Etoiles au Firmament (54) – Conny Van den Bos

Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

 

Je vais vous parler aujourd’hui de la 3° représentante des Pays-Bas à nous avoir quittés. C’est elle qui était passée en premier lors de l’édition 1965, mais elle est bien la quatrième candidate de ce Concours à décéder, après Birgit Brüel, Marjorie Noël et Butch Moore (nos Étoiles # 32, 47 et 50). Si cet article avait existé il y a vingt ans, peut-être que la présentatrice du Concours 1998 aurait évité la gaffe qu’elle a commise à cette occasion… ou pas.

 

 

ÉTOILE # 54 : Conny VAN DEN BOS (1937-2002)

        Représentant les Pays-Bas au Concours 1965 à Naples

        Titre interprété : ‘t is genoeg (traduction : Ça suffit)

        Classement : 11° sur 18 – 5 points

 

Jacoba Adriana Hollestelle naît à La Haye le 16 janvier 1937 – soit douze ans jour pour jour après Dany Dauberson, notre Étoile # 6. Dès son plus jeune âge, ses parents l’appellent Conny, prénom qui lui restera. Alors qu’elle est encore scolarisée, elle suit des cours de chant et de ballet pendant son temps libre, puis intègre le chœur d’enfants d’Herman Broekhuizen, ce qui lui permet de passer régulièrement à la radio. La voix de Conny se distingue facilement et elle peut bientôt interpréter en solo une certain nombre de chansons françaises.

Herman Broekhuizen

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À la fin des années 50, elle rencontre Wim Van den Bos, qu’elle épouse en 1959 et à qui elle donne une fille, Karin. Un an après son mariage, elle participe à plusieurs concours de jeunes talents, comme le festival de Knokke en Belgique. Mais le jeune femme ne se fait pas vraiment d’illusions. Quand on lui demande si elle souhaite devenir chanteuse professionnelle, elle répond qu’elle est avant tout une épouse et une mère de famille. Malgré cela, Conny signe son premier contrat avec une maison de disques en 1961 et sort dans la foulée deux titres, Ninotchka et Adieu (version néerlandaise du Mon Dieu d’Édith Piaf), qui font un succès d’estime.

Edith Piaf, dont Conny reprend Mon Dieu

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L’année suivante, son nouveau disque, Mijn hart bemint teveel, ne rencontre pas le même succès. Elle entreprend donc une première tentative à la sélection nationale néerlandaise en prévision du Grand Prix Eurovision. Sa chanson Zachtjes se classe troisième, mais sa maison de disques préfère lui faire enregistrer Kijk me eens diep in mijn ogen, un titre de variété écrit par un auteur allemand populaire à l’époque, Gerhard Wendland. Cette chanson n’est pas du tout du goût de Conny, qui affirmera toute sa vie le dégoût qu’elle éprouve pour elle.

1963 la voit renouer avec le succès, puisque Waar zijn al de bloemen toch, son adaptation en néerlandais du titre de Marlene Dietrich Where have all the flowers gone, et Raak me niet aan (reprise du succès de Patricia Carli, Demain tu te maries) trouvent tous les deux les faveurs du public. Il est temps pour la jeune femme de participer à nouveau à la sélection organisée par la chaîne nationale, dans le but de fouler enfin la scène du Concours Eurovision. ‘t is genoeg remporte facilement son billet pour Naples, mais sur place la chanson n’obtient que 5 points de la part de la Norvège et se classe 11°.

Conny tente d’oublier sa déception en s’inscrivant au Festival International de Musique de Sopot, en Pologne. Mais aucune des trois chansons qu’elle interprète (y compris Trop tard, de Charles Aznavour) ne remporte le prix. À titre personnel, les déceptions s’enchaînent aussi. Son époux ne supporte plus les absences de plus en plus fréquentes de sa femme, et le couple engage une procédure de divorce. Heureusement, Conny retrouve le bonheur avec le contrebassiste du trio Leedy, Ger Faber, qu’elle épouse le 2 février 1966. Ils auront un fils, Jeroen, le 14 mai 1969.

Ger Faber et le trio Leedy

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De nouveau en studio, Conny Van den Bos (qui a gardé le patronyme de son premier mari) enregistre une version néerlandaise de Capri, c’est fini. Mais personne ne parvient vraiment à trouver la chanson adéquate à mettre en Face B, jusqu’au jour où le compositeur Peter Koelewijn lui soumet Ik ben gelukkig zonder jou. Ce sera le plus gros succès de la sa carrière : le titre reste dans les classements pendant des semaines et obtient même un disque d’argent pour plus de 45 000 exemplaires vendus.

Au printemps 1967, Conny tente une carrière internationale en se rendant en Allemagne et au Royaume-Uni, où elle interprète des versions allemandes et anglaises de ses chansons. Ses espoirs sont grands mais ne sont pourtant pas exaucés, et une tentative aux Etats-Unis se solde par un nouvel échec l’année suivante. Elle décide alors de modifier son patronyme : Van den Bos est ré-écrit Vandenbos, et Conny y voit une promesse d’un nouveau départ. Elle n’a pas tout à fait tort, car invitée à Londres par Cliff Richard (2° au Concours Eurovision 1968) elle y enregistre plusieurs disques en anglais, qui provoquent enfin l’intérêt des critiques et du public. Mais la deuxième grossesse de Conny est assez difficile, et elle se voit contrainte d’annuler les promotions prévues. La déception est énorme pour elle, et elle comprend que le chemin pour atteindre une renommée internationale sera long et escarpé… et elle n’est plus vraiment sûre de le désirer.

Cliff Richard, qui invite Conny à Londres

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Et de fait, commence à  apparaître un fossé entre l’artiste, qui souhaite explorer de nouveaux univers musicaux, et sa maison de disques, qui préfèrerait qu’elle continue à chanter le type de chansons qui lui a toujours réussi. Finalement, Conny Vandenbos change de label et enregistre un nouvel album en 1974, Een vrouw van deze tijd. Pour la première fois de sa carrière, elle interprète de vraies chansons à texte – Tjeukemeer et Een roosje, m’n Roosje, par exemple. L’album suivant, Van dichtbij, fait un carton et obtient un disque de platine. Conny est d’ailleurs devenue si populaire que nombre de jeunes femmes aux Pays-Bas adoptent sa nouvelle coiffure, rousse et frisée !

Son ancienne maison de disques ne perd pas le Nord et sort de ses cartons d’anciens enregistrements qui n’ont jamais été commercialisés, et les réunit sur un album présenté comme le nouvel album de Conny. Celle-ci est furieuse, d’abord parce qu’elle ne se reconnaît plus dans ces chansons, mais surtout parce qu’elle estime que le public est honteusement trompé. Elle obtient en fin de compte que les prochaines éditions de cet album non désiré portent la mention « Album de chansons 1961-1971 ».

L’album sorti par son ancienne maison de disques

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Poussée par son nouveau label, Conny tente de relancer sa carrière à l’étranger. Elle ré-enregistre en allemand plusieurs des ses chansons et va les présenter en Allemagne. L’album Eine Frau von heute est plutôt bien accueilli, mais les ventes sont un peu décevantes. De retour dans son pays, elle se voit remettre le premier Prix Édith-Piaf et se penche sur son prochain album. C’est alors que son label, malgré les ventes générées par ses disques, dépose le bilan. Conny n’a pas d’autre choix que de signer à nouveau avec sa première maison de disques. Elle n’y reste pas très longtemps et rejoint EMI en décembre 1981. Malheureusement, ces différents changements perturbent quelque peu le public, qui ne se précipite plus sur ses albums. C’est pourquoi elle décide de prendre part à des comédies musicales, comme Boefje en 1986 ou Heimwee l’année suivante. Puis, elle se concentre principalement sur la présentation d’émissions radio consacrées à la musique.

Conny Vandenbos au début des années 1990

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En 1998, elle donne les points du jury néerlandais au Concours Eurovision. La présentatrice anglaise, Ulrika Jonsson, manquant à la fois de diplomatie et de culture musicale, s’étonne quand Conny affirme très bien connaître l’état dans lequel doivent être les candidats de cette édition, et pour cause : elle a été à leur place. Réflexion de la jeune grue, qui ne devait pas penser qu’un jour, elle aussi serait vieille et ridée si la vie lui donnait cette chance : « Ah eh bien, c’était il y a longtemps ! » Et là, la classe de celle que le mépris n’atteint pas, qui conserve son sourire et sa dignité, et poursuit aimablement le décompte des points… D’ailleurs, de qui se souvient-on le plus vingt ans après, de Conny ou de la potiche ?

Ulrika Jonsson

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Après la mort de son époux en juillet de la même année, Conny a bien du mal à retrouver le goût de vivre. Elle a toutefois pour elle le public, qui suit avec assiduité son émission de radio très populaire. Mais les dirigeants de la station ont des projets ernottiens en tête, ils souhaitent rajeunir et le public de la radio et ses animateurs. Elle est donc limogée, en dépit d’un procès attenté aux patrons du diffuseur, et ne retrouve un emploi que dans une petite radio locale.

La Reine Beatrix, qui l’anoblit

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À l’occasion de ses quarante ans de carrière en septembre 2001, elle se produit sur scène et interprète ses plus grands succès. Le public est au rendez-vous et découvre de nouvelles chansons, que Conny souhaite inclure sur un nouvel album qu’elle présenterait lors d’une tournée. Dans la foulée, la reine Beatrix la nomme Chevalier dans l’Ordre d’Orange. Malheureusement, le concert donné pour son Jubilé se révèle être un concert d’adieu. En effet, atteinte d’un cancer du poumon, elle décède à Amsterdam le 7 avril 2002. Ses dernières volontés – ne pas avertir le public de sa mort avant qu’elle ne soit inhumée – ne seront pas respectées, les médias se chargeant de laisser fuir la nouvelle. Finalement, Conny Vandenbos n’a pas été oubliée par le public néerlandais : le 18 avril devient chaque année le ‘Conny Vandenbosdag’, jour où tous ses fans se réunissent. De plus, un concert est donné à guichets fermés en 2007 par de nombreux artistes, qui interprètent ses titres les plus célèbres.

 

(7 commentaires)

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    • marie on 5 décembre 2018 at 18:41
    • Répondre

    Très belle carrière dans son pays même s’il y a eu des hauts et des bas.
    Par contre sa chanson de l’eurovision, j’avoue ne pas l’apprécier.

    1. Il faut dire que la musique est un peu spécial. Mais le texte est extrêmement féministe pour l’époque.

      1. Oops spéciale !!!!

    • ZIPO on 5 décembre 2018 at 21:55
    • Répondre

    – Voici une artiste qui a connu une belle carrière artistique mouvementée, avec des hauts et des bas ( et davantage de bonnes périodes me semble-t-il ) mais qui a finalement se faire aimer par le public de son pays et qui n’a jamais renoncé. Elle est décédée encore trop tôt, juste au moment de la retraite même si les artistes ne sont jamais des retraités comme les autres puisque beaucoup ne veulent pas en entendre parler.

    – Concernant sa chanson à l’Eurovision, j’avoue ne pas comprendre pourquoi un seul pays lui a accordé des points ! Sa chanson est très originale pour l’époque surtout musicalement, et je trouve cette chanson également très agréable vocalement à mes oreilles. J’ai écouté d’autres chansons que j’ai trouvées très bien également.

    1. Je pense que cette chanson qu’interprétait Conny Van den Bos au Concours était justement trop originale et en avance sur son temps. C’est la seule explication pour un si médiocre classement. La chanson allemande, que j’adore, a été encore plus sévèrement notée :/

    • phileurophage on 7 décembre 2018 at 08:33
    • Répondre

    Les portraits s’enchaînent, quelle force de travail !
    J’aime beaucoup sa chanson défendue à l’Eurovision. Quelle carrière, en effet, faite de hauts et bas pour mourir si jeune malheureusement. Quant à Ulrika Jonsson, n’y vas-tu un peu loin en la qualifiant comme tu le fais cher Francis ? Il est vrai aussi que chaque année, je m’énerve seul devant mon poste face aux commentateurs qui ignorent tout de tel ou tel spokesperson…

    1. Il est vrai que je ne suis pas tendre avec Ulrika Jonsson, mais je ne supporte pas le jeunisme et je déteste la mauvaise foi qui consiste à dire qu’on ne connaît pas parce qu’on est trop jeune, alors qu’on est juste pas curieux. Quant à son rôle en 1998, il est clair que la BBC préférait cette jeune femme à Terry Wogan, pourtant compétent. Encore une fois, pour attirer un public plus jeune. Elle aurait au moins pu bosser ses fiches…

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