Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

            L’édition du Concours dont je vais vous parler aujourd’hui est entrée elle aussi dans les annales pour plusieurs raisons. D’abord et avant tout, c’est la première à laquelle participe une artiste de couleur – artiste qui sera d’ailleurs la toute première à interpréter sa chanson le micro à la main, afin de pouvoir se déplacer plus aisément. Ensuite, les votes vont récompenser un chanteur qui concourait pour la 3° fois, ce qui est encore à ce jour un record inégalé. Enfin, le décor très moderne mis en place par le diffuseur a fait entrer encore un peu plus la compétition musicale dans une nouvelle ère. Voici donc le…

11ème CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

diffusé le samedi 5 mars 1966

en direct de la Villa Louvigny de Luxembourg (Grand-Duché de Luxembourg)

présenté par Josiane Shen

L’organisation du Concours

La victoire ayant été remportée l’année précédente par France Gall, qui représentait le Luxembourg, c’est la CLT qui est chargée d’organiser la cérémonie. Comme quatre ans plus tôt, le diffuseur décide que la soirée aura lieu à la Villa Louvigny, dans le centre de la capitale, là où se trouvent les studios de la radio et de la télévision luxembourgeoises.

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La Villa Louvigny, à Luxembourg

Puisque tous les pays ayant participé l’année précédente s’inscrivent à nouveau pour l’édition luxembourgeoise, l’effectif total demeure de 18 pays. Deux artistes ayant échoué à deux reprises font leur retour en cette 11e édition : Domenico Modugno (déjà candidat italien en 1958 et 1959) et Udo Jürgens (représentant autrichien les deux années précédentes). Étrangement, les deux chanteurs allaient occuper la première et la dernière places du classement à la fin de la soirée !

La présentation et l’orchestre

Pour présenter le Concours, la CLT fait appel à l’une de ses speakerines, Josiane Shen. Malgré des études de journalisme, la jeune femme ne s’exprime qu’en français tout au long de la soirée, sauf pendant le décompte des votes, où elle utilise aussi l’anglais. À cette occasion, elle adresse d’ailleurs au porte-parole britannique un surprenant ‘’Good night, London’’ (au lieu de ‘’Good evening’’) – et se voit répondre malicieusement ‘’Good morning, Luxembourg’’. Pour sa part, l’orchestre est dirigé par Jean Roderès (1923-1993), qui a déjà officié à ce poste en 1962.

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Josiane Shen

Après avoir assuré plusieurs années les commentaires en direct, Pierre Tchernia laisse sa place au double représentant monégasque François Deguelt, qui se charge d’animer de sa belle voix de basse la retransmission pour la France et Monaco. Non loin de lui, Teddy Scholten fait la même chose pour les Pays-Bas pour la 2° année consécutive. Grande première, toutefois : Camillo Felgen (représentant luxembourgeois en 1960 et 1962) annonce les points du jury du Grand-Duché.

Les chansons candidates

            Alors que les téléspectateurs peuvent voir France Gall assise dans la salle en train de savourer le plaisir d’entendre la musique de Poupée de cire, poupée de son, Josiane Shen se présente sur scène devant un décor assez psychédélique : toute une série de mobiles animés donne à la cérémonie un air tout à la fois moderne et enlevé. Elle salue les pays participants ainsi que d’autres, où est diffusé le Concours en ce 5 mars : la Pologne, l’URSS, la Hongrie, la Tchécoslovaquie, la RDA et… le Maroc ! Tout au long de la soirée, les interprètes et leurs chefs d’orchestre descendent un long escalier qui mène jusque sur scène, pendant que François Deguelt (fidèle en cela à ce que faisait Pierre Tchernia) explique la teneur de chacun des morceaux présentés.

1. ALLEMAGNE : Die Zeiger der Uhr par Margot Eskens (née en 1936)

        Paroles : Hans Bradtke           Musique : Walter Dobschinski            Chef d’orchestre : Willy Berking

            Sélection : interne

            Malchanceuse aux sélections allemandes de 1956 et 1962, Margot Eskens est sélectionnée en interne par la télévision régionale de Hesse. Le jury choisit, parmi les trois chansons qu’elle lui présente, Die Zeiger der Uhr, mélodie très romantique mais qui emporte peu .

2. DANEMARK : Stop – mens legen er go’ par Ulla Pia (née en 1945)

        Paroles et Musique : Erik Kåre                                                         Chef d’orchestre : Arne Lamberth

Sélection : 1° place au Dansk Melodi Grand-Prix le dimanche 6 février 1966 à Copenhague

Les cinq adversaires de la toute jeune Ulla sont laminés par la demoiselle, qui récolte 27 des 63 points disponibles. Dario Campeotto (candidat danois en 1961) et le Salami de Gustav Winkler (3° de l’édition 1957) n’obtiennent chacun qu’un tout petit point. Le titre, beaucoup plus enlevé que celui proposé par l’Allemagne, ne fait pas plus d’étincelles malgré la prestation endiablée d’un duo de danseurs.

3. BELGIQUE : Un peu de poivre, un peu de sel par Tonia (née en 1947)

        Paroles : Phil van Cauwenbergh          Musique : Paul Quintens         Chef d’orchestre : Jean Roderès

Sélection : 1° place à la sélection belge le mardi 25 janvier 1966 à Bruxelles

            Elle aussi sélectionnée d’office par le diffuseur belge francophone, Tonia soumet quatre chansons au public lors d’une émission télévisée. Les téléspectateurs optent pour la dernière via des cartes postales envoyées à la chaîne, et c’est avec cette ballade elle aussi très légère que la jeune fille de 19 ans va défendre les couleurs du Plat Pays à Luxembourg. Elle s’en sortira bien mieux que les deux candidates précédentes…

4. LUXEMBOURG : Ce soir, je t’attendais par Michèle Torr (née en 1947)

        Paroles : Jacques Chaumelle              Musique : Bernard Kesslair     Chef d’orchestre : Jean Roderès

Sélection : interne

            La longiligne chanteuse provençale, elle aussi âgée de 19 ans, vient présenter de sa voix très particulière une chanson au refrain très entraînant – ce qui sera un peu la marque de fabrique de cette édition. Le succès attendu n’est toutefois pas au rendez-vous, la faute selon certains aux couplets trop similaires à ceux de It’s not unusual de Tom Jones, l’énorme tube qu’on entend à l’époque sur toutes les radios.

5. YOUGOSLAVIE : Brez besed par Berta Ambrož (1944-2003) [Étoile au Firmament # 60]

        Paroles : Elza Budau                           Musique : Mojmir Sepe           Chef d’orchestre : Mojmir Sepe

            Sélection : 1° place à Pjesma Eurovizije le dimanche 23 janvier 1966 à Belgrade

            La deuxième chanson interprétée par Berta lors de sa finale nationale remporte à elle seule la moitié des voix du jury. Ni Dragan Stojnić avec trois titres, ni Vice Vukov avec sa chanson en albanais, ni Lado Leskovar (futur représentant yougoslave l’année suivante) ne peuvent barrer la route à cette jolie ballade romantique.

6. NORVÈGE : Intet er nytt under solen par Åse Kleveland (née en 1949)

        Paroles et Musique : Arne Bendiksen                                                Chef d’orchestre : Øivind Bergh

            Sélection : 1° place au Melodi Grand-Prix le samedi 5 février 1966 à Oslo

            La benjamine de la soirée a remporté en Norvège une victoire indiscutable : la chanson folk au rythme très original (écrite et composée par le candidat norvégien de 1964) a obtenu le double de points de celle arrivée deuxième, et la timide Åse a été préférée à l’autre interprète original. Et pourtant, le niveau était relevé avec une poignée d’anciennes ou futures Eurostars de talent : Anita Thallaug et Kirsti Sparboe (candidates en 1963 et 1965) et l’inépuisable mais malchanceuse Wencke Myhre. À Luxembourg, la jeune Norvégienne sera la première candidate de l’Histoire à jouer de la guitare et à porter un pantalon ! ! !

7. FINLANDE : Play boy par Ann Christine Nyström (née en 1944)

        Paroles et Musique : Ossi Runne                                                       Chef d’orchestre : Ossi Runne

            Sélection : 1° place à Euroviisut le samedi 22 janvier 1966 à Helsinki

             L’une des chansons les plus amusantes de la soirée (une jeune fille déclare à son amoureux qu’il n’a aucune chance de la séduire s’il joue les play-boys) n’a remporté sa sélection que de deux petits points. Là aussi, la concurrence était relevée puisqu’on trouve aux 2°, 3° et 4° places Viktor Klimenko, Laila Kinnunen et Lasse Mårtenson, tous anciens participants au Concours. Remarque : l’auteur – compositeur Ossi Runne aura dirigé 22 fois l’orchestre lors de la finale du Concours ! ! !

8. PORTUGAL : Ele e ela par Madalena Iglésias (1939-2018)

        Paroles et Musique : Carlos Canelhas                                                Chef d’orchestre : Jorge Costa Pinto

Sélection : 1° place au Festival da Canção Portuguesa le samedi 15 janvier 1966 à Lisbonne

            La première des trois chansons – dont les couplets font immanquablement penser à certains titres brésiliens des années 60-70 – interprétées par Madalena Iglésias (rien à voir avec Julio et Enrique) gagne largement la sélection portugaise. António Calvário échoue à la 5° place et ne peut défendre une deuxième fois les couleurs lusitaniennes.

9. AUTRICHE : Merci chérie par Udo Jürgens (1934-2014)

        Paroles : Udo Jürgens & Thomas Hörbiger                                        Musique : Udo Jürgens

Chef d’orchestre : Hans Hammerschmid                                           Sélection : interne

            Déterminé à remporter un jour la grande compétition musicale européenne, Udo Jürgens s’inscrit pour la 3° année consécutive avec le secret espoir de monter enfin sur la plus haute marche du podium. Peu importe qu’en 1960 Wyn Hoop ait raté la victoire avec une chanson en allemand au titre français, Udo n’est pas superstitieux et ne songe pas à l’adage français : Jamais deux sans trois. Et il a raison, son titre est très beau et il l’interprète avec beaucoup d’émotion. François Deguelt tout autant que le public est conquis. Ils ne seront pas les seuls…

10. SUÈDE : Nygammal vals par Lill Lindfors (née en 1940) & Svante Thuresson (né en 1937)

        Paroles : Björn Lindroth         Musique : Bengt Arne Wallin              Chef d’orchestre : Gert Ove Andersson

            Sélection : 1° place à Svensk Sångfinal le samedi 29 janvier 1966 à Stockholm

            Le seul duo de la soirée interprète une chanson au titre et au rythme très particuliers, et assez déroutants. Cette valse (?) n’a rien de commun avec celle présentée par la Suède l’année précédente et évoque un porcher amoureux d’une princesse, qui ne veut pas entendre parler de cet importun ! Malgré des voix assez insupportables et une interprétation très aléatoire, les votes de voisinage vont fonctionner à plein et les mener très haut dans le classement.

11. ESPAGNE : Yo soy aquél par Raphael (né en 1943)

        Paroles et Musique : Manuel Alejandro         Chef d’orchestre : Rafael de Ibarbia            Sélection : interne

            Après plusieurs propositions assez traditionnelles, l’Espagne décide de changer de cap avec un chanteur vocalement très (trop ?) puissant sur une mélodie diablement efficace et plus accessible pour des non-ibériques. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Raphael ne passera pas inaperçu lors de sa prestation. Il a d’ailleurs dû réveiller en sursaut le public et les téléspectateurs éventuellement assoupis…

12. SUISSE : Ne vois-tu pas ? par Madeleine Pascal (née en 1946)

        Paroles : Roland Schweizer (! ! !)        Musique : Pierre Brenner        Chef d’orchestre : Jean Roderès            Sélection : 1° place à la finale suisse le samedi 5 février 1966

            Peu d’informations ont subsisté de la finale suisse : rien sur la date, le lieu ou le déroulement de la sélection. Seuls quelques titres peuvent encore être trouvés sur le net, mais aucun enregistrement. C’est finalement le reflet assez fidèle de la carrière de la jeune Madeleine.

13. MONACO : Bien plus fort par Tereza (née en 1938)

        Paroles : Jean-Max Rivière                Musique : Gérard Bourgeois    Chef d’orchestre : Alain Goraguer

            Sélection : interne

            La petite principauté affiche clairement ses ambitions pour 1966 : une chanson extrêmement efficace (à défaut d’être originale), interprétée par une chanteuse (yougoslave) à la voix puissante et au timbre intéressant, dirigée par le chef d’orchestre qui avait mené France Gall à la victoire l’année précédente. Résultat : un échec complet ! Comme quoi, les meilleurs ingrédients ne font pas nécessairement le chef-d’œuvre. Petite anecdote amusante : François Deguelt – qui a apporté deux podiums à Monaco au Concours – se perd dans son conducteur et présente l’Italie alors que Tereza arrive sur scène :O

14. ITALIE : Dio, come ti amo par Domenico Modugno (1928-1994) [Étoile au Firmament # 25]

        Paroles et Musique : Domenico Modugno                                          Chef d’orchestre : aucun

            Sélection : 1° place au Festival de la Chanson Italienne de San Remo le samedi 29 janvier 1966

            Dans les années 1960 et 1970, les plus grandes stars participent au festival italien, et 1966 ne fait pas exception à la règle. Après les éliminations d’Adriano Celentano, Lucio Dalla, Bobby Solo (vainqueur sortant) et Nicola Di Bari, la finale voit s’affronter des artistes à la renommée internationale (les Surf, Richard Anthony, Françoise Hardy, Claudio Villa) ou des stars en devenir (Sergio Endrigo, Iva Zanicchi, Milva). Au milieu de cette brochette impressionnante, une chanson magnifique se fait remarquer : Dio, come ti amo interprétée par son auteur – compositeur Domenico Modugno et par la seule gagnante italienne de l’Eurovision à cette date, Gigliola Cinquetti. Alors que celle-ci en fera un tube international en la chantant dans un des films auxquels elle participe, c’est le multirécidiviste qui est choisi pour représenter son pays à Luxembourg.

            Sur place, Domenico Modugno n’est pas très content de l’orchestre luxembourgeois. Il décide donc lors de la répétition générale de ne se faire accompagner que de quatre musiciens italiens. Problème : la nouvelle version est trop longue et ne respecte donc pas l’article du règlement sur la durée des prestations. On lui demande de la raccourcir ou de revenir à l’orchestration originale, mais en vrai artiste, Domenico campe sur ses positions. On le menace de faire venir Gigliola Cinquetti (qui décline l’offre) mais le garçon ne cède pas. Finalement, il chante Dio, come ti amo comme il l’entend, avec ses musiciens – devenant en cela le premier candidat à ne pas avoir recours à un chef d’orchestre (Angelo Giacomazzi l’accompagnera simplement au piano) – et se fait littéralement massacrer lors des votes. A-t-on voulu lui faire payer son entêtement ?

15. FRANCE : Chez nous par Dominique Walter (né en 1942)

        Paroles : Jacques Plante                    Musique : Claude Carrère      Chef d’orchestre : Franck Pourcel            Sélection : interne

            On se demande parfois ce qui passe par la tête des décideurs quand il s’agit de désigner le candidat qui représentera son pays à l’Eurovision. 1966 restera un mystère complet et inexplicable. Alors que l’ORTF pouvait confier la mission de défendre les couleurs françaises à deux chanteuses aux voix puissantes comme Mireille Mathieu ou Michèle Torr (qui se consolera en chantant pour le Luxembourg), on préfère s’en remettre à Dominique Walter – fils de Michèle Arnaud, candidate du Grand-Duché en 1956 – dont le cruel manque de charisme n’égale que la regrettable absence de voix entièrement couverte par ses choristes bien dissimulés. La catastrophe était prévisible, sauf pour les dirigeants de la chaîne publique française, visiblement. Serge Gainsbourg, au secours ! ! !

16. PAYS-BAS : Fernando en Philippo par Millie Scott (née en 1933)

        Paroles : Gerrit den Braber                Musique : Kees De Bruyn        Chef d’orchestre : Dolf van der Linden

Sélection : 1° au Nationaal Songfestival le samedi 5 février 1966 à Utrecht (présenté par Teddy Scholten)

            Après cinq demi-finales au cours desquelles chaque candidat choisi par la chaîne nationale néerlandaise interprétait trois titres, Millie Scott est littéralement plébiscitée en remportant presque quatre fois plus de votes que la chanson arrivée deuxième. Il semble évident que le public des Pays-Bas souhaitait bousculer un Concours qui ronronnait : la première chanteuse noire de l’Histoire propose un titre très enjoué aux influences mexicaines (ses musiciens portent d’ailleurs ponchos et sombreros). Elle est également la première à chanter avec un micro à main (sans s’emmêler dans le long fil ! ! !) et descend, puis remonte en marche arrière, l’escalier qui mène à la scène. Tant d’efforts très mal récompensés, malheureusement.

17. IRLANDE : Come back to stay par Dickie Rock (né en 1940)

        Paroles et Musique : Rowland Soper                                                 Chef d’orchestre : Noel Kelehan

            Sélection : 1° place à la finale irlandaise le samedi 22 janvier 1966 à Dublin

            La première des trois chansons interprétées par Dickie Rock gagne nettement sa finale nationale : avec 20 points, il laisse très loin derrière lui la chanson classée deuxième avec 9 votes. L’aventure eurovisionnesque se poursuit d’ailleurs car les jurys européens lui attribueront un nombre de voix conséquent. Détail intéressant : le 2° représentant irlandais (aux magnifiques oreilles, il faut bien le reconnaître) est accompagné de Noel Kelehan, qui dirigera l’orchestre pour 23 chansons irlandaises au Concours !

18. ROYAUME-UNI : A man without love par Kenneth McKellar (1927-2010) [Étoile au Firmament #86]

        Paroles : Peter Callander                    Musique : Cyril Ornadel          Chef d’orchestre : Harry Rabinowitz

            Sélection : 1° place à A Song for Europe le jeudi 27 janvier 1966 à Londres

            Désigné candidat par la BBC, le ténor écossais interprète cinq titres le soir de la finale nationale. C’est l’avant-dernier qui est choisi par le public pour défendre les couleurs britanniques. Visiblement, personne n’a compris après les échecs de Mathé Altéry, Eleonore Schwarz et Ingvar Wixell que les chanteurs lyriques, en dépit de leurs voix magnifiques, n’ont aucune chance de briller au Concours. Et la tenue forcément différente de Kenneth McKellar n’y change rien : le Royaume-Uni enregistre à cette date le plus mauvais classement de son histoire !

L’entracte

            Afin de laisser le temps aux jurys nationaux de décider de leurs votes, l’entracte voit se produire un groupe de huit musiciens de jazz, Les Haricots Rouges. Créée en 1963, la formation spécialisée dans le dixieland commence une carrière qui va se poursuivre pendant cinq décennies. Leur 15° album est d’ailleurs sorti en 2013, pour célébrer leur cinquantenaire. Quel dommage qu’aucun pays n’ait songé à les sélectionner pour la compétition !

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Le vote et les résultats

            Le système de votes mis en place en 1964 est reconduit à l’identique. Même scrutin, même résultat : un vainqueur indéniable et quelques scores vierges ! ! ! Pourtant, 162 points étaient à distribuer…

  P L A C E S C O R E   A L L   D A N   B E L   L U X   Y O U   N O R     F I N     P O R   A U T     S U È     E S P   S U I   M O N     I T A     F R A     N E D     I R L     U K  
ALL 10 7     1                 5   1        
DAN 14 4           1 3                      
BEL 4 14 5             3   1           5    
LUX 10 7                 1 5         1      
YOU 7 9 3           1                     5
NOR 3 15 1               3 3 3     5        
FIN 10 7   3       3                   1    
POR 13 6   1                 5              
AUT 1 31     5 5 5     1     1 3 5 3 3      
SUÈ 2 16   5       5 5         1            
ESP 7 9         1     5                   3
SUI 6 12       1         5       3       3  
MON 17 0                                    
ITA 17 0                                    
FRA 16 1                         1          
NED 15 2                                 1 1
IRL 4 14     3   3                   5 3    
UK 9 8       3                         5  

Une nouvelle fois, les votes de voisinage provoquent des réactions dans le public : la Norvège (encore elle…) ne donne des points qu’à ses trois voisins – Danemark, Finlande et Suède – négligeant de ce fait les pays classés jusqu’alors en tête. Le jury suivant, celui de la Finlande, donne également ses 5 points à la Suède et 3 points au Danemark, ce qui agace particulièrement les spectateurs. En revanche, tout le monde rit (ou ce rire est-il nerveux ?) quand l’Espagne donne 5 points au Portugal… qui vient de lui attribuer ses 5 points. Mêmes remous dans la salle quand l’Irlande place en tête le Royaume-Uni.

Avec l’accord tacite du nouveau superviseur général, Clifford Brown, Josiane Shen déclare l’Autriche gagnante du 11° Concours Eurovision. C’est la première fois qu’une chanson en allemand l’emporte (une seule autre chanson interprétée dans la langue de Goethe montera sur la première marche du podium, en 1982). Le tiercé de tête est totalement inédit, puisque jamais l’Autriche, son dauphin la Suède, ni la Norvège arrivée 3°, n’étaient parvenues si haut dans le classement. Du côté des pays francophones, la Belgique et la Suisse s’en sortent bien, mais le Luxembourg (vainqueur sortant) et surtout la France (qui réalise son plus mauvais classement depuis 1957) finissent en bas de tableau. Enfin, deux pays enregistrent un score vierge, et non des moindres : Monaco (un autre pays francophone) et l’Italie (qui inaugure ainsi la malédiction des pays qui ont organisé l’édition précédente).

Comme le veut désormais la coutume, Udo Jürgens remonte sur scène pour recevoir son prix. Il est rejoint par son auteur, Thomas Hörbiger, qu’il étreint avec beaucoup d’émotion… sans même dire ‘’Merci chérie’’ à Josiane Shen ! Puis, France Gall lui remet sa médaille avant qu’il ne réinterprète le titre gagnant, qu’il rebaptise avec beaucoup d’humour Merci jurys 🙂

Mon Top 10

  1. IRLANDE : Come back to stay par Dickie Rock
  2. AUTRICHE : Merci chérie par Udo Jürgens
  3. ITALIE : Dio, come ti amo par Domenico Modugno
  4. ESPAGNE : Yo soy aquél par Raphael
  5. MONACO : Bien  plus fort par Tereza
  6. LUXEMBOURG : Ce soir, je t’attendais par Michèle Torr
  7. NORVÈGE : Intet er nytt under solen par Åse Kleveland
  8. SUISSE : Ne vois-tu pas ? par Madeleine Pascal
  9. PAYS-BAS : Fernando en Philippo par Millie Scott
  10. BELGIQUE : Un peu de poivre, un peu de sel par Tonia

Lanterne rouge : SUÈDE : Nygammal vals par Lill Lindfors & Svante Thuresson

            Voilà pour mon Top 10 personnel… et pour mon bon dernier 😛 J’attends vos classements avec impatience dans les commentaires ci-dessous (date limite : samedi 14 septembre à 23h59). Merci d’avance pour votre fidélité et votre contribution !

RÉSULTATS DES VOTES : Nous avons été 23 à voter cette semaine. Même si le vainqueur s’est détaché assez vite, il ne récolte pas un score excessivement élevé (au niveau de la gagnante de 1960 où il n’y avait que 18 votants). Le 2° est apparu assez rapidement également, mais 5 pays se sont battus pour la dernière place sur le podium.

18. France : Chez nous par Dominique Walter : 12 points de 2 votants (maximum 10 points) – 2 places par rapport à Luxembourg

17. Suède : Nygammal vals par Lill Lindfors & Svante Thuresson : 16 points de 5 votants (maximum 5 points) – 15 places!!!!!!!

16. Royaume-Uni : A man without love par Kenneth McKellar : 28 points de 5 votants (maximum 12 points de Sakis et Augures) – 7 places

15. Danemark : Stop – mens legen er go’ par Ulla Pia : 33 points de 10 votants (maximum 5 points) – 1 place

14. Finlande : Play-boy par Ann Christine Nyström : 50 points de 11 votants (maximum 6 points) – 4 places

13. Pays-Bas : Fernando en Philippo par Millie Scott : 51 points de 11 votants (maximum 8 points) + 2 places

12. Suisse : Ne vois-tu pas? par Madeleine Pascal : 55 points de 12 votants (maximum 12 points d’Yvonne) – 6 places

11. Yougoslavie : Brez besed par Berta Ambrož : 55 points de 15 votants (maximum 6 points) – 4 places

10. Monaco : Bien plus fort par Tereza : 60 points de 10 votants (maximum 12 points de Gaël) + 7 places

9. Luxembourg : Ce soir, je t’attendais par Michèle Torr : 64 points de 14 votants (maximum 12 points de Pauline) + 1 place

8. Allemagne : Die Zeiger der Uhr par Margot Eskens : 75 points de 14 votants (maximum 10 points) + 2 places

7. Belgique : Un peu de poivre, un peu de sel par Tonia : 98 points de 18 votants (maximum 12 points de Zipo) – 3 places

6. Portugal : Ele e ela par Madalena Iglésias : 101 points de 17 votants (maximum 12 points de Juju) + 7 places

5. Irlande : Come back to stay par Dickie Rock : 107 points de 15 votants (maximum 12 points d’Arnaud et Francis) – 1 place

4. Italie : Dio, come ti amo par Domenico Modugno : 109 points de 13 votants (maximum 12 points de Lolotte et Minsk) + 13 places !!!!!

3. Norvège : Intet er nytt under solen par Åse Kleveland : 110 points de 18 votants (maximum 12 points de Denez et Betty) score identique

2. Espagne : Yo soy aquél par Raphael : 131 points de 19 votants (maximum 12 points de Yom, Pascal, Duncky et Florian) + 5 places

  1. Autriche : Merci, chérie par Udo Jürgens : 179 points de 21 votants (maximum 12 points de RV, Pauly, Phileurophage, Garfieldd, Jérémie et Taron) score identique

Même si nous couronnons pour la 7° fois en 11 éditions le vainqueur officiel, il y a à nouveau de gros écarts de classement. La chute vertigineuse de la Suède et la magnifique progression de l’Italie (accompagnée de celles de Monaco et du Portugal) sont des records qu’il va être bien difficile à battre. De même, la France décroche chez nous une première place de dernier… y en aura-t-il d’autres? L’avenir le dira…