Hello, chers amis de l’EAQ ! ! !

            Pour la 2° fois en l’espace de quatre ans, le Concours 1960 n’est pas organisé dans le pays qui a remporté la victoire l’année précédente. C’est l’une des plus célèbres villes d’Europe qui l’accueille, la magnifique Londres… qui devait plus tard devenir la ville à avoir accueilli le Concours le plus souvent, avant d’être détrônée par Dublin. Devait également officier à la présentation l’une des plus grandes animatrices britanniques, elle aussi appelée à revenir fouler la scène de notre compétition musicale préférée. En route donc pour le…

5ème CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

diffusé le mardi 29 mars 1960

en direct du Royal Festival Hall de Londres (Royaume-Uni)

présenté par Katie Boyle

L’organisation du Concours

Les Pays-Bas, pourtant vainqueurs de l’édition 1959 du Grand Prix Eurovision, déclinent assez rapidement l’offre d’organiser à nouveau la cérémonie deux ans après le concours d’Hilversum. C’est donc le Royaume-Uni, arrivé deuxième l’année précédente, qui accepte d’accueillir la compétition. À cette occasion, Londres devient la première capitale européenne à recevoir le Concours, qui a lieu au Royal Festival Hall, sur les bords de la Tamise.

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Le Royal Festival Hall de Londres

Après son absence de 1959, le Luxembourg rejoint la grande fête européenne, qui voit également la Norvège faire son entrée – haussant ainsi le nombre de pays participants à 13. Le seul retour d’artiste, et non des moindres, est celui du multirécidiviste Fud Leclerc, représentant la Belgique francophone pour la 3° fois consécutive.

Les règles

Le règlement ne change pas par rapport aux deux années précédentes, que ce soit en ce qui concerne les interprètes, les membres des jurys ou le mode de scrutin.

La présentation et l’orchestre

Pour présenter le Concours, la BBC choisit de faire appel à Katie Boyle (1926-2016). D’origine noble (elle est née au sein d’une famille de l’aristocratie florentine), la jeune fille rejoint le pays de sa mère à l’issue de la Seconde Guerre Mondiale pour y commencer une carrière dans le mannequinat et au cinéma. Mais très vite, c’est la télévision qui lui ouvre les bras, la BBC lui offrant le poste de speakerine qui la rendra célèbre. Au fil des années, elle animera de nombreuses émissions (dont quatre fois le Concours Eurovision sur le sol anglais) et participera à de multiples programmes, dont l’équivalent de notre Maillon Faible – qui lui vaudra une popularité encore plus grande, si cela est possible, après qu’elle se sera nommée pour quitter le jeu, ce que personne n’avait fait avant ou ne fera après :O

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Katie Boyle

L’orchestre est pour sa part dirigé par Eric Robinson (1908-1974), qui avait déjà officié pour le Royaume-Uni en 1957 et 1959. On l’y reverra à plusieurs occasions dans les années 1960 accompagner les candidats britanniques.

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Eric Robinson

Les chansons candidates

           Pour la première fois dans l’histoire du Concours, l’animatrice appelle chacun des candidats avant les prestations en direct. C’est donc la naissance de la parade des pays, que l’on connaît bien maintenant depuis plusieurs années. Deux remarques : Katie Boyle se trompe dans le nom du candidat monégasque, qu’elle nomme François Leclerc, et Jacqueline Boyer reçoit une ovation très prometteuse pour la suite.

1. ROYAUME-UNI : Looking high, high, high par Bryan Johnson (1926-1995) [Étoile au Firmament # 31]

        Paroles et Musique : John Watson                                                   Chef d’orchestre : Eric Robinson      

            Sélection : 1° place à A Song for Europe le samedi 6 février 1960 à Londres

            Succédant à son frère aîné Teddy – deuxième l’année précédente à Cannes – Bryan Johnson le bat en finale nationale et représente de ce fait son pays. Il se fait remarquer par sa voix si particulière et par des sifflements, comme le Belge Bobbejaan Schoepen en 1957.

2. SUÈDE : Alla andra far varan par Siw Malmkvist (née en 1936)

        Paroles : Åke Gerhard            Musique : Ulf Kjellqvist                     Chef d’orchestre : Thore Ehrling

            Sélection : interne pour l’artiste ;

1° place à la finale suédoise Eurovisionsschlagern le mardi 2 février 1960 à Stockholm pour la chanson

Les deux artistes qui avaient interprété la chanson en finale nationale, Inger Berggren et Östen Warnerbring, fouleront la scène du Concours en 1962 et 1967, respectivement. En revanche, on fait à nouveau confiance (pour la 3° année consécutive) à l’auteur – compositeur Åke Gerhard.

3. LUXEMBOURG : So laang we’s du do bast par Camillo Felgen (1920-2005) [Étoile au Firmament # 68]

        Paroles : Henri Moots             Musique : Henri Moots & Jean Roderes

            Chef d’orchestre : Eric Robinson                                                      Sélection : interne

            C’est la première fois – et la dernière avant longtemps – que le pays est représenté par une chanson interprétée en luxembourgeois.

4. DANEMARK : Det var en yndig tid par Katy Bødtger (1932-2017)

        Paroles : Sven Buemann          Musique : Villfred Kjær                     Chef d’orchestre : Kai Mortensen

            Sélection : 1° place au Dansk Melodi Grand-Prix le samedi 6 février 1960 à Copenhague

            Lors de la finale nationale, le représentant danois de 1957, Gustav Winckler, ne marque aucun point avec son titre Sorg og glæde (Tristesse et Joie) – un résumé parfait de la soirée.

5. BELGIQUE : Mon amour pour toi par Fud Leclerc (1924-2010) [Étoile au Firmament # 89]

        Paroles : Robert Montal         Musique : Jack Say                            Chef d’orchestre : Henri Segers

            Sélection : 1° place à la finale belge le dimanche 24 janvier 1960

            L’obstiné crooner bat en finale Solange Berry, qui avait représenté le Luxembourg en 1958, avec cette chanson dont le parolier avait déjà écrit le texte de Messieurs les noyés de la Seine. Le moins que l’on puisse dire est qu’il a été cette fois-ci moins inspiré…

6. NORVÈGE : Voi-Voi par Nora Brockstedt (1923-2015)

        Paroles et Musique : Georg Elgaaen                                                  Chef d’orchestre : Øivind Bergh

            Sélection : 1° place au Melodi Grand-Prix le samedi 20 février 1960 à Oslo

            C’est la première fois qu’une chanson est interprétée au Concours en norvégien – le titre et une phrase du refrain étant pour leur part en sami.

7. AUTRICHE : Du hast mich so fasziniert par Harry Winter (1914-2001) [Étoile au Firmament # 53]

        Paroles : Robert Gilbert         Musique : Robert Stolz                      Chef d’orchestre : Robert Stolz

            Sélection : interne

8. MONACO : Ce soir-là par François Deguelt (1932-2014)

        Paroles : Pierre Dorsey           Musique : Hubert Giraud                    Chef d’orchestre : Raymond Lefèvre             Sélection : interne

            La principauté, qui s’était classée dernière l’année précédente pour sa première participation, voulait effacer ce résultat honteux. Elle n’a donc pas hésité à demander à Hubert Giraud, compositeur des deux titres candidats pour la France en 1958 et 1959, à écrire la musique du titre monégasque.

9. SUISSE : Cielo e terra par Anita Traversi (1937-1991) [Étoile au Firmament # 22]

        Paroles et Musique : Mario Robbiani                                                Chef d’orchestre : Cédric Dumont

            Sélection : 1° place à Schweizer Vorentscheid le lundi 29 février 1960 à Bâle

            Le deuxième titre présenté par la jeune Tessinoise bat facilement les trois chansons interprétées par Fud Leclerc – de toute façon déjà sélectionné pour la Belgique.

10. PAYS-BAS : Wat een geluk par Rudi Carrell (1934-2006) [Étoile au Firmament # 73]

        Paroles : Willy van Hemert     Musique : Dick Schallies                    Chef d’orchestre : Dolf van der Linden

            Sélection : 1° place au Nationaal Songfestival le mardi 9 février 1960 à Hilversum

            Lors de la finale nationale, le public choisit laquelle des deux versions de la chanson proposée représentera le pays (parmi huit titres présentés) et un jury d’experts désigne l’un des deux interprètes en lice. En l’occurrence, Rudi Carrell plutôt qu’Annie Palmen (future candidate en 1963). Peu de surprise en tout cas, puisque le parolier, Willy van Hemert, avait déjà remporté le Concours avec Net als toen et Een beetje. Greetje Kauffeld, également postulante en 1960, aura plus de succès l’année suivante.

11. ALLEMAGNE : Bonne nuit, ma chérie par Wyn Hoop (né en 1936)

        Paroles : Kurt Schwabach      Musique : Franz Josef Breuer            Chef d’orchestre : Franz Josef Breuer

            Sélection : 1° place à Schlagerparade le samedi 6 février 1960 à Wiesbaden

            C’est la première fois au Concours qu’un pays germanophone présente une chanson en allemand avec un titre en français. La recette, peu efficace cette fois-ci, sera réutilisée avec beaucoup plus de succès six ans plus tard. En finale nationale, Wyn Hoop bat néanmoins Heidi Brühl, que l’on verra aussi à Londres… mais en 1963.

12. ITALIE : Romantica par Renato Rascel (1912-1991) [Étoile au Firmament # 20]

        Paroles : Renato Rascel          Musique : Dino Verde                         Chef d’orchestre : Cinico Angelini

            Sélection : 1° place au Festival de la Chanson Italienne de San Remo le samedi 30 janvier 1960

            Le parolier de la chanson est préféré à un autre interprète, Tony Dallara. Domenico Modugno, troisième à Hilversum et 6° à Cannes, termine sur la deuxième marche du podium italien. Échec également pour Tonina Torrielli, candidate en 1956.

13. FRANCE : Tom Pillibi par Jacqueline Boyer (née en 1941)

        Paroles : Pierre Cour              Musique : André Popp                        Chef d’orchestre : Franck Pourcel

            Sélection : interne

            Parmi les 38 chansons reçues par l’ORTF, un jury d’experts désigne Tom Pillibi pour représenter la France. On demande toutefois à l’interprète, Marcel Amont, de laisser sa place à une jeune fille, considérant que le titre siérait mieux à une adolescente. Le futur chanteur de Bleu, Blanc, Blond ou du Mexicain Basané s’incline, et on choisit la fille de Jacques Pills (arrivé dernier l’année précédente) pour chanter à Londres ce texte de Pierre Cour – déjà auteur du titre français en 1959.

Le vote et les résultats

            Chaque pays participant dispose d’un jury constitué de dix membres, qui assistent à l’émission depuis leur patrie. Chacun de ces dix jurés est appelé à attribuer un point à la chanson qu’il préfère, à l’exclusion de celle présentée par son propre pays. C’est donc un total de 130 points qui est à distribuer.

  Place Score final FRA ITA ALL NED CH MON AUT NOR BEL DK LUX SUÈ UK
Royaume-Uni 2 25   2 1 5 4 1 3 2 1   5 1  
Suède 10 4 2 1   1                  
Luxembourg 13 1   1                      
Danemark 10 4               2     1   1
Belgique 6 9   3 1       1         4  
Norvège 4 11 1     1 4   1   1 2     1
Autriche 7 6   1             1 2     2
Monaco 3 15 3   7   1         2 1   1
Suisse 8 5   1         2 1     1    
Pays-Bas 12 2   1             1        
Allemagne 4 11 4         2 2   2     1  
Italie 8 5       1   2     1   1    
France 1 32     1 2 1 5 1 5 3 4 1 4 5

La France remporte donc une deuxième fois le trophée, égalant ainsi les Pays-Bas. De son côté, le Royaume-Uni finit sur la deuxième marche, pour la deuxième année consécutive. Ce sera pendant longtemps la place dévolue au pays des Beatles et de Queen. Enfin, le Luxembourg finit à nouveau dernier, deux ans après Solange Berry. Bref, 1960 est l’année des doublés.

Teddy Scholten, victorieuse en 1959, félicite en français Jacqueline Boyer, la plus jeune gagnante du Concours à ce jour, qui interprète à nouveau son titre vainqueur. Ce que fait à cette occasion la chanteuse néerlandaise – remettre son trophée à son successeur – deviendra vite une tradition.

Mon Top 10

  1. ALLEMAGNE  : Bonne nuit, ma chérie par Wyn Hoop
  2. ROYAUME-UNI : Looking high, high, high par Bryan Johnson
  3. SUISSE : Cielo e terra  par Anita Traversi
  4. MONACO : Ce soir-là par François Deguelt
  5. FRANCE: Tom Pillibi par Jacqueline Boyer
  6. AUTRICHE : Du hast mich so fasziniert par Harry Winter
  7. DANEMARK : Det var en yndig tid par Katy Bødtger
  8. ITALIE : Romantica par Renato Rascel
  9. LUXEMBOURG : So laang we’s du do bast par Camillo Felgen
  10. SUÈDE : Alla andra far varan par Siw Malmkvist

Lanterne rouge : PAYS-BAS :Wat een geluk par Rudi Carrell

            Voilà pour mon Top 10 personnel… et pour mon bon dernier 😛 J’attends vos classements avec impatience dans les commentaires ci-dessous (date limite : samedi 3 août à 23h59). Merci d’avance pour votre fidélité et votre contribution !

RÉSULTATS DES VOTES : Comme la semaine dernière, nous avons été 18 à voter pour cette édition 1960. Félicitations à Taron, dont le podium est identique à celui ci-dessous. En cela, il rejoint Edouard, qui avait trouvé celui de 1958. Comme vous allez le constater, la victoire n’a pas fait un pli puisque 10 votants sur 18 ont choisi de placer le pays vainqueur sur la première marche.

13. Belgique : Mon amour pour toi par Fud Leclerc : 11 points de 3 votants (maximum 6 points) – 7 places par rapport à Londres (c’est la plus grosse différence, et le score le plus faible après Walter Andreas Schwarz en 1956)

12. Luxembourg : So laang we’s du do bast par Camillo Felgen : 35 points de 8 votants (maximum 10 points) + 1 place

11. Autriche : Du hast mich so fasziniert par Harry Winter : 47 points de 12 votants (maximum 7 points) – 4 places

10. Suède : Alla andra far varan par Siw Malmkvist : 54 points de 15 votants (maximum 8 points) score identique

9. Danemark : Det var en yndig tid par Katy Bødtger : 64 points de 14 votants (maximum 12 points de Pauline) + 1 place

8. Italie : Romantica par Renato Rascel : 65 points de 15 votants (maximum 10 points) score identique

7. Suisse : Cielo e terra par Anita Traversi : 67 points de 13 votants (maximum 8 points) + 1 place

6. Pays-Bas : Wat een geluk par Rudi Carrell : 71 points de 16 votants (maximum 10 points) + 6 places (?!?!?!?)

5. Norvège : Voi-Voi par Nora Brockstedt : 90 points de 16 votants (maximum 10 points) – 1 place

4. Allemagne : Bonne nuit, ma chérie par Wyn Hoop : 107 points de 15 votants (maximum 12 points de Phileurophage, Sakis et Francis) score identique

3. Monaco : Ce soir-là par François Deguelt : 129 points de 17 votants (sauf Gaël grrrrrr) (maximum 12 points de Yom et Denez) score identique

2. Royaume-Uni : Looking high, high, high par Bryan Johnson : 134 points de 18 votants (maximum 12 points de Jérémie et Pauly) score identique

  1. France : Tom Pillibi par Jacqueline Boyer : 170 points de 18 votants (maximum 12 points de Garfieldd, Yvonne, RV, Taron, Pascal, Gaël, Florian, Duncky, Zipo et BretagneLibre) score identique

Vous avez donc couronné un 5° pays différent en 5 éditions, et avez attribué le podium aux mêmes pays que les jurys de 1960, dans le même ordre : France, Royaume-Uni, Monaco (Je vous laisse imaginer ce que doit penser de vous Petit Poussin…). En revanche, pour la première fois depuis 1957, vous ne m’avez pas suivi et n’avez pas offert le trophée à l’Allemagne, seulement 4°. Sniff.

Mais je ne suis pas rancunier et vous donne rendez-vous dès ce soir pour l’édition 1961!