Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

 

Poursuivons le récapitulatif des anciens candidats au Concours aujourd’hui décédés avec la 3° gagnante de l’Eurovision à nous avoir quittés. Sa victoire a été une grande première – sans suite puisque le règlement a été modifié depuis – car elle a partagé les lauriers avec trois autres concurrentes. C’est en tout cas la 9° de nos Étoiles à naître avec la nationalité française.

 

 

ÉTOILE # 36 : Frida BOCCARA (1940-1996)

        Représentant la France au Concours 1969 à Madrid

        Titre interprété : Un jour, un enfant

        Classement : 1° ex-aequo sur 16 – 18 points

 

        Les parents de Danielle Frida Hélène Boccara, originaires de Livourne, en Toscane, s’étaient d’abord installés en Tunisie avant de s’établir à Casablanca, au Maroc, alors sous protectorat français. C’est là que naît la jeune femme le 29 octobre 1940. Issue d’une famille baignant dans la culture musicale, Frida, à l’instar de son frère Jean-Michel et de sa sœur Lina, montre très vite des dispositions pour cet art, en particulier pour le chant.

Buck Ram, manager du groupe The Platters

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Un jour qu’elle rencontre Buck Ram, manager du célèbre groupe américain The Platters, celui-ci lui demande de lui faire parvenir un enregistrement de chansons de son choix, puis de le rejoindre à Paris. Mais quand Frida débarque dans la capitale avec Lina et Jean-Michel, il est déjà reparti aux Etats-Unis. Elle s’inscrit alors au Petit Conservatoire de la Chanson, dirigé par Mireille.

Mireille, créatrice du Petit Conservatoire de la Chanson

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Après une participation au Festival de la Rose d’Or d’Antibes et malgré des reprises du Doux caboulot et d’On n’a pas tous les jours vingt ans, son premier succès n’intervient qu’en 1961 quand elle enregistre Cherbourg avait raison, qui demeure 24 semaines parmi les titres diffusés sur RTL dans le cadre du Marathon de la chanson française.

Très vite, elle varie son répertoire. Nombre de ses chansons incluent des parties instrumentales écrites par de grands compositeurs classiques (Mozart, Vivaldi, Beethoven, Haendel, Bach, Rossini, Brahms, Elgar, Villa-Lobos, Telemann, Grieg, Smetana…) mais elle aborde aussi le jazz, le folklore, la comédie musicale (elle fait par exemple une reprise de West Side Story) ou la musique de film (Angélique, Marquise des Anges ou Amarcord).

Elle enchaîne les festivals, comme ceux de Sopot et San Remo en 1964, Rio de Janeiro, Mexico, Sofia et Brasov en 1969, Barcelone (où sa chanson Mediterranean Skies est finaliste) et Tokyo en 1970, ou Palma de Majorque (où elle obtient le Grand Prix), Split, Antibes-Juan les Pins et Utrecht. L’Espagne tombe sous le charme, et Frida est très régulièrement diffusée à la radio et même invitée à la télévision. En 1968, elle publie Cent mille chansons, qui lui vaut une grande popularité à l’international.

C’est donc l’occasion rêvée pour elle de postuler à la sélection française pour le Concours Eurovision, qui doit se tenir à Madrid le 29 mars 1969. Mais la concurrence est rude. Elle est en effet opposée à Rika Zaraï, Dalida, Gilbert Bécaud, Mireille Mathieu, Romuald (qui représentera finalement le Luxembourg), Séverine (future gagnante du Concours en 1971), Guy Mardel (candidat français en 1965) et Serge Lama (qui défendra les couleurs françaises en 1971) !!! Contre toute attente, c’est elle qui l’emporte – même si le titre de Serge Lama, Une île, va faire un carton dans les semaines qui vont suivre.

Serge Lama, battu par Frida Boccara lors de la sélection française

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Le grand soir, la tension est extrême. Frida chante magnifiquement Un jour, un enfant (écrit par Eddy Marnay, l’auteur de son premier tube), qui est acclamé par le public tout au long de sa prestation. Mais les jurés sont divisés. Finalement, le Concours 1969 couronne 4 pays – une première dans l’histoire de l’Eurovision – et la France se retrouve à la première place à égalité avec l’Espagne, le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Comme ses trois adversaires, Frida récolte 18 points – 4 de l’Irlande et du Royaume-Uni, 2 de Monaco, des Pays-Bas et du Portugal, et 1 du Luxembourg, de la Suède, de la Suisse et de l’Allemagne. Donc, aucun de l’Espagne !

De manière assez incompréhensible puisque certains ont voté pour la France, plusieurs pays désapprouvent cette victoire partagée. Les pays scandinaves (Norvège, Suède et Finlande), ainsi que le Portugal, se retireront donc l’année suivante, forçant l’UER à insérer dans le règlement un article qui bannira les égalités à la 1° place… coûtant de ce fait une sixième victoire à la France en 1991 !!!

Amina fait les frais en 1991 des résultats du Concours 1969

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Frida Boccara est bien loin de tout ça, puisque sa chanson remporte aussi le Grand Prix du disque de l’Académie Charles-Cros et se vend dans toute l’Europe. En effet, cinq versions en seront enregistrées, dont une en suédois avec l’aide d’Agnetha Faltskog (l’éblouissante chanteuse du futur groupe ABBA). Elle voyage dans le monde entier, se produit dans des salles mythiques comme l’Opéra de Sydney, et reçoit même le titre de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres.

Les insignes de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres

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En 1980, elle présente Un enfant de France à la demi-finale de la sélection française pour le Concours. Elle se classe 3° après Marcel Amont et Bee Michelin, mais échoue en finale (présentée par Évelyne Dhéliat) face à Profil – qui sera le premier groupe envoyé par la France à l’Eurovision.

Une troisième tentative a lieu en 1981. Voilà comment je t’aime passe le cap de la demi-finale, mais ne finit que 4° de la finale (animée par Fabienne Égal).

Mais les années 80 créent un rythme nouveau, et Frida n’est plus vraiment à la mode – si tant est qu’elle l’ait jamais été. Elle s’éloigne petit à petit de la scène médiatique, et ne participe plus guère qu’aux émissions de son ami Pascal Sevran. Atteinte d’une affection pulmonaire, elle s’éteint le 1er août 1996 à Paris. Lors de son inhumation au cimetière de Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, le Ministre de la Culture, Philippe Douste-Blazy, rappellera l’importance de l’artiste pour le rayonnement international de la chanson française. Elle aura en tout état de cause transmis le virus de la musique à son fils Tristan, pianiste, compositeur et arrangeur.

Le fils de Frida, Tristan

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