Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

            Après la victoire de France Gall, qui proposait un titre très moderne en 1965, l’Autriche avait remporté le Concours avec une chanson beaucoup plus classique (Tiens, Toy et Arcade n’ont rien inventé…). Par conséquent, tout le monde était particulièrement pressé de voir ce qu’allait réserver la nouvelle édition. Eh bien… la même chose que les années précédentes : du moderne, du classique, de futurs tubes, des airs aujourd’hui totalement effacés de la mémoire collective. Bref, un Eurovision tout ce qu’il y a de plus normal ! (Re)découvrons ensemble le…

12ème CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

diffusé le samedi 8 avril 1967

en direct de la Grande Salle des Fêtes de la Hofburg de Vienne (Autriche)

présenté par Erica Vaal

L’organisation du Concours

Suite à la victoire d’Udo Jürgens à Luxembourg en 1966, c’est à la télévision autrichienne qu’échoit la responsabilité d’organiser et de diffuser le nouveau Concours. Le pays ne fait pas dans la demi-mesure, car c’est dans la Grande Salle des Fêtes du Palais de la Hofburg, à Vienne, que les artistes sont invités à se produire. L’ancienne résidence officielle des empereurs d’Autriche-Hongrie a été construite au XIII° siècle et n’a cessé d’être agrandie par la suite à la demande des différents dirigeants. Après l’abolition de la monarchie en 1918, elle est devenue le domicile et le lieu de travail du Président de la République autrichienne.

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Le palais de la Hofburg, à Vienne

Peut-être blessé par ses derniers classements particulièrement médiocres (le nouveau directeur des divertissements de la DR dira d’ailleurs que l’argent public pourrait être mieux employé), le Danemark décide de se retirer de la compétition. De ce fait, la grande fête musicale européenne voit pour la première fois de son histoire baisser le nombre de ses participants, désormais de 17. Trois artistes font leur retour en cette 12e édition : Claudio Villa (déjà candidat italien en 1962), la Norvégienne Kirsti Sparboe (qui avait représenté son pays en 1965) et Raphael (qui tente pour la 2° fois consécutive de rapporter le trophée en Espagne). Trois autres candidats allaient postuler à la victoire sans succès, avant de revenir quelques années plus tard… avec plus ou moins de bonheur.

La présentation et l’orchestre

Pour présenter le Concours, l’ÖRF fait appel à Erica Vaal (1927-2013). Diplômée de l’Académie de Musique et d’Arts de Vienne, la jeune femme avait commencé sa carrière à Rome en tant que comédienne de théâtre dès la fin des années 1940. Elle avait également fait quelques apparitions au cinéma ou sur scène en Allemagne, en Espagne et au Mexique. Devant le succès rencontré par sa présentation de l’édition viennoise du Concours, le diffuseur public lui confiera le soin d’animer une émission de radio, Musik aus Lateinamerica,  où elle défendra avec conviction de nombreux artistes originaires d’Amérique du Sud, découverts par elle-même lors d’un long périple qu’elle y avait organisé. Le programme durera 25 ans.

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Erica Vaal

L’orchestre est pour sa part dirigé par Johannes Fehring (1926-2004), surtout connu pour les musiques qu’il a composées pour de nombreux films autrichiens. Au Concours, il avait accompagné Udo Jürgens lors de sa première tentative en 1964, à Copenhague.

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Johannes Fehring

Après un an d’absence, Pierre Tchernia fait son retour aux commentaires, qu’il assure pour la France et Monaco. Petite remarque : c’est la première fois depuis 1957 que la soirée n’a pas lieu en mars. Oui, je sais, ça n’a aucun rapport avec Pierre Tchernia, mais je ne savais pas où placer cette info 😛

Les chansons candidates

            Dans le cadre grandiose du magnifique palais de la Hofburg, l’orchestre entonne, après le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, une attendue valse de Strauss. Puis, arrive sur scène le vainqueur sortant, Udo Jürgens, qui vient diriger lui-même les musiciens, lesquels jouent Merci, chérie en version symphonique. On découvre à ce moment la scène où se présente Erica Vaal. De sa voix grave très caractéristique, la jeune actrice ouvre la soirée en allemand, français, anglais, italien, espagnol, et russe… puis s’excuse de ne pas être capable de le faire en suédois, néerlandais, norvégien, finnois, portugais et serbo-croate  ! ! ! Elle promet d’apprendre ces langues si le Concours est appelé à revenir en Autriche. Malheureusement, elle décèdera sept mois avant la victoire de Conchita Wurst.

Dès cet instant, deux miroirs pivotants placés autour des artistes vont être actionnés tout au long de la soirée afin de donner à la retransmission une impression de vie et de mouvement. Un effet très appréciable… et apprécié.

1. PAYS-BAS : Ringe-dinge par Thérèse Steinmetz (née en 1933)

        Paroles : Gerrit den Braber    Musique : Johnny Holshuyzen                        Chef d’orchestre : Dolf van der Linden

            Sélection : 1° place au Nationaal Songfestival le mercredi 22 février 1967 à Utrecht

            Le 6° titre que présente la jeune femme en sélection nationale remporte largement le vote du public, puisqu’il obtient plus de 2000 voix de plus que la chanson classée deuxième. Ce n’est pas vraiment une surprise : le parolier avait déjà écrit Katinka et Fernando en Philippo, et le compositeur avait déjà signé ‘T is genoeg. En tout cas, c’est le deuxième titre – mais pas le dernier – évoquant un son de cloche au Concours après celui du Britannique Ronnie Carroll en 1962.

2. LUXEMBOURG : L’amour est bleu par Vicky (née en 1949)

        Paroles : Pierre Cour                          Musique : André Popp             Chef d’orchestre : Claude Denjean

Sélection : interne

Quatre ans après Nana Mouskouri, le Grand-Duché fait à nouveau confiance à une chanteuse grecque (même si elle vit à Hambourg) pour défendre ses couleurs. La jeune fille a 17 ans, comme France Gall, et interprète une chanson écrite par le duo qui a permis à Jacqueline Boyer de remporter le Concours avec Tom Pillibi en 1960. Bref, on attend d’elle qu’elle persuade les jurés de voter pour elle en masse. Elle échouera à trois points du podium, mais permettra à son titre de devenir le plus gros succès de l’année dans de nombreux pays, à tel point qu’il sera adapté l’année suivante par un musicien français, Paul Mauriat, qui en fera un instrumental mondialement célèbre, Love is Blue. Quant à Vicky Leandros, elle retentera sa chance cinq ans plus tard et… Non, je garde le suspense.

3. AUTRICHE : Warum es 100 000 Sterne gibt par Peter Horten (né en 1941)

        Paroles : Karin Bognar                        Musique : Kurt Peche             Chef d’orchestre : Johannes Fehring

Sélection : interne

            Après trois ballades romantiques interprétées par Udo Jürgens, l’Autriche pensait tenir la clé pour gagner à nouveau. Mais tout finit par lasser, y compris un style qui a pourtant plu les années précédentes, et Peter Horten, natif de Tchécoslovaquie, ne brillera pas autant que les étoiles qu’il évoque dans sa chanson.

4. FRANCE : Il doit faire beau là-bas par Noëlle Cordier (née en 1944)

        Paroles : Pierre Delanoé                     Musique : Hubert Giraud        Chef d’orchestre : Franck Pourcel

Sélection : interne

            Comme les années précédentes, l’ORTF avait reçu de nombreuses chansons (98 exactement) pour cette sélection de 1967. Parmi les artistes qui postulaient, de grands noms de la chanson française : Claude François (peut-être toujours pas remis de la victoire de son ex-petite amie en 1965), Mireille Mathieu (pour la 2° fois consécutive), Isabelle Aubret (gagnante en 1962), Jean-Jacques Debout, Hervé Vilard, Georgette Lemaire, Yves Simon, Annie Philippe ou Line & Willy (qu’on verra au Concours en 1968 pour Monaco). La favorite est sans nul doute Nicoletta avec son sublime Il est mort le soleil – que Ray Charles lui-même adaptera plus tard en anglais. Mais la chanson est jugée trop triste et on préfère opter pour Noëlle Cordier, à qui on propose un titre de Pierre Delanoé et Hubert Giraud, auteurs de plusieurs titres pour le Concours, dont le titre vainqueur de 1958, Dors, mon amour. La victoire ne sera pas au rendez-vous, mais la jeune femme sera remarquée par Alain Barrière (représentant français en 1963) qui lui demandera de chanter en duo avec lui le superbe Tu t’en vas en 1974.

5. PORTUGAL : O vento mudou par Eduardo Nascimento (né en 1944)

Paroles : João Magalhães Pereira       Musique : Nuno Nazareth Fernandes 

Chef d’orchestre : Armando Tavares Belo

Sélection : 1° place au Festival da Canção Portuguesa le samedi 25 février 1967 à Lisbonne

            Après Millie Scott pour les Pays-Bas l’année précédente, Eduardo Nascimento est le deuxième interprète noir à se présenter sur la scène du Concours. Il a largement remporté sa sélection nationale, mais ne fera guère mieux le grand soir que ses trois prédécesseurs lusitaniens.

6. SUISSE : Quel cœur vas-tu briser ? par Géraldine (née en 1947)

        Paroles : Gérard Gray                        Musique : Daniel Faure           Chef d’orchestre : Hans Möckel

            Sélection : 1° place à la sélection nationale suisse le samedi 21 janvier 1967 à Lugano

            Tombeuse de la double représentante suisse Anita Traversi sur son propre terrain, la toute jeune Géraldine Gaulier vient défendre la Confédération avec une chanson dont le titre est une question, tout comme en 1966. Mais à la différence de l’édition précédente, le pays ne récolte aucun point. Cette terrible note en fin de chanson a-t-elle percé les tympans des jurés ? Là est la vraie question : Quelles oreilles as-tu fait saigner ?

7. SUÈDE : Som en dröm par Östen Warnerbring (1934-2006) [Étoile au Firmament # 71]

        Paroles : Patrice Hellberg                  Musique : Curt Petterson & Marcus Österdahl          

Chef d’orchestre : Mats Olsson

Sélection : 1° place au Melodifestivalen le vendredi 24 février 1967 à Stockholm

             Après le désaveu dont il avait été victime en 1960 (il avait remporté les deux premières places à la sélection suédoise mais une autre artiste lui avait été préférée), le remarquable interprète qu’est Östen Warnerbring prend enfin sa revanche et défend les couleurs nationales à Vienne. On ne peut faire plus différent des deux précédentes contributions de la Suède avec ce slow romantique délivré d’une voix assurée et terriblement chaude. Mais encore une fois, le succès échappe au pays…

8. FINLANDE : Varjoon – suojaan par Fredi (né en 1942)

        Paroles : Alvi Vuorinen                       Musique : Lasse Mårtenson                Chef d’orchestre : Ossi Runne

Sélection : 1° place à Euroviisut le samedi 11 février 1967 à Helsinki

            Lors de la sélection nationale, chacun des quatre artistes invités interprète deux chansons. Trois sont qualifiées pour un deuxième tour de vote par un jury d’experts. Éliminées au premier tour, Laila Kinnunen et Marion Rung (représentantes finlandaises en 1961 et 1962) doivent s’incliner devant l’imposant Fredi, dont les deux titres sont sélectionnés. C’est finalement le dernier (composé par le candidat finnois de 1964) qui l’emporte… mais qui passe totalement inaperçu à Vienne.

9. ALLEMAGNE : Anouschka par Inge Brück (née en 1936)

        Paroles et Musique : Hans Blum         Chef d’orchestre : Hans Blum            Sélection : interne

            Choisie en interne par la télévision allemande, Inge Brück interprète trois chansons devant un jury d’experts. Ceux-ci optent pour Anouschka, une ballade légère et enlevée écrite et composée par Hans Blum, qui était déjà à l’origine du très beau Paradies, wo bist du ? en 1965. En Autriche, le pays est le premier à dévoiler des choristes, qui arrivent sur scène aux côtés de l’interprète principale.

10. BELGIQUE : Ik heb zorgen par Louis Neefs (1937-1980) [Étoile au Firmament # 7]

        Paroles : Phil van Cauwenbergh          Musique : Paul Quintens                     Chef d’orchestre : Francis Bay

            Sélection : 1° place à Canzonissima le samedi 25 février 1967 à Bruxelles

            Après 12 demi-finales ( ! ! ! ), les artistes qualifiés se retrouvent en finale le 25 février. Afin de s’assurer de la victoire, Louis Neefs décide de retirer la deuxième chanson qu’il devait interpréter (pas comme une certaine Lituanienne de notre connaissance…). Bien lui en prend, puisqu’il décroche très facilement son billet pour l’Autriche avec un titre écrit et composé par le duo qui avait permis à Tonia de se classer 4° l’année précédente. Remarque : Louis Neefs est le premier à piéger le public en insérant une fausse fin à l’intérieur de sa chanson.

11. ROYAUME-UNI : Puppet on a string par Sandie Shaw (née en 1947)

        Paroles et Musique : Bill Martin & Phil Coulter                                 Chef d’orchestre : Kenny Woodman

Sélection : 1° place à A Song for Europe le samedi 25 février 1967 à Londres

            Elle aussi sélectionnée en interne par la chaîne publique de son pays, la jeune Sandie Shaw – qui a pris pour habitude de se produire pieds nus sur scène – espère bien améliorer le classement de son pays, déjà cinq fois deuxième. Elle n’est pas une inconnue pour le grand public, puisqu’elle a déjà signé un énorme succès en 1964, Always something there to remind me – qu’Eddy Mitchell a adapté en français sous le nom de Toujours un coin qui me rappelle. Parmi les cinq titres qu’elle interprète à Londres, il en est un qu’elle n’aime pas du tout : Puppet on a string. Et c’est pourtant celui-là que le public choisit. Sandie part donc à Vienne peu convaincue. Sur place, sa prestation démarre mal car elle a choisi, comme Millie Scott en 1966, de chanter avec un micro à main. Elle est la seule à le faire, et peu habitué à cette pratique, l’ingénieur du son oublie de retirer ses moufles et la pauvre Sandie commence à chanter… mais personne ne l’entend. Le problème est vite réglé, la jeune femme délivre une prestation d’une grande justesse et très enlevée, soutenue par un trio de choristes de haut niveau. Tout à coup, tout s’éclaircit pour le Royaume-Uni…

12. ESPAGNE : Hablemos del amor par Raphael (né en 1943)

        Paroles et Musique : Manuel Alejandro         Chef d’orchestre : Manuel Alejandro                        Sélection : interne

            Ravie de la 7° place obtenue en 1966, la TVE décide de faire à nouveau confiance à Raphael et à son auteur – compositeur attitré, Manuel Alejandro. Leur deuxième titre rappelle excessivement le premier, l’interprétation est très proche de celle de Yo soy aquél et l’effet de surprise est un peu éventé, même si l’ensemble est de grande qualité. Que penseront les jurys ?

13. NORVÈGE : Dukkemann par Kirsti Sparboe (née en 1946)

        Paroles : Ola B. Johannessen                          Musique : Tor Hultin              Chef d’orchestre : Øivind Bergh

            Sélection : 1° place au Melodi Grand-Prix le samedi 25 février 1967 à Oslo

            Parmi les deux artistes qui interprètent la chanson gagnante de la sélection norvégienne, on décide de faire à nouveau confiance à la jeune Kirsti, qui avait déjà représenté son pays en 1965. Mais le petit pantin jazzy qu’elle présente au public et aux jurys marque visiblement bien moins que son cousin pop proposé par le Royaume-Uni. 45 points les sépareront à la fin de la soirée.

14. MONACO : Boum badaboum par Minouche Barelli (1947-2004) [Étoile au Firmament # 62]

        Paroles et Musique : Serge Gainsbourg         Chef d’orchestre : Aimé Barelli         Sélection : interne

            Comme souvent, les dirigeants de la chaîne monégasque savent où chercher dès qu’il s’agit de trouver un représentant pour le Concours Eurovision. Pourquoi ne pas demander à une jeune fille (de préférence résidente de la principauté) d’interpréter une chanson écrite et composée par Serge Gainsbourg ? Cela a bien réussi pour le Luxembourg deux ans plus tôt, alors pourquoi pas ? Aussitôt dit, aussitôt fait. On embarque Minouche Barelli dans la grande aventure, elle est accompagnée à Vienne par son chef d’orchestre de père (un fait unique dans l’histoire de la compétition) et on croise les doigts pour obtenir enfin une victoire. Oui mais voilà, n’est pas France Gall qui veut et Serge Gainsbourg ne peut pas tout le temps être génial…

15. YOUGOSLAVIE : Vse rože sveta par Lado Leskovar (né en 1942)

        Paroles : Milan Lindić             Musique : Urban Koder           Chef d’orchestre : Mario Rijaveć

            Sélection : 1° place à Pjesma Eurovizije le dimanche 19 février 1967 à Ljubljana

            Choisi par un jury parmi 15 interprètes (dont le futur représentant bosniaque de 1995, Davor Popović, au sein de son groupe Indeksi), Lado Leskovar peut enfin défendre les couleurs yougoslaves au Concours après deux échecs consécutifs. Même si le titre qu’il interprète ne marque pas nécessairement les esprits, on assiste toutefois grâce à lui à une première tentative de voix parlée sur une chanson candidate, où la part belle est donnée aux cuivres, en particulier aux trompettes.

16. ITALIE: Non andare più lontano par Claudio Villa (1926-1987) [Étoile au Firmament # 12]

        Paroles : Vito Pallavicini         Musique : Gino Mescoli           Chef d’orchestre : Giancarlo Chiaramello

Sélection : interne

            Vainqueur du Festival de la Chanson Italienne face à de grandes pointures de la musique (dont Lucio Dalla, Sergio Endrigo, Iva Zanicchi, les Surf… et même Antoine et les Compagnons de la Chanson !), Claudio Villa – qui avait déjà représenté son pays en 1962 – préfère interpréter un autre titre que celui qui lui a permis de l’emporter à San Remo. Bon, il faut reconnaître qu’il n’avait pas le choix puisque la chanson originale, Non pensare a me, a été disqualifiée pour avoir été présentée avant la date légale. Cela aurait-il changé quelque chose s’il avait pu chanter son titre gagnant ? Nul ne le saura jamais.

17. IRLANDE : If I could choose par Sean Dunphy (1937-2011) [Étoile au Firmament # 94]

        Paroles : Wesley Burrowes     Musique : Michael Coffey      Chef d’orchestre : Noel Kelehan

            Sélection : 1° place à la finale irlandaise le dimanche 12 février 1967 à Dublin

            Pour la 3° année consécutive, l’Île d’Émeraude  fait confiance à un soliste homme pour défendre les couleurs de l’Irlande. Et à nouveau, le public a droit a une ballade comme seule la verte Erin sait en proposer. Ce sera d’ailleurs le meilleur classement obtenu par le pays de James Joyce et d’Oscar Wilde… même si les textes proposés sont bien loin de valoir ceux de ces deux grands auteurs 😉

L’entracte

            Afin de laisser le temps aux jurys nationaux de décider de leurs votes, Erica Vaal annonce un entracte : on peut donc écouter plusieurs morceaux classiques, dont l’inévitable mais magnifique Beau Danube Bleu, interprété par l’orchestre de Johannes Fehring et par une chorale de jeunes garçons. La prestation rend superbement bien sous les voûtes de la Hofburg, et le niveau de ces petits chanteurs est très élevé.

Le vote et les résultats

            Après plusieurs années où de nombreux pays n’ont pas réussi à engranger une seule voix, l’UER décide que chaque jury national (toujours formé de dix membres) devra attribuer 10 points à ses chansons préférées. Le scrutateur Clifford Brown est là pour vérifier que les 170 votes sont correctement distribués. Erica Vaal se charge pour sa part d’appeler le porte-parole de chaque jury, s’adressant à eux en anglais ou en français. Grande première : les téléspectateurs peuvent voir les réactions des participants réunis dans une salle annexe pendant la révélation des votes. C’est la naissance de ce qui allait devenir la ‘’green room’’.

  P L A C E S C O R E   N E D   L U X   A U T   F R A   P O R     S U I     S U È   F I N     A L L     B E L     U K   E S P     N O R     M O N     Y O U     I T A   I R L  
NED 14 2                     1           1
LUX 4 17 4             2   1 2 1   1 1 3 2
AUT 14 2         1                   1    
FRA 3 20 1 2 1     1 4   2   2     2 4   1
POR 12 3       1   1           1          
SUI 17 0                                  
SUÈ 8 7         1     1         2   1   2
FIN 12 3 1       1                     1  
ALL 8 7         1   1     1 1   1     1 1
BEL 7 8         1     3 1   1       1   1
UK 1 47 2 5 3 7 1 7 1 2 3 3     7 3   2 1
ESP 6 9 1 1 1   2         1       2 1    
NOR 14 2 1           1                    
MON 5 10     2 1     1         5       1  
YOU 8 7   1   1 1         1   2       1  
ITA 11 4           1         1 1         1
IRL 2 22   1 3   1   2 2 4 3 2     2 1 1  

Malgré quelques problèmes avec le tableau d’affichage, la révélation des votes se déroule sans grande difficulté… si ce n’est qu’Erica est sur le point d’annoncer le nom du vainqueur avant que le dernier porte-parole, celui du jury irlandais, ne communique ses points ! Il faut croire également que des remontrances ont été adressées aux jurys car nul vote de complaisance ou de géopolitique n’est à déplorer.

Le Royaume-Uni est donc déclaré vainqueur, avec deux fois plus de points que l’Irlande, arrivée deuxième. La France remonte sur le podium après la débâcle de l’année précédente, décrochant une médaille de bronze juste devant le Luxembourg et Monaco. C’est de fait une nouvelle réussite pour les pays francophones, puisque seule la Suisse termine en bas de tableau… avec un deuxième score nul trois ans après Anita Traversi.

Sandie Shaw remonte alors sur scène pour recevoir son prix des mains d’Udo Jürgens. Elle est accompagnée de ses choristes, ainsi que de l’auteur et du compositeur de sa chanson. Puis, elle reprend Puppet on a string… sans aucun problème de micro, cette fois. Le titre sera un énorme succès dans toute l’Europe, dans sa version originale mais aussi dans ses versions en français, allemand, italien et espagnol. Erica Vaal clôt la soirée comme elle l’avait commencée, en allemand, français, anglais, italien, espagnol et russe… et salue chaque pays dans sa langue respective.

Mon Top 10

  1. ROYAUME-UNI : Puppet on a string par Sandie Shaw
  2. PAYS-BAS : Ringe-dinge par Thérèse Steinmetz
  3. SUÈDE : Som en dröm par Östen Warnerbring
  4. IRLANDE : If I could choose par Sean Dunphy
  5. LUXEMBOURG : L’amour est bleu par Vicky
  6. ALLEMAGNE : Anouschka par Inge Brück
  7. BELGIQUE : Ik heb zorgen par Louis Neefs
  8. ITALIE : Non andare più lontano par Claudio Villa
  9. YOUGOSLAVIE : Vse rože sveta par Lado Leskovar
  10. FRANCE : Il doit faire beau là-bas par Noëlle Cordier

Lanterne rouge : SUISSE : Quel cœur vas-tu briser ? par Géraldine

            Voilà pour mon Top 10 personnel… et pour mon bon dernier 😛 J’attends vos classements avec impatience dans les commentaires ci-dessous (date limite : samedi 28 septembre à 23h59). Merci d’avance pour votre fidélité et votre contribution !

RÉSULTATS DES VOTES : Nous avons été 24 à voter cette semaine (dommage, Taron…) et nous avons couronné à nouveau le vainqueur officiel. Très peu de suspense puisque les trois premiers se sont détachés très vite et n’ont jamais été inquiétés.

17. Autriche : Warum es 100 000 Sterne gibt par Peter Horten : 11 points de 3 votants (maximum 7 points) – 3 places par rapport à Vienne

16. Italie : Non andare più lontano par Claudio Villa : 35 points de 12 votants (maximum 12 points de Florian) – 5 places

15. Norvège : Dukkemann par Kirsti Sparboe : 37 points de 9 votants (maximum 10 points) – 1 place

14. Suisse : Quel cœur vas-tu briser? par Géraldine : 41 points de 6 votants (maximum 12 points de Juju… dont le cœur est effectivement brisé) + 3 places

13. Finlande : Varjoon – suojaan par Fredi : 48 points de 10 votants (maximum 12 points d’Arnaud) – 1 place

12. Belgique : Ik heb zorgen par Louis Neefs : 61 points de 11 votants (maximum 12 points de Pauline) – 5 places

11. Yougoslavie : Vse rože sveta par Lado Leskovar : 62 points de 13 votants (maximum 10 points) – 3 places

10. Monaco : Boum badaboum par Minouche Barelli : 65 points de 14 votants (maximum 12 points de Phileurophage) – 5 places

9. Allemagne : Anouschka par Inge Brück : 67 points de 15 votants (maximum 10 points) – 1 place

8. Portugal : O vento mudou par Eduardo Nascimento : 69 points de 14 votants (maximum 8 points) + 4 places

7. France : Il doit faire beau là-bas par Noëlle Cordier : 79 points de 17 votants (maximum 12 points de Mireille) – 4 places

6. Espagne : Hablemos del amor par Raphael : 90 points de 16 votants (maximum 12 points de Jérémie) score identique

5. Suède : Som en dröm par Östen Warnerbring : 93 points de 16 votants (maximum 12 points de Yom) + 3 places

4. Pays-Bas : Ringe-dinge par Thérèse Steinmetz : 97 points de 19 votants (maximum 10 points) + 10 places!!!!!!!

3. Irlande : If I could choose par Sean Dumphy : 135 points de 19 votants (maximum 12 points de RV et Augures) – 1 place

2. Luxembourg : L’amour est bleu par Vicky : 182 points de 23 votants (maximum 12 points de Betty, Minsk, Duncky, Garfieldd et Pauly) + 2 places

  1. Royaume-Uni : Puppet on a string par Sandie Shaw : 220 points de 23 votants (maximum 12 points de Marie, Sakis, Yvonne, Gaël, Denez, Pascal, Rem, Zipo et Francis) score identique

Comme vous pouvez le constater, le seul écart notable est celui des Pays-Bas, que nous classons bien plus haut qu’ils ne l’ont été en 1967… et ce n’est que justice. De même, vous avez aimé le titre suédois que je défendais, ça me comble de joie 😀 En revanche, une deuxième place de dernier pour l’Autriche, en plus à domicile, c’est douloureux 🙁

J’espère avoir du temps cette semaine pour publier une nouvelle rétrospective, mais je ne peux rien assurer (copies à corriger et trois concerts avec ma chorale obligent). Bonne semaine à tous!