Hello, chers fidèles lecteurs de l’EAQ ! ! !

            Partons aujourd’hui redécouvrir le dernier Concours à s’être tenu dans un pays francophone – il y a plus de 30 ans ! ! ! Alors que plusieurs chansons étaient d’un niveau très convenable, c’est un titre assez moyen qui l’a emporté, provoquant les réactions les plus diverses, des plus dubitatives aux plus affligées, de la part des commentateurs ou des artistes battus. Comme le titre de Céline Dion l’année précédente, il ne fut d’ailleurs jamais commercialisé au Royaume-Uni (malgré une version en anglais) et fit un bide inédit en Europe. Voyons tout cela ensemble avec ce…

34ème CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

diffusé le samedi 6 mai 1989

en direct du Palais de Beaulieu à Lausanne (Suisse)

présenté par Lolita Morena et Jacques Descheneaux

L’organisation du Concours

Ayant enfin réussi à inscrire son nom au palmarès trente-deux ans après sa première victoire, la Suisse organise l’édition 1989 du Concours. Après Lugano (dans le Tessin) en 1956, c’est Lausanne (dans le canton de Vaud) qui est désignée pour accueillir artistes et spectateurs. Chacun est invité au Palais de Beaulieu, anciennement Comptoir Vaudois d’Échantillons, inauguré en 1921. Dans ce complexe, se trouve le plus grand théâtre du pays, le Théâtre de Beaulieu, ouvert en 1954. C’est dans cette salle de 1844 places qu’a lieu tous les ans le Prix de Lausanne, une compétition de ballet, et c’est là que répète et se produit la Compagnie Béjart, du nom du grand danseur et chorégraphe.

Palais de Beaulieu — Wikipédia
Le Palais de Beaulieu, à Lausanne

Chypre fait son retour à la compétition, ramenant à 22 le nombre de pays candidats. La Suisse, terre de neutralité, s’apprête ainsi à présenter un Concours que personne ne remet en cause – ce qui devient assez rare depuis plusieurs années. Pas de retrait dû à la date de diffusion, pas de mise hors jeu d’une chanson sélectionnée… à peine une petite polémique sur l’âge de deux concurrents (qui affichent 12 ans au compteur). L’UER calmera très vite les éventuelles critiques en statuant dans les semaines qui suivront le Concours sur l’âge minimum des futurs postulants à la victoire : 16 ans dans l’année en cours. Côté artiste, seule la Grecque Mariana (qui faisait partie des choristes du duo Bang ! en 1987) retente sa chance sur la scène de l’Eurovision. Après la Belgique, elle peut donc goûter aux spécialités de l’autre pays du chocolat.

Les règles

Le système de vote reste le même, mais une modification importante est apportée au règlement : en cas d’ex-aequo à la première place, on ne demandera plus aux jurys de voter une deuxième fois pour les titres arrivés en tête. Le scrutateur et ses adjoints déclareront gagnante la proposition qui aura obtenu le plus de fois la note maximale. En cas de nouvelle égalité, on comptabilisera le nombre de 10 points. Et si cela ne permet pas de départager les deux meilleures prestations… alors, les deux se verront offrir le trophée. Côté jurys, l’Espagne fait à nouveau appel à l’une de ses plus grandes vedettes, le comédien Antonio Banderas, pour décider des dix pays à qui attribuer des points.

44 meilleures images du tableau antonio banderas en 2020 | Beaux ...
Antonio Banderas

Les habituels commentateurs (Terry Wogan, Jacques Mercier, Lionel Cassan, André Torrent et Yigal Ravid) rempilent à la télévision ou à la radio, rejoints par Michelle Rocca pour la RTÉ et Patrick Sabatier pour France Inter. Les points attribués par les jurys français et luxembourgeois seront, quant à eux, annoncés par Marie-Ange Nardi et Jean-Luc Bertrand, respectivement.

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Marie-Ange Nardi

La présentation et l’orchestre

Comme l’année précédente à Dublin, c’est un duo de présentateurs qui va animer la soirée – et à nouveau une ancienne miss nationale et un journaliste de télévision. Lolita Morena (née en 1960 dans les Marches, en Italie) s’installe près de Neufchâtel après la mort de son père, alors qu’elle n’a que trois ans. Comme Michelle Rocca, elle poursuit des études universitaires (en égyptologie pour sa part) tout en participant à des concours de beauté. Elle remporte le titre de Miss Suisse en 1982, puis se classe deuxième dauphine de Miss Monde 1982 et de Miss Univers 1983 – compétitions desquelles elle repart avec l’écharpe de Miss Photogénique à chaque fois. Entrée à la TSR en 1987, elle y présentera de nombreuses émissions, dont la version helvétique de Fort Boyard, tout en travaillant simultanément pour la RAI et ARD. Elle commentera également la sélection suisse en 1991. Mariée au footballeur allemand Lothar Matthäus pendant cinq ans, elle co-présentera Les Coups de Cœur d’Alain Morisod (compositeur de Vivre et Amour, on t’aime, les contributions suisses de 1978 et 1982) avant de se retirer dans son canton d’adoption, fatiguée des critiques incessantes de certains observateurs.

Lolita Morena, animatrice à la Télévision suisse romande ...
Lolita Morena

Pour l’assister, le diffuseur suisse nomme Jacques Descheneaux, un de ses plus célèbres journalistes sportifs. Né en 1945, le jeune Fribourgeois commence à écrire des articles pour la Tribune de Genève pendant ses études de droit. Ami du pilote automobile Joseph Siffert, il a ses entrées auprès des principaux coureurs et de leurs staffs. Après la mort de Siffert et la biographie qu’il lui consacre, Jacques Descheneaux entre à la TSR en 1973. Il y restera jusqu’à sa retraite, en 2007. Surnommé Monsieur Formule 1 (il a commenté tous les Grands Prix pendant ses 34 ans de service), il est également à la tête de pas loin de 1000 émissions – dont douze Jeux Olympiques !

Jacques Deschenaux a écrit une biographie collective sur Philippe ...
Jacques Descheneaux

L’orchestre de 55 musiciens est pour sa part dirigé par le directeur musical de la TSR, Benoît Kaufman, également compositeur et arrangeur. Né apatride à Paris en 1946, celui qui n’obtiendra la nationalité française que l’année de ses 19 ans commence sa carrière au sein de plusieurs groupes de rock, comme Les Champions ou Les Sentinelles, avant d’accompagner Hugues Aufray dans nombre de ses tournées au cours des années 60. 

Benoît Kaufman | Discographie | Discogs
Benoît Kaufman

Les chansons candidates

Après le traditionnel Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, public et téléspectateurs peuvent voir les habituelles images qui présentent la ville–hôtesse et les plus beaux sites de la région – et cette année ils peuvent s’en mettre plein les yeux avec les magnifiques paysages de cette sublime Suisse. En revanche, il n’était pas utile à mon sens de renforcer l’impression de cliché avec cette petite fille jouant la Heidi moderne dans ces lieux qui parlent d’eux-mêmes. Puis, apparaît sur scène Céline Dion, toute de cuir bleu vêtue et coiffée de sa choucroute de l’époque. Elle interprète un extrait de Ne partez pas sans moi, ainsi que son premier titre en anglais, Where does my heart beat now ? qu’elle présente pour la première fois au public – tout cela en play-back.

Finalement, Lolita et Jacques ouvrent la soirée après avoir rappelé que 600 millions de personnes sont en ce moment devant leurs écrans dans toute l’Europe, jusqu’en URSS, mais aussi au Proche-Orient, en Corée du Sud, en Australie, en Afrique et pour la première fois au Japon et au Canada. Puis, ils souhaitent bonne chance à tous les participants en français, anglais, allemand, italien et romanche.

1. ITALIE : Avrei voluto par Anna Oxa (née en 1961) & Fausto Leali (né en 1944)

        Paroles : Franco Ciani & Fabrizio Berlincioni  Musique : Franco Fasano        Chef d’orchestre : Mario Natale

            Sélection : interne

            Grands habitués du célèbre Festival de la Chanson Italienne de San Remo, Anna Oxa et Fausto Leali (qui y ont participé respectivement six et sept fois) y retrouvent en cette année 1989 d’anciennes ou futures Eurostars : Gigliola Cinquetti, Mia Martini, Romina Power et Al Bano, Dori Ghezzi, Ricchi e Poveri, Riccardo Fogli, Raf, Toto Cutugno ou Peppino Di Capri. Mais ce sont eux qui l’emportent avec leur titre Ti lascerò, et largement : de presque 4 millions de voix ! ! ! Devant un tel plébiscite, la RAI ne peut pas faire autrement que de les sélectionner pour le Concours de Lausanne, mais avec une autre chanson évidemment. Sur place, le duo va réellement marquer les esprits : la voix rauque de Fausto (très semblable à celle de Vlado Kalember) qui démarre a capella, celle d’Anna qui se lance dans des acrobaties pas toujours maîtrisées, un rythme chaotique qui passe de la ballade au rock, et une fin abrupte qui surprend tout le monde. Tout ce qui moi me rebute au plus haut point et agresse mes tympans 🙁

2. ISRAËL : Derech ha’melech par Gili (né en 1977) & Galit (née en 1968)

        Paroles, Musique et Chef d’orchestre : Shaike Paikov                                                       

            Sélection : 1ère place à Kdam Erovizyon le jeudi 30 mars 1989 à Jérusalem  

            Gagnants de leur sélection nationale devant Avi Toledano (représentant israélien en 1982), le duo formé de Gili et Galit se présente sur scène avec de grands espoirs. Et il est vrai que le petit garçon (qui n’est âgé que de douze ans) fait preuve de beaucoup de talent malgré son jeune âge. Il n’en demeure pas moins que beaucoup déplorent que certaines délégations aient recours à des artistes aussi jeunes (visiblement, ce petit Gili les chatouille…) : les jurys ne vont-ils pas voter pour le craquant gamin plutôt que pour sa chanson ? La fin de soirée répondra à cette question et les rassurera. Ou pas.

3. IRLANDE : The real me par Kiev Connolly & The Missing Passengers

        Paroles et Musique : Kiev Connolly                                                    Chef d’orchestre : Noel Kelehan

            Sélection : 1ère place à National Song Contest le dimanche 12 mars 1989 à Dublin

            De nouveau battues par un groupe, les anciennes candidates Nicola Kerr et Linda Martin (représentantes de leur pays en 1977 et 1984) doivent toutes deux s’incliner pour la 2ème fois. Je ne suis pas certain que le public irlandais ait fait le bon choix avec ce titre faible et mal chanté, accompagné d’une chorégraphie un peu ridicule et d’une chanteuse inaudible. Le classement que The real me obtiendra à l’issue de la procédure de vote sera de fait très parlant : le plus mauvais de l’Île d’Émeraude depuis son arrivée en 1965. Et il faudra attendre douze ans pour que l’Irlande fasse pire :O

4. PAYS-BAS : Blijf zoals je bent par Justine Pelmelay (née en 1958)

        Paroles et Musique : Jan Kisjes                                                        Chef d’orchestre : Harry van Hoof

Sélection : 1ère place au Nationaal Songfestival le vendredi 10 mars 1989 à Amsterdam

            Un an après avoir été la choriste de Gerard Joling à Dublin, Justine Pelmelay (quatrième participante néerlandaise d’origine indonésienne après Anneke Grönloh, les sœurs Maessen et Sandra Reemer) se retrouve sur le devant de la scène pour défendre les couleurs de son pays. Sa chanson est assez plate, et le seul moment où elle s’envole un peu (à la toute fin, il était temps…), c’est Justine qui rate sa note. Les jurys ne lui pardonneront pas cette sortie de route.

5. TURQUIE : Bana bana par Grup Pan

        Paroles, Musique et Chef d’orchestre : Timur Selçuk                     

Sélection : 1ère place à Şarkı Yarışması le samedi 11 mars 1989 à Ankara

            Alors qu’elles y interprétaient toutes les deux une chanson en solo, Arzu Ece et Hazal Selçuk remportent en fait la sélection nationale turque au sein du groupe Pan – devant Kayahan Açar, qui devra donc attendre encore un an pour participer à la grande fête musicale européenne. À Lausanne, le quatuor fait sensation, et pas à cause de la chanson ou des interprètes… mais grâce à (ou à cause de, c’est selon LOL) l’énergie et l’excentricité du chef d’orchestre, auteur et compositeur du titre. Un moment devenu un incontournable de tous les bêtisiers ou best-of du Concours – ce qui le rend forcément cher au cœur de tout Eurofan 🙂

6. BELGIQUE : Door de wind par Ingeborg (née en 1966)

        Paroles et Musique : Stef Bos                                                          Chef d’orchestre : Freddy Sunder

Sélection : 1ère place à Eurosong le samedi 18 mars 1989 à Bruxelles

            Victorieuse de la sélection flamande devant le groupe Clouseau (candidat belge en 1991), la jeune et douce Ingeborg passe relativement inaperçue le grand soir. Comme pour les Pays-Bas, la chanson ne monte pas vraiment en puissance et s’oublie très vite, malgré les efforts de la jeune artiste et de son choriste.  Après une demi-heure de spectacle fade, on commence à sérieusement s’ennuyer…

7. ROYAUME-UNI : Why do I always get it wrong ? par Live Report

        Paroles : Brian Hodgson                     Musique : John Beeby                        Chef d’orchestre : Ronnie Hazlehurst

            Sélection : 1ère place à A Song for Europe présenté par Terry Wogan le vendredi 24 mars 1989 à Londres

            C’est avec une confiance énorme que Ray Caruana et son groupe Live Report s’envolent pour la Suisse. C’est en effet une très large victoire qu’ils ont remportée à Londres lors de la finale britannique, où ils ont engrangé plus de deux fois le nombre de votes attribués à la chanteuse arrivée deuxième. Et il faut reconnaître que l’interprète d’origine maltaise est un sacré chanteur ! Malheureusement, le Royaume-Uni va encore échouer de très peu – au grand dam de Ray qui avouera ne pas comprendre la victoire du titre récompensé par les jurys. Seule consolation : devant cette nouvelle deuxième place, Malte va entrer en pourparlers avec l’UER pour faire son grand retour au Concours le plus vite possible.

8. NORVÈGE : Venners nærhet par Britt Synnøve Johansen (née en 1970)

        Paroles : Leiv N. Grøtte                      Musique : Inge Enoksen          Chef d’orchestre : Pete Knutsen       

Sélection : 1ère place au Melodi Grand-Prix le samedi 11 mars 1989 à Stavanger

            Dans une finale assez réduite où seuls neuf artistes se présentent (dont Jahn Teigen et Kate Gulbrandsen, anciennes Eurostars), la très jeune Britt Synnøve Johansen l’emporte devant l’un des choristes de Karoline Krüger, Tor Endresen – lequel parviendra enfin à représenter la Norvège à sa huitième tentative en 1997 :O Encore une fois, une charmante demoiselle, une très jolie voix, une chanson plutôt agréable à écouter… mais rien de bien marquant. La deuxième partie de tableau est prise d’assaut en cette première heure de compétition 🙁

9. PORTUGAL : Conquistador par Da Vinci

        Paroles : Pedro Luis                            Musique : Ricardo                  Chef d’orchestre : Luis Duarte

            Sélection : 1ère place au Festival da Canção Portuguesa le mardi 7 mars 1989 à Évora

            Devant l’insuccès rencontré par les multiples solistes qui ont représenté le Portugal au Concours, le public lusitanien choisit pour une fois de faire confiance à un groupe, créé en 1982 et fort de deux albums. La victoire de Da Vinci (osé, comme nom quand même) en finale nationale n’a d’ailleurs pas fait un pli, les autres candidats terminant à bonne distance. Mais les années se suivent et se ressemblent pour le pays de Carlos Paião, et c’est encore un très mauvais classement qui attend ces Conquérants à l’issue des votes des jurys.

10. SUÈDE : En dag par Tommy Nilsson (né en 1960)

        Paroles : Tim Norell & Ola Håkansson            Musique : Tim Norell, Ola Håkansson & Alexander Bard                    Chef d’orchestre : Anders Berglund

            Sélection : 1ère place au Melodifestivalen le samedi 11 mars 1989 à Stockholm

            Coiffé comme Joey Tempest du célèbre groupe Europe, le séduisant Tommy Nilsson (qui a remporté de très peu la finale suédoise) joue sur le même tableau : une chanson pop rock présentée de manière énergique, mais non dénuée de charme. Bref, une efficacité qui semble devenir de plus en plus la caractéristique des pays scandinaves (renforcée de surcroît par des choristes très impliqués) et qui va plaire aux votants, jusqu’à emmener le titre très, très haut. Un classement plutôt justifié, à mon sens.

11. LUXEMBOURG : Monsieur par Park Café

        Paroles : Maggie Parke, Yves Lacomblez & Bernard Loncheval            Musique : Maggie Parke & Gast Waltzing

Chef d’orchestre : Benoît Kaufman

            Sélection : 1ère place à la finale luxembourgeoise le dimanche 5 mars 1989 à Luxembourg

            Présélectionné par le diffuseur du Grand-Duché, le groupe Park Café interprète trois chansons lors de la finale nationale – processus auquel le Luxembourg n’avait plus eu recours depuis plus de dix ans. C’est la dernière qui convainc le public, avec près des deux tiers des votes exprimés. Malheureusement, il n’en sera pas de même en Suisse, où Monsieur va laisser de marbre la quasi totalité des jurys nationaux. La faute au français laborieux de la chanteuse américaine ?

12. DANEMARK : Vi maler byen rød par Birthe Kjær (née en 1948)

        Paroles : Keld Heick                           Musique : Søren Bundgaard    Chef d’orchestre : Henrik Krogsgaard

            Sélection : 1ère place au Dansk Melodi Grand-Prix le samedi 25 mars 1989 à Copenhague

            Arrivée deuxième de la sélection danoise à trois reprises (en 1980, 1986 et 1987), la grande star Birthe Kjær prend enfin sa revanche. Il faut dire qu’elle n’a pas lésiné sur les moyens, puisqu’elle interprète une chanson écrite et composée par le duo à l’origine des trois contributions du duo Hot Eyes. Comme l’année précédente à Bruxelles, la délégation met fortement l’accent sur la présentation : la robe rouge de Birthe est en accord avec le texte de sa chanson, elle fait preuve d’une joie de vivre très communicative, et ses auteur et compositeur assurent le spectacle dans les chœurs, bientôt rejoints par le chef d’orchestre lui-même. Et tout cela va payer ! Comme quoi il n’y a pas que les nymphettes tout juste sorties de l’adolescence qui peuvent convaincre au Concours 😉

13. AUTRICHE : Nur ein Lied par Thomas Forstner (né en 1969)

        Paroles : Joachim Horn-Bernges         Musique : Dieter Bohlen                     Sélection : interne

            Après l’expérience de la chanteuse danoise, place à la jeunesse de Thomas Forstner. Fils d’un chanteur d’opéra, le jeune garçon (il n’a pas encore vingt ans) se présente sur scène dans un costume lavande censé être en accord avec le romantisme de sa chanson. Celle-ci n’a pas été composée par un inconnu puisque c’est Dieter Bohlen, le musicien blond du fameux duo Modern Talking, qui a signé la musique. Habitué à créer des tubes depuis des années, il fait à nouveau preuve de son talent avec cette jolie proposition. Remarque : pour la première fois de la soirée, l’artiste candidat n’est pas accompagné de l’orchestre, mais chante sur une bande-son.

14. FINLANDE : La dolce vita par Anneli Saaristo (née en 1949)

        Paroles : Turkka Mali                         Musique : Matti Puurtinen                  Chef d’orchestre : Ossi Runne

            Sélection : 1ère place à Euroviisut le samedi 4 février 1989 à Helsinki

            Après ses échecs en 1978 et 1984, Anneli Saaristo parvient enfin à décrocher son billet pour le Concours, empêchant de ce fait Kirka et Sonja Lumme de faire leur grand retour. Son succès est d’autant plus éclatant qu’elle occupe aussi la troisième place de la finale finlandaise avec le deuxième titre qu’elle proposait, Oi äiti maa. Ce cercle vertueux se confirme le 6 mai puisque – et c’est assez rare pour qu’on le mentionne – la Finlande hérite enfin en cette année 1989 d’un classement digne des efforts qu’elle fournit depuis plus de dix ans sans jamais être récompensée : un Top 10 si longtemps attendu et tellement mérité ! Hommage : Ossi Runne signe là la dernière de ses 22 apparitions au Concours. Ciao, Maestro, ja kiitos kaikesta !

15. FRANCE : J’ai volé la vie par Nathalie Pâque (née en 1977)

        Paroles : Sylvain Lebel           Musique : Guy Mattéoni & G. G. Candy           Chef d’orchestre : Guy Mattéoni

Sélection : interne

            Discussion surprise par mes antennes à l’époque : ‘’La Belgique a enfin gagné avec une jeune Liégeoise de moins de quinze ans ? Et avec une chanson intitulée J’aime la Vie ? ? ? Tiens tiens’’, se disent les décideurs à Antenne 2. ‘’Et si nous allions dénicher une autre Liégeoise, encore plus jeune, et que nous lui offrions de chanter… je ne sais pas, disons… J’ai volé la vie ! ! ! Oh oh on pourrait à nouveau gagner dans ces conditions, douze ans après Marie Myriam 😛 Ah la petite aura 12 ans cinq jours après le Concours ? Parfait, parfait…’’ Sauf que non, les espoirs de Nathalie Pâque seront étouffés dans l’œuf et elle repartira chocolat de Suisse 🙁

16. ESPAGNE : Nacida para amar par Nina (née en 1966)

        Paroles, Musique et Chef d’orchestre : Juan Carlos Calderón                     Sélection : interne

            Pour la quatrième fois depuis 1973, le diffuseur espagnol décide de faire confiance à Juan Carlos Calderón, qui avait déjà signé Eres tú et Tú volverás dans les années 70 et La Fiesta terminó en 1985. Bien lui en prend car Nina va elle aussi décrocher un Top 10 au Concours… et un podium dans mon classement personnel ! Ah le piano romantique et les belles voix puissantes et émouvantes…

17. CHYPRE : Apopse as vrethoume par Fanny Polymeri (née en 1964) & Yannis Savidakis (né en 1963)

        Paroles : Eli Meletiou             Musique : Marios Meletiou                             Chef d’orchestre : Haris Andreadis

Sélection : interne

            C’est à un bond dans le passé que nous invite le couple chypriote : tout y est très rétro, la musique, le thème de la chanson, la technique vocale, les tenues volées sur un gâteau de mariage. De quoi forcément déplaire à tous ceux qui ne jurent que par la modernité à tout crin, mais aussi de quoi charmer ceux qui aiment à goûter à nouveau aux saveurs pleines de souvenirs. Ce qui est mon cas. Et ils sont vraiment mignons tous les deux, non ? Remarque : on distingue parmi les choristes deux futurs candidats, Elena Patroklou et Alexandros Panayi.

18. SUISSE : Viver senza tei par Furbaz

        Paroles et Musique : Marie-Louise Werth                 Chef d’orchestre : Benoît Kaufman

Sélection : 1ère place à Schweizer Ausscheindung le samedi 18 février 1989 à Zoug

Vaincu par Carol Rich, puis par Céline Dion les deux années précédentes, le groupe Furbaz voit sa patience récompensée avec sa victoire à la finale suisse. C’est ainsi la première fois qu’un titre est interprété en romanche (quatrième langue officielle de la Confédération) au Concours. Même si seules 50 000 personnes environ le parlent, il était bon que cet idiome ait son entrée sur la scène de l’Eurovision – mais c’est malheureusement la seule fois, et vraisemblablement la dernière, que les Eurofans pourront l’entendre en compétition.

19. GRÈCE : To dikó sou asteri par Mariana (née en 1955)

            Paroles : Villy Sanianu                                                           Musique : Yannis Kyris & Mariana Efstratiou 

Chef d’orchestre : Giorgos Niarchos                        

Sélection : 1ère place à la finale grecque le vendredi 31 mars 1989 à Athènes

            Présente dans les chœurs derrière le duo Bang ! en 1987, Mariana Efstratiou décide de tenter sa chance à la sélection grecque avec une chanson dont elle a co-composé la musique. Elle l’emporte d’un tout petit point devant Mando (qui devra attendre 14 ans avant de fouler la scène du Concours) et Anna Vissi (ancienne participante en 1980 et 1982). À la dernière place : Michalis Rakintzis, futur Robocop à Tallinn en 2002. Pour moi, une énième chanson que l’on écoute sans déplaisir… mais qu’on oublie sitôt entendue.

20. ISLANDE : þađ sem enginn sér par Daníel (né en 1969)

            Paroles et Musique : Valgeir Guðjónsson                   

            Sélection : 1ère place au Söngvakeppnin le jeudi 30 mars 1989 à Reykjavik

.DublinnilbuQuestion pour vérifier que vous suivez bien tous : qui échoue pour la 4ème fois consécutive à la sélection islandaise ? Oui… n’hésitez pas, dites-le : Bo Halldórsson ! ! ! Cette fois, c’est au tour de Daníel (rien à voir avec le représentant yougoslave de 1983) de le battre à plate couture. Deuxième candidat de la soirée à chanter sur une bande-son, le compatriote de Björk présente une chanson écrite par celui qui avait déjà signé la contribution de l’année précédente. Malheureusement pour lui, le résultat obtenu à l’issue des votes sera encore plus décevant qu’à Dublin. Un peu sévère, quand même.

21. ALLEMAGNE : Flieger par Nino De Angelo (né en 1963)

            Paroles : Joachim Horn-Bernges                                 Musique : Dieter Bohlen        

            Sélection : 1ère place à Ein Lied für Lausanne le jeudi 23 mars 1989 à Munich

            Célèbre pour le tube La Vallé del Eden qu’il a chanté en 1984, Nino De Angelo gagne la sélection allemande au détriment de ses neuf adversaires – dont la toute jeune Dorkas Kiefer, déjà prise en charge par Ralph Siegel, mais que les Eurofans découvriront cinq ans plus tard au sein du trio MeKaDo. Pour l’heure, c’est un titre signé Dieter Bohlen et Joachim Horn-Bernges que présente le natif de Karlsruhe, faisant ainsi du duo d’auteur – compositeur le premier depuis Siegel et Meinunger en 1980 à soumettre deux de leurs productions aux suffrages des jurys. Avec moins de succès, il faut bien l’avouer. Remarque : pour la troisième fois de la soirée, l’orchestre est remplacé par une bande-son.

22. YOUGOSLAVIE : Rock me par Riva

            Paroles : Stevo Cvikić                         Musique : Rajko Dujmić                       Chef d’orchestre : Nikica Kalogjera

            Sélection : 1ère place à Pjesma Eurovizije le samedi 4 mars 1989 à Novi Sad

            Troisième groupe d’affilée à représenter la Yougoslavie, et troisième chanson écrite et composée par le duo à qui on devait déjà Ja sam za ples de Novi Fosili et Mangup de Silver Wings. Mais cette fois-ci, malgré une victoire à l’arrachée à la sélection yougoslave (Riva ne bat que d’un point Massimo Savić), la formation va enfin ramener à domicile le trophée tant convoité et que le pays de Vice Vukov frôlait depuis plusieurs années. Une réussite que beaucoup ne comprennent pas, en particulier Terry Wogan, le commentateur britannique, et nombre d’observateurs.

L’entracte

            Les 22 chansons candidates ayant été interprétées, Lolita et Jacques annoncent l’entracte : pendant que les jurys nationaux délibèrent, le public et les téléspectateurs assistent au numéro de Guy Tell, un arbalétrier qui s’inspire de la légende du célèbre Guillaume Tell. Le Concours revient ainsi à ses origines, lorsque des artistes de music hall se produisaient pendant l’entracte lors des premières éditions dans les années 1950 – 1960. Puis, la procédure de vote commence.

Le vote et les résultats

           P L A C ES C O R E  I T A  I S R    I R L  N E D  T U R  B E L  U K    N O R  P O R  S U È    L U X  D A N  A U T    F I N  F R A  E S P  C H Y  S U I  G R È  I S L  A L L  Y O U
ITA956        7    10 12624 78
ISR12501 73  2  5 5 5   7 537
IRL1821    73 3  2         42
NED154510 3   3   1 4476  1 6 
TUR215               1     4
BEL1913  55   2           1  
UK213067471  1212101218612102 2 126
NOR1730 2 258   2 6  4  1    
POR1639    42 1 37 62 8  6   
SUÈ4110 6   6488 61212 258382812
LUX208              53      
DAN31115110126410102123 7126    10 1
AUT597128  312   7 4 1 210812855
FIN776 108610   144 3 1073    10
FRA8603564   5 18353  7 5 23
ESP6888   2774  10  88 41010 10 
CHY1151231   6 6  82    4712  
SUI134744 108 8 3  21      7  
GRÈ956   1 15610     141212 4  
ISL220                      
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La Yougoslavie remporte donc le Concours à sa 24ème tentative, devant le Royaume-Uni et le Danemark – qui occupaient déjà les mêmes places l’année précédente. La Suède rate le podium pour un petit point, tandis que l’Autriche obtient son meilleur classement depuis 13 ans ! Tout en bas de tableau, l’Islande repart bredouille avec son premier zéro pointé pendant que l’Irlande, à l’instar de la Belgique un an plus tôt, prouve qu’il est souvent très difficile pour le dernier pays organisateur d’enchaîner les performances sur trois années.

Même si les observateurs ont eu le temps de se faire à l’idée d’une victoire yougoslave (le pays a mené les votes pratiquement depuis le début), l’enthousiasme du public et des autres concurrents n’est pas à le mesure de la joie des années antérieures. Riva fait toutefois son retour sur scène pour recevoir son trophée des mains de Céline Dion et reprend le titre vainqueur, Rock me, dans sa version en anglais cette fois.

Mon Top 10

            Encore une fois, une édition plutôt médiocre avec bien peu de chansons impérissables. Personnellement, je n’écoute plus aujourd’hui que les trois premières de mon classement personnel.

  1. DANEMARK : Vi maler byen rød par Birthe Kjær (pour la joie de vivre et l’optimisme de la chanson)
  2. ROYAUME-UNI : Why do I always get it wrong ? par Live Report (pour le meilleur interprète de la soirée)
  3. ESPAGNE : Nacida para amar par Nina (pour sa voix, ses cheveux… et ses petits nœuds à la Pompadour)
  4. FINLANDE : La dolce vita par Anneli Saaristo (pour les rythmes latins très séduisants)
  5. YOUGOSLAVIE : Rock me par Riva (pas désagréable… sur le moment)
  6. FRANCE : J’ai volé la vie par Nathalie Pâque (comme marque d’encouragement)
  7. ISRAËL : Derech ha’melech  par Gili & Galit (même remarque que pour la France)
  8. SUÈDE : En dag par Tommy Nilsson (pour l’énergie et la conviction des choristes)
  9. CHYPRE : Apopse as vrethoume par Fanny Polymeri & Yannis Savidakis (parce qu’ils sont à croquer… surtout lui)
  10. AUTRICHE : Nur ein Lied par Thomas Forstner (pour son courage à porter un tel costume)

Lanterne rouge : ITALIE : Avrei voluto par Anna Oxa & Fausto Leali (car mes oreilles bourdonnent à chaque écoute)

            Voilà pour la présentation des chansons candidates et pour mon classement personnel. J’attends les vôtres avec impatience dans les commentaires ci-dessous et sur ma messagerie personnelle : andre-francis@orange.fr (date limite : samedi 6 juin à 23h59). Merci d’avance pour votre fidélité et votre contribution !

RÉSULTATS DES VOTES : 32 votants cette semaine, ce n’est pas mal du tout alors que beaucoup d’entre nous reprenaient le travail, et que le Quorovision était dans sa dernière phase 🙂 Pour cette 34ème édition, peu de suspense pour le vainqueur, qui s’est très vite détaché. En revanche, les autres places sur le podium ont longtemps été très disputées. Mais tout de suite notre classement :

22. Islande : þađ sem enginn sér par Daníel : 14 points de 2 votants (maximum 7 points) score identique à celui de Lausanne, mais pas vierge 😛

21. Norvège : Venners nærhet par Britt Synnøve Johansen : 28 points de 6 votants (maximum 12 points de Pauline) – 4 places

20. Irlande : The real me par Kiev Connolly & the Missing Passengers : 29 points de 6 votants (maximum 10 points) – 2 places

19. Belgique : Door de wind par Ingeborg : 33 points de 9 votants (maximum 7 points) score identique

18. Luxembourg : Monsieur par Park Café : 34 points de 7 votants (maximum 8 points) + 2 places

17. Pays-Bas : Blijf zoals je bent par Justine Pelmelay : 45 points de 12 votants (maximum 8 points) – 2 places

16. Israël : Derech ha’melech par Gili & Galit : 51 points de 8 votants (maximum 12 points de Phileurophage) – 4 places

15. Turquie : Bana bana par Grup Pan : 57 points de 11 votants (maximum 12 points de Philippe) + 6 places

14. Chypre : Apopse as vrethoume par Fanny Polymeri & Yannis Savidakis : 60 points de 12 votants (maximum 10 points) – 3 places

13. France : j’ai volé la vie par Nathalie Pâque : 63 points de 11 votants (maximum 12 points de Juju et PLG) – 5 places

12. Suisse : Viver senza tei par Furbaz : 68 points de 18 votants (maximum 8 points) + 1 place

11. Grèce : To dikó sou asteri par Mariana : 69 points de 14 votants (maximum 10 points) – 2 places

10. Italie : Avrei voluto par Anna Oxa & Fausto Leali : 71 points de 12 votants (maximum 10 points) – 1 place

9. Yougoslavie : Rock me par Riva : 89 points de 16 votants (maximum 12 points de Franck) – 8 places

8. Allemagne : Flieger par Nino De Angelo : 108 points de 18 votants (maximum 12 points de Jean-Michel) + 6 places

7. Portugal : Conquistador par Da Vinci : 112 points de 16 votants (maximum 12 points de Kikichouchou, Rem, Zipo et Duncky) + 9 places

6. Autriche : Nur ein Lied par Thomas Forstner : 122 points de 22 votants (maximum 12 points de Denez et Yom) – 1 place

5. Finlande : La dolce vita par Anneli Saaristo : 131 points de 23 votants (maximum 12 points de Minsk, Jérémie, RV et Gaël) + 2 places

4. Royaume-Uni : Why do I always get it wrong ? par Live Report : 140 points de 22 votants (maximum 12 points de Benoît et Chloé) – 2 places

3. Danemark : Vi maler byen rød par Birthe Kjær : 148 points de 21 votants (maximum 12 points de tHEO, Garfieldd et Francis) score identique

2. Suède : En dag par Tommy Nilsson : 162 points de 28 votants (maximum 12 points de Valifran et Roland) + 2 places

  1. Espagne : Nacida para amar par Nina : 222 points de 26 votants (maximum 12 points de Gérald, Julien, Marie, Gwendal, Nico, Taron, Yvonne et Picasso) + 5 places

L’Espagne remporte ainsi une 2ème victoire, après Mocedades en 1973 (avec une chanson du même auteur – compositeur), avec une très belle avance. Elle réalise une jolie progression par rapport au classement d’origine, tout comme l’Allemagne, la Turquie et surtout le Portugal. En revanche, ce n’est pas glorieux pour les pays francophones, qui terminent tous dans la partie droite du tableau. La Scandinavie est à la fête (exceptées la Norvège et l’Islande, bonnes dernières) : Suède 2ème, Danemark 3ème et Finlande 5ème. Les pays du bottom 7 décrochent quant à eux leurs plus mauvais résultats de ces retrospectives.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui… et pour quelque temps. Même si mes recherches sont faites pour la prochaine édition, il faut que je trouve le temps de rédiger l’article et de le publier, ce qui n’est pas le plus court à faire. Je demande donc un tout petit peu de patience à mes fidèles lecteurs, la fin de l’année scolaire est proche et dans un mois, je devrais avoir un peu plus de temps libre 😛 En attendant, portez-vous bien et prenez bien soin de vous et de vos proches !