Etoiles au Firmament (41) – Rob Pilatus

Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

 

Je vais vous parler aujourd’hui d’un artiste dont le moins que l’on puisse dire est que la vie ne lui a pas fait de cadeau. Dès sa naissance, le sort lui est contraire, et les quelques espoirs qu’il nourrit après sa discrète apparition sur la scène de l’Eurovision (il ne chante pratiquement pas) sont vite déçus. Une histoire bien triste, donc, qui révèle à quel point le milieu de la musique professionnelle est parfois impitoyable.

 

 

ÉTOILE # 41 : Rob PILATUS (1965-1998)

        Représentant l’Allemagne au Concours 1987 à Bruxelles, au sein du groupe WIND

        Titre interprété : Laß die Sonne in dein Herz (traduction: Laisse entrer le soleil dans ton cœur)

        Classement : 2° sur 22 – 141 points

 

        Robert Pilatus naît le 8 juin 1965 à New York au foyer d’un soldat américain et d’une strip-teaseuse allemande. Mais ses parents ne souhaitent pas se charger de l’enfant, et le petit garçon passe quatre ans dans un orphelinat avant d’être adopté par une famille bavaroise. Il ne s’entendra jamais parfaitement avec eux et vivra très mal sa scolarité (les autres enfants le surnomment Kunta Kinté, le héros du feuilleton télévisé Racines). Ne se sentant à l’aise ni à la maison, ni à l’école, il fuguera dès son adolescence.

Kunta Kinte, le jeune esclave africain du feuilleton Racines

Image associée

Rob commence sa carrière artistique en tant que mannequin et danseur de break dance. Étrangement, c’est en tant que choriste et musicien qu’il rejoint le groupe Wind, célèbre pour avoir décroché la 2° place au Concours Eurovision de la Chanson en 1985. Deux ans après ce podium, les dauphins des Bobbysocks battent de peu Maxi & Chris Garden (représentantes allemandes l’année suivante) ainsi que Michael Hoffmann (frère de notre Étoile # 8) à la sélection nationale, et partent pour Bruxelles avec Laß die Sonne in dein Herz, un nouvelle production des prolifiques Siegel et Meinunger.

Le groupe Wind en 1985

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Le grand soir, c’est un triomphe pour le groupe allemand, qui se classe à nouveau 2° (exploit on ne peut plus rare) avec 141 points – 12 de l’Islande et du Danemark, 10 de l’Autriche, de la Belgique, des Pays-Bas, du Royaume-Uni et de la Finlande, 8 d’Israël, 7 de la Suède, de l’Irlande et de la Yougoslavie, 6 de la Turquie, du Luxembourg, de la France et de Chypre, 5 du Portugal, 4 de l’Italie, 3 de la Norvège, et 1 de l’Espagne et de la Suisse. Seuls les jurés grecs ne votent pas pour l’Allemagne.

Rob décide toutefois de quitter le groupe et de signer avec Frank Farian, le producteur de Boney M. Celui-ci a sous contrat un duo de chanteurs, Charles Shaw et Brad Howell, très talentueux vocalement mais qu’il estime peu charismatiques. Il souhaite donc engager deux jeunes gens plus séduisants – ce sera Milli Vanilli, formé de Rob Pilatus et de son ami martiniquais rencontré à Los Angeles, le mannequin et danseur Fabrice Morvan.

Frank Farian

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Le succès est mondial : le premier album du duo, Girl you know it’s true, décroche un disque de platine, les singles qui en sont extraits se vendent comme des petits pains, on leur remet même le Grammy Award de la Révélation le 21 février 1990. Les deux jeunes gens, littéralement enivrés par le succès, perdent toute mesure et formulent les déclarations les plus insensées – “Musicalement, nous avons plus de talent que tous les Bob Dylan ou Paul McCartney. Mick Jagger ne nous arrive pas à la cheville en ce qui concerne le charisme sur scène, nous sommes les nouveaux Elvis.”

Pourtant, dès cette date, les rumeurs vont bon train, et on accuse rapidement les deux membres du duo de chanter sur scène en play-back. Certains avancent même que ce ne sont pas leurs voix qu’on entend sur leurs enregistrements. Charles Shaw lui-même le reconnaît dans une interview, avant de retirer ses paroles quand Farian lui offre 150 000 dollars. Rob et Fabrice menacent donc leur producteur de révéler toute la vérité à la presse, à moins qu’il ne leur laisse interpréter les titres de leur deuxième album. Mais Farian avoue lui-même la supercherie lors d’une conférence de presse improvisée, et le scandale éclate au grand jour. Leur Grammy leur est retiré et l’album Girl you know it’s true est supprimé du catalogue de leur maison de disques. Farian tente bien de relancer Milli Vanilli avec les vrais interprètes, mais le succès n’est pas au rendez-vous.

Les vrais Milli Vanilli

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En 1992, Rob Pilatus et Fabrice Morvan signent avec un autre label, Taj, et sortent l’album Rob & Fab. Malheureusement, bien que les critiques lui reconnaissent des qualités, il ne se vend qu’à 2 000 exemplaires, ce qui entraîne le dépôt de bilan de leur nouvelle maison de disques.

Dès lors, c’est la descente aux enfers pour Rob Pilatus. Addictions et tentatives de suicide se succèdent, il est même emprisonné trois mois en 1996 pour agression, vandalisme et tentative de cambriolage. C’est alors que Farian décide de lui payer une cure de désintoxication de six mois, avant de le faire revenir en Allemagne. Il a enfin une bonne nouvelle pour lui : il est prêt à produire un nouvel album pour les Milli Vanilli, avec Rob et Fab. Mais Back and in attack ne voit jamais le jour, car on retrouve le corps de Rob Pilatus dans sa chambre d’hôtel, près de Francfort (la ville qui a accueilli le 2° Concours de l’histoire en 1957) le 2 avril 1998. L’autopsie révèle que le jeune homme de 32 ans a succombé à un arrêt cardiaque, dû à un mélange d’alcool et de médicaments. Le seul hommage vient de Fabrice Morvan, qui déclare : “Milli Vanilli n’était pas une honte. La seule honte, c’est la manière dont Rob est mort, tout seul… Où étaient ceux qui nous ont poussés au sommet, qui ont récolté des millions?”

(22 commentaires)

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  1. Tragique destin pour cet artiste ! Je me souviens encore des polémiques au sujet de ce duo, Merci Francis pour cet article qui rend hommage à sa façon à Rob qui ne méritait pas de disparaître ainsi dans l’indifférence. C’est un peu comme si on l’avait jeté dans la fosse commune !

    1. C’est exactement ça. Je trouve honteux qu’on lui ait jeté la pierre, alors qu’il n’a fait que ce pour quoi il avait été engagé. Sa fin dans la solitude la plus complète me bouleverse, et pourtant je n’étais pas fan de sa musique.

  2. Alors là ! Je suis sur le popotin pour rester polie.
    Rob Pilatus des Milli Vanilli a participé à l’Eurovision ?
    J’ai appris son histoire via un documentaire Arte durant un « Summer of… ». C’était complètement fou cette histoire de groupe au succès international qui faisait du playback. On leur a même retiré le Grammy !

    Merci pour cet article (et cette série d’articles en général), Francis. Je n’y commente pas beaucoup, mais ça reste instructif sur l’histoire de l’Eurovision.

    Voici le documentaire pour ceux qui veulent : https://www.youtube.com/watch?v=pZPIAS9-kDw

      • Pascal on 21 octobre 2018 at 14:00
      • Répondre

      Comme Ghost Hildly j ignorais totalement le lien entre un des Milli Vanilli et le concours.

      Assez symptomatique de ces artistes kleenex qui après leur heure de gloire ont été abandonnés à leurs addictions avec les funestes conséquences que l on sait…

      Très instructif comme toujours Francis.!

      1. Oui, c’est malheureusement plus courant qu’on ne le pense dans ce milieu. L’histoire du petit comédien Bobby Driscoll dans les années 50 est à ce titre terrible. Si c’était le lieu, je vous parlerais de lui sur ce site, mais vous pouvez toujours vous renseigner à son sujet en consultant un moteur de recherche. Je ne veux pas non plus polluer d’informations annexes ces articles déjà trop souvent tragiques.

    1. Merci pour le lien Ghost Hildly 😛 Et content que cette rubrique donne des informations que certains ne connaissaient pas, ça me donne l’impression d’être utile… et c’est très gratifiant 😀

    • Kris.b on 21 octobre 2018 at 14:42
    • Répondre

    Milli Vanilli, un tube et la plus grande escroquerie musicale des années 80′. La révolution technique de cette décennie a certainement contribué à l’anarque, bien que pas si sophistiquée, que celle d’aujourd’hui…
    De nos jours, on aurait grillé la supercherie à 2 mètres et elle aurait fait le tour des réseaux sociaux…

    1. Personnellement, je suis certain qu’il doit y avoir ce genre de cadavre dans le placard sur un bon nombre d’enregistrements… Mais encore une fois, est-ce vraiment à l’artiste de recevoir les foudres du public? On brûle bien vite ce qu’on a adoré.

    • picasso on 21 octobre 2018 at 19:10
    • Répondre

    J’ignorais également ce lien entre Milli Vanilli et le Concours.
    Triste destin…

    1. Décidément, j’ai fait œuvre utile apparemment 😛

        • picasso on 21 octobre 2018 at 21:13
        • Répondre

        Je suis fan depuis 1981…et je suis heureux d’en apprendre encore 🙂
        A propos d’en apprendre et puisque l’article concernait un choriste, cela fait un petit temps que je recherche le nom du choriste homme qui accompagnait Reynaert en 1988 à Dublin…si quelqu’un peut m’aider…merci

  3. – Là, j’arrive vraiment trop tard pour rajouter quelque chose de plus : vraiment, un artiste qui aura cumulé malchance et personnalité controversée mais il ne méritait pas de finir ainsi… D’ailleurs, personne ne mérite de finir de cette façon à part peut-être les assassins mais c’est autre débat qui n’a pas lieu d’être ici.

    – La chanson de Milli Vanilli n’était pas ce que je préférais mais ça se laissait écouter ; quant à la chanson pour l’Allemagne à laquelle il a participé, je reste toujours très étonné par cette 2e place que je trouve pas méritée du tout tant la chanson est plutôt fade malgré son rythme pas mauvais.

    1. Je pense que l’originalité de ce titre aux influences reggae a fait que le groupe a décroché un podium. Comparé au Reggae OK de Riki Sorsa, c’est quand même bien meilleur LOL

  4. C’est une surprise pour moi aussi…je vois leur clip passait sur rfm TV….je suis hyper surpris. ..j’avoue que je connais ce chanteur pour le plagiat qu’il ne chantait pas lui même sur ses chansons….merci pour cette article et bonne semaine de vacances ….mon cher Francis…

    1. Il faut reconnaître que les mésaventures de Milli Vanilli ont forcément pris le pas sur tout le reste de sa carrière. Sans compter qu’il était vraiment à l’arrière-plan avec Wind.

    • phileurophage on 22 octobre 2018 at 16:54
    • Répondre

    Encore un article passionnant et qui laisse un goût amer. Comme tu l’écris, on brûle bien vite ce qu’on a adoré, ceux qui ont été portés au sommet. Ce triste destin bien romanesque, comme d’autres de nos Eurostars (je pense à Betty Mars, Minouche Barelli, Ofra Haza entre autres), donnerait matière à un biopic tant il est incroyable.

    1. Tu as raison, les destins tragiques de certains de nos Eurofans pourraient effectivement faire l’objet de scénarios. C’est d’ailleurs le cas de Ted Gärdestad, notre Étoile # 38.

    • marie on 22 octobre 2018 at 17:13
    • Répondre

    Quel destin brisé que celui-là! Il a payé trop cher le prix de sa supercherie à mon goût.
    Il n’était pas tout seul dans l’histoire, sans l’accord de sa maison de disques qui elle a vraiment escroqué le public, il n’aurait pu rien faire.
    Le monde du spectacle est bien cruel, tout le monde vous aime quand tout va bien, vous avez un nombre d’amis incalculables et puis quand tout va mal, pouf plus rien, tout disparaît et vous vous retrouvez tout seul. ça doit être sûrement très très difficile à vivre, il n’a pas dû supporter.
    Par contre, je ne savais pas du tout qu’il avait participé à l’eurovision. Merci Francis, j’apprends beaucoup de choses.

    1. Je n’utiliserais pas personnellement le terme de supercherie en ce qui concerne Rob Pilatus. Il n’a cherché à tromper personne, mais n’a simplement pas su résister à l’occasion qu’on lui offrait de se faire connaître. Une revanche sur toute son enfance, en fait. Par contre, ce producteur qui a engrangé des millions grâce à lui…

        • marie on 22 octobre 2018 at 20:37
        • Répondre

        Je comprends ton point de vue mais je ne suis pas d’accord. Utiliser une autre voix que la sienne pour enregistrer une chanson, la faire passer pour la sienne juste pour se faire connaître. C’est une supercherie selon la définition du dictionnaire. Car si ça n’avait pas été dévoilé, il aurait continué à faire croire que c’était sa voix. Après ce n’était sûrement pas le premier ni le dernier à faire ça.
        Je comprends que c’est une revanche sur son enfance , sur ce point, je te rejoins. Je pense qu’il ne méritait pas tant de dénigrements pour juste cela, il en a payé le prix fort alors qu’il a juste succombé à la tentation de devenir mega-célèbre et comme tu dis si bien le Vrai coupable est le producteur et les vautours autour de Rob Pilatus qui se sont enrichis grâce à lui.
        Encore une fois, merci pour cette série très intéressante 🙂

        1. Sauf que ce n’était pas lui qui était demandeur. A la première occasion, il a d’ailleurs réclamé de chanter lui-même sur l’album suivant des Milli Vanilli. Après, je t’accorde que j’ai toujours tendance à me ranger du côté de celui que tous vilipendent, qu’il soit en tort ou pas. Je suis comme ça, malheureusement :/

            • marie on 22 octobre 2018 at 22:01

            Tu es heureusement comme ça 🙂 🙂 🙂

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