Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

            C’est aujourd’hui le 7° candidat belge à nous avoir quittés – mais le 6° originaire du Plat Pays – que je vais vous présenter. Il a été à sa manière un précurseur, car il a été le premier à se produire sur scène en sifflant une partie de sa chanson… pratique qui sera réutilisée plus tard par d’autres interprètes. Aujourd’hui un peu retombé dans l’oubli, voici notre

ÉTOILE # 88 : Bobbejaan SCHOEPEN (1925-2010)

        Représentant la Belgique au Concours 1957 à Francfort-sur-le-Main

        Titre interprété : Straatdeuntje (traduction : Air des rues)

        Classement : 8° sur 10 – 5 points

           Modest Hyppoliet Johanna Schoepen naît à Boom, dans la province d’Anvers, le 16 mai 1925 – soit quatre mois jour pour jour après Dany Dauberson, notre Étoile # 6. Issu du monde ouvrier (son père est forgeron), il commence sa carrière dès la fin des années 30 quand il se produit avec sa sœur Liesje dans des spectacles de rue qu’il donne dans de petits villages, laissant à son public le soin de remplir leur sébile. Malgré ces débuts peu gratifiants financièrement, il montera très haut dans l’échelle sociale, puisqu’il figurera à sa mort parmi les 200 plus grandes fortunes de son pays.

Le jeune Modest dans les années 1940

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            En 1943, le jeune homme s’inscrit à des cours de guitare classique prodigués par Frans De Groodt, un célèbre musicien à l’époque. Il est d’ailleurs très vite remarqué grâce à (ou à cause de, c’est selon) un concert à l’Ancienne Belgique d’Anvers, où il chante devant une salle comble une adaptation en néerlandais d’une chanson sud-africaine, Mama, ek wil ‘n man hé. Le texte s’en prend avec sarcasme à l’occupant allemand – “Non, maman. Un Allemand, j’n’en veux pas. La viande de porc, j’n’aime pas ça” – ce qui vaudra à la salle d’être fermée pendant trois semaines… et à Bobbejaan de se voir envoyer en Allemagne, où il chante pour les ouvriers flamands du STO.

A l’Ancienne Belgique, en 1943

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L’année suivante, il passe sa première audition à Bruxelles pour la radio belge, et monte un duo en 1945 avec son ami Kees Brug, Two Boys and Two Guitars. La formation se produit un peu partout sur les côtes de la Mer du Nord et récolte un certain succès, dû principalement à leur capacité à improviser sur scène. C’est à cette époque qu’il choisit son pseudonyme de Bobbejaan Schoepen.

Kees Brug

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À la Libération, il rencontre le producteur Jacques Kluger – qui sera aussi celui de Louis Neefs, notre Étoile # 7 – lequel lui demande d’aller chanter pour les forces américano-canadiennes en Allemagne. C’est un triomphe pour le jeune homme, chaudement félicité par les gradés américains, qui découvre ainsi des styles musicaux jusqu’alors inconnus de lui, mais qui vont profondément l’influencer.

Jacques Kluger

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Bobbejaan Schoepen sort en 1948 son premier disque, De Jodelende Fluiter, où il démontre déjà ses capacités de siffleur hors du commun. Toute la Belgique et même les Pays-Bas le réclament. Pour honorer le pays des tulipes qui ne cesse de le féliciter, il accepte l’année suivante de partir en Indonésie, où il donne 127 concerts en trois mois devant les soldats néerlandais ! En remerciement pour son courage (il chante souvent très près de la ligne de front), on lui remet d’ailleurs plusieurs décorations.

De retour en Belgique, il reprend ses tournées et interprète ses premiers tubes, comme De lichtjes van de Schelde. À cette occasion, on le voit souvent accompagné de grandes vedettes, comme Josephine Baker, Gilbert Bécaud ou Jacques Brel. Il se produit même à Nashville, Tennessee – devenant ainsi le premier Européen non anglophone à chanter au Grand Ole Opry, l’une des plus célèbres salles de musique country du pays. Bientôt, il chante partout dans le monde, des Etats-Unis à l’Allemagne, en passant par le Congo et l’Islande.

Voulant réduire son nombre d’engagements à l’étranger, Bobbejaan Schoepen décide de faire l’acquisition d’un terrain à Lichtaart, en Belgique, et d’y construire un parc d’attractions, Bobbejaanland, qui restera sa propriété jusqu’en 2004, date à laquelle il le revendra à des promoteurs latino-américains.

Son parc d’attractions, Bobbejaanland

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Entre-temps, Jacques Kluger lui propose de représenter la Belgique au deuxième Grand Prix Eurovision de la Chanson Européenne. Il présente donc trois titres à la sélection nationale, et part pour Francfort interpréter Straatdeuntje. Passée en première position, la chanson récolte 5 points (deux de l’Allemagne et du Danemark, et un de la Suisse), ce qui lui permet de pointer à la 8° place.

En 1958, alors qu’il vient de participer à un gala annuel donné en l’honneur de la Reine-Mère d’Angleterre, il décide d’adapter en néerlandais, allemand et anglais un succès australien, A Pub with No Beer. Les différentes versions qu’il en fait – Ich steh’ an der Bar (und ich habe kein Geld) et Café zonder bier – occupent les classements en Allemagne, Autriche et Pays-Bas pendant plus de cinq mois !

Sa carrière continue dans toute l’Europe, lui permettant de voler de succès en succès grâce, entre autres, à ses incroyables prestations sifflées. Citons entre autres, ses créations ou reprises telles que Kili Watch, Ik heb eerbied voor jouw grijze haren (trois millions de copies vendues en 1961), In de schaduw van de mijn ou Ik heb me dikwijls afgevraad (repris en français et en espagnol par Richard Anthony sous le nom de Je me suis souvent demandé). On le voit également au cinéma dans des comédies musicales produites en Belgique, Allemagne et Tchécoslovaquie.

Mais Bobbejaan s’éloigne progressivement de la scène musicale, en partie pour s’occuper de manière approfondie de son parc d’attractions au côté de son épouse Josée et de sa sœur Louise, mais aussi à cause de problèmes de santé – il subit plusieurs opérations chirurgicales, dont une du cœur en 1986, et perd peu à peu ses capacités de siffleur. En 1999, on lui diagnostique un cancer des intestins, heureusement guéri quelques années plus tard.

Bobbejaan et son épouse Josée

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Après la vente de Bobbejaanland, il sort un dernier album en 2008 – soit 35 ans après le précédent – qui est à nouveau salué par les critiques. On y entend de grands artistes venus l’accompagner, comme Axelle Red ou la chanteuse de Hooverphonic, Geike Arnaert. Mais il décède d’un arrêt cardiaque à Turnhout, près d’Anvers, le 17 mai 2010, le lendemain de son 85° anniversaire. Il laisse cinq enfants (dont un fils, Tom, producteur) nés de son mariage avec Josée.