui a obtenu deux podiums pour la France en 1976 et 1977) et Pierre Delanoé (auteur de six chansons candidates, dont Dors, mon amour et Et bonjour à toi, l’artiste). Cette fois-ci, il propose une contribution certes enfantine, mais diablement efficace, qui va marquer à vie les spectateurs de l’époque. Qui peut prétendre avoir oublié cet énorme pingouin (Jean-Paul Cara, lui-même) ? La victoire échappe encore aux deux malins, mais rendez-vous est pris pour un podium, cela semble clair pour tout le monde. Et dans très peu de temps d’ailleurs…

5. MAROC : Bitakat hob par Samira Bensaïd (née en 1958)

        Paroles : Malw Rawan                         Musique : ‘Abd Al-‘Afi Amyna                        Chef d’orchestre : Jean Claudric           Présentateur : Mohamed Bouzidi        Sélection : interne

            Parce que la date choisie pour la grande finale empêche Israël de participer au Concours, le Maroc enfonce la porte entrouverte par la Tunisie en 1977. En l’absence de l’État hébreu qu’il ne reconnaît pas, le pays d’Hassan II devient donc le 23ème à envoyer un artiste à l’Eurovision – en l’occurrence la toute jeune Samira Bensaïd, qui va pour la première fois dans l’histoire de la compétition interpréter un titre en arabe. Malgré un classement scandaleusement bas, la soirée est un vrai tremplin pour Samira, qui va vite devenir une énorme vedette dans tous les pays d’Afrique du Nord.

6. ITALIE : Non so che darei par Alan Sorrenti (né en 1950)

        Paroles et Musique : Alan Sorrenti    Chef d’orchestre : Del Newman         Présentatrice : Beatrice Cori             Sélection : interne

            Ignorant toujours le Festival de San Remo (qui vient pourtant d’être remporté par Toto Cutugno, futur vainqueur du Concours), la RAI préfère accorder sa confiance à un auteur – compositeur – interprète de grand talent, Alan Sorrenti. Sa chanson est à mon sens ce que l’Italie faisait de mieux à cette époque, et le nouveau Top 10 décroché par le jeune homme est tout sauf usurpé. Seule question : qui a eu l’idée d’affubler les deux choristes de ces guitares bleu et rose pastel ? ? ?

7. DANEMARK : Tänker altid på dig par Bamses Venner

[dont Flemming ‘Bamse’ Jørgensen (1947-2011) Étoile au Firmament # 91]

        Paroles : Flemming ‘Bamse’ Jørgensen                                                Musique : Bjarne Gren Jensen

Chef d’orchestre : Allan Botschinsky                                                                       Présentateur : Jørgen de Mylius

            Sélection : 1ère place au Dansk Melodi Grand-Prix le samedi 29 mars 1980 à Copenhague

            Le plateau du DMGP est extrêmement relevé en cette fin mars 1980 : une ancienne gagnante (Grethe Ingmann), un duo qui interprète une chanson de Tommy Seebach (représentant danois l’année précédente), un autre en attente d’une deuxième victoire pour le pays d’Andersen (les frères Olsen) et une future médaillée de bronze au Concours (Birthe Kjær). Mais c’est le sympathique ‘Bamse’ Jørgensen et son groupe qui l’emportent avec une chanson romantique et tout à la fois enjouée. Malheureusement, la belle voix éraillée du chanteur – bassiste ne va pas faire vibrer les jurys européens le grand soir, et ce sera encore une déception pour le Danemark.

8. SUÈDE : Just nu par Tomas Ledin (né en 1952)

        Paroles et Musique : Tomas Ledin      Chef d’orchestre : Anders Berglund              Présentateur : Ulf Elfving

            Sélection : 1ère place au Melodifestivalen le samedi 8 mars 1980 à Stockholm

            Le moins que l’on puisse dire du deuxième auteur – compositeur – interprète de la soirée, c’est qu’il était extrêmement déterminé à porter les couleurs de son pays à l’Eurovision ! C’est en effet à sa cinquième tentative qu’il gagne enfin son billet pour la grande finale, au nez et à la barbe de Ted Gärdestad (représentant suédois à Jérusalem) ou de Chips (duo formé de Kikki Danielsson et Elisabeth Andreassen, qui devra patienter encore un peu pour défendre les chances suédoises au Concours). À La Haye, Tomas fait preuve d’une énergie certaine – ce qui peut tout autant charmer (c’est le cas des jurys) qu’agacer (ça, c’est plutôt mon cas…).

9. SUISSE : Cinéma par Paola (née en 1950)

        Paroles : Peter Reber & Véronique Müller                              Musique et Chef d’orchestre : Peter Reber

            Présentatrice : Lyliam Stambac                                             Sélection : interne

            Encore une fois, la Suisse affiche son fort désir de gagner la compétition : une chanteuse déjà classée dans le Top 5 en 1969, interprétant une chanson écrite conjointement par la candidate helvétique à Édimbourg, Véronique Müller, et le multirécidiviste Peter Reber (du trio Peter, Sue & Marc). Le résultat, un peu enfantin mais plein de charme, va faire son effet et permettre à la jolie Paola de frôler le podium… Remarque sans intérêt : deux ans après Tania Tsanaklidou, Charlie Chaplin marque à nouveau une Eurostar.

10. FINLANDE : Huilumies par Vesa-Matti Loiri (né en 1945)

        Paroles : Veikko Salmi                        Musique : Aarno Raninen     Chef d’orchestre : Ossi Runne                       Présentateur : Heikki Haarma Sélection : 1ère place à Euroviisut le samedi 8 mars 1980 à Tampere

            Il est toujours surprenant de voir que certains auteurs – compositeurs peuvent être touchés par la grâce, puis écrire dans la foulée une chanson bien fade. C’est le cas du parolier et du musicien qui ont commis ce titre bizarre : où sont passées l’originalité et la puissance de Lapponia ou Katson sineen taivaan ? Bon d’accord, Vesa-Matti Loiri n’a pas l’amplitude vocale ni le charisme de Monica Aspelund ni de Katri Helena, et ce deuxième recours à la flûte traversière pour un candidat au Concours (après Beatrix Neundlinger en 1972) se solde par un cuisant échec. Kirka (éliminé en finale nationale et futur représentant finlandais) aurait sûrement fait mieux.

11. NORVÈGE : Sámiid Ædnan par Sverre Kjelsberg (1946-2016) & Mattis Hætta (né en 1959)

        Paroles : Ragnar Olsen                       Musique : Sverre Kjelsberg     Chef d’orchestre : Sigurd Jansen

            Présentatrice : Åse Kleveland            Sélection : 1ère place au Melodi Grand-Prix le samedi 22 mars 1980 à Oslo

            Lors de la finale norvégienne présentée par Åse Kleveland (la seule représentante de son pays à l’époque à être montée sur le podium de l’Eurovision), deux chansons arrivent ex-aequo à la première place, loin devant Anita Skorgan et Jahn Teigen (les deux derniers candidats du pays des fjords). Les jurys sont donc appelés à revoter, et il choisissent d’envoyer à La Haye un duo fortement attaché à la culture laponne. Le plus jeune des deux interprètes va d’ailleurs arborer le grand soir une tenue traditionnelle (il est le premier à le faire depuis Nora Brockstedt en 1960) et intégrer un peu de yoik (ce chant typiquement sami) à leur prestation. Mais les jurys ne se laisseront pas séduire, rejetant du Concours pour de nombreuses années la langue sami, que l’on ne reverra avec succès que trente-neuf ans plus tard, avec le groupe KEiiNO.

12. ALLEMAGNE : Theater par Katja Ebstein (née en 1945)

        Paroles : Bernd Meinunger                 Musique : Ralph Siegel           Chef d’orchestre : Wolfgang Rödelberger

Présentatrice : Carolin Reiber           

Sélection : 1ère place à Ein Lied für Den Haag le jeudi 20 mars 1980 à Munich

            À l’instar de Didier Barbelivien qui avait écrit deux des chansons candidates à l’édition de Paris, Siegel et Meinunger soumettent deux titres au Concours 1980. Après Le papa pingouin pour le Luxembourg, c’est Theater pour l’Allemagne qui est interprété sur la scène néerlandaise. Et pas par n’importe qui : par Katja Ebstein, déjà deux fois sur le podium au début des années 1970. Tout est fait pour marquer les spectateurs et les jurés : la mise en scène, les tenues et les maquillages des choristes, le rythme de la chanson, les arrangements… Bref, les duettistes allemands les plus célèbres de l’histoire de l’Eurovision croient dur comme fer que le Theater d’Outre-Rhin marquera plus que le Cinéma helvétique. L’attente est longue et la tension, extrême.

13. ROYAUME-UNI : Love enough for two par Prima Donna [dont Danny Finn (1944-2016)]

        Paroles et Musique : Stephanie de Sykes & Stuart Slater                Chef d’orchestre : John Coleman                  Présentateur : Noel Edmunds

Sélection : 1ère place à A Song for Europe le mercredi 26 mars 1980 à Londres

            Ce qui s’est passé au Melodi Grand-Prix norvégien se répète quatre jours plus tard à Londres : deux titres arrivent en tête des votes de la sélection nationale. Au même mal, le même remède – on demande au jury de départager les deux chansons. C’est ce groupe, Prima Donna, monté de toutes pièces pour l’occasion, que l’on décide d’envoyer à La Haye. Parmi les six membres qui le composent, on reconnaît Danny Finn, ancien membre de The New Seekers (candidats britanniques au Concours 1972) de 1976 à 1978 et époux d’Eve Graham, présente à Édimbourg. Personne n’a l’air de se rendre compte que la chanson, écrite par le même duo qui a créé The Bad old days deux ans plus tôt, ne plaît guère au public. D’ailleurs, ce sera le plus mauvais classement d’une contribution britannique dans les charts du pays depuis 1964. C’est donc à la surprise générale – et à mon incompréhension totale (moi qui ai offert cinq victoires au pays de Sa Gracieuse Majesté dans les années 70) – que la formation décroche en fin de soirée un rang étonnammant (soyons gentils) élevé.

14. PORTUGAL : Um grande, grande amor par José Cid (né en 1942)

        Paroles et Musique : José Cid           Chef d’orchestre : Jorge Machado    Présentateur : Eládio Climaco

            Sélection : 1ère place au Festival da Canção Portuguesa le vendredi 7 mars 1980 à Lisbonne

            Pour sa 3ème participation à la sélection portugaise, José Cid ne fait qu’une bouchée de ses huit adversaires – dont Doce et Dina, futures représentantes pour leur pays au Concours. Il faut dire que sa chanson, qu’il a lui-même écrite et composée, est diablement efficace et dans l’air du temps, et qu’il la porte de manière extrêmement convaincante, quoique un peu outrée. Résultat : le meilleur classement ex-aequo du pays au Concours depuis sa première participation, pour la chanson la plus rythmée jamais présentée par le Portugal.

15. PAYS-BAS : Amsterdam par Maggie MacNeal (née en 1950)

        Paroles : Alex Alberts                       Musique : Frans Smit, Robert Verwey & Sjoukje Smit-van’t Spijker

            Chef d’orchestre : Rogier van Otterloo         Présentatrice : Marlous Fluitsma                   Sélection : interne

            Sélectionnée en interne par le diffuseur national, Maggie MacNeal, qui a co-écrit avec son mari la musique d’Amsterdam, espère bien renouveler sur son terrain l’exploit réalisé à Brighton : monter sur la podium final. Elle n’est pas la seule à le croire, d’ailleurs, car elle figure parmi les favorites des bookmakers. Le début des votes se déroule à merveille pour elle, puisqu’elle mène après les annonces des quatre premiers porte-parole. Mais la mécanique s’enraye et la jeune femme rétrograde en fin de soirée. Dommage.

16. FRANCE : Hé hé, m’sieurs dames par Profil

[dont Jean-Claude Corbel (1953-1996) & Martine Havet (1947-2015) Étoiles au Firmament # 37]

        Paroles : Richard de Bordeaux & Richard Joffo                    Musique et Chef d’orchestre : Sylvano Santorio

            Présentatrice : Évelyne Dhéliat

            Sélection : 1ère place à la finale française le dimanche 23 mars 1980 à Paris

            On a un peu de mal à comprendre comment le public a pu préférer cette chanson à celles présentées par Marcel Amont (créateur de Tom Pillibi), Frida Boccara (gagnante de l’édition 1969) ou même la remarquable Bee Michelin. Et pourtant, la victoire du groupe – une première pour la France – n’a pas fait un pli. Son échec à La Haye n’en fera pas un non plus 😛

17. IRLANDE : What’s another year ? par Johnny Logan (né en 1954)

        Paroles et Musique : Shay Healy       Chef d’orchestre : Noel Kelehan        Présentatrice : Thelma Mansfield

Sélection : 1ère place à la finale irlandaise le dimanche 9 mars 1980 à Dublin

            Après sa troisième place obtenue l’année précédente, le jeune chanteur irlandais né près de Melbourne (où séjournait alors son père, le grand ténor classique Patrick O’Hagen), fait figure de favori lors de la finale de la sélection irlandaise. Et en effet, c’est lui que désignent les jurys pour représenter l’Île d’Émeraude aux Pays-Bas. Tous espèrent que comme Dana à Amsterdam en 1970, Johnny va remporter le Concours en terre hollandaise. Comme son illustre prédécesseure, il interprète d’ailleurs sa chanson assis sur un tabouret du début à la fin. Ces signes sont-ils des promesses de succès ? La fin de la soirée le dira, mais le recours appuyé au saxophone et la note finale que décroche Johnny augurent du meilleur.

18. ESPAGNE : Quédate esta noche par Trigo Limpio [dont Patricia Fernández (1957-2016)]

        Paroles et Musique : José Antonio Martin                                                    Chef d’orchestre : Javier Iturralde

            Présentatrice : Mari Cruz Soriano                                                                Sélection : interne

C’est systématique : à chaque fois que je regarde ce groupe basque, je ne peux m’empêcher de penser à Ricchi e Poveri tellement les deux garçons ressemblent aux partenaires d’Angela Brambati. Cette similitude ne peut pas avoir échappé aux sélectionneurs espagnols… En tout cas, elle n’a pas échappé aux jurys internationaux, qui lui attribuent le même classement qu’au quatuor italien deux ans plus tôt :O

19. BELGIQUE : Euro-Vision par Telex [dont Marc Moulin (1942-2008) Étoile au Firmament # 81]

        Paroles et Musique : Dan Lacksman, Michel Moers & Marc Moulin                Présentatrice : Arlette Vincent

            Sélection : 1ère place à la finale belge présentée par Jean Vallée, le dimanche 24 février 1980 à Bruxelles

Les choses sont claires dès le départ chez nos voisins belges : la RTBF veut qu’on remarque le pays à La Haye, d’autant plus qu’il doit passer en dernière position. Donc, plutôt que d’opter pour Lou et les Hollywood Bananas (dont fera plus tard partie la si belle Viktor Lazlo, maîtresse de cérémonie à Bruxelles en 1987), les jurys choisissent le groupe de musique électronique Telex. Et en effet, les trois garçons se font remarquer : après Domenico Modugno en 1966 et Matia Bazar en 1979, ils sont les troisièmes à ne pas être accompagnés par l’orchestre présent dans la salle. Ensuite, ils terminent sur quelques notes du Te Deum de Marc-Antoine Charpentier leur prestation ironiquement intitulée Euro-Vision. Tout à la fois hommage et satire de la compétition musicale européenne, leur contribution fait naître des réactions contrastées dans le public. Seuls les jurys, visiblement dénués d’humour, sont d’accord en fin de soirée. Et c’est bien dommage.

L’entracte

            Les 19 chansons candidates ayant été interprétées, Marlous Fluitsma remonte sur scène dans sa robe rose et  annonce (toujours en néerlandais) comment le vote va se dérouler. En attendant les résultats, public et téléspectateurs patientent en regardant la prestation du groupe Dutch Rhythm Steel & Showband qui interprète sur scène une série de morceaux très caribéens, pendant que Hans van Willigenburg, un autre employé de la NOS, fait quelques interviews (en allemand, français, anglais et néerlandais) dans la green room. Comme quoi le diffuseur néerlandais avait à sa disposition un polyglotte (certes moins agréable à regarder que Marlous Fluitsma) qui aurait pu animer la soirée.

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Dutch Rhythm Steel & Showband

Le vote et les résultats

            Avec son téléphone blanc qui lui permet de joindre les différents porte-parole, Marlous Fluitsma fait faire un sacré bond en arrière au Concours. On se croirait revenu en 1957 au temps d’Anaid Iplicjan ! Puis, arrivée au milieu de la période de votes, elle empoigne un énorme téléphone sans fil marron à l’antenne télescopique, avant de revenir à un autre fixe, orange celui-là. Il faut croire que la NOS a été parrainée par une société de télécommunications, vu le nombre d’appareils différents que la présentatrice utilise en ce 19 avril 😛       

            P L A C E S C O R E   A U T   T U R     G R È   L U X   M A R     I T A   D A N   S U È   S U I   F I N   N O R     A L L     U K   P O R   N E D     F R A   I R L   E S P   B E L
AUT 8 64     1   3 4 5 1 4 5 6 4 6 3 3 4 10 4 1
TUR 15 23 3       12 8                          
GRÈ 13 30 5     1   2 2       4   3 1 8   4    
LUX 9 56 1 1         4 6   3 7   8     7 8 3 8
MAR 18 7           7                          
ITA 6 87 2 6 2       3 10 8 6 2 7 4 12 1 2 2 10 10
DAN 14 25     4   2       6 7 1 5              
SUÈ 10 47   8 10 10 6 5     5     2           1  
SUI 4 104 6 2   5 7 3 8 2   12 10 10 7 6 10   12 2 2
FIN 19 6                     5         1      
NOR 16 15         4             6     2 3      
ALL 2 128 8 10   3 10 12 7 5 7 2     10 8 12 10 5 12 7
UK 3 106 7 5   8 8   10 12 10 4   3   7 7 5 6 8 6
POR 7 71   4 5 4   10 6 8 2 1 8 1     5 6 7   4
NED 5 93 12 12 6 12       3 3 10   8 2 4   12 1 5 3
FRA 11 45   3 7 2 1   1 4 1   3   5   4   3 6 5
IRL 1 143 10   12 7   1 12 7 12 8 12 12 12 5 6 8   7 12
ESP 12 38 4 7 8 6 5 6               2          
BEL 17 14     3                   1 10          

Pour la première fois depuis plusieurs années, aucun problème dans le décompte des votes ne vient entacher le résultat final. Marlous Fluitsma est la seule à dysfonctionner par moments, finalement. L’Irlande remporte comme elle l’espérait une 2ème victoire, devant l’Allemagne. Dès sa victoire assurée, Johnny Logan se jette d’ailleurs dans les bras de celle qui inscrit son nom dans le livre des records eurovisionnesques : Katja Ebstein est la première artiste à monter sur le podium à chacune de ses trois participations. La médaille de bronze est attribuée au Royaume-Uni, qui finit donc dans les trois premiers pour la 15ème fois de son histoire.

La Suisse et le Luxembourg sauvent un peu les meubles pour les pays francophones, Monaco étant absent et la Belgique échouant à nouveau dans les dernières places. La France, quant à elle, finit hors du Top 10 pour la première fois depuis 1973. En deuxième partie de tableau, on retrouve les pays scandinaves, décidément pas à la fête, et Maroc et Turquie, bien mal payés de leurs efforts.

C’est un Johnny Logan bondissant et fou de joie qui monte sur scène recevoir son prix des mains de Marcel Bezençon, le créateur du Concours – tout cela dans un beau désordre où tout le monde passe devant la caméra. Puis, le jeune homme réinterprète son titre, comme le veut la tradition.

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Johnny Logan et Katja Ebstein
à l’issue des votes

Mon Top 10

            Un Concours de bonne qualité, je trouve, mais bien inférieur à celui de Jérusalem. Donc, un peu plus de mal à décider de mes dix favoris. Remarque : aucun pays présent sur mon podium en 1979 ne finit dans mon Top 10 !

  1. PAYS-BAS : Amsterdam par Maggie MacNeal
  2. ALLEMAGNE : Theater par Katja Ebstein
  3. IRLANDE : What’s another year ? par Johnny Logan
  4. LUXEMBOURG : Le papa pingouin par Sophie & Magaly
  5. PORTUGAL : Um grande, grande amor par José Cid
  6. SUISSE : Cinéma par Paola
  7. BELGIQUE : Euro-Vision par Telex
  8. DANEMARK : Tänker altid på dig par Bamses Venner
  9. ITALIE : Non so che darei par Alan Sorrenti
  10. MAROC : Bitaqat hob par Samira Bensaïd

Lanterne rouge : FINLANDE : Huilumies par Vasa-Matti Loiri

            Voilà pour la présentation des chansons candidates et pour mon classement personnel. J’attends les vôtres avec impatience dans les commentaires ci-dessous et sur ma messagerie andre-francis@orange.fr (date limite : samedi 4 avril à 23h59). Merci d’avance pour votre fidélité et votre contribution !

RÉSULTATS DES VOTES : Nous avons été 32 cette semaine à nous prononcer sur l’édition 1980, soit autant que pour les Rétrospectives 1971 et 1974. Merci donc à tous les votants !!! Le suspense a été énorme pour la victoire, qui ne s’est décidée qu’au dernier vote. Avant les points donnés par Duncky, le pays qui menait la course n’était pas celui que nous avons finalement couronné. Mais trêve de bavardages, tout de suite notre classement :

19. Finlande : Huilumies par Vesa-Matti Loiri : 18 points de 7 votants (maximum 6 points) score identique à celui de La Haye

18. Suède : Just nu par Tomas Ledin : 32 points de 8 votants (maximum 8 points) – 8 places

17. Grèce : Autostop par Anna Vissi & the Epikouri : 34 points de 9 votants (maximum 10 points) – 4 places

16. France : Hé hé, m’sieurs dames par Profil : 35 points de 9 votants (maximum 6 points) – 5 places

15. Autriche : Du bist Musik par Blue Danube : 52 points de 14 votants (maximum 8 points) – 7 places

14. Norvège : Sámiid Ædnan par Sverre Kjelsberg & Mattis Hætta : 56 points de 16 votants (maximum 12 points de PLG) + 2 places

13. Danemark : Tänker altid på dig par Bamses Venner : 62 points de 14 votants (maximum 8 points) + 1 place

12. Maroc : Bitakat hob par Samira Bensaïd : 63 points de 13 votants (maximum 12 points de Philippe n°2) + 6 places

11. Espagne : Quédate esta noche par Trigo Limpio : 67 points de 13 votants (maximum 10 points) + 1 place

10. Belgique : Euro-Vision par Telex : 70 points de 13 votants (maximum 10 points) + 7 places

9. Royaume-Uni : Love enough for two par Prima Donna : 82 points de 14 votants (maximum 12 points de Yom et Augures) – 6 places

8. Turquie : Petr’oil par Ajda Pekkan : 86 points de 18 votants (maximum 10 points) + 7 places

7. Italie : Non so che darei par Alan Sorrenti : 102 points de 22 votants (maximum 12 points de Duncky) – 1 place

6. Portugal : Um grande, grande amor par José Cid : 109 points de 20 votants (maximum 10 points) + 1 place

5. Suisse : Cinéma par Paola : 116 points de 21 votants (maximum 12 points de Pauline) – 1 place

4. Luxembourg : Le papa pingouin par Sophie & Magaly : 184 points de 27 votants (maximum 12 points de Gérald et Zipo) + 5 places

3. Allemagne : Theater par Katja Ebstein : 226 points de 29 votants (maximum 12 points de Valifran, Julien, Phileurophage et Yvonne) – 1 place

2. Pays-Bas : Amsterdam par Maggie MacNeal : 227 points de 27 votants (maximum 12 points de Nico, Jean-Michel, Franck, Garfieldd, Minsk, Gaël, Juju et Francis) + 3 places

  1. Irlande : What’s another year ? par Johnny Logan : 235 points de 26 votants (maximum 12 points de RV, Sakis, Gwendal, Kikichouchou, tHEO, Denez, Picasso, Marie, Benoît, Jérémie, Lolotte et Taron) score identique

Comme d’habitude, nous couronnons donc le vainqueur officiel, l’Irlande, mais dans un mouchoir de poche : le podium se tient en 9 points ! En vrais fans marqués tout petits par Sophie & Magaly, nous réservons au Papa pingouin un excellent score 🙂

On remarque aussi de grandes divergences avec le classement de La Haye : chute vertigineuse de la Suède et de l’Autriche, et très belles progressions de la Turquie, de la Belgique et du Maroc. La Scandinavie en revanche n’est pas à la fête puisque les quatre pays sont en deuxième partie de tableau, la Suède et la Finlande réalisant même leur plus mauvais score ici (comme la Grèce, d’ailleurs).

Voilà pour cette édition. Je vous attends aussi nombreux (voire plus :P) pour la prochaine Rétrospective, dès ce soir ! Passez une bonne journée, et prenez bien soin de vous et de vos proches.