Etoiles au Firmament (43) – Raquel Rastenni

Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

 

            Je vais vous parler aujourd’hui de la deuxième représentante danoise au Concours, un an après Gustav Winckler, notre Étoile # 5. C’est cependant la quatrième artiste originaire du pays de la petite sirène à nous avoir quittés. Comme vous allez le voir, sa célébrité – pourtant réelle dans son pays – n’a malheureusement pas dépassé les frontières nationales. Il était donc temps de lui rendre hommage.

 

 

ÉTOILE # 43 : Raquel RASTENNI (1915-1998)

        Représentant le Danemark au Concours 1958 à Hilversum

        Titre interprété : Jeg rev et blad ud af min dagbog

(traduction: J’ai déchiré une page de mon journal intime)

        Classement : 8° sur 10 – 3 points

 

        Anna Rachel Rastén et sa sœur jumelle Lea naissent à Copenhague le 21 août 1915. Leurs parents, de confession juive, ont chacun fui la Russie en 1906 pour s’installer au Danemark, où leur père est maintenant tailleur et leur mère, couturière. La famille, qui compte également un fils, Adolph, a des revenus très modestes et vit dans un quartier assez pauvre de la ville.

Juifs fuyant les pogroms russes au début du XX° siècle

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Rachel débute sa carrière artistique en 1936 en tant que danseuse à la Revue Helsingør. Deux ans plus tard, elle est engagée pour animer une émission à la radio, où elle commence à chanter avec différents orchestres.  C’est à cette époque qu’elle prend le pseudonyme de Raquel Rastenni. 1940 est une année importante pour elle, puisqu’elle se marie (elle divorcera six ans plus tard) et qu’elle forme son premier trio de swing, avec lequel elle sort un album et part en tournée en Suède.

Raquel Rastenni en 1951

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Mais la guerre éclate et les Nazis envahissent le Danemark. En tant que juive, Raquel n’a pas le choix, il lui faut fuir son pays en octobre 1943 et s’établir avec sa famille en Suède. Elle y poursuit sa carrière, avec énormément de succès puisqu’on la surnomme bientôt l’Ella Fitzgerald danoise.

La grande chanteuse de jazz Ella Fitzgerald

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En 1945, elle regagne sa patrie, où sa réussite est à la mesure de ce qu’elle a connu à l’étranger. Les disques se succèdent et rencontrent à chaque fois le public – Vovsen I vinduet (chantée en français par Line Renaud sous le nom de Le Chien dans la vitrine) en 1953 ou encore son album Hele ugen alene, qui se vend à 120 000 exemplaires. Elle est alors la première artiste danoise à obtenir un Disque d’or pour avoir dépassé le million de copies vendues. Ce ne sera pas sa dernière récompense, puisqu’elle en recevra tout au long de sa carrière.

La chaîne de télévision danoise, qui aimerait réitérer l’exploit réalisé l’année précédente par Gustav Winckler et Birthe Wilke, l’invite alors à participer au Dansk Melodi Grand-Prix, la sélection nationale pour le Grand Prix Eurovision de la Chanson Européenne. Elle y affronte le duo arrivé troisième à Francfort en 1957, mais c’est elle qui l’emporte avec la première des deux chansons qu’elle présente, Jeg rev et blad ud af min dagbog. La déception est donc assez grande quand le Danemark ne termine que 8° de la compétition, avec 3 points de la Suède, de la France et des Pays-Bas.

Après un nouveau succès, Heksedansen, dans son pays en 1960, Raquel Rastenni retente sa chance au DMGP l’année suivante. Mais Hjemme hos os, la chanson qu’elle interprète en duo avec Grethe Sønck, n’obtient pas un seul point… comme Gustav Winckler, d’ailleurs. Ce n’est donc pas la fête des premiers participants danois le 19 février 1961 ! Sa dernière tentative pour revenir à l’Eurovision a lieu en 1964 quand elle propose Vi taler samme sprog, mais c’est pour elle un nouvel échec.

 

Divorcée de son deuxième époux, Raquel Rastenni devient enfin mère d’une petite Charlotte, en 1963, ce qui l’éloigne un peu de la scène médiatique. Dans les années 1970, elle élargit son répertoire en interprétant des chansons juives en yiddish et en hébreu. Ce retour aux sources familiales se voit aussi dans son soutien grandissant à l’État d’Israël, en particulier pendant la Guerre du Kippour en 1973. Elle se rend d’ailleurs souvent à Jérusalem, à titre personnel ou professionnel.

À la fin des années 80, elle se retire de la vie publique. Elle mène une vie extrêmement discrète, jusqu’à son décès à Skodsborg, dans la banlieue de la capitale, le 17 août 1998 – soit quatre jours avant son 83e anniversaire.

(16 commentaires)

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  1. Une nouvelle page en quelque sorte que tu nous contes.trés intéressant ce petit portrait .D ´actualité avec ce terrible attentat aux USA.Une chanteuse qui malgré ses échecs au concours à fait une belle carriere

  2. Le rapport avec les événements aux États-Unis est tout de même assez éloigné. Je pense que les prises de position de Raquel Rastenni dans les années 70 révélaient moins un positionnement politique qu’un attachement à ses racines. Mais merci pour le compliment !

  3. Belle carrière.
    J’aime bien la mise en scène de sa chanson. Je ne trouve pas la chanson mauvaise.
    Je ne sais pas pourquoi mais dès que je l’ai écouté, je me suis dit, cette chanson aurait été parfaite pour du français, elle aurait sûrement fait un meilleur classement.

    1. Je partage ton point de vue, le Danemark fait partie de mes favoris en 1958. Je le place en effet en 3e position, derrière l’Italie et la France. Et comme toi, j’adore la mise en scène.

  4. Quelle que soit la voie que la vie nous fait prendre, l’âge aidant nous fait souvent revenir aux sources de notre existence. Raquel a suivi une carrière artistique, somme toute assez satisfaisante, malgré qu’elle n’ait pas franchi les frontières, mais n’a pas oublié ses origines, ce qui est tout à son honneur !

    1. Tu as raison, Tano. Il y a un moment dans la vie où le besoin de retrouver ses racines se fait impérieux, et nul ne peut y résister. Pour être pleinement ce que l’on est, il faut savoir d’où l’on vient.

  5. Belle carrière et belle histoire….et une sublime voix ….vraiment….une belle candidate et une magnifique personne….merci mon cher Francis…pour cette belle chronique…j’adore sa voix…unique…et sa chanson…nord a name….

    1. Tu as raison, son timbre de voix très particulier fait beaucoup pour sa chanson. Et cette note incroyable lors de son troisième DAGBOG !!!! Très difficile à faire.

    • phileurophage on 29 octobre 2018 at 18:09
    • Répondre

    Quel agréable moment que ce passage de Raquel à Hilversum. Certes, c’était déjà old school mais si bien interprété et joliment mis en scène. Romantisme et mélodie. Et puis, le tournant vers le répertoire yiddish lui donna une autre dimension.
    Bravo encore pour ce portrait et cette rubrique. J’en suis fan !

    1. Je vois ça, tu commentes tous les articles de cette rubrique depuis quelque temps. J’en suis ravi 😀

  6. – Tiens ! Mauvaise surprise ! Mon commentaire d’hier soir n’est pas passé !! Je vais le remettre tout à l’heure.

  7. – Voilà une artiste qui aura vécu une longue vie et qui aura fait une carrière fort honorable et largement méritée car j’estime qu’à son époque, elle faisait preuve d’audace.

    – Quant à sa chanson de l’Eurovision, je la trouve pas du tout : elle a une voix magnifique, à la fois douce et posée sans fausse note. Voilà je trouve injuste son classement en fin de tableau ! Moi, je l’aurai classée au moins en milieu de tableau et même en 4e position.

    1. Je suis vraiment ravi de voir que tous mes fidèles lecteurs apprécient cette chanson, pourtant si mal classée en son temps. Nos avis convergent et prouvent que peut-être, ce titre a déconcerté les jurés de l’époque, qui ne s’attendaient pas à une telle présentation.
      En tout cas, il est clair que nous désapprouvons tous cette déroutante 8° place 🙁

  8.  » Je la trouve pas mal du tout !  » Voilà ce qui arrive quand je tape trop vite…

    • Netty Vilar Braamcamp Sobral on 9 janvier 2019 at 13:17
    • Répondre

    Beau parcours que celui de Raquel ! Une femme très moderne pour son époque avec deux divorces au compteur et elle est devenue mère à 48 ans, ce qui à l’époque devait être très rare ! Je note toutefois une info à la crédibilité douteuse : un disque d’or pour 1M de ventes d’un de ses disques. C’est objectivement impossible, compte-tenu de la population du Danemark. Il est probable que 100 000 ventes, voire moins, suffisaient pour obtenir un disque d’or au Danemark ! Les bios officielles des artistes comportent souvent ainsi des passages délirants tant ceux qui les ont rédigés veulent embellir la réalité.

      • Francis A. on 10 janvier 2019 at 01:23
      • Répondre

      Bah peut-être qu’elle a obtenu ce disque d’or pour 100 000 exemplaires vendus, et que depuis le disque a dépassé le million au cumul des ventes dans plusieurs pays scandinaves, et sur plusieurs décennies. Ce n’est pas impossible. Regarde Petit Papa Noël, de Tino Rossi 😉

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