Hello, chers fidèles lecteurs de l’EAQ ! ! !

            Suivant l’exemple de la Norvège qui a remporté lors de la précédente édition sa première victoire 25 ans après son entrée dans le Concours, un autre pays – parmi les sept pionniers de Lugano – réussit enfin à décrocher le précieux Graal… et de manière indiscutable, avec un total de points alors inédit et qui ne sera battu qu’en 1993. Enfin… indiscutable si l’on veut, car il se passe très peu de temps avant que ne soit révélé l’âge de la gagnante : elle s’est vieillie de deux ans (quelle honte) et le pays arrivé deuxième demande immédiatement la disqualification du titre vainqueur et une remise du prix à la Première Dauphine – demande qui sera rejetée par l’UER, laquelle statuera quelque temps plus tard sur l’âge minimal pour un candidat. Mais assez de bavardages, redécouvrons ensemble le…

31ème CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

diffusé le samedi 3 mai 1986

en direct du Grieghallen de Bergen (Norvège)

présenté par Åse Kleveland

L’organisation du Concours

Enfin gagnante d’une compétition qui se refusait à elle depuis vingt-cinq ans, la Norvège décide de tout faire pour impressionner ses collègues européens. Ignorant la candidature d’Oslo, la NRK choisit Bergen, deuxième ville du pays, pour accueillir artistes et public. Tout le monde est invité à la Grieghallen, une salle de 1500 places inaugurée en mai 1978 (alors que Jahn Teigen fêtait son score nul quinze jours après sa visite parisienne) et qui porte – comme la place où elle est située – le nom du célèbre compositeur classique Edvard Grieg (1843-1907), originaire de Bergen et créateur entre autres de l’illustre suite du nom de Peer Gynt.

Grieg Hall - Wikipedia
La Grieghallen de Bergen

Le total de pays participants remonte à 20, effectif déjà atteint à trois reprises. En effet, l’Islande réussit enfin à obtenir le financement suffisant pour concourir et résout également ses problèmes de transmission. C’est le premier pays depuis Chypre en 1981 à faire son entrée, et il faudra attendre sept ans pour que de nouvelles nations se présentent sur la ligne de départ. Pays-Bas et Yougoslavie reviennent après un an d’absence, alors que l’Italie (sans raison particulière) et la Grèce s’éclipsent à nouveau. En effet, le pays de Nana Mouskouri et de Demis Roussos ne souhaite pas participer à une édition qui se tient le soir du Samedi Saint, et déclare donc forfait alors qu’il devait passer en 18ème position avec la chanson Wagon-lit de Polina (pas Gagarina, hein !). Côté artistes, Elpida (représentante grecque en 1979) est la seule à retenter sa chance, cette fois-ci pour Chypre.

Les règles

Le système de vote est inchangé et l’annonce des points est également reconduite. Aux commentaires, les habituelles vedettes : Patrice Laffont pour Antenne 2 et Terry Wogan pour BBC 1. Pour la radio, à nouveau André Torrent pour RTL, Daniel Pe’er pour Reshet Gimel et Julien Lepers pour France Inter. Et le Luxembourg et la France désignent comme porte-parole de leurs jurys respectifs Frédérique Ries (déjà à ce poste un an plus tôt) et Patricia Lesieur, deux de leurs speakerines les plus appréciées.

Blonde female MEPs from across Europe
Frédérique Ries

La présentation et l’orchestre

Après Lill Lindfors (son adversaire au Concours 1966), Åse Kleveland est la 4ème ancienne participante à se voir confier les rênes de la soirée. Née à Stockholm en 1949, cette diplômée en droit tout aussi polyglotte que sa consœur – elle parle norvégien, suédois, danois, anglais, français et japonais – n’a pas pour seul titre de gloire d’être à ce jour la seule Norvégienne à être montée sur le podium du Concours avant les Bobbysocks ! C’est une artiste complète et investie : elle est depuis trois ans Présidente de l’Association des Musiciens de Norvège, elle dirigera l’Institut du Film Suédois de 1999 à 2006, avant de diriger l’ONG Human-Etisk Forbund pendant six ans. Elle sera même Ministre de la Culture de 1990 à 1996 dans le gouvernement travailliste de Gro Harlem Brundtland.

Åse Kleveland pictures and photos
Åse Kleveland

L’orchestre est pour sa part dirigé par Egil Monn-Iversen (1928-2017), l’un des musiciens les plus célèbres de son pays. Créateur d’un label musical suite au succès du groupe vocal qu’il a fondé (The Monn Keys, qui comptait aussi en son sein Arne Bendiksen, candidat norvégien en 1964), il est également à la tête d’une maison de production cinématographique. Directeur de l’Opéra de Norvège et du Théâtre National, il est à l’origine de plus de 100 musiques de films ou de séries TV.

Heile Noregs Egil Monn-Iversen er borte... - Det Norske Teatret ...
Egil Monn-Iversen

Les chansons candidates

Après le traditionnel Te Deum de prise d’antenne, public et téléspectateurs peuvent voir les habituelles images qui présentent la ville–hôtesse et les plus beaux sites de la région. Puis, apparaît sur une scène qui évoque un palais de glace très viking la maîtresse de cérémonie, habillée d’une robe de presque sept kilos incrustée de diamants (la NRK a donc bien cassé sa tirelire…). En présence du Prince Héritier Harald et de sa famille, Åse Kleveland ouvre la soirée dans plusieurs langues européennes et suit l’exemple de sa prédécesseure en interprétant une chanson. Mais alors que Lill Lindfors avait proposé une adaptation d’un de ses titres, l’artiste norvégienne présente une création assez… particulière qui reprend l’air célèbre de Marc-Antoine Charpentier et se termine sur quelques notes de Peer Gynt. Spécial, et diversement apprécié. Enfin, elle lance la première carte postale, consacrée à la maison natale d’Edvard Grieg :

1. LUXEMBOURG : L’amour de ma vie par Sherisse Laurence

        Paroles : Franck Dostal & Alain Garcia                      Musique et Chef d’orchestre : Rolf Soja

            Sélection : interne

            Après les déceptions des deux années précédentes, le Grand-Duché veut revenir sur le devant de la scène. Il demande donc à des artistes qui ont déjà brillé au Concours (Franck Dostal et Rolf Soja ont écrit Parlez-vous français ? et Alain Garcia a signé les paroles de Si la vie est cadeau) de proposer un titre fort qui pourra être porté par une chanteuse à la jolie voix, au physique parfait et au délicieux accent. La candidate idéale se nomme Sherisse Laurence (non, ce n’est pas la mère de Duncan), elle a été pendant cinq ans l’animatrice d’une émission télévisée à succès dans son pays natal, le Canada, et possède tout ce qu’il faut pour marquer un début de compétition. Sauf qu’une victoire canadienne n’est pas encore à l’ordre du jour… Dur d’avoir raison deux ans trop tôt 🙁

2. YOUGOSLAVIE: Željo moja par Doris Dragović (née en 1961)

        Paroles et Musique : Zrinko Tutić                             Chef d’orchestre : Nikica Kalogjera

            Sélection : 1ère place à Pjesma Eurovizije le vendredi 7 mars 1986 à Pristina  

            Opposée à quinze adversaires, dont d’anciennes (Seid Memić-Vajta et Daniel) et futures Eurostars (Novi Fosili, Hari Mata-Hari et Dado Topić), la jeune Croate remporte la finale yougoslave pour cinq petits points seulement. En Norvège, elle ne fait malheureusement pas d’étincelle, mais comme beaucoup d’autres artistes avant et après elle, elle va faire preuve de patience avant de décrocher le meilleur classement de son pays (record qui tient toujours) lors d’une future édition du Concours.

3. FRANCE: Européennes par Cocktail Chic

        Paroles et Musique : Georges & Michel Costa            Chef d’orchestre : Jean-Claude Petit

            Sélection : 1ère place à la finale française présentée par Patrice Laffont le samedi 22 mars 1986 à Paris

            Recordmen des participations en tant que choristes au Concours (ils se sont produits seize fois entre 1973 et 1983 ! ! !), les frères Costa voient enfin l’une des chansons qu’ils ont écrites remporter la sélection française pour l’Eurovision. Le groupe déclaré vainqueur, Cocktail (qui sera bizarrement qualifié de Chic à Bergen :P), n’est pas formé d’inconnues. Hormis le fait que ses membres ont également assuré les chœurs derrière plusieurs candidats par le passé, les quatre (jeunes) femmes ont longtemps accompagné Claude François, qui avait produit leurs premiers disques à l’époque où elles s’appelaient encore Les Fléchettes (du nom de son label, Flèche). Pour l’heure, personne ne croit en leurs chances de réussite, et chacun vilipende à la fois les paroles, considérées comme simplettes, et la musique, jugée sans intérêt, de leur titre. Les critiques ne seront pas les seuls à les négliger ce 3 mai…

4. NORVÈGE : Romeo par Ketil Stokkan (né en 1956)

        Paroles et Musique : Ketil Stokkan                            Chef d’orchestre : Egil Monn-Iversen           

Sélection : 1ère place au Melodi Grand-Prix le samedi 22 mars 1986 à Stavanger

            C’est une chanson qui va marquer l’histoire du Concours que le public norvégien a choisi pour représenter le pays à domicile. Parce qu’elle est de très grande qualité, me demanderez-vous ? Pas particulièrement. Parce qu’elle est très originale dans sa musique et ses paroles ? Pas plus. Non, ce qui fait que Romeo attire l’attention de tout le monde, c’est que l’interprète, Ketil Stokkan (qui a écrit et composé lui-même son titre), se lance dans une chorégraphie sautillante inspirée d’une des scènes d’un spectacle de drag queens, aux côtés de deux danseurs habillés, maquillés et coiffés à la mode du XVIIIème siècle – la danseuse étant en fait… un homme, Jonny Nymøn. C’est ainsi la première fois, mais pas la dernière, qu’un travesti investit la scène de l’Eurovision.

5. ROYAUME-UNI: Runner in the night par Ryder

        Paroles : Maureen Darbyshire            Musique : Brian Wade                        Chef d’orchestre : aucun

            Sélection : 1ère place à A Song for Europe présentée par Terry Wogan le mercredi 2 avril 1986 à Londres

            Avec le passé flamboyant du Royaume-Uni à l’Eurovision (quatre victoires et dix places de deuxième), il suffit que votre chanson soit (un peu) moins bonne pour que tout le monde vous tombe dessus et prévoie le pire lors de la compétition. Première chanson candidate au Concours à ne pas atteindre les 50 meilleures ventes de disques depuis le début des années 60, Runner in the night se fait éreinter par les critiques avant même d’être présentée en Norvège. On reproche tout et n’importe quoi au groupe Ryder, en particulier le fait de ne pas être accompagné par l’orchestre – ce qui n’est pourtant pas une première (souvenons-nous de l’Italie en 1966 et 1979) ni même une dernière, loin de là. Les membres ont beau arguer qu’ils veulent jouer eux-mêmes leur musique, personne ne les suit à la Perfide Albion. Finalement, les jurys européens seront bien plus ouverts et indulgents. Et reconnaissons que la chanson n’est ni bonne, ni mauvaise, juste un peu plate.

6. ISLANDE : Gleðibankinn par Icy

        Paroles et Musique : Magnús Eiriksson                                             Chef d’orchestre : Gunnar þórðarsson

Sélection : 1ère place au Söngvakeppnin le samedi 15 mars 1986 à Reykjavik

            Lors de la première finale islandaise de l’histoire, quatre artistes (trois hommes et une femme) présentent dix chansons, seuls ou en duo. Þálmi Gunnarsson l’emporte devant les trois titres proposés par Bo Halldórsson (futur candidat de son pays en 1995) et part donc à Bergen avec Gleðibankinn, emmenant avec lui deux autres interprètes, dont Eiríkur Hauksson, l’un des adversaires qu’il a battus et que l’on reverra au Concours en 1991 et 2007. Soit trois fois en trois décennies – ce qui est un record en soi.

7. PAYS-BAS : Alles heeft ritme par Frizzle Sizzle

        Paroles : Peter Schön             Musique : Peter Schön & Rob Ten Bokum       Chef d’orchestre : Harry van Hoof

            Sélection : 1ère place au Nationaal Songfestival le mardi 1er avril 1986 à Amersfoort

            Présentant deux chansons à la finale néerlandaise comme chacun de ses quatre adversaires, le quatuor féminin Frizzle Sizzle l’emporte avec Alles heeft ritme. Le titre est très différent de ce qui est proposé par les autres pays, et chacun espère dans la délégation néerlandaise que les quatre cousines (tiens, comme les Françaises) sauront tirer leur épingle du jeu. Mais leur charme et leur fraîcheur ne suffisent pas, et c’est une partie gauche de tableau qui leur échoit en fin de soirée.

8. TURQUIE: Halley par Klips ve Onlar

        Paroles : Ilhan Irem               Musique et Chef d’orchestre : Melih Kibar             

Sélection : 1ère place à Şarkı Yarışması le samedi 15 mars 1986 à Ankara

            C’est une toute petite finale que propose la Turquie en ce mois de mars : seulement quatre chansons, dont une interprétée par Nilüfer, candidate au Concours 1978. À l’issue des votes, deux titres occupent la première place, mais la voix du président du jury comptant double, c’est Halley qui est désigné pour porter les couleurs du pays au détriment de Dünya. Seyyal Taner devra donc patienter un an avant de fouler la scène de l’Eurovision, puisqu’on lui préfère un duo de deux groupes (schéma peu courant mais qui fera des émules), Klips ve Onlar. Même si Halley se prononce à peu près comme le titre candidat de 1984, c’est bien à la comète qu’il fait allusion – un signe augurant d’un bon classement ? Les Turcs y croient très fort.

9. ESPAGNE: Valentino par Cadillac

        Paroles et Musique : José María Guzmán      Chef d’orchestre : Eduardo Leiva                  Sélection : interne

            C’est décidément la soirée des groupes, puisque c’est le cinquième consécutif qui se présente sur scène avec Cadillac. L’auteur – compositeur – interprète José María Guzmán espère que tout va rouler comme prévu (oui, elle était facile, mais je n’ai pas pu résister :P) avec ce titre compréhensible par tous (René Herail, sors de ce corps !) et évoquant un 2ème amoureux célèbre après le Romeo norvégien. Au passage, un vrai libertin du XVIIIème siècle, celui-là, au contraire du tragique héros shakespearien. L’issue de la soirée sera toutefois sensiblement la même pour les deux séducteurs italiens.

10. SUISSE : Pas pour moi par Daniela Simons (née en 1959)

        Paroles : Nella Martinetti                              Musique et Chef d’orchestre : Attila Şereftuğ

            Sélection : 1ère place à la finale suisse présentée par Paola Del Medico le samedi 25 janvier 1986 à Zurich

            Bon bah quand ça veut pas, ça veut pas 🙁 Pourtant, Daniela Simons (battue à deux reprises par le passé en finale suisse) y croyait dur comme fer : 2ème un an plus tôt, elle remporte haut la main sa sélection nationale avec une chanson signée Nella Martinetti (à l’origine de deux contributions suisses au Concours, dont le superbe Io senza te). Mais arrivée en Norvège, elle butte sur un obstacle de taille malgré son jeune âge… et doit se contenter de la 2ème place en dépit des menées post-Concours de sa délégation pour faire annuler le résultat officiel. Cinq ans plus tard, l’infortunée Daniela reviendra à la finale suisse – qu’elle terminera à la 2ème place ! ! ! La Sorcière aux Dents Vertes, je vous dis :O

11. ISRAËL : Yavoh yom par Moti Giladi (né en 1946) & Sarai Tzuriel (née en 1952)

        Paroles : Moti Giladi                                      Musique et Chef d’orchestre : Yoram Zadok

            Sélection : 1ère place à Kdam Erovizyon présenté par Daniel Pe’er à Jérusalem

            Habitué aux accessits au Concours depuis sa première participation, Israël croit aux chances de Yavoh yom, le titre que le comédien Moti Giladi a lui-même écrit avec la complicité du compositeur Yoram Zadok. De plus, il forme sur scène un couple charmant avec Sarai Tzuriel (révélée grâce à son rôle dans Sesame Street… si si !) et Reuven Gvirtz, membre du groupe Milk and Honey, se trouve parmi les choristes. Mais parfois, tous les ingrédients sont là, et la sauce ne prend pas. La très sévère et discutable 19ème place obtenue en fin de soirée sera le pire camouflet reçu par le pays au Concours pendant des années. Pour une fois que le pays tentait de s’éloigner de ses rythmes habituels, il en est pour ses frais 🙁

12. IRLANDE: You can count on me par Luv Bug

        Paroles et Musique : Kevin Sheerin               Chef d’orchestre : Noel Kelehan                  

Sélection : 1ère place au National Song Contest le dimanche 30 mars 1986 à Dublin

            Linda Martin pensait peut-être que sa 2ème place obtenue à Luxembourg allait lui assurer la victoire en sélection nationale. Si c’est le cas, elle a dû être profondément surprise et déçue, car sa défaite face au groupe Luv Bug est on ne peut plus sévère. De son côté, la formation des frères Cunningham menée par leur sœur June fait le job à Bergen et ramène au pays un troisième Top 10 d’affilée. On peut dire qu’elle a rempli la mission qui lui avait été confiée. Linda aurait-elle pu en faire autant ?

13. BELGIQUE : J’aime la vie par Sandra Kim (née en 1972)

        Paroles : Rosario Marino Atria           Musique : Jean-Paul Furnémont & Angelo Crisci

            Chef d’orchestre : Jo Carlier                        Sélection : 1ère place à la finale belge le dimanche 2 mars 1986 à Bruxelles

            Présentée par Åse Kleveland comme la benjamine de la soirée (ce qu’elle est indiscutablement), la jeune Sandra Kim est selon sa propre délégation âgée de 15 ans – comme l’affirme d’ailleurs le texte de sa chanson. Malgré cela, reconnaissons qu’elle a déjà tout d’une grande pour ce qui est de la puissance vocale et de l’énergie sur scène. C’est sûrement ce qui a conquis les votants, au-delà de J’aime la vie, titre enjoué mais finalement pas meilleur que celui présenté par la Suisse. Quand on apprendra que la gagnante n’a pas encore 14 ans (ce qui fait une différence énorme, il faut bien l’avouer), les Helvètes tenteront de la faire disqualifier afin de récupérer une victoire qui leur échappe depuis trente ans et qu’on leur a refusée en 1963. Mais ce sera en pure perte. Remarque : Patricia Maessen, représentante des Pays-Bas en 1970 et de la Belgique sept ans plus tard, fait partie des choristes derrière Sandra.

14. ALLEMAGNE : Über die Brücke geh’n par Ingrid Peters (née en 1954)

        Paroles, Musique et Chef d’orchestre : Hans Blum             

            Sélection : 1ère place à Ein Lied für Bergen co-présenté par Wencke Myhre le jeudi 27 mars 1986 à Munich

            Candidate malheureuse en 1979 et 1983, Ingrid Peters prend enfin sa revanche en finale nationale et décroche son billet pour la Norvège face à onze adversaires, dont deux anciens participants : Joy Fleming et Dschinghis Khan Family – qui l’avait précisément vaincue sept ans plus tôt. On peut se demander en revanche pourquoi cette talentueuse jeune femme a choisi d’interpréter une chanson écrite par Hans Blum, auteur et compositeur de trois contributions allemandes au Concours… dans la deuxième moitié des années 60 ! Mais le classicisme peut plaire et être payant, et Ingrid aura tout le temps de s’en rendre compte en fin de soirée.

15. CHYPRE: Tora zo par Elpida (née en 1950)

        Paroles : Peter Yiannakis & Fivos Gavris         Musique : Peter Yiannakis    Chef d’orchestre : Martyn Ford

Sélection : interne

            Il est parfois des surprises qui tombent tragiquement à l’eau 🙁 À l’annonce du retour d’Elpida au Concours, on pouvait nourrir les plus grandes espérances. Mais la superbe interprète du non moins fantastique Sokrates a bien changé en sept ans : sa coiffure et sa tenue la vieillissent considérablement, et le titre qu’elle propose est un vrai supplice aux oreilles de tout le monde, y compris aux miennes. Même la divine Evridiki, qui fait ce qu’elle peut dans les chœurs, ne peut sauver la prestation du naufrage… Le comble pour une chanson qui affirme « Je suis vivante ».

16. AUTRICHE : Die Zeit ist einsam par Timna Brauer (née en 1961)

        Paroles : Peter Cornelius                   Musique : Peter Janda        Chef d’orchestre : Richard Österreicher

Sélection : interne

            Beaucoup prétendent que le Concours Eurovision est une compétition apolitique – ou plutôt, souhaiteraient qu’elle ne soit que cela. C’est oublier un peu qu’elle a été créée justement dans un but politique : réunir des peuples qui se sont affrontés sauvagement au cours des conflits mondiaux qui ont déchiré le XXème siècle. Et omettre que tout au long de ses sept décennies d’existence, de nombreux artistes ont été confrontés à des réactions hautement politiques. Ainsi de Timna Brauer, jeune chanteuse autrichienne de confession juive qui doit subir les attaques de certains en Israël qui se déclarent choqués (à raison) par l’élection de Kurt Waldheim, ancien nazi notoire, à la Présidence de la République autrichienne. Je ne vois personnellement pas bien en quoi cette jeune femme était responsable de la nomination à ce poste de l’ancien Secrétaire Général des Nations Unies. Tout cela n’a finalement qu’un effet : éloigner l’attention des observateurs de sa chanson, ce qui va radicalement à l’encontre de l’objectif fixé par Marcel Bezençon.

17. SUÈDE: Är’ de’ det här du kallar kärlek par Lasse Holm (né en 1943) & Monica Törnell (née en 1954)

        Paroles et Musique : Lasse Holm                                                       Chef d’orchestre : Anders Berglund

Sélection : 1ère place au Melodifestivalen le samedi 22 mars 1986 à Stockholm

            Ce n’est certainement pas à un inconnu que le public suédois confie la mission de décrocher un quatrième podium d’affilée pour le pays d’ABBA : Lasse Holm a en effet composé les musiques de trois des quatre dernières contributions de la Suède au Concours ! Autant dire que la pauvre Lena Philipsson n’avait aucune chance de gagner le Melo… Elle devra attendre 18 ans avant d’obtenir le précieux billet tant recherché :O Le grand soir, ce n’est pourtant pas l’auteur – compositeur – interprète ni sa partenaire qui se font remarquer, mais bien leurs choristes dont le jeu de scène et les tenues (une serveuse, un homme en costume et chapeau melon, un culturiste et un vieil homme chauve qui joue de la guitare torse nu) font passer ceux des choristes de Marty Brem en 1981 pour de petits joueurs…

18. DANEMARK: Du er fuld af løgn par Lise Haavik (née en 1962)

        Paroles et Musique : John Hatting                                                   Chef d’orchestre : Egil Monn-Iversen            Sélection : 1ère place au Dansk Melodi Grand-Prix le samedi 22 février 1986 à Copenhague

C’est un plateau très relevé que les téléspectateurs danois peuvent voir pour leur finale nationale : Kirsten Siggaard et Søren Bundgaard tentent de remporter une troisième fois de suite la compétition, face aux éternels perdants que sont les frères Olsen, mais aussi Birthe Kjær (qui représentera son pays en 1989) et Keld Heick, parolier de Tommy Seebach et du sus-nommé duo Hot Eyes. Mais tous doivent s’incliner devant Lise Haavik, l’épouse norvégienne (tiens, tiens…) de John Hatting (membre du groupe Brixx candidat à Harrogate). Celui-ci lui a écrit Du er fuld af løgn et l’accompagne dans les chœurs, la plaçant dans la lumière plutôt que de se présenter sous le nom de Trax, le groupe qu’ils forment ensemble. Pas fou, le garçon… Mais la réussite ne sera que partielle à la fin de la période de votes – peut-être parce que toute la prestation (chanson, interprète, danseurs) fait inévitablement penser à Bra vibrationer.

19. FINLANDE : Never the end par Kari (né en 1960)

            Paroles et Musique : Kari Kuivalainen                                                Chef d’orchestre : Ossi Runne

            Sélection : 1ère place à Euroviisut le samedi 22 février 1986 à Helsinki

            Tombeur de Kirka et Sonja Lumme, les deux derniers représentants finnois au Concours, Kari n’a remporté que d’un petit point la victoire à Helsinki avec la chanson qu’il a lui-même écrite et composée, Päivä kahden ihmisen. Ayant traduit le titre en anglais pour se faire mieux comprendre, il espère bien que sa très belle musique et son timbre de voix remarquable vont séduire les jurys. Mais la Finlande va à nouveau subir une énorme déception et récolter un classement scandaleusement bas.

20. PORTUGAL : Não sejas mau p’ra mim par Dora (née en 1966)

            Paroles et Musique : Guilherme Inês, Luis Manuel de Oliveira Fernandes & Zé Da Ponte

            Chef d’orchestre : Colin Frechter    

            Sélection : 1ère place au Festival da Canção Portuguesa le samedi 22 mars 1986 à Lisbonne

            Opposée à onze autres artistes (dont Sérgio Borges, le candidat malheureux de 1970), Dora décroche la victoire à Lisbonne à l’issue du deuxième tour de vote, et s’envole donc pour la Norvège. Elle aussi propose jeunesse, fraîcheur et légèreté, mais le cocktail présenté par la Belgique a déjà suffisamment désaltéré les jurys, qui n’ont plus envie de boire à la fontaine de jouvence portugaise. Ce sera donc une nouvelle fois un classement très médiocre pour le pays du porto et du madère.

L’entracte

            Les 20 chansons candidates ayant été interprétées, Åse Kleveland rappelle que chaque pays a nommé un collège de votants appelés à désigner le vainqueur de la soirée. En attendant les résultats des votes, public et téléspectateurs peuvent admirer la toute jeune soprano Sissel Kyrkjebø native de Bergen, qui interprète, accompagnée par le compositeur Steinar Ofsdal à l’accordéon, à la flûte et au violon, une série de comptines locales, dont le traditionnel Udsikter fra Ulriken, écrit en 1790 par le prêtre, politicien et poète Johan Nordahl Brun sur une musique adaptée d’un menuet français. La prestation sera pour la jeune fille de 16 ans un tremplin indiscutable, puisqu’elle sera repérée par des producteurs qui lui ouvriront les portes d’un succès international qui perdure 35 ans plus tard. Puis, la maîtresse de cérémonie refait son apparition, les cheveux détachés et vêtue d’une longue robe de soirée mauve.

Le vote et les résultats

            P L A C E S C O R E   L U X   Y O U     F R A   N O R   U K   I S L   N E D     T U R   E S P   S U I     I S R   I R L   B E L     A L L   C H Y   A U T   S U È   D A N   F I N   P O R
LUX 3 117   5 8 12 8 1 8     2 4 7 10 12 8 10 10 2 4 6
YOU 11 49 2       7 5 7 3 3   1 3 4   12 1 1      
FRA 17 13       3           7             3      
NOR 12 44     4     4 2     6   6 5 6 6     5    
UK 7 72 4   10 6       6 2 4 2     5 2 3 8 8 10 2
ISL 16 19             5 2 6           4   2      
NED 13 40 1 2           7 1   8     10 1       3 7
TUR 9 53 6 12     2   6     8 3   6 8   2        
ESP 10 51 7 4 6   1 2   8   1   5 3     7   3 1 3
SUI 2 140 12 6 7 5 5 3 12 10 4   12 10 12   5 4 12 4 7 10
ISR 19 7     1 1           5                    
IRL 4 96 3 8 3 2   8   5 12   6   2     12 7 12 8 8
BEL 1 176 10 10 12 8 10 10 10 12 10 10 5 12   1 10 6 6 10 12 12
ALL 8 62 8 1     12             8 7     8 5 7 2 4
CHY 20 4   3                   1                
AUT 18 12                       2 1 2         6 1
SUÈ 5 78 5 7 2 7 3 12 3   7 12       4   5   6 5  
DAN 6 77     5 10 6 7 4   5 3 10 4   7 7   4     5
FIN 15 22           6 1 1         8 3 3          
POR 14 28       4 4     4 8   7             1    

Sans aucun suspense puisqu’elle menait depuis le deuxième vote, la Belgique remporte enfin au bout de trente ans sa première victoire – et la seule à ce jour. Elle bat largement ses adversaires, recevant des points de tous les jurys, avec cinq fois la note maximale et neuf fois dix points, soit une moyenne de 9,26 par pays ! ! ! Elle est suivie de la Suisse et du Luxembourg, ce qui constitue le seul podium de l’histoire du Concours entièrement francophone avec celui de 1962. Autant dire que la France fait bien pâle figure avec sa 17ème place – son plus mauvais classement depuis 1956. A contrario, la Turquie intègre le Top 10 pour la première fois 🙂

Sandra Kim et son équipe sont donc rappelés sur scène afin de recevoir leurs prix des mains de Rolf Løvland et des Bobbysocks ! La gagnante est bien sûr folle de joie, d’autant que le public lui réserve une ovation, et la petite fille fait forcément fondre tout le monde dans la salle quand elle répond à la présentatrice norvégienne qu’elle ne s’attendait pas à gagner, mais quand même un peu 😛 Puis, comme le veut la coutume, elle reprend le titre vainqueur, J’aime la vie.

Mon Top 10

            Un Concours d’un niveau un peu moins élevé que le précédent, à mon sens, mais rempli de chansons qui restent bien en tête et qui ont tout du plaisir coupable 😛 Pour la 2ème fois après 1982 – la dernière aussi – mon podium personnel est identique à celui des jurys de l’époque. En revanche, la suite de mon Top 10 est extrêmement différent.

  1. BELGIQUE : J’aime la vie par Sandra Kim (un petit bonbon irrésistible)
  2. SUISSE : Pas pour moi par Daniela Simons (la meilleure prestation de la soirée)
  3. LUXEMBOURG : L’amour de ma vie par Sherisse Laurence (j’adore son petit accent)
  4. ALLEMAGNE : Über die Brücke geh’n par Ingrid Peters (qui grandit par sa voix et sa présence un titre bien moyen)
  5. FINLANDE : Never the end par Kari (la plus grosse déception de la soirée)
  6. TURQUIE : Halley par Klips ve Onlar (la meilleure contribution du pays à ce jour)
  7. FRANCE : Européennes  par Cocktail Chic (oui bon bah ça va, j’ai assez honte comme ça…)
  8. DANEMARK : Du er fuld af løgn par Lise Haavik (léger et entraînant)
  9. IRLANDE : You can count on me par Luv Bug (parce que la chanteuse a le même manteau que la précédente)
  10. ESPAGNE : Valentino par Cadillac (parce qu’il en faut dix, hein)

Lanterne rouge : CHYPRE : Tora zo par Elpida (au secours ! ! ! !)

            Voilà pour la présentation des chansons candidates et pour mon classement personnel. J’attends les vôtres avec impatience dans les commentaires ci-dessous et sur ma messagerie personnelle : andre-francis@orange.fr (date limite : samedi 16 mai à 23h59). Merci d’avance pour votre fidélité et votre contribution !

RÉSULTATS DES VOTES : Comme la semaine dernière, nous avons été 33 votants à nous prononcer sur cette édition 1986. Ainsi que vous allez le constater, il y a eu très peu de suspense puisque les scores sont tout sauf serrés. Et pourtant, le consensus pour le vainqueur ne s’est pas fait : 15 des 20 pays ont obtenu la note maximale ! Félicitations en tout cas à Julien, qui a été le seul à trouver le podium… et ceci pour la 3° fois depuis qu’il participe 🙂

20. France : Européennes par Cocktail Chic : 22 points de 6 votants (maximum 5 points) – 3 places par rapport au classement officiel

19. Chypre : Tora zo par Elpida : 37 points de 10 votants (maximum 8 points) + 1 place

18. Portugal : Não sejas mau p’ra mim par Dora : 44 points de 10 votants (maximum 12 points de Kikichouchou) – 4 places

17. Autriche : Die Zeit ist einsam par Timna Brauer : 54 points de 8 votants (maximum 12 points de Garfieldd) + 1 place

16. Pays-Bas : Alles heeft ritme par Frizzle Sizzle : 54 points de 11 votants (maximum 12 points de PLG) – 3 places

15. Suède : Är’ de’ det här du kallar kärlek par Lasse Holm & Monica Törnell : 55 points de 10 votants (maximum 12 points de Franck) – 10 places !!!!!!

14. Royaume-Uni : Runner in the night par Ryder : 55 points de 13 votants (maximum 10 points) – 7 places

13. Israël : Yavoh yom par Moti Giladi & Sarai Tzuriel : 62 points de 11 votants (maximum 12 points de Rem) + 6 places

12. Espagne : Valentino par Cadillac : 64 points de 16 votants (maximum 12 points de Roland) – 2 places

11. Finlande : Never the end par Kari : 70 points de 18 votants (maximum 10 points) + 4 places

10. Danemark : Du er fuld af løgn par Lise Haavik : 80 points de 18 votants (maximum 12 points de Pauline) – 4 places

9. Islande : Gleðibankinn par Icy : 82 points de 14 votants (maximum 12 points de Minsk) + 7 places

8. Norvège : Romeo par Ketil Stokkan : 93 points de 17 votants (maximum 12 points de Phileurophage) + 4 places

7. Irlande : You can count on me par Luv Bug : 96 points de 20 votants (maximum 10 points) – 3 places

6. Yougoslavie : Željo moja par Doris Dragović : 118 points de 21 votants (maximum 12 points de Gérald, Arnaud et Duncky) + 5 places

5. Turquie : Halley par Klips ve Onlar : 123 points de 22 votants (maximum 12 points de Gaël) + 4 places

4. Luxembourg : L’amour de ma vie par Sherisse Laurence : 149 points (maximum 12 points de Chloé – nouvelle électrice – et Juju) – 1 place

3. Allemagne : Über die Brücke geh’n par Ingrid Peters : 180 points de 28 votants (maximum 12 points de Gwendal et Jean-Michel) + 5 places

2. Belgique : J’aime la vie par Sandra Kim : 231 points de 26 votants (maximum 12 points de Valifran, RV, Picasso, JF, tHEO, Taron, Zipo, Jérémie et Francis) – 1 place

  1. Suisse : Pas pour moi par Daniela Simons : 245 points de 30 votants (maximum 12 points de Denez, Julien, Yom, Nico, Philippe, Benoît et Yvonne) + 1 place

Après 30 ans de bons et loyaux services, nous offrons enfin une victoire à la Suisse… mais au détriment de la Belgique, qui échoue sur la seconde marche du podium pour la troisième fois, après 1957 et 1978. L’Allemagne est troisième pour la deuxième année de suite. La Turquie réalise son meilleur classement, ainsi que l’Islande qui intègre le Top 10 dès sa première apparition. La Yougoslavie revient parmi les dix premiers, ce qu’elle n’avait plus fait depuis dix ans :O En revanche, c’est la débandade pour la Suède, qui enregistre une chute vertigineuse, pour Israël et le Royaume-Uni, qui squattaient pourtant le haut du classement depuis des années, et pour la France, qui réalise son plus mauvais classement ici, avaec une nouvelle dernière place vingt ans après Dominique Walter. Globalement, ce classement est très, très différent de celui de Bergen, même si le podium officiel est très bien classé chez nous aussi.

Voilà pour cette édition norvégienne. Je vous donne rendez-vous dès ce soir pour revivre une compétition placée sous le signe du charme de la sublime Viktor Lazlo. Portez-vous bien !