Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

 

C’est parti pour un troisième article de ma rubrique Étoiles au Firmament, cette fois-ci avec une soliste féminine après deux interprètes masculins. Lors de sa participation, Lale Andersen était la plus âgée des candidates ayant concouru : à près de 56 ans, elle battait donc le record établi en 1959 par Jacques Pills, âgé « seulement » de 53 ans. Il faudra attendre 2008 – soit 47 ans – pour que le Croate Ladislav Demeterffy, alias 75 Cent, la dépasse puisqu’il affichait à son compteur presque 75 ans et 4 mois. Elle demeure cependant, et pour l’éternité, la première par ordre de naissance des artistes ayant tenté leur chance au concours.

 

 

ÉTOILE # 3 : Lale ANDERSEN (1905-1972)

        Représentant l’Allemagne au Concours 1961 à Cannes

        Titre interprété : Einmal sehen wir uns wieder (traduction : Nous nous reverrons un jour)

        Classement: 13° sur 16 – 3 points

 

 

De son vrai nom Elisabeth Carlotta (Liese-Lotte) Helene Berta Bunnenberg, Lale Andersen naît le 23 mars 1905 à Lehe (Land de Brême) en Allemagne. Fille d’un pilote du port de Bremerhaven (auquel est aujourd’hui rattaché Lehe), la petite Lale est bercée par les chansons de marins dès sa plus tendre enfance. Toutefois, elle n’aime guère son environnement familial, et décide très jeune de quitter le foyer parental pour épouser un peintre de 11 ans son aîné, Paul Ernst Wilke. Le mariage, célébré en 1922, se soldera par un divorce en 1931 après la naissance de trois enfants, Björn, Carmen-Litta et Michael.

Paul Ernst Wilke, peintre allemand de la première moitié du XX° siècle,

et premier mari de Lale Andersen

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Séparée de son mari, elle confie la garde de ses enfants à ses frère et sœur Helmut et Thekla et monte à Berlin dès 1929 pour se lancer dans une carrière artistique mêlant le chant et la comédie. Fidèle au style musical dans lequel elle a grandi, elle se produit principalement dans de petits cabarets fréquentés par des marins. C’est à cette période qu’elle entame une liaison avec le compositeur juif de nationalité suisse, Rolf Liebermann, qui dirigera plus tard l’Opéra de Paris. Et soudain, la chance lui sourit et lui apporte une renommée dans tout le monde germanophone. En effet, sa chanson Lied eines jungen Wachtpostens, plus connue sous son sous-titre Lili Marleen, est choisi comme thème musical par la radio allemande basée à Belgrade. Cette chanson, qu’elle avait enregistrée en 1939 dans l’indifférence la plus totale, devient populaire du jour au lendemain auprès des troupes allemandes et même parmi les troupes alliées !

Un tel succès ne peut qu’attirer l’attention des services de propagande du III° Reich, qui voient là un moyen efficace de remonter le moral des troupes. Lale Andersen se voit donc dans l’obligation d’effectuer des tournées à travers toute l’Europe occupée par les Nazis. Toutefois, elle refuse de se produire à Varsovie, où elle considère ignoble la mise en place du ghetto. Lorsque Hans Hinkel, l’adjoint de Joseph Goebbels, tente de lui faire des avances lors d’une soirée dansante, son sang ne fait qu’un tour, et elle le gifle au vu et au su de tous. Un tel comportement ne peut rester impuni, sans compter qu’elle ne cesse de s’afficher avec des artistes et des intellectuels juifs. La sanction ne se fait pas attendre : son fils aîné est envoyé sur le front russe, et elle se retrouve assignée à résidence par la Gestapo. Interdite de chant pendant dix mois, Lale Andersen fait une tentative de suicide, ce qui provoque le plus vif émoi parmi le peuple allemand. En mai 1943, on l’autorise à nouveau à chanter en public… mais plus Lili Marleen, rendu célèbre sur la scène internationale par la grande actrice et chanteuse Marlene Dietrich, une opposante fervente au pouvoir hitlérien.

Marlene Dietrich, qui fit de Lili Marleen un « tube » international

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Après la Guerre, Lale Andersen revient à ses premières amours et interprète de nouveau des chansons de marins. Toutefois, de grands artistes comme Bertolt Brecht et Kurt Weil s’intéressent à elle et lui proposent des chansons plus littéraires.

 

En 1949, elle se marie pour la deuxième fois, avec le compositeur Artur Beul. Il lui faut cependant attendre 1960 pour revenir sur le devant de la scène, grâce au succès qu’elle rencontre avec Ein Schiff wird kommen, l’adaptation allemande des Enfants du Pirée, créé par la comédienne et chanteuse grecque Melina Mercouri pour le film de son mari Jules Dassin, Jamais le Dimanche.

Devant un tel succès, la télévision allemande n’hésite pas et l’invite, après un premier échec en sélection nationale en 1958, à représenter à nouveau son pays au Grand Prix Eurovision 1961 de la Chanson Européenne. Elle y interprète Einmal sehen wir uns wieder, qui passe largement inaperçu puisqu’il ne finit qu’à la 13° place avec seulement 3 points (décernés par le Danemark, la Suède et l’Autriche). C’est une grande déception pour elle et ses admirateurs, car c’est la première fois depuis 1957 que l’Allemagne termine hors du Top 10. Et pas un seul point de la France, alors que Lale interprète dans la langue de Molière plusieurs vers de sa chanson. 🙁

Malgré cet échec, elle continue ses tournées en Europe, aux Etats-Unis et au Canada, jusqu’à ses adieux à la scène en 1967. Cinq ans plus tard, elle publie son autobiographie, Der Himmel hat viele Farben, qui atteint la première place des ventes.

Autobiographie de Lale Andersen (1972)

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Lale Andersen décède d’un cancer du foie à Vienne, en Autriche, le 29 août 1972. Elle est inhumée sur l’île de Langeoog, au large des côtes allemandes de la Mer du Nord, où est érigée une statue à son effigie. Huit ans après son décès, le cinéaste allemand Rainer Werner Fassbinder raconte assez librement l’histoire de Lili Marleen dans un film éponyme, avec Hanna Schygulla dans le rôle principal.

Affiche de Lili Marleen, de Rainer Werner Fassbinder (1980)

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