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            C’est aujourd’hui à une authentique star, sans conteste la plus célèbre de son pays dans toute l’Europe, que je vais consacrer cet article. Sixième vainqueur du Concours à nous avoir quittés, il a été le premier à s’accompagner de son instrument le grand soir, en plus d’avoir été le premier soliste homme (et le seul à ce jour) à se présenter trois fois consécutivement sur la scène de l’Eurovision. Auteur de centaines de chansons et à l’origine d’une carrière qui s’est étalée sur sept décennies, voici notre…

ÉTOILE # 122 : Udo JÜRGENS (1934-2014)

        Représentant l’Autriche aux Concours 1964 à Copenhague, 1965 à Naples et 1966 à Luxembourg

        Titres interprétés : Warum, nur warum ? (traduction: Pourquoi, simplement pourquoi ?),

Sag ihr, ich laß sie grüssen (traduction : Dis-lui que je lui envoie mon amour) et Merci, chérie

        Classements : 6° sur 16 – 11 points, 4° sur 18 – 16 points et 1° sur 18 – 31 points

            Udo Jürgen Bockelmann naît le 30 septembre 1934 à Klagenfurt, en Carinthie (dans le sud de l’Autriche, près des frontières italienne et slovène). Son oncle, Werner Bockelmann, sera plus tard maire de Francfort-sur-le-Main – premier lien donc avec le Concours, puisque la ville accueillera le 2ème Grand Prix de la Chanson Européenne. Très tôt attiré par la musique, le petit garçon apprend à jouer de l’harmonica et de l’accordéon, mais la période n’est pas à la joie et il se voit contraint d’intégrer les Jeunesses Hitlériennes. L’enfer qu’il y vit (il est roué de coups par ses petits camarades et perd une partie de son audition de l’oreille gauche) ne dure pas longtemps, car il est jugé trop délicat (! ! !) et on le renvoie très vite chez lui. Il reprend donc ses études musicales, intègre à douze ans le Conservatoire de sa ville natale, puis le Mozarteum de Salzbourg.

Le Mozarteum de Salzbourg

Universität Mozarteum | AEIOU Österreich-Lexikon im Austria-Forum

            Il n’a que 15 ans et demi quand il s’inscrit à un concours de composition organisé par l’ÖRF, compétition qu’il remporte avec une chanson au titre français : Je t’aime. Comme quoi parfois, tout est écrit d’avance 😉 Deux ans plus tard, en 1952, il fonde le Udo Bolan Quartet (en référence à son premier pseudonyme), avec le guitariste Klaus Behmel, le bassiste Bruno Geiger (eh non, Bruno ne joue pas du violon !) et le batteur anglais Johnny Richards. Les quatre garçons se produisent régulièrement au Café Obelisk de Klagenfurt, mais donnent aussi quelques concerts dans de petites salles de jazz et passent même à la radio.

Le café des premiers concerts d’Udo

AK Klagenfurt. Cafe Obelisk mit Wein-Diele. – Parmenides ...

            La reconnaissance internationale ne lui vient qu’en 1961. En effet, Reach for the Stars, la chanson qu’il a écrite et composée pour la grande vedette britannique Shirley Bassey, fait un carton dans toute l’Europe, et même aux États-Unis. Dans les années 1970, il offrira également au crooner Frank Sinatra If I Never Sing Another Song.

C’est alors que l’ÖRF se rappelle le jeune artiste prometteur qui avait épaté tout le monde en 1950, et elle lui demande de représenter l’Autriche au Concours Eurovision de Copenhague. Le jeune pianiste, qui a définitivement adopté le pseudonyme d’Udo Jürgens, se présente avec Warum nur, warum ?, un titre qu’il a entièrement écrit. La chanson, même si elle ne gagne pas, ne passe pas inaperçue et se classe 6° avec 11 points – 5 de l’Italie et de l’Espagne, et 1 de la Belgique. Sortie en France sous le nom de Warum, elle va atteindre la première place des ventes de disques et sceller définitivement la réconciliation franco-autrichienne. Udo s’en souviendra deux ans plus tard. Quant à Matt Monro, le candidat britannique, il aime tellement la chanson qu’il l’adapte en anglais sous le titre Walk Away, qui se classe 4ème au Royaume-Uni et 23ème au Billboard américain.

            Porté par ces succès, Udo remet le couvert à Naples l’année suivante et soumet au vote des jurys Sag ihr, ich laß sie grüssen, dont il a écrit la musique sur des paroles de Frank Bohlen. Il fait mieux qu’à Copenhague et décroche la 4ème place avec 16 points – 5 de l’Irlande et du Portugal, et 3 du Royaume-Uni et de l’Italie. Voilà qui doit le consoler de sa défaite au Festival de la Chanson Italienne de San Remo, où la chanson qu’il interprétait, Abbracciami forte, a été battue par celle de Bobby Solo – finalement candidat pour son pays.

Convaincu que le troisième essai sera le bon, il rempile en 1966 avec Merci, chérie, une chanson en allemand mais au titre français, dont il espère qu’elle lui apportera la victoire, au même titre que Je t’aime au Concours de l’ÖRF seize ans plus tôt. Au Grand Auditorium de RTL, c’est un vrai triomphe pour Udo, qui récolte presque le double de points de la chanson suédoise arrivée deuxième : 31 exactement – 5 de la Belgique, du Luxembourg, de la Yougoslavie et de Monaco, 3 de la Suisse, de l’Italie (une inconditionnelle, visiblement) et de la France, et 1 du Portugal et de l’Espagne. Comme six autres artistes dans leurs langues respectives, Matt Monro l’adaptera à nouveau et le chanteur Vince Hill l’emmènera très haut dans les charts anglais. Pour sa part, Udo Jürgens en vendra un million d’exemplaires ! ! !

En 1968, le diffuseur autrichien décide de sélectionner le chanteur tchécoslovaque Karel Gott pour le Concours. Persuadé de détenir en Udo un auteur – compositeur d’immense talent (ça, on peut le lui accorder), elle lui demande de composer pour lui le titre candidat. C’est chose faite avec Tausend Fenster, mais le classement obtenu à Londres est si mauvais (13ème sur 17 avec seulement deux points) que le crooner autrichien n’y reviendra plus. Sans compter qu’il a essuyé un deuxième échec à San Remo, où la chanson Per vivere n’a même pas atteint la finale. C’en est donc fini des concours pour lui !

Cela ne l’empêche toutefois pas de poursuivre une brillante carrière, il donne même jusqu’à 200 concerts en 1970 dans les pays germanophones et en Europe de l’Est. Au plus haut de sa notoriété, il signe de nombreux succès : Griechischer Wein (adaptée en anglais par Bing Crosby), Aber bitte mit Sahne (“métallisée” par le groupe allemand Sodom), Mit 66 Jahren ou Buenos Días, Argentina (hymne qu’il interprète avec l’équipe allemande de football lors de la Coupe du Monde de 1978). Il enregistre même un album disco, Udo ’80, dont est extrait le single Ich weiß, was ich will.

Établi à Zurich en 1977 avec sa femme Erika et leurs trois enfants, il poursuit enregistrements et concerts, principalement en Suisse, en Autriche et en Allemagne. Divorcé et remarié en 1999, il a la tristesse de voir sa seconde épouse Corinna demander le divorce. Naturalisé suisse trente ans après son arrivée, il ne quittera plus le pays de Nico. Lors d’une promenade près du lac de Constance, à Gottlieben la mal nommée, il fait une crise cardiaque le 21 décembre 2014 et décède peu de temps après avoir été transporté à l’hôpital de Münsterlingen. Le flambeau artistique est aujourd’hui repris par deux de ses enfants : son fils John est chanteur et DJ, et sa fille cadette Jenny est actrice.

John Jürgens en famille

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On estime qu’Udo Jürgens a écrit environ 1000 chansons, il a publié 50 albums et a vendu 100 millions de disques tout au long de sa vie. Il figure d’ailleurs dans le livre des records puisqu’il a classé au moins un titre dans les meilleures ventes de disques de son pays durant sept décennies (de 1958 à 2015) ! ! ! En 1992, il joue devant 220 000 personnes lors d’un concert à Vienne. Bref, l’homme de tous les records et l’un des plus successful des vainqueurs de l’Eurovision.