Hello, chers fidèles lecteurs de l’EAQ ! ! !

            À l’instar de Nicole qui avait permis à l’Allemagne de remporter enfin le Concours après 25 ans d’attente, un duo – formé de deux anciennes perdantes – va offrir en Suède une première victoire à un pays plutôt habitué aux dernières places (six fois en 25 participations, dont trois fois avec un score nul). C’est par conséquent peu de dire que les gagnantes ont été accueillies avec allégresse et gratitude lors de leur retour sur le sol national ! Redécouvrons donc ensemble le…

30ème CONCOURS EUROVISION DE LA CHANSON

diffusé le samedi 4 mai 1985

en direct du Scandinavium de Göteborg (Suède)

présenté par Lill Lindfors

L’organisation du Concours

Suite à sa deuxième victoire obtenue à Luxembourg en 1984, la Suède est invitée par l’UER à organiser la nouvelle édition de la grande fête musicale européenne. Après Stockholm en 1975, c’est Göteborg (deuxième agglomération du pays) qui est désignée pour accueillir participants et spectateurs. La grande finale est donc prévue au Scandinavium, une immense salle de 12 000 places inaugurée en 1971 au nord de la ville. Plus habituée à recevoir les championnats de hockey sur glace ou à héberger chaque année des compétitions équestres, le lieu voit sa capacité d’accueil réduite à 8 000 places en raison de la scène – ce qui n’en fait pas moins la plus grande salle à avoir reçu le Concours à cette date.

Heta diskussioner om framtidens Göteborg | Idrottens Affärer
Le Scandinavium de Göteborg

Comme chaque année maintenant depuis 1979, c’est la valse des pays participants : alors que la Grèce et Israël reviennent après un an d’absence, les Pays-Bas et la Yougoslavie préfèrent se retirer. Pour les premiers – qui n’ont raté aucune édition depuis 1956 – il est inenvisageable de participer un 4 mai, date à laquelle les Néerlandais célèbrent leur Journée du Souvenir en hommage aux victimes civiles et militaires des différents conflits contemporains. Pour la Yougoslavie, la 30ème édition de l’Eurovision concorde avec l’anniversaire de la mort du Maréchal Tito, ancien dirigeant du pays. Visiblement, on ne lui a pas communiqué suffisamment tôt la date de diffusion de la soirée, puisque les représentants nationaux avaient déjà été sélectionnés : pas de chance donc pour Zorica Kondža & Josip Genda et leur chanson Pokora (rien à voir avec notre ancien coach de The Voice). Bref, l’effectif de candidats stagne à 19.

En revanche, un nouveau record est battu : celui des artistes qui retentent leur chance. Visez un peu : Hot Eyes enchaîne une deuxième participation consécutive pour le Danemark ; le vainqueur de l’édition de Paris, Izhar Cohen, représente à nouveau Israël ; Romina Power et Al Bano, septièmes à La Haye en 1976, s’alignent aussi à Göteborg ; la Norvège envoie un duo qui associe deux anciennes candidates (Hanne Krogh et Elisabeth Andreassen) ; la Suisse fait à nouveau confiance à Mariella Farré (présente à Munich en 1983) et à Pino Gasparini (membre du Pepe Lienhard Band en 1977) ; Kikki Danielsson (complice d’Elisabeth Andreassen au sein de Chips en 1982) revient pour la Suède ; Gary Lux (en groupe en 1983 et dans les chœurs l’année suivante) se présente enfin en solo ; et Ireen Sheer (déjà candidate à deux reprises) fait partie de la formation mise en place par le Luxembourg ! Si on rajoute à cela que Chypre est représentée par une ancienne choriste d’Elpida et d’Anna Vissi, et qu’une des trois chanteuses de Silver Convention (Allemagne 1977) accompagne le sus-nommé Gary Lux, c’est pas moins de 14 récidivistes qui persistent et signent :O

Les règles

Le système de vote est inchangé et l’annonce des points est également reconduite. Aux commentaires, les habituelles vedettes : Patrice Laffont pour Antenne 2, Terry Wogan pour BBC 1 et Jacques Mercier pour la RTBF. Pour la radio, à nouveau André Torrent pour RTL, Daniel Pe’er pour Reshet Gimel et Julien Lepers pour France Inter. On découvre aussi deux anciens candidats, Linda Martin et Jahn Teigen, pour la télévision irlandaise et la radio norvégienne, respectivement. Et grande surprise : alors que la mission d’annoncer les points du jury luxembourgeois est confiée à la très belle Frédérique Ries, c’est la comédienne Clémentine Célarié qui les révèle pour la France !

Clémentine Célarié (auteur de On s'aimera) - Babelio
Clémentine Célarié

La présentation et l’orchestre

Pour la 3ème fois après Corry Brokken en 1976 et Yardena Arazi en 1979, c’est une ancienne candidate qui est chargée d’animer la soirée… et animer, elle ne va pas hésiter à le faire 😉 Lill Lindfors (née à Helsinki en 1940) a commencé sa carrière au début des années 60 en tant qu’actrice, mais s’est vite fait connaître comme chanteuse. En effet, la 2ème place qu’elle décroche à la surprise générale au Concours Eurovision 1966 avec Svante Thuresson la propulse sur le devant de la scène musicale. Elle enchaîne les succès, se voit remettre nombre de disques d’or, introduit la samba en Suède… avant de se consacrer à la comédie, présentant plusieurs seule-en-scène pendant la décennie suivante. Bref, une célébrité due à un talent à multiples facettes qui ne se dément pas. En 1998, elle est même nommée Ambassadrice de Bonne Volonté pour l’UNICEF.

11 bästa bilderna på Lill Lindfors | Nostalgia, Landskap och Glädje
Lill Lindfors

L’orchestre de 48 musiciens est pour sa part dirigé par Curt-Eric Holmquist (né en 1948) – certes pas un inconnu pour les Eurofans puisque c’est lui qui accompagnait Herreys un an plus tôt à Luxembourg. Les fidèles le reverront à plusieurs reprises pendant les douze années à venir, jusqu’à l’interdiction totale de l’orchestre en 1999. Aujourd’hui, il assiste Lotta Engberg (participante suédoise en 1987) dans les spectacles télévisés qu’elle donne à Liseberg, Lotta på Liseberg.

And the conductor is...|...a website dedicated to all conductors ...
Curt-Eric Holmquist

Les chansons candidates

Après le traditionnel Te Deum de Marc-Antoine Charpentier, public et téléspectateurs peuvent voir les habituelles images qui présentent la ville–hôtesse et les plus beaux sites de la région. Puis apparaît la reine de la soirée,  Lill Lindfors, habillée d’un ensemble blanc et d’un long manteau rose guimauve. En vraie show girl qui maîtrise tous les arts de la scène, elle interprète en direct My joy is building bricks of music, la version anglaise d’une chanson jazzy qu’elle a composée elle-même pour son album Du är det varmaste jag har en 1978.

Elle ouvre enfin la soirée en anglais (surtout), français (un peu) et allemand (un soupçon), sans oublier de saluer la première gagnante du Concours, Lys Assia, présente dans la salle – laquelle est applaudie comme il se doit. Après des mots très gentils pour les auteurs et compositeurs des chansons, qui patientent dans le public et que chacun pourra découvrir dans les petites vidéos précédant les prestations en direct, elle lance avec beaucoup d’humour la première carte postale :

1. IRLANDE : Wait until the weekend comes par Maria Christian (née en 1965)

        Paroles et Musique : Brendan Graham                                              Chef d’orchestre : Noel Kelehan

            Sélection : 1ère place à National Song Contest le mercredi 27 février 1985 à Dublin

            Face à sept adversaires (dont Marion Fossett, membre du groupe Sheeba), la très jolie Maria Christian remporte facilement la sélection irlandaise avec une chanson écrite et composée par Brendan Graham (déjà à l’origine de When de Red Hurley en 1976). Le pays, arrivé deuxième un an plus tôt, veut mettre toutes les chances de son côté pour gagner et met en avant la cécité presque totale de la jeune femme. Émus ou pas, les jurys ne lui accorderont pas la victoire, l’empêchant de se lancer dans une carrière à succès. Installée en Lorraine (ce qui prouve qu’elle a énormément de goût) auprès de son mari français, elle attendra trente ans avant de revenir sur le devant de la scène grâce à The Voice France, où son handicap – et sa famille nombreuse – est de nouveau présenté comme un fer de lance. L’interruption de l’émission due au confinement qui touche le pays laisse planer le suspense : bis repetita ou victoire retardée ?

2. FINLANDE : Eläköön elämä par Sonja Lumme (née en 1961)

        Paroles : Veli-Pakka Lehto                  Musique : Petri Laaksonen      Chef d’orchestre : Ossi Runne

            Sélection : 1ère place à Euroviisut le samedi 16 février 1985 à Helsinki  

            Présente en finale nationale avec deux des trois chansons qu’elle proposait, Sonja Lumme prend sa revanche sur 1984 où elle avait été battue par Kirka. Sa victoire nette et sans bavure face aux anciens candidats Ami Aspelund et Riki Sorsa laisse présager du meilleur pour Göteborg. C’est donc remplie de confiance, et avec les énergiques choristes de Kirka, que la jeune femme monte sur scène en ce 4 mai pour interpréter l’une des chansons les plus entraînantes sélectionnées par la Finlande.

3. CHYPRE : To katalava arga par Lia Vissi (née en 1955)

        Paroles et Musique : Lia Vissi            Chef d’orchestre : Haris Andreadis              Sélection : interne

            Vaincue par Andy Paul l’année précédente lors de la première sélection nationale chypriote, la sœur aînée d’Anna Vissi (candidate pour la Grèce en 1980 et pour son île natale deux ans plus tard) est sélectionnée en interne par le diffuseur RIK. Elle peut enfin être sur le devant de la scène après ses apparitions en tant que choriste en 1979 et 1982, avec une chanson qu’elle a elle-même écrite et composée. Mais malgré sa douceur et son joli timbre, elle ne récoltera qu’un très mauvais classement en fin de soirée.

4. DANEMARK : Sku’ du spørg’ fra no’en ? par Hot Eyes

        Paroles : Keld Heick               Musique : Søren Bundgaard                Chef d’orchestre : Wolfgang Käfer            Sélection : 1ère place au Dansk Melodi Grand-Prix le samedi 9 mars 1985 à Copenhague

            Vainqueurs pour la deuxième année de suite de la sélection danoise (devant Tommy Seebach, Gry Johansen et Trax, le groupe de John Hatting, tous anciens ou futurs représentants au Concours), Kirsten et Søren espèrent faire mieux qu’en 1984 où ils ont raté le podium de très peu. Pour cela, ils n’hésitent pas à amener sur scène Lea, la fillette de 9 ans de Søren. Le problème est qu’elle ne chante pas toujours très juste, ce que les jurys vont sanctionner clairement lors de la période de vote. La petite Lea n’en demeure pas moins la plus jeune concurrente de toute l’histoire du Concours, record qui ne pourra plus être battu.

5. ESPAGNE : La fiesta terminó par Paloma San Basilio (née en 1950)

        Paroles, Musique et Chef d’orchestre : Juan Carlos Calderón                     Sélection : interne

            Après le podium obtenu à l’arrachée à Luxembourg, l’Espagne veut à tout prix réitérer l’exploit, voire faire encore mieux. Elle demande donc à Juan Carlos Calderón, auteur et compositeur d’Eres et de Tú volverás, d’écrire à nouveau la chanson candidate pour le pays. Mais malgré la voix remarquable et la présence indéniable de Paloma San Basilio, malgré une robe en lamé dont on murmure qu’elle a coûté 1400 livres (! ! !), la réussite ne sera pas au rendez-vous, loin de là. Bref, un titre qui porte bien son nom, à l’image de celui de Sandra Reemer en 1976 🙁

6. FRANCE : Femme dans ses rêves aussi par Roger Bens (né en 1958)

        Paroles et Musique : Didier Pascalis                                                 Chef d’orchestre : Michel Bernholc

Sélection : 1ère place à la finale française le dimanche 31 mars 1985 au Studio Gabriel

            Ce n’est pas une petite victoire que Roger Bens remporte dans les décors de Champs-Élysées face à treize adversaires : il bat de presque cent points la chanson arrivée deuxième ! Patrice Laffont et Catherine Ceylac se rendent bien compte que c’est un véritable plébiscite du public pour l’ancien membre du si mal nommé groupe Victoire, qui avait été vaincu un an plus tôt par Annick Thoumazeau. Le charme est certain, le timbre de voix est intéressant, la chanson est entraînante, les violons se déchaînent… mais cela suffira tout juste à assurer un Top 10. Pour certains, les petits coups de langue de Roger sur ses lèvres asséchées par le stress lui ont été fatals – mais c’est un peu oublier que la même manie mènera Johnny Logan très haut deux ans plus tard.

7. TURQUIE : Didai didai dai par MFÖ

        Paroles et Musique : Mazhar Alanson, Özkan Uğur & Fuat Güner      Chef d’orchestre : Garo Mafyan

            Sélection : 1ère place à Şarkı Yarışması le vendredi 1er mars 1985 à Istanbul

            En 1982, Neco était sûr de remporter sa sélection nationale puisqu’il y présentait six chansons. Il pense à nouveau avoir ses chances trois ans plus tard avec l’un des quatre titres qu’il interprète. Mais à la surprise générale, il se fait doubler par un trio que personne n’avait vu venir : Mazhar – Fuat – Özkan et leur chanson Aşik oldum. Rebaptisés MFÖ, les trois artistes turcs en profitent pour changer le titre de leur contribution : Didai didai dai, ça n’a pas plus de sens que Diggi-loo, Diggi-ley ou A-ba-ni-bi, mais ça permet à toute l’Europe de le répéter et de fredonner devant sa télévision, finalement. Pas bête… ou si ?

8. BELGIQUE : Laat me nu gaan par Linda Lepomme (née en 1955)

        Paroles : Bert Vivier               Musique : Pieter Verlinden                 Chef d’orchestre : Curt-Eric Holmquist

Sélection : interne

            Après une chanson très avant-gardiste en 1983 (mais qui avait fortement déplu au public belge ainsi qu’aux jurys européens le grand soir), le diffuseur flamand sélectionne en interne – ce qui ne s’était plus fait depuis 1964 – un titre beaucoup plus classique. Très classique… excessivement classique… trop classique ? Tout le monde semble détester Laat me nu gaan, à l’image des votants de l’époque. Il n’y a finalement que moi qui aime cette chanson, la si douce musique, le très beau texte, l’émotion palpable de Linda (au point que le chef d’orchestre doit venir la chercher sur scène, paralysée à la fin de sa prestation). Bon, l’adolescent de 16 ans qui a pleuré à l’époque devant son téléviseur m’invite à persister et à signer : un podium 😉

9. PORTUGAL : Penso em ti, eu sei par Adelaide (née en 1959)

        Paroles : Luis Fernando & Adelaide    Musique : Tozé Brito              Chef d’orchestre : José Calvário

            Sélection : 1ère place au Festival da Canção Portuguesa le jeudi 7 mars 1985 à Lisbonne

            Après son échec l’année précédente, Adelaide Ferreira remporte largement la sélection portugaise, laissant très loin derrière elle ses dix adversaires. Mais comme la candidate belge qui l’a précédée, elle ne va guère faire naître l’enthousiasme parmi les jurys avec sa chanson écrite par Tozé Brito (membre du groupe Gemini en 1978 et auteur de Bem bom pour Doce quatre ans plus tard). Bref 1985, ce n’est pas l’année des ballades sur la rupture amoureuse 🙁

10. ALLEMAGNE : Für alle par Wind

        Paroles et Musique : Hanne Haller                           Chef d’orchestre : Reiner Pietsch

            Sélection : 1ère place à Ein Lied für Göteborg le jeudi 21 mars 1985 à Munich

            Ce n’est que de 21 voix que le groupe Wind remporte la finale allemande, et pourtant les bookmakers placent le pays de Nicole d’emblée parmi les favoris. Et en effet, le début de la période de votes lui sourit puisqu’il mène pendant un long moment. Mais son avance est grignotée progressivement jusqu’à cinq votes de la fin. Après les innombrables places de deuxième du Royaume-Uni dans les années 60 et 70, c’est au tour de la RFA de collectionner les accessits au Concours :O

11. ISRAËL : Ole, ole par Izhar Cohen (né en 1951)

        Paroles : Hamutal Ben Zeev                                                   Musique et Chef d’orchestre : Kobi Oshrat

            Sélection : 1ère place à Kdam Erovizyon le jeudi 28 mars 1985 à Jérusalem

            Ayant raté son retour trois ans plus tôt, Izhar Cohen, premier vainqueur pour Israël en 1978, ne veut pas faire chou blanc une deuxième fois. Il se présente donc au Kdam avec une chanson composée par Kobi Oshrat, celui-là même qui avait écrit la musique de Hallelujah. La victoire est pourtant difficile puisqu’il ne bat son principal adversaire que de 4 points ! Yardena Arazi finit 3ème, deux places devant Leah Lupatin, son ex-complice de Chocolate, Menta, Mastik. Septième ancien gagnant à retenter sa chance, l’enjoué Izhar échoue cependant à doubler la mise, comme ses six prédécesseurs. Il faut croire que les jurys ne sont pas encore prêts à couronner deux fois le même artiste. Pour l’instant.

12. ITALIE : Magic, oh magic par Romina Power (née en 1951) & Al Bano (né en 1943)

        Paroles : Cristiano Minellono                                                 Musique : Dario Farina & Michael Hoffmann

            Chef d’orchestre : Fiorenzo Zanotti                                     Sélection : interne

            Pour sa deuxième participation neuf ans après sa première tentative, le couple le plus célèbre de la chanson italienne table sur un titre composé à quatre mains par Michael Hoffmann et Dario Farina (qui avait signé la musique de Questo amore en 1978). Le romantisme est à nouveau à l’ordre du jour, avec toujours aussi peu de voix de la part de Romina, mais un peu plus de rythme que pour We’ll live it all again… L’issue de la soirée sera néanmoins la même : une place dans le Top 10 à bonne distance du podium.

13. NORVÈGE : La det swinge par Bobbysocks !

        Paroles et Musique : Rolf Løvland                                         Chef d’orchestre : Terje Fjærn

            Sélection : 1ère place au Melodi Grand-Prix le samedi 30 mars 1985 à Oslo

            Lors de la finale norvégienne, cinq jurys régionaux et quatre experts internationaux (dont Anne-Marie David, gagnante de l’édition 1973 et 3ème en 1979) doivent décider de l’artiste le plus apte à représenter le pays à Göteborg. C’est le duo Bobbysocks ! qui est désigné, devant Anita Skorgan, triple candidate de la Norvège au Concours. Les deux jeunes femmes ne sont pas des débutantes : Hanne Krogh a participé en 1971 alors qu’elle n’avait que 15 ans, et Elisabeth Andreassen faisait partie du duo qui avait décroché la 8ème place pour la Suède à Harrogate. Sur place, leur énergie, la simplicité de la chanson et la qualité de leurs voix font mouche : le pays des fjords se prend alors à rêver comme cela ne lui est plus arrivé depuis 1966 et le podium d’Åse Kleveland.

14. ROYAUME-UNI : Love is… par Vikki (née en 1959)

        Paroles et Musique : James Kaleth & Vikki Watson               Chef d’orchestre : John Coleman

            Sélection : 1ère place à A Song for Europe présenté par Terry Wogan le vendredi 5 avril 1985 à Londres

            À une époque où seul le tirage au sort décidait de l’ordre de présentation des chansons, il était parfaitement possible que des chansons lentes se succèdent, ou que le public soit obligé d’écouter plusieurs contributions rythmées à la suite. Mais l’alternance existait aussi, et pas nécessairement au détriment du titre le moins énergique. Après l’exubérance des deux Norvégiennes, place est laissée à la douceur (non dénuée de puissance ni d’allant) de l’interprète britannique… sans que celle-ci en soit pénalisée, bien au contraire.

15. SUISSE : Piano, piano par Mariella Farré (née en 1963) & Pino Gasparini (né en 1946)

        Paroles : Trudi Müller-Bosshard         Musique et  Cheffe d’orchestre : Anita Kerr                      

Sélection : 1ère place à la finale suisse le samedi 23 février 1985 à Genève

            Avec un plateau particulièrement relevé, la victoire se joue dans un mouchoir de poche à Genève : Mariella Farré et Pino Gasparini l’emportent de trois points sur Daniela Simons (future représentante helvète en 1986), de quatre points sur Arlette Zola (3ème au Concours de Harrogate) et de cinq points sur Rainy Day (derniers candidats suisses en date). Les jurys européens seront cependant moins enthousiastes le 4 mai et recaleront une nouvelle fois ces deux récidivistes malchanceux. Remarque : c’est la première fois depuis 1978 qu’une femme dirige l’orchestre.

16. SUÈDE : Bra vibrationer par Kikki Danielsson (née en 1952)

        Paroles : Ingela Forsman                    Musique : Lasse Holm         Chef d’orchestre : Curt-Eric Holmquist

Sélection : 1ère place au Melodifestivalen le samedi 2 mars 1985 à Malmö

            Les votes nationaux ont parfois d’amusants résultats : en 1985, ils permettent à deux anciennes complices au sein du même groupe (Elisabeth Andreassen et Kikki Danielsson du duo Chips) de se retrouver opposées l’une à l’autre trois ans après. La deuxième semble mener la corde puisqu’elle va chanter à domicile une chanson dont la musique a été composée par Lasse Holm, à l’origine des titres suédois de 1982 et 1983. Mais au Concours, certaines évidences sont parfois balayées sans que l’on s’y attende… Remarque : à la 5ème place de la finale suédoise, pointe Pernilla Wahlgren, dont le fils chéri représentera son pays en 2018.

17. AUTRICHE : Kinder dieser Welt par Gary Lux (né en 1959)

        Paroles : Michael Kunze                                                        Musique : Mick Jackson & Geoff Bastow      

Chef d’orchestre : Richard Österreicher                              Sélection : interne

            C’est à une équipe d’habitués du Concours que le diffuseur autrichien confie la charge de représenter le pays : le chanteur Gary Lux faisait partie du groupe West End en 1983, un an avant d’être le choriste d’Anita ; sa propre choriste Rhonda Heath faisait partie du trio allemand Silver Convention en 1977 ; le parolier de la chanson, Michael Kunze, a déjà signé les textes de Bye bye I love you, Telegram et Aufrecht gehn. Mais comme souvent au Concours, il ne suffit pas de réunir plusieurs talents éprouvés pour monter sur le podium… En revanche, pour intégrer un Top 10, ça peut le faire.

18. LUXEMBOURG : Children, Kinder, enfants par Franck Olivier (né en 1948), Ireen Sheer (née en 1949),

Diane Solomon, Margo (née en 1961), Chris Roberts (1944-2017) & Malcolm Roberts (1944-2003)

[Étoiles au Firmament # 56]

        Paroles : Bernd Meinunger & Jean-Michel Bériat                   Musique : Ralph Siegel

            Chef d’orchestre : Norbert Daum                                         Sélection : interne

En cette 30ème édition, le Luxembourg est un peu le pays qui recycle : un duo d’auteur – compositeur (Siegel et Meinunger) qui a déjà obtenu quatre Tops 5 en quatre ans, appuyé par un parolier (Jean-Michel Bériat) qui a commis l’inoubliable 100% d’amour ; et six interprètes issus de différents pays (deux Britanniques, un Belge régulièrement recalé aux sélections de son pays, une Néerlandaise, un Allemand et une Américaine), dont une qui a déjà décroché deux places dans les 10 premiers à l’Eurovision. Mais je ne cesse de le répéter : il n’y a pas de recette pour réussir à l’Eurovision… ce que le sextuor va à nouveau démontrer en cette soirée.

19. GRÈCE : Miazoume par Takis Biniaris (né en 1955)

            Paroles : Maro Bizani                         Musique : Takis Biniaris                      Chef d’orchestre : Haris Andreadis

            Sélection : interne

            Un très joli garçon avec une belle voix grave, une magnifique langue qui vous remue, une musique romantique à souhait, un passage en dernière position… Tout ce qu’il faut pour bien se classer, me direz-vous. Eh bien non, l’édition 1985 du Concours se joue définitivement des évidences, défiant les pronostics, et la Grèce se retrouve très loin au classement 🙁

L’entracte

            Les 19 chansons candidates ayant été interprétées (et pratiquement toutes présentées par Lill Lindfors dans la langue du pays), la présentatrice polyglotte et immensément drôle rappelle comment la suite de la soirée va se dérouler pour les jurys nationaux. En attendant les résultats des votes, public et téléspectateurs peuvent écouter Guitars Unlimited, deux musiciens suédois qui interprètent avec virtuosité des standards de la musique scandinave.

Puis après un court écran noir, réapparaît la maîtresse de cérémonie dans une longue robe vert amande… qui se prend dans les grilles du décor, révélant sa petite culotte d’un blanc immaculé. Après quelques secondes où elle joue assez bien l’effroi, Lill trouve la solution, dégrafe ses épaulettes et révèle une autre robe longue, blanche celle-ci. Rien de tout cela n’avait été présenté en répétition, ce qui surprend et amuse tout le monde – excepté le scrutateur de l’UER, Frank Naef, et sa femme, dont on dira après le Concours qu’ils ont été choqués par ce comportement qu’ils n’ont pas trouvé drôle du tout. Pour l’heure, la maîtresse de cérémonie reprend sa place sur sa chaise et reconnaît « qu’elle voulait juste réveiller un peu le public ». Au moins, elle a été efficace !

Le vote et les résultats

            P L A C E S C O R E   I R L   F I N     C H Y   D A N   E S P   F R A   T U R   B E L   P O R   A L L     I S R   I T A   N O R     U K   S U I   S U È   A U T   L U X   G R È
IRL 6 91   1 7 3 4 3 5 8 8 4 8 12 3 3 5 7 10    
FIN 9 58 6   6   6   3       1 7   7 2 10     10
CHY 16 15 1                     3     3       8
DAN 11 41     3     10   3 1 6   2 6     5 5    
ESP 14 36 2 8 1       12   2         4       1 6
FRA 10 56   5 4       1   3   3 10   2 4 6 3 3 12
TUR 14 36 7 2     3     1   2     1 8 12        
BEL 19 7             7                        
POR 18 9             2                       7
ALL 2 105 4 10 12 10 10 8   10 7   7   8 1   8   10  
ISR 5 93 8   5 4 8 12     5 7   5 10 5 7 2 7 6 2
ITA 7 78   6 10 1 12 5 8 2 12   4           6 12  
NOR 1 123 12 4   12 1 2   12   12 12 6   12 6 12 12 7 1
UK 4 100 5 7   5 5 6 10 6 6 5 2 8 7   10 4 2 8 4
SUI 12 39   3 2 6     6 5 4 1     5     1 1 2 3
SUÈ 3 103 10 12   8 2 7 4 7   8 6 4 12 6 8   4 5  
AUT 8 60 3     7   1   4   10 10   2 10 1 3   4 5
LUX 13 37       2   4     10 3 5 1 4       8    
GRÈ 16 15     8   7                            

Après 25 ans d’attente et six dernières places, la Norvège remporte enfin sa première victoire – avec 8 fois la note maximale. L’Allemagne termine deuxième, juste devant la Suède. Le Royaume-Uni, quant à lui, rate le podium pour trois points. De leur côté, les pays francophones amorcent leur recul avec une 10ème place pour la France et une 13ème pour le Luxembourg. En queue de peloton, la Belgique ne récolte des points que de la Turquie (ce qui est scandaleux).

Hanne Krogh
1° victoire pour la Norvège

Bobbysocks ! est rappelé sur scène sous les vivats du public tout acquis à sa cause. Lill Lindfors fait d’ailleurs part aux deux interprètes de sa joie de voir enfin la Norvège couronnée après tant d’échecs, ce à quoi Hanne Krogh répond que la joie de l’animatrice n’est rien à côté du bonheur qu’éprouvent les artistes vainqueurs. Le trio Herreys remet leurs médailles aux deux chanteuses et à leur auteur – compositeur, puis Elisabeth et Hanne chantent à nouveau La det swinge – avec le dernier refrain en anglais.

Mon Top 10

            Après un Concours 1984 particulièrement faible à mon sens, l’édition de Göteborg me semble d’un niveau assez élevé : pas une chanson que je déteste. Il a donc fallu que je sorte de mon Top 10 des titres que j’apprécie pour laisser la place à d’autres, que j’aime davantage.

  1. NORVÈGE : La det swinge par Bobbysocks !
  2. FINLANDE : Eläköön elämä par Sonja Lumme
  3. BELGIQUE : Laat me nu gaan par Linda Lepomme
  4. ISRAËL : Ole, ole par Izhar Cohen
  5. DANEMARK : Sku’ du spørg’ fra no’en par Hot Eyes
  6. FRANCE : Femme dans ses rêves aussi par Roger Bens
  7. SUISSE : Piano, piano  par Mariella Farré & Pino Gasparini
  8. ROYAUME-UNI : Love is… par Vikki
  9. ITALIE : Magic, oh magic par Romina Power & Al Bano
  10. ALLEMAGNE : Für alle par Wind

Lanterne rouge : TURQUIE : Didai didai dai par MFÖ

            Voilà pour la présentation des chansons candidates et pour mon classement personnel. J’attends les vôtres avec impatience dans les commentaires ci-dessous et sur ma messagerie personnelle : andre-francis@orange.fr (date limite : samedi 9 mai à 23h59). Merci d’avance pour votre fidélité et votre contribution !

RÉSULTATS DES VOTES : Avec le retour de JF et deux nouveaux votants (Thierry et Roland… ça ne s’invente pas) que nous accueillons comme il se doit, nous sommes à nouveau 33 à avoir donné notre Top 10 pour cette édition suédoise. Très, très peu de suspense, avec des places fixées assez vite et des écarts de points conséquents. Félicitations à Valifran et tHEO qui ont deviné notre podium, ce dernier pour la 2ème fois après 1982.

19. Belgique : Laat me nu gaan par Linda Lepomme : 19 points de 4 votants (maximum 8 points) score identique par rapport à celui de 1985

18. Chypre : To katalava arga par Lia Vissi : 24 points de 7 votants (maximum 8 points) – 2 places

17. Portugal : Penso em ti, eu sei par Adelaide : 29 points de 9 votants (maximum 12 points de Thierry) + 1 place

16. Danemark : Sku’ du spørg’ fra no’en par Hot Eyes : 31 points de 8 votants (maximum 6 points) – 5 places

15. Suisse : Piano, piano par Mariella Farré & Pino Gasparini : 53 points de 12 votants (maximum 7 points) – 3 places

14. Luxembourg : Children, Kinder, enfants par Chris Roberts, Ireen Sheer, Franck Olivier, Margo, Malcolm Roberts & Diane Solomon : 59 points de 11 votants (maximum 10 points) – 1 place

13. Turquie : Didai didai dai par MFÖ : 65 points de 10 votants (maximum 12 points de Denez) + 1 place

12. France : Femme dans ses rêves aussi par Roger Bens : 72 points de 14 votants (maximum 12 points de PLG) – 2 places

11. Irlande : Wait until the weekend comes par Maria Christian : 77 points de 20 votants (maximum 7 points) – 5 places

10. Grèce : Miazoume par Takis Biniaris : 78 points de 18 votants (maximum 12 points de Yom) + 6 places

9. Espagne : La fiesta terminó par Paloma San Basilio : 86 points de 19 votants (maximum 10 points) + 5 places

8. Royaume-Uni : Love is… par Vikki : 91 points de 18 votants (maximum 10 points) – 4 places

7. Italie : Magic, oh magic par Romina Power & Al Bano : 115 points de 19 votants (maximum 12 points de Roland) score identique

6. Autriche : Kinder dieser Welt par Gary Lux : 133 points de 25 votants (maximum 12 points de Jérémie) + 2 places

5. Suède : Bra vibrationer par Kikki Danielsson : 137 points de 26 votants (maximum 12 points de Pauline) – 2 places

4. Finlande : Eläköön elämä par Sonja Lumme : 143 points de 25 votants (maximum 12 points de Julien et Augures) + 5 places

3. Allemagne : Für alle par Wind : 199 points de 28 votants (maximum 12 points de Gérald, Franck, Arnaud, Philippe et Yvonne) – 1 place

2. Israël : Ole, ole par Izhar Cohen : 222 points de 27 votants (maximum 12 points de Kikichouchou, Minsk, Phileurophage et Juju) + 3 places

  1. Norvège : La det swinge par Bobbysocks ! : 281 points de 30 votants (maximum 12 points de Valifran, RV, Jean-Michel, Benoît, Marie, Gwendal, tHEO, Garfieldd, Gaël, Zipo, Taron, Picasso, Duncky, JF et Francis) score identique

Comme le grand soir, nous couronnons donc la Norvège pour la première fois, devant le deuxième favori des bookmakers, Israël. L’Allemagne n’est que troisième et la Suède, cinquième. Très belles remontées de la Finlande, de l’Espagne et de la Grèce, mais fortes chutes du Danemark et de l’Irlande. L’Autriche, pour sa part, réintègre notre Top 10 après neuf ans d’absence pendant qu’à mon grand dam, la Belgique arrive dernière avec son plus mauvais classement depuis le début de ces rétrospectives :'(

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Je vous retrouve dès ce soir pour l’édition mémorable de Bergen 😉 Bonne journée à tous, et prenez bien soin de vous !!!