Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

            Presque deux ans après le premier sondage dans le cadre de la rubrique Votre Eurovision menée par Julien, voici pour vous (à votre demande, mais correspondant à mon souhait) la possibilité de vous prononcer à nouveau sur cette édition mémorable à plusieurs points de vue : de par son résultat, unique dans l’Histoire du Concours, de par la polémique née à cette occasion, aux effets eux aussi uniques… et de par sa concomitance, année érotique s’il en fut, avec la naissance du rédacteur de cet article neuf jours plus tôt.  Voici donc le…

14ème CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

diffusé le samedi 29 mars 1969

en direct du Théâtre Royal de Madrid (Espagne)

présenté par Laurita Valenzuela

L’organisation du Concours

L’Espagne ayant à la surprise générale remporté le Concours 1968 au nez et à la barbe du Royaume-Uni, c’est à Madrid qu’est organisée la dernière édition de la décennie. Trois ans après sa réouverture, le Théâtre Royal, principal opéra de la capitale (également siège de l’Orchestre National et de l’Orchestre Symphonique de la TVE) reçoit donc les candidats qui souhaitent ajouter leur nom à la liste des grands vainqueurs de la compétition.

Résultat de recherche d'images pour "teatro real madrid"
Le Théâtre Royal de Madrid

Unique changement dans la liste des pays engagés : l’Autriche (initialement prévue pour chanter en 9e position) déclare ne pas avoir réussi à trouver une chanson suffisamment forte pour lui éviter un classement aussi médiocre que celui des deux années précédentes, et préfère déclarer forfait. Il se murmure toutefois que la vraie raison de ce retrait de dernière minute est la répugnance du pays de Kurt Waldheim à aller se produire dans la capitale du dictateur Franco… En tout état de cause, le nombre de nations inscrites descend à 16.

Image associée
Le drapeau du Pays de Galles

Cette absence aurait pu être compensée par le Pays de Galles, qui souhaite faire ses grands débuts à Madrid. Une sélection a d’ailleurs lieu, au cours de laquelle le représentant gallois est choisi. Mais l’UER refuse cette candidature, arguant du fait que la nation au dragon fait partie du Royaume-Uni, lequel participe déjà à la compétition. Quant aux autres pays, presque un tiers d’entre eux décident de faire confiance à d’anciens concurrents – ce qui prouve clairement que le Concours véhicule à l’époque une image très positive. Les téléspectateurs devant leur petit écran et le public dans la salle vont donc pouvoir revoir Siw Malmkvist, Romuald, Simone De Oliveira et Louis Neefs (candidats en 1960, 1964, 1965 et 1967), ainsi que Kirsti Sparboe (double représentante norvégienne en 1965 et 1967).

La présentation et l’orchestre

Pour présenter le Concours, le diffuseur espagnol fait confiance à l’une de ses plus célèbres animatrices : Laurita Valenzuela. Née à Séville en 1931, la jeune femme commence sa carrière en tant qu’actrice et mannequin dès le début des années 1950, puis se tourne vers la télévision, qu’elle intègre dès le lancement de la TVE en 1956. Elle alterne pendant quelques années rôles au cinéma dans des films mineurs et animation sur plusieurs chaînes, avant de se consacrer à sa vie de famille, puis de revenir à la présentation de manière intermittente. À nouveau retirée de la vie médiatique pour combattre un cancer du sein (avec succès), elle fait une dernière apparition sur le petit écran le 7 décembre 2006 pour les 50 ans de la chaîne publique.

Résultat de recherche d'images pour "laurita valenzuela"
Laurita Valenzuela

L’orchestre est quant à lui dirigé par Augusto Algueró (1934-2011), qui avait composé Estando contigo pour Conchita Bautista, première participante espagnole au Grand Prix Eurovision de la Chanson Européenne en 1961. L’époux de la comédienne Carmen Sevilla (célèbre entre autres pour ses rôles dans Violettes Impériales avec Luis Mariano ou Don Juan avec Fernandel) a composé plus de 500 chansons, dont une pour Joan Manuel Serrat (l’interprète original de La la la), et 200 musiques de films ou téléfilms.

Image associée
Augusto Algueró

Les chansons candidates

            Alors que retentit le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, public et téléspectateurs peuvent voir la scène du Théâtre Royal occupée par une immense sculpture réalisée par le grand artiste Salvador Dali. En fond de scène, des tuyaux qui font immanquablement penser à ceux d’un orgue géant. Puis, sur fond de La la la, est diffusée une affiche surréaliste créée par le même Dali, où on peut reconnaître montres molles, œil et bouche aux lèvres rouges pulpeuses si chers au peintre aux moustaches pointues.

Résultat de recherche d'images pour "salvador dali"
Salvador Dali

Apparaît enfin Laurita Valenzuela, qui ouvre la soirée en espagnol, français et anglais avant de saluer dans leurs langues respectives les pays participants et ceux qui diffusent le Concours. La TVE ne disposant pas des caméras adéquates, il lui a fallu emprunter à la chaîne allemande ARD le matériel nécessaire à une diffusion en couleurs.

1. YOUGOSLAVIE : Pozdrav svijetu par Ivan (né en 1938) & 3M

        Paroles et Musique : Milan Lentić                 Chef d’orchestre : Miljenko Prohaska

            Sélection : 1e place à Pjesma Eurovizije le samedi 15 février 1969 à Zagreb

            Le groupe 4M gagne largement sa finale nationale et laisse très loin derrière lui ses concurrents, comme Vice Vukov (double représentant de son pays en 1963 et 1965) ou le groupe Korni (futur candidat en 1974). De même, Davor Popović (qui défendra les couleurs de la Bosnie-Herzégovine en 1995) doit à nouveau s’incliner. Les groupes n’étant toujours pas autorisés au Concours, le chanteur se présente comme soliste accompagné de ses trois choristes, rebaptisés les 3M. Malgré des bonjours envoyés dans plusieurs langues européennes, le succès ne sera pas au rendez-vous. La faute à ces roulements d’yeux finalement assez inquiétants ?

2. LUXEMBOURG : Catherine par Romuald (né en 1941)

        Paroles : André Di Fusco                                Musique : Paul Mauriat & André Borgioli       

Chef d’orchestre : Augusto Algueró              Sélection : interne

Après la contre-performance réalisée l’année précédente par Chris Baldo et Sophie Garel, le Luxembourg décide de frapper fort. Le Grand-Duché demande à Romuald – arrivé 3e pour Monaco en 1964 – d’interpréter une chanson extrêmement romantique dont la musique a été composée par Paul Mauriat, qui a fait en 1968 un tube mondial de L’amour est bleu, le titre présenté à Vienne par Vicky Leandros. Cela suffira-t-il à se replacer dans le peloton de tête de cette édition ? Tout le monde l’espère à RTL.

3. ESPAGNE : Vivo cantando par Salomé (née en 1939)

        Paroles : Aniano Alcalde        Musique : Maria José de Cerato         Chef d’orchestre : Augusto Algueró

Sélection : 1e place à la finale espagnole le samedi 22 février 1969 à Palma de Majorque

            Sélectionnée en interne par la TVE, Salomé présente en finale dix titres, également interprétés par dix autres artistes. La chanson gagnante remporte à elle seule le double des voix récoltées par toutes les autres ! Le grand soir, la jeune femme se présente dans une tenue que tout le monde remarque : une combinaison bleu ciel à franges terminées par 14 kilos de perles de porcelaine, qu’elle fait s’agiter dans des mouvements de plus en plus endiablés au fur et à mesure de la chanson. Malgré des versions enregistrées en sept langues différentes, Salomé ne réussira pas à conquérir le cœur de l’Europe après sa victoire. Seule Rika Zaraï parviendra à faire connaître la chanson en France, grâce à son adaptation, Alors je chante.

4. MONACO : Maman, maman par Jean-Jacques (né en 1956)

        Paroles et Musique : Jo Perrier         Chef d’orchestre : Hervé Roy            Sélection : interne

            Lui aussi habillé en bleu ciel, le représentant de la Principauté fait vite oublier qu’il est le plus jeune artiste à cette date à avoir foulé la scène de l’Eurovision. Sa voix, son assurance, sa justesse sont assurément celles d’un artiste expérimenté. Le succès qu’il rencontrera lors de la phase de votes ne sera que mérité… mais éphémère, malheureusement.

5. IRLANDE : The wages of love par Muriel Day (née en 1942) & the Lindsays

        Paroles et Musique : Michael Reade                                                 Chef d’orchestre : Noel Kelehan

            Sélection : 1e place à la finale irlandaise le dimanche 16 février 1969 à Dublin

            Lors de la finale irlandaise, que du beau monde cette année-là : Butch Moore, Dickie Rock, Sean Dunphy et Pat McGeegan (les quatre premiers candidats pour l’Irlande au Concours). Mais tous sont battus par une femme ! ! ! Muriel Day – la première représentante irlandaise à ne pas être catholique – leur dame tous le pion et obtient presque quatre fois plus de votes que l’artiste arrivée 2e, Dana (future première gagnante pour l’Île d’Émeraude en 1970). Elle aussi choisit de se produire à Madrid avec une tenue de couleur vive, un vert pomme on ne peut plus flashy. Et pour faire oublier ses quatre prédécesseurs masculins et leurs ballades typiquement irlandaises, elle se lance dans une interprétation très énergique et bondissante de son titre dynamique et enjoué. Mais ses efforts ne seront pas récompensés, puisqu’elle récolte le plus mauvais classement pour son pays à cette date.

6. ITALIE : Due grosse lacrime bianche par Iva Zanicchi (née en 1940)

        Paroles : Carlo Daiano                        Musique : Piero Soffici          Chef d’orchestre : Ezio Leoni

            Sélection : interne

            Gagnante du célèbre Festival de la Chanson Italienne de San Remo le 1er février (devant des artistes aussi différents que Bobby Solo, Fausto Leali, France Gall, Antoine, Sergio Endrigo, Gigliola Cinquetti, Mary Hopkin, Milva ou Massimo Ranieri), Iva Zanicchi est choisie par la RAI pour représenter son pays avec un autre titre que celui qui lui a permis de remporter le Concours ligure. Quand on voit le classement obtenu par l’Italie à Madrid, on se dit que le diffuseur transalpin aurait peut-être dû en rester au titre d’origine…

7. ROYAUME-UNI : Boom bang-a-bang par Lulu (née en 1948)

        Paroles : Peter Warne                        Musique : Alan Moorhouse     Chef d’orchestre : Johnny Harris

            Sélection : 1° place à A Song for Europe le samedi 22 février 1969 à Londres

             Toujours pas remis de sa défaite de 1968 pour un seul point, le Royaume-Uni décide de reconduire son système de sélection. Après Cliff Richard, la BBC propose à l’une de ses plus grandes vedettes de la représenter au Concours. Lulu n’est en effet pas une inconnue, car la jeune Écossaise a signé en 1964 un énorme tube avec Shout, écrit par The Isley Brothers. Trois ans plus tard, elle atteint le sommet des charts américains en interprétant la chanson du film To Sir with Love. Lors de la sélection britannique, elle interprète six titres, dont un, Can’t go on living without you, écrit par un duo bientôt mondialement célèbre, Elton John et Bernie Taupin. C’est le titre préféré de la jeune femme, mais le public n’est pas du tout de son avis, puisqu’il le classe dernier. Les téléspectateurs préfèrent, et de loin, Boom bang-a-bang. Lulu n’est pas plus convaincue que Sandie Shaw deux ans plus tôt, et part pour l’Espagne dans le doute… non sans avoir au préalable épousé Maurice Gibb, l’un des membres des Bee Gees. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les stars britanniques n’ont guère le nez creux à la fin des années 60.

8. PAYS-BAS : De troubadour par Lenny Kuhr (née en 1950)

        Paroles : David Hartsema                   Musique : Lenny Kuhr             Chef d’orchestre : Frans De Kok

Sélection : 1° place au Nationaal Songfestival le mercredi 26 février 1969 à Scheveningen

            La toute jeune Lenny Kuhr (non, son frère ne s’appelle pas Manu ! ! !) remporte d’un tout petit point la sélection néerlandaise. On attendait plutôt la victoire d’Anneke Grönloh, ancienne participante à Copenhague en 1964, voire celle de la future star Dave (qui finit 3e), mais le pari d’envoyer à Madrid une jeune musicienne qui s’accompagne à la guitare (elle n’est que la deuxième à le faire après la Norvégienne Åse Kleveland en 1966) va s’avérer payant.

9. SUÈDE : Judy, min vän par Tommy Körberg (né en 1948)

        Paroles : Britt Lindeborg                    Musique : Roger Wallis           Chef d’orchestre : Lars Samuelson                Sélection : 1e place au Melodifestivalen le samedi 1er mars 1969 à Stockholm

            Arrivé en tête des votes lors du Melodifestivalen à égalité avec un autre chanteur, le jeune Tommy est déclaré vainqueur à l’issue d’un second tour. Parmi les autres participants à la sélection suédoise, on remarque Svante Thuresson (candidat au Concours 1966) et Anni-Fryd Lyngstad, qui sera bientôt l’une des deux chanteuses du mythique groupe ABBA.

10. BELGIQUE : Jennifer Jennings par Louis Neefs (1937-1980) [Étoile au Firmament # 7]

        Paroles : Phil van Cauwenbergh          Musique : Paul Quintens         Chef d’orchestre : Francis Bay

            Sélection : 1° place à la finale belge le samedi 22 février 1969

            Pour la 2e fois consécutive, la chaîne flamande décide de faire confiance à Louis Neefs, qui avait déjà permis à la Belgique de se classer 7e en 1967. C’est la quatrième des six chansons qu’il interprète à la finale belge qui est choisie par un jury d’experts. Louis retente donc sa chance deux ans après le Concours de Vienne, avec un titre écrit et composé par le même duo d’artistes. Cette fois, il met en place une étrange chorégraphie, qui consiste à frapper des mains au-dessus de sa tête à plusieurs reprises. Le geste est… particulier, mais va faire son effet.

11. SUISSE : Bonjour, bonjour par Paola (née en 1950)

        Paroles : Jack Stark   Musique : Henry Mayer          Chef d’orchestre : Henry Mayer        Sélection : interne

            Après les saluts yougoslaves en plusieurs langues de début de soirée, la toute jeune Suissesse se lance elle aussi dans des bonjours et bonsoirs adressés au public en français. La chanson est toutefois interprétée en allemand, ce qui crée un certain décalage. Malgré cela, les jurys vont être charmés et vont permettre au pays de Lys Assia de retrouver le Top 5 six ans après Ester Ofarim.

12. NORVÈGE : Oj oj oj, så glad jeg skal bli par Kirsti Sparboe (née en 1946)

        Paroles et Musique : Arne Bendiksen                        Chef d’orchestre : Øivind Bergh       

Sélection : 1e place au Melodi Grand-Prix le samedi 1er mars 1969 à Oslo

            Malgré leurs échecs respectifs les années précédentes, la Norvège décide d’accorder à nouveau sa confiance à la jeune Kirsti (déjà candidate en 1965 et 1967) et à l’auteur – compositeur Arne Bendiksen (qui avait défendu les couleurs de son pays en 1964). Après une victoire nette à la sélection nationale (la chanson engrange le double de points de celle d’Odd Børre arrivée deuxième), le camouflet est sévère en Espagne, où le pays ne récolte qu’une seule voix. La troisième – et dernière – tentative de la jeune femme porte donc bien mal son titre.

13. ALLEMAGNE : Prima ballerina par Siw Malmkvist (née en 1936)

        Paroles et Musique : Hans Blum                                 Chef d’orchestre : Hans Blum

            Sélection : 1e place à Ein Lied für Madrid le samedi 22 février 1969 à Francfort-sur-le-Main

            Il semble que l’Allemagne voulait à tout prix plaire au public européen en cette année 1969 : une chanteuse suédoise (déjà candidate pour son pays en 1960), une chanson aux sonorités russes (je ne peux m’empêcher de penser à Kasatchok quand je l’écoute) avec un titre en italien. Seul l’auteur – compositeur (déjà à l’origine des titres allemands en 1965 et 1967) est un pur produit du pays de Goethe. Malheureusement, l’essai ne sera pas transformé ce 29 mars.

14. FRANCE : Un jour, un enfant par Frida Boccara (1940-1996) [Étoile au Firmament # 36]

        Paroles : Eddy Marnay           Musique : Émile Stern                                    Chef d’orchestre : Franck Pourcel

            Sélection : interne

            Parmi les 108 chansons reçues par l’ORTF en 1969, nombreuses sont celles (comme les années précédentes) proposées par de grandes stars, déjà connues ou en voie de l’être. Dalida, Rika Zaraï, Gilbert Bécaud, Mireille Mathieu, Romuald, Séverine, Guy Mardel sont tous candidats. Serge Lama soumet même son sublime Une île, mais c’est Frida Boccara – déjà très connue en Espagne – qui est désignée pour représenter la France à Madrid. Encore une fois, la chaîne publique française a su faire le bon choix, car le public et les jurys vont être touchés par l’émotion transmise par la si belle voix de Frida.

15. PORTUGAL : Desfolhada portuguesa par Simone De Oliveira (née en 1938)

        Paroles : José Carlos Ary dos Santos             Musique : Nuno Nazareth Fernandes

            Chef d’orchestre : Ferrer Trindade  

Sélection : 1° place au Festival da Canção Portuguesa le lundi 24 février 1969 à Lisbonne

            La classe incarnée ce soir-là, c’est Simone De Oliveira. L’ancienne participante au Concours 1965 n’a fait qu’une bouchée de ses adversaires à Lisbonne, laissant son dauphin à 45 points derrière elle et renvoyant dans les cordes le futur représentant portugais Fernando Tordo et sa collègue Madalena Iglésias (qui avait défendu les couleurs du pays à Luxembourg en 1966). Tout éblouit dans sa prestation : sa voix chaude, son charisme indéniable, la musique envoûtante, la langue suave, les fantastiques choristes, jusqu’à sa robe magnifique ! ! ! Le résultat final est un des plus grands scandales que le Portugal ait eu à subir.

16. FINLANDE : Kuin silloin ennen par Jarkko (né en 1950) & Laura (née en 1949)

        Paroles : Juha Vainio              Musique : Toivo Kärki                         Chef d’orchestre : Ossi Runne

Sélection : 1e place à Euroviisut le samedi 22 février 1969 à Helsinki

            Le seul duo de la soirée a lui aussi remporté sa sélection nationale haut-la-main : plus du double de voix de la chanson arrivée deuxième, interprétée par la future grande star finlandaise, Katri Helena. ‘’Dis-moi qui tu bats, et je te dirai ce que tu vaux’’ : Viktor Klimenko, Laila Kinnunen, Markku Aro et Marion Rung, anciennes ou futures Eurostars, ont tous dû s’incliner devant la chanson écrite par celui qui avait écrit le texte de Kun kello käy en 1968 sur une musique du compositeur d’Aurinko laskee länteen en 1965. Le classement en fin de soirée me semble tout aussi incompréhensible que celui du Portugal…

L’entracte

            Pendant que les jurys délibèrent dans chaque pays, public et téléspectateurs peuvent voir La España diferente, un film réalisé par Salvador Dali lui-même. On y voit les lieux les plus touristiques d’Espagne, images entrecoupées de visions surréalistes accompagnées d’une musique assez crispante.

Résultat de recherche d'images pour "eurovision 1969 salvador dali"
L’affiche réalisée par Salvador Dali

Le vote et les résultats

            Le système de votes adopté en 1967 est inchangé, c’est donc 160 points qui sont à distribuer.

  P L A C E S C O R E   Y O U     L U X     E S P   M O N   I R L     I T A   U K   N E D   S U È   B E L   S U I     N O R     A L L   F R A   P O R   F I N
YOU 13 5     1             1         3  
LUX 11 7 1     3       1   1     1      
ESP 1 18 1 2   3 1         3   1 3 2 2  
MON 6 11     2     4   2 2 1            
IRL 7 10             1 1 1   3   1     3
ITA 13 5 1     1 1                   1 1
UK 1 18 2 4       3   1 5       1   1 1
NED 1 18   2   1   3       1 4 1   6    
SUÈ 9 8               1       3     1 3
BEL 7 10     2       3 1     2 2        
SUI 5 13 2       3   2     1   1 2     2
NOR 16 1                 1              
ALL 9 8 3   2             1   1   1    
FRA 1 18   1   2 4   4 2 1   1   1   2  
POR 15 4     2             1       1    
FIN 12 6   1 1   1     1       1 1      

Après un début un peu difficile où le scrutateur Clifford Brown demande à deux porte-parole de répéter leurs votes (alors qu’ils les avaient parfaitement annoncés), la période de votes se poursuit sans grosse anicroche, si ce n’est que Laurita a bien du mal à s’exprimer en anglais. C’est peut-être d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de présidents de jurys s’expriment en français. Après le vote portugais, l’Espagne, les Pays-Bas et la France sont à 18 points, devant le Royaume-Uni qui en totalise 17. Le public est donc particulièrement tendu quand la Finlande (que Laurita oublie d’appeler) révèle enfin son vote. À l’annonce du point accordé à Lulu, des remous se font entendre dans la salle, bientôt suivis d’applaudissements nourris : 4 pays se retrouvent en tête. Un peu perdue, la présentatrice en appelle à Clifford Brown, qui confirme la victoire de l’Espagne, de la France, des Pays-Bas et du Royaume-Uni… aucun article du règlement ne prévoyant de départager les ex-aequo.

Résultat de recherche d'images pour "eurovision 1969"
Massiel entourée des quatre gagnantes

Problème : un tel cas de figure n’avait pas été prévu, et le nombre de médailles à remettre est donc insuffisant. Par conséquent, on décide de les attribuer uniquement aux quatre interprètes, et pas aux auteurs et compositeurs des chansons gagnantes, qui recevront leur prix après le Concours. Massiel rejoint donc sur scène Laurita Valenzuela, et accueille Salomé, Lulu, Lenny Kuhr et Frida Boccara… qui vont chacune interpréter une deuxième fois leur chanson.

Afin d’éviter qu’un tel résultat ne se répète à l’avenir, l’UER prendra la décision quelques années plus tard d’ajouter un nouvel article au règlement : sera déclaré vainqueur le pays qui aura obtenu la / les note(s) la / les plus élevée(s). C’est ce qui fera que la victoire sera attribuée à la Suède et non à la France en 1991. Si cet article avait été en vigueur en 1969, les Pays-Bas (avec 6 points de la France) l’auraient emporté devant le Royaume-Uni. Il faut croire que cette décision, inconnue des commentateurs à Rome, fera également polémique puisque aujourd’hui, c’est le pays qui reçoit le plus de votes qui est déclaré vainqueur. À ce petit jeu, c’est la France qui aurait gagné en 1969, devant l’Espagne (chacune ayant obtenu 9 votes, mais avec deux fois 4 points pour la France contre trois fois 3 points pour l’Espagne).

Mon Top 10

  1. ROYAUME-UNI : Boom bang-a-bang par Lulu
  2. FINLANDE : Kuin silloin ennen par Jarkko & Laura
  3. FRANCE : Un jour, un enfant par Frida Boccara
  4. PORTUGAL : Desfolhada portuguesa par Simone De Oliveira
  5. MONACO : Maman, maman par Jean-Jacques
  6. LUXEMBOURG : Catherine par Romuald
  7. SUISSE : Bonjour, bonjour  par Paola
  8. ALLEMAGNE : Prima ballerina par Siw Malmkvist
  9. SUÈDE : Judy, min vän par Tommy Körberg
  10. IRLANDE : The wages of love par Muriel Day & the Lindsays

Lanterne rouge : YOUGOSLAVIE : Pozdrav svijetu par Ivan & 3M

            Voilà pour mon Top 10 personnel… et une 3e victoire consécutive pour le Royaume-Uni 😛 J’attends vos classements avec impatience dans les commentaires ci-dessous (date limite : samedi 26 octobre à 23h59). Merci d’avance pour votre fidélité et votre contribution !

RÉSULTATS DES VOTES : Comme pour l’édition 1965, nous avons à nouveau été 25 à nous prononcer cette semaine pour le Concours 1969. Même si Juju avait réussi à réunir plus de votants dans le cadre de Votre Eurovision, vous allez voir que les résultats de ce nouveau vote sont finalement très semblables aux siens.

16. Yougoslavie : Pozdrav svijetu par Ivan & 3M : 8 points de 3 votants (maximum 6 points) – 3 places par rapport au classement de Madrid

15. Luxembourg : Catherine par Romuald : 28 points de 8 votants (maximum 6 points) – 4 places

14. Norvège : Oj oj oj, så glad jeg skal bli par Kirsti Sparboe : 28 points de 9 votants (maximum 8 points) + 2 places

13. Finlande : Kuin silloin ennen par Jarkko & Laura : 62 points de 11 votants (maximum 12 points de Denez et Yom) – 1 place

12. Irlande : The wages of love par Muriel Day & the Lindsays : 62 points de 13 votants (maximum 12 points de RV) – 5 places

11. Suède : Judy, min vän par Tommy Körberg : 67 points de 15 votants (maximum 10 points) – 2 places

10. Belgique : Jennifer Jennings par Louis Neefs : 67 points de 16 votants (maximum 12 points de Juju) – 3 places

9. Italie : Due grosse lacrime bianche par Iva Zanicchi : 72 points de 15 votants (maximum 12 points de Julien) + 4 places

8. Allemagne : Prima ballerina par Siw Malmkvist : 93 points de 18 votants (maximum 12 points d’Arnaud) + 1 place

7. Monaco : Maman, maman par Jean-Jacques : 101 points de 19 votants (maximum 12 points de Duncky) – 1 place

6. Suisse : Bonjour, bonjour par Paola : 104 points de 20 votants (maximum 12 points de Gaël) – 1 place

5. Portugal : Desfolhada portuguesa par Simone De Oliveira : 113 points de 17 votants (maximum 12 points de Minsk et Jérémie) + 10 places ! ! !

4. Pays-Bas : De troubadour par Lenny Kuhr : 132 points de 21 votants (maximum 10 points) – 3 places

3. Royaume-Uni : Boom bang-a-bang par Lulu : 147 points de 21 votants (maximum 12 points de Taron, Sakis et Francis) – 2 places

2. Espagne : Vivo cantando par Salomé : 170 points de 20 votants (maximum 12 points de Marie, Pauly, Nico, Pascal, Zipo et Betty) – 1 place

  1. France : Un jour, un enfant par Frida Boccara : 196 points de 24 votants (maximum 12 points de Pauline, Yvonne, Phileurophage, Garfieldd, Noar et Augures) score identique

Comme pour Votre Eurovision, nous classons donc les 4 vainqueurs aux quatre premières places, avec une préférence pour la France… que nous couronnons pour la 4° fois. Ma plus grande joie, à titre personnel : la place du Portugal (avec une progression de 10 places par rapport au vrai Concours) 🙂 En revanche, nous ne sommes décidément pas fan de la Yougoslavie, que nous classons dernière pour la 3° fois 🙁

Voilà pour 1969. Je vous attends avec impatience pour l’édition d’Amsterdam dès ce soir !